Visite d’Etat du Président de la République en Chine

À l’invitation de M. Xi Jinping, Président de la République populaire de Chine, le Président de la République a effectué du 8 au 10 janvier 2018 une visite d’Etat en République populaire de Chine.

Déclaration du Président de la République au palais de Daminggong (Xian, République populaire de Chine, 8 janvier 2018)

"Merci beaucoup, Monsieur le Vice-président de l’Assemblée nationale populaire de Chine. Monsieur le Vice-gouverneur, Monsieur le Maire, Mesdames et Messieurs les ministres et les parlementaires, Monsieur le Président.

Je suis très heureux aujourd’hui d’avoir l’opportunité de m’exprimer devant vous après cette matinée passée à vos côtés dans cette magnifique ville de Xian. Depuis longtemps, la Nation française s’est contemplée au miroir de la Chine, en elle se sont agrégées au fil des siècles la pensée, la poésie, l’art, mais aussi une réflexion sur la guerre, le pouvoir, la vie humaine et tout un imaginaire d’aventures et de voyages autour de marchandises extraordinaires et de découvertes singulières.

C’est la Chine des marchands, découvrant avec Marco Polo, et à sa suite les usages et les trésors d’une civilisation méconnue et mystérieuse, empruntant ces routes de la soie, auxquelles vous donnez aujourd’hui une signification et une grammaire nouvelles. Il faut imaginer les caravanes arrivant dans l’oasis de Dunhuang, trésor de votre civilisation, au milieu des montages de sables qui résonnent.

Dans le lot de denrées, de marchandises, se chargeaient, comme Marguerite YOURCENAR le fait dire à Adrien, un certain nombre de pensées, de mots ou de coutumes, qui peu à peu s’empareraient du globe plus sûrement que les légions en marche. Ils rapportaient de leurs pérégrinations des objets et des matières inconnues, dont aussitôt la France et d’autres pays européens raffolèrent, non pas pendant le temps éphémère d’une mode, mais avec l’intensité d’une découverte venant s’inscrire dans notre patrimoine propre. Il n’est guère de château royal qui ne comporte son salon chinois, guère d’artistes, d’artisans, d’ingénieurs qui ne se soient trouvés fascinés par les styles et les techniques venus de Chine.

Cela perdure encore aujourd’hui, car la Chine est ce pays d’inventeurs et d’ingénieurs qui sans cesse inventent l’avenir. Cette Chine des marchands, c’est aussi celle des diasporas, qui, à travers le monde, ont progressivement transformé les villes, et dont la France s’honore, qui a la première diaspora chinoise d’Europe. C’est la Chine des guerriers, dont je viens de voir dans la nécropole les statues de terre cuite alignées, nourries de symboles et de respect pour la figure du soldat chinois, une figure autour de laquelle se construit l’art chinois de la guerre, porté à son sommet par Sun TZU, connu des Européens depuis le 18ème siècle, et où vont encore puiser les élèves de nos écoles militaires.

Nous partageons ce même respect du soldat, ces honneurs dus aux militaires et à ceux qui tombent pour leur patrie ou dans un juste combat, je rends hommage ici à tous vos compatriotes, inhumés au cimetière de Nolette, dans cette terre de Somme qui m’est chère ou dans d’autres lieux. Ce n’était pas simplement des soldats, mais pour la plupart d’entre eux, ce n’était pas des soldats du tout, mais des travailleurs chinois, venus soutenir l’effort de la France pendant la première guerre mondiale.

Ils furent plusieurs milliers affectés à des tâches arides dans les mines, les tranchées, les usines, auprès des soldats, des malades, du peuple français. Certains sont restés fonder une famille, d’autres sont repartis, et beaucoup aujourd’hui reposent sur notre sol. A quelques mois de la commémoration de la fin de ce conflit mondial, je veux que nous nous souvenions d’eux, qui furent nos frères dans ces heures tragiques. C’est aussi la Chine des écrivains et des penseurs, celle que voici presque 450 ans découvrit la première mission jésuite.

Celle que depuis nous ne cessons, nous, Français, de scruter et d’interroger, c’est que depuis le début, nous percevons dans la manière de penser chinoise une vision du monde, ancrée dans d’autres croyances, d’autres concepts que les nôtres. Et cependant, dans cette différence même, nous trouvons depuis plus de 200 ans de quoi remettre en cause nos propres croyances, mais aussi de quoi croire en une communauté humaine, car bien souvent, cette différence est convergence, ce sont nos poètes qui l’ont le mieux sentie. Ainsi votre poète Wang Bo selon lequel quelqu’un qui vous comprend même au bout du monde, est comme un voisin ou Victor-Segalen, venu chercher en Chine les briques et les tuiles de sa poésie et découvrant ici-même, à Xian, l’odeur fade et riche des siècles enfouis.

Ainsi, Paul Claudel tirant ses vers d’une traduction minutieuse, personnelle profonde du livre de Jade. Ainsi, Saint-John Perse, écrivant « Anabase », d’après des poèmes chinois, et je surprendrais sans doute nombre de Français en rappelant ici que le rouge et le Noir de Stendhal, dont un exemplaire ne quitte jamais mon bureau, a connu chez vous à Caen plus de 20 traductions depuis 1947. Et que depuis de longues années, vous comptez des traducteurs de très haut niveau, qui inlassablement, traduisent, interrogent, publient notre littérature. Et nous avons vu il y a quelques instants des religions qui nous sont familières, revisitées par ce dialogue permanent et ce syncrétisme dont la Chine a le secret. Rien ne remplace ce contact fécond entre nos deux langues, nos deux univers, nos cultures, preuve constamment apportée que le dialogue est possible, et surtout qu’aucune de nos cultures n’est un bloc. Il y a plusieurs théories sur la Chine.

Et lorsqu’on vient d’Europe et qu’on cherche à comprendre, et se frayer un chemin, il y a ceux qui vous disent : c’est un continent incompréhensible, en Chine, on ne rentre jamais, c’est bloc contre bloc, et on fait semblant de se frayer des passages les uns et les autres feignent en quelque sorte de se comprendre. Je ne crois pas, pour toutes les raisons que je viens d’évoquer, à cette théorie. Il y a des intraduisibles, il y a des gouffres qu’il nous faut parfois réduire, mais il y a toujours des voies et des chemins, fruits de ce dialogue, il y a toujours les périphrases que nous devons trouver, pour progressivement circonscrire ces intraduisibles et trouver les chemins qui nous lient, parce que la culture chinoise comme la culture française, doivent s’appréhender dans toutes les nuances de leur évolution historique, de leur sensibilité intellectuelle, esthétique, politique, géographique, et parce que c’est notre histoire même, c’est ce que démontre notre admirable école de Sinologie, de CHAVANNES à VANDERMEEERSCH, de Marcel GRANET à François JULLIEN, de Henri MASPERO, à Anne CHENG, en passant par tant d’autres décrypteurs de toutes les complexités de la pensée chinoise.

La sinologie en Europe est née en France. Les philosophes et les historiens du 19ème siècle se réfèrent à chaque fois à des Français pour essayer de comprendre la Chine. Et nous avons dans ce dialogue toujours fructueux, et qu’il faut aborder avec humilité, une relation très particulière : celle d’avoir toujours eu en quelque sorte l’exclusive de ce point de passage, lorsqu’un Européen, pendant des décennies, a voulu comprendre la Chine, il est passé par un sinologue français, et bien souvent, lorsque les Chinois voulaient passer vers l’Europe, pour la comprendre intimement, ils passaient par cette même France.

La sinologie européenne continue à se réinventer aujourd’hui en France, demeure une discipline maîtresse de notre paysage intellectuel et l’Inalco en est depuis plus de deux siècles le cœur battant. Aussi, il nous faut des détours, de l’humilité, l’intimité profonde d’un dialogue parfois long, mais toujours parce qu’il y a ce respect, cette fascination réciproque, cette curiosité amicale, il y a un chemin de passage. Notre histoire montre que nous nous sommes toujours enrichis de nos différences, mais que par l’œil, par l’oreille, par le verbe, nous avons toujours trouvé la voie d’un échange. Nous trouvons beau ce que vous trouvez beau. Ainsi de ce palais impérial de Damingong, berceau de la dynastie des Tang et de tant de hauts lieux de votre art, de votre histoire, que la France depuis 2016 s’est engagée à préserver et à restaurer à vos côtés.

Cet attachement commun aux lieux, à ce qu’ils racontent, à ce qu’ils disent de vous n’est pas anodin, car cela démontre que nous partageons plus profondément un sens commun de l’histoire du monde et de ses peuples. Et là-dessus, par-delà les routes sinueuses des événements, nous fondons une grande amitié. Le général de Gaulle ne s’y est pas trompé lorsqu’en 1964, décidant de reconnaître la République populaire de Chine, il parle, je le site, du choix de la raison, mais il parlait aussi, un peu plus loin dans son discours, du choix de l’évidence, et c’est cette évidence aujourd’hui qui encore et toujours nous frappe, l’évidence d’une relation séculaire, l’évidence d’un souci conjoint d’appréhender le monde dans sa complexité, l’évidence d’un avenir partagé devant des enjeux aujourd’hui communs.

L’évidence enfin que nous ne sommes pas seulement deux nations, nous sommes deux civilisations, c’est-à-dire deux peuples qui depuis des siècles mettent en œuvre, dans tous les domaines, une certaine conception de l’homme. L’humanité aujourd’hui est tout entière à un carrefour, son avenir est engagé. De l’évidence de notre relation, nous devons tirer l’évidence d’un destin commun. C’est cela ce que je suis venu vous dire aujourd’hui. Et ce destin fait de causes, de combats, d’intérêts partagés s’articule autour de trois notions centrales, l’intelligence, la justice et l’équilibre. L’intelligence d’abord, c’est cette volonté de déchiffrer le monde pour en faire naître le meilleur.

Ma conviction est que, l’entente entre l’Europe, la France et la Chine, autour de principes et de projets définis en commun, peut, si nous savons nous y engager, être cette rencontre des intelligences au service du meilleur. Je suis venu, comme on le dit en Chine, vous proposer de lancer une brique pour obtenir du jade. Le monde a besoin de cette intelligence partagée pour enrayer la marche accélérée de toutes les formes d’obscurantisme, le terrorisme islamiste qui s’alimente partout des crises, de la fragilité des Etats, de l’instabilité, le nationalisme aveugle qui recherche pour elle-même la confrontation brutale et mène toujours à la guerre, le repli sur soi, nourri de l’illusion de se protéger du monde, le somnambulisme parfois aussi face aux conséquences du dérèglement climatique, qui remet en cause la possibilité même de la vie sur terre.

Face à tous ces défis, de nature diverse, c’est la même question qui nous est posée, celle de savoir comment ensemble faire triompher l’intelligence face à ceux qui font le pari du repli, de l’obscur, de la renonciation. La Chine et la France ont à cet égard une responsabilité immense face à tous les conflits ou toutes les tentatives de conflit, face aux oublis ou aux irresponsabilités. Le monde a besoin de cette intelligence partagée pour surmonter les peurs à l’origine de ces fléaux, et ces peurs existent, et elles sont parfois réciproques, ces peurs existent en Europe vis-à-vis de la Chine, il serait absurde de les nier, il faut les regarder en face.

Vous avez su, en une génération, trouver en vous la force de devenir l’une des toutes premières puissances au monde, et vous vous donnez maintenant l’ambition d’entrer en eaux profondes. Si le monde n’a pas tremblé, il en est profondément changé. Précisément, la rapidité de ce changement peut susciter des craintes, parce que tout ici est plus massif, plus fulgurant, plus assertif qu’ailleurs. Le seul moyen de surmonter ces craintes est le travail de compréhension sur ce que signifie pour chacun d’entre nous la puissance.

L’intelligence est et sera dans le monde de demain son véritable levier, la Chine l’a compris, puisqu’ici, vous formez 37 millions d’étudiants dans les universités, ainsi que les futures générations des pays en développement. La Chine fait rayonner sa culture par le réseau des Instituts Confucius, elle bénéficie d’artistes contemporains, exprimant les rêves et les tensions profondes de la société chinoise et dont le talent étonne le monde entier, elle investit massivement dans les nouvelles technologies, le numérique et l’intelligence artificielle. Mais la France l’a elle aussi compris.

Nous sommes bien connus ici pour notre art de vivre, notre patrimoine, notre gastronomie, notre romantisme, comme vous le dites en Chine, et tout ça, nous le revendiquons résolument. Mais la France, ça n’est pas simplement cela. C’est aussi une puissance du numérique, de la transition énergétique, de la recherche, de la formation, de l’innovation, de l’industrie du futur, une grande place financière, une culture vivante et rayonnante, qui a beaucoup à apporter au monde, et les transformations que nous sommes aujourd’hui en train d’opérer, c’est cette conscience à l’œuvre que la France est et sera au cœur de l’Europe.

Ce que nous sommes en train, aujourd’hui en France, de mener, ce sont les transformations profondes qui permettront par la réforme de l’éducation, de l’enseignement supérieur, des différents secteurs de l’économie, de permettre à l’intelligence française de pleinement rayonner et construire ce dialogue avec vous. Au lieu de partir à la conquête du monde par l’intelligence chacun de notre côté, nous serons plus forts si nous savons le faire ensemble. D’abord, en multipliant les projets culturels comme celui de l’exposition du musée Guimet sur les trésors de la dynastie des HAN, les Rencontres d’Arles à Xiamen, le Centre Pompidou à Shanghai, je souhaite que nous élaborions dès maintenant plusieurs grands projets culturels communs, consacrés à la Chine d’hier et d’aujourd’hui, consacrés à l’histoire et l’actualité des routes de la soie, qui pourraient voir le jour à Paris l’année prochaine et jusqu’en 2021.

Je souhaite ensuite que nous puissions accélérer nos échanges universitaires et scientifiques en donnant un élan nouveau à la sinologie européenne par un grand institut européen conjoint, fédérant les compétences et les recherches, mais aussi en fondant de nouveaux partenariats dans l’innovation, le numérique et les technologies. Le partenariat académique et scientifique doit être au cœur de ce cadre commun, de ce partenariat stratégique que nous voulons nouer. D’abord, en construisant des liens profonds qui permettront la formation à l’entreprenariat, dont je sais combien elle est aujourd’hui critique, non seulement en Chine, mais sur l’ensemble des initiatives conduites le long des nouvelles routes de la soie.

Ensuite, en développant un grand partenariat dans le numérique, pour combler les besoins technologiques. Dans ce domaine, il n’y a pas d’innovation sans des individus créatifs, nombreux, une innovation libre, et je souhaite qu’en la matière, nous puissions renforcer nos coopérations, j’aurai l’occasion demain de le redire à Pékin, tout particulièrement sur l’intelligence artificielle. Il y a de nombreux domaines sur lesquels nous avons beaucoup à faire, mais celui-ci est un domaine où l’excellence que nous avons dans nos universités, nos centres de recherche, chez nos entrepreneurs, peut conduire à des réussites commune si nous savons définir des programmes de recherche ensemble, le partage des données, les indispensables échanges qui permettront d’aller plus loin.

Ce partenariat, c’est aussi celui que nous devons nouer pour permettre davantage d’innovation en matière de transition énergétique, pour réduire la consommation d’énergie, pour développer et accélérer la production d’énergie renouvelable, pour transformer les technologies en matière de batteries, c’est aussi le partenariat que nous voulons nouer, en matière d’innovation, médicale, tout particulièrement liée à la Silver Economy, c’est enfin le partenariat que nous souhaitons nouer en matière d’innovation agricole et agroalimentaire, nous avons dans nos deux pays des défis fondamentaux à relever en la matière, la volonté de construire notre souveraineté alimentaire, de nous ouvrir mutuellement, la recherche doit faire partie de ce défi qui nous est ouvert.

C’est enfin, en encourageant l’apprentissage des langues, dès le plus jeune âge, car je veux le dire aux étudiants francophones présents dans cette salle, vous avez fait le bon choix. Le français est un atout pour l’avenir, c’est aujourd’hui la cinquième langue la plus parlée au monde, la quatrième langue d’Internet, la troisième langue des affaires, la deuxième langue la plus apprise dans le monde qui sera parlée par plus de 700 millions de personnes au milieu du siècle, dont 85 % en Afrique. Cela peut être encore davantage si vous décidez de vous l’approprier. La Chine doit être une terre de francophonie, parce que le français est cette langue qui s’est toujours construite dans le dialogue avec les autres langues, dans ces passages de culture à l’autre, dans ces échanges permanents.

Le français n’est pas une langue hégémonique, c’est une langue qui ne se construit que par le plurilinguisme, et le fait que tant d’entre vous aient fait ce choix est pour moi une source d’espoir. Je n’ai qu’un souhait : faites du français la première langue au monde dans les 30 à 40 ans qui viennent, en décidant de le parler. Voilà comment nous pourrons contribuer ensemble à l’intelligence du monde, mais l’intelligence, à la fin, c’est la place de l’individu, c’est le sujet libre, l’intelligence, c’est ce pari constamment fait que derrière chaque individu, il y a un sujet qui pense, qui peut librement créer, innover, changer parfois le cours du monde par son intelligence, et je regardais tout à l’heure avec les ministres qui m’accompagnaient, avec vous, Monsieur le Vice-président, cette armée de terre cuite, et j’y voyais la puissance d’une armée de soldats qui en un temps a pu conduire à unifier pour la première fois la Chine, et porte comme une métaphore la puissance d’un peuple uni, cette capacité à rassembler et ce gigantisme chinois.

Mais en regardant chaque terre cuite, on s’apercevait qu’il y avait un visage différent, il y avait un individu. La force de votre pays est aussi derrière le fait qu’il y a quelques milliards d’individus libres de penser, de créer, d’inventer, c’est cela le trésor chinois, peut-être le plus grand trésor, je ne sais dire derrière les femmes et les hommes présents dans cette salle qui pourra changer le cours de l’intelligence artificielle, le cours de l’art qu’il va décider d’embrasser, mais il y a plus qu’une société appartenant à un même pays, il y a ces trésors d’intelligence individuelle qu’il faut aussi savoir révéler, et c’est le pari que nous aurons à conduire ensemble pour le siècle qui s’ouvre.

J’évoquerai demain avec le président Xi Jinping les principaux enjeux internationaux, les aspects de la relation bilatérale sur ce sujet, mais ce trésor profond, c’est notre capacité précisément pour le siècle qui s’ouvre, à porter cette intelligence en commun à travers les quelques partenariats et les quelques défis que je viens d’évoquer.

Le second pilier sur lequel nous pouvons fonder notre entente, c’est celui de la justice, c’est-à-dire l’équilibre, on doit toujours trouver entre des pouvoirs qui s’expriment, entre les forces en présence, la justice. C’est d’abord la justice sociale, celle qui fait qu’une vie d’homme ou de femme n’est pas, dès la naissance, condamnée à renoncer à ses aspirations et à ses rêves, c’est ce qui fait qu’une existence a autant qu’une autre le choix de se déployer et de s’accomplir. Nous avons en commun la volonté de combattre les inégalités. C’est un défi pour chacune de nos sociétés. J’ai lu les déclarations du président Xi Jinping, je sais combien cette lutte contre les inégalités est au cœur du projet politique de la Chine. Elle est aussi au cœur du projet politique de la France, comme de l’Europe, et c’est aujourd’hui l’un des défis du monde.

Ce défi est vrai pour la Chine qui est confrontée jusque dans sa géographie aux écarts entre les plus riches et les plus pauvres, mais qui a réussi, dans ces dernières décennies, à sortir 700 millions de personnes de la pauvreté. C’est vrai pour la France aussi, où nous sommes confrontés au chômage de masse, à la nécessité impérieuse de redonner des perspectives d’avenir à toute une partie de notre population, mais c’est un défi du monde qui vit aujourd’hui une crise du capitalisme mondialisé, qui a, durant les dernières décennies, fait exploser les inégalités sociales et la concentration des richesses.

D’une telle inégalité planétaire, ne peuvent naître que des confrontations destructrices. C’est pourquoi nous devons nous assigner comme objectif commun le développement partagé, et nous pouvons y parvenir ensemble, d’abord dans nos sociétés et pour nos sociétés. Nous pouvons ensemble travailler à porter notamment cette clé de l’avenir qu’est l’éducation, et développer ensemble les stratégies scolaires et éducatives, c’est par l’école que le déterminisme social est enrayé, c’est par l’école que les inégalités de départ son progressivement corrigées.

C’est pourquoi dans les réformes qui sont aujourd’hui conduites par le gouvernement, la réforme de l’école primaire et secondaire de l’université est au cœur de nos priorités et continuera à être développée, et c’est aussi pour cela que je pense que le dialogue de nos systèmes scolaires éducatifs, universitaires est un des enjeux de cette lutte contre l’inégalité. Mais je pense aussi à l’Afrique. La Chine y a beaucoup investi ces dernières années, sur les infrastructures, les matières premières, avec une force de frappe financière que les pays européens n’ont pas. En même temps, la France a une connaissance historique et culturelle de l’Afrique qui lui donne de nombreux atouts pour l’avenir.

Nous devons donc là aussi mener ensemble des projets réellement utiles à la croissance du continent, financièrement soutenables, parce que l’avenir est là, parce que nous ne devons pas reproduire les erreurs du passé consistant à créer de la dépendance politique et financière, sous prétexte de développement. Demain, l’Agence Française de Développement et la China Development Bank signeront un accord qui traduit ce renouvellement des méthodes, vers lequel nous devons aller, et j’appelle de mes vœux cet engagement de la Chine en Afrique. Il va de soi que ce développement ne se fera qu’ensemble, en luttant contre la corruption, et que si nous sommes capables d’aider au développement dans ces pays, en développant les entreprises africaines, en développant les sociétés civiles, et en axant notre travail sur l’éducation, en particulier l’éducation des filles, sur la santé et la lutte contre les inégalités les plus enracinées dans ces pays.

La France a l’expérience d’un impérialisme unilatéral en Afrique qui a parfois conduit au pire, et aujourd’hui, alors que ces nouvelles routes de la soie sont en train de s’ouvrir, je pense que le partenariat entre la France et la Chine peut permettre d’éviter de répéter ces erreurs, mais surtout de trouver la voie de cette justice dont je parle, celle seule qui permet de combler les inégalités qui existent dans les sociétés africaines, où vous vous développez, où nous nous développons, celle seule qui permettra aux sociétés civiles, aux entreprises, aux peuples africains de progresser, d’améliorer le niveau d’éducation, le niveau de vie, ce qui est le souhait profond de ses gouvernants. C’est un défi moral qui nous est posé, et je souhaite profondément que nous puissions le relever ensemble.

Ce développement économique sera fragile, si, en effet, il ne se fonde pas sur l’éducation, c’est pourquoi je souhaite que nous travaillions ensemble au succès de la conférence du partenariat mondial sur l’éducation que nous organiserons avec le Sénégal à Dakar en février prochain, pour offrir des perspectives nouvelles à la jeunesse d’Afrique. Je souhaite que dans le cadre de ce partenariat, la Chine puisse prendre toute sa part, que dans le cadre des initiatives, que nous allons continuer à conduire en matière de santé, la Chine puisse aussi prendre toute sa part, et que l’immense travail qui est fait en matière d’infrastructures, de développement économique, puisse aussi trouver des voies nouvelles qui donneront en quelque sorte un autre visage à ces nouvelles routes de la soie sur le continent africain.

Au-delà de ces inégalités économiques pour lesquelles nous pouvons ensemble changer la face du monde, il est une injustice propre à notre temps, qui doit nous mobiliser entièrement, c’est l’injustice climatique. Nous le savons, les dérèglements touchent en premier les pays les plus pauvres qui n’en sont par ailleurs pas les plus responsables. C’est la double injustice du dérèglement climatique, les pays les plus vulnérables sont ceux qui ne se sont pas encore développés, et aujourd’hui, ont à souffrir des conséquences des décennies parfois des siècles précédents, et nous avons à cet égard une responsabilité toute particulière. Après la décision américaine que je regrette, de sortir de l’accord de Paris, la Chine a joué un rôle décisif pour préserver cet acquis de 2015, pour lequel la France avait pris toutes ses responsabilités, parce que la Chine a fait de la protection de l’environnement une priorité nationale autour du concept de civilisation écologique. En quelques années, votre pays est devenu le premier investisseur et le premier marché mondial des énergies renouvelables.

Il diversifie aussi son bouquet énergétique avec l’énergie nucléaire, sur laquelle nous acterons demain de nouvelles avancées qui permettront aussi à la Chine de tenir ses objectifs. Cette détermination répond à vos intérêts, mais elle est aussi cruciale au plan global, compte tenu de la taille et du chemin de croissance de votre pays, premier émetteur mondial de gaz à effet de serre, ainsi que de son leadership en Asie et dans le monde. Je vous le dis très sincèrement, si la Chine, l’année dernière, en avait décidé différemment, l’accord de Paris n’aurait sans doute pas survécu. Et nous devons beaucoup à la décision de la Chine de rester dans le cadre de celui-ci.

Quelques années auparavant, à Copenhague, la Chine n’avait pas encore pris la décision de faire mouvement, alors rien n’avait été possible, elle s’est maintenant engagée, a tenu parole jusque dans l’adversité. Vous avez ainsi démontré la réalité de votre prise de conscience et, plus important encore, dans ce monde, qui demande des nations conséquentes et responsables, vous avez démontré votre immense sens des responsabilités. Ce que nous avons fait depuis, nous l’avons fait parce que nous faisions, vous et nous, front commun.

Au G20, le président XI m’a confirmé que la décision de la Chine de tenir les engagements pris était ferme et sans appel. Puis, au One Planet Summit, organisé à Paris en décembre dernier, la Chine a répondu présente en annonçant la mise en place d’un marché du carbone national, ce qui représente un pas en avant considérable pour la tarification du carbone dans le monde. Il faut prendre un peu de recul et mesurer le chemin parcouru. Il est considérable.

Qui aurait pu imaginer il y a de cela encore quelques années que la Chine exercerait sur cette question une force d’entraînement mondial ? Pourtant, vous l’avez fait et démontré, et c’est ainsi votre capacité de prise de conscience, de transformation, d’entraînement qui s’est pleinement révélée. Je proposerai demain au président XI de franchir une nouvelle étape du partenariat franco-chinois pour relancer la bataille climatique, il n’y a pas d’autre option en effet que la gagner, parce qu’il n’y a pas d’autre option pour notre planète. Ce qui est dès maintenant en péril, c’est la possibilité pour l’espèce humaine de vivre, de se nourrir, de se développer, d’être maîtresse de son destin, tout ce pourquoi le peuple chinois s’est battu avec tant de force et d’acharnement pendant des décennies.

Ce qui est en cause, c’est la justice. Alors comment nous y prendre ? Comme dans l’art de la guerre, notre invincibilité dépend de nous. Je fais donc trois propositions : la première, c’est le renforcement de nos moyens de concertation, pour préparer ensemble les échéances du rehaussement de nos engagements lors de la COP24 et de la convention sur la protection de la biodiversité, que la Chine accueillera en 2020. Je souhaite que la France puisse pleinement être à ses côtés et nous aiderons la Chine à organiser cette conférence importante qui contribue a cette responsabilité collective mondiale.

Deuxièmement, une nouvelle énergie en nous appuyant sur la force, le dynamisme et l’inventivité de nos sociétés. Je proposerai au président XI une année franco-chinoise de la transition écologique 2018-2019 pour mobiliser nos entreprises, nos start-up, nos chercheurs, nos étudiants, nos universités, nos villes, des régions, pour démontrer au monde que nous, Français et Chinois, sommes capables de faire que notre planète soit à nouveau grande et belle. De donner corps à cette phrase : [Make our planet great again en mandarin].

Je souhaite donc que nos entreprises, nos acteurs académiques puissent faire davantage en la matière. Nous aurons après-demain une échéance importante puisque nos acteurs du satellite acteront de projets en commun, en particulier pour le climat dès l’année prochaine avec un partenariat croisé avec un satellite qui permettra d’être pleinement dédié au climat.

Cela fait partie des engagements de 2015 et je souhaite qu’en la matière nous puissions, Chine, France et avec la France, je l’espère, toute l’Europe, aller au bout de ce partenariat qui nous permettra d’échanger par nos satellites les informations sur l’état de la planète et de nos pollutions. De les rendre transparentes pour tous et toutes et d’en tirer toutes les conséquences et les éléments de responsabilité.

Cela fait partie des engagements politiques que nous avions pris. Nos entreprises, nos chercheurs peuvent en faire une réalité. Il nous faut maintenant leur permettre d’accélérer ce travail et c’est ce que je proposerai au président XI.

Le troisième axe, c’est l’écriture du droit international de notre temps au travers du pacte mondial pour l’environnement que la France a porté aux Nations unies. Un travail important conduit par des juristes en France, avec une contribution précieuse du Conseil constitutionnel et de nombreux juristes français, associant largement leurs homologues chinois et des femmes et des hommes de plusieurs pays, ont permis de conduire à un premier texte. Nous l’avons présenté en septembre dernier où j’avais pris l’initiative d’une réunion en marge de l’assemblée générale des Nations unies.

La Chine y était représentée au plus haut niveau. Il est aujourd’hui très important que nous puissions avancer ensemble sur ce projet pour le faire aboutir d’ici 2020. C’est une nouvelle étape de notre édifice juridique international, une étape qui permettra non seulement d’accroître les droits mais d’en tirer toutes les conséquences en termes d’effectivité et donc de responsabilité pour chacun.

Pour cela, en tant que membre permanent du Conseil de sécurité, en tant que grand pays ami, notre mission pour l’avenir est de définir ensemble cette nouvelle grammaire du multilatéralisme contemporain pour défendre les biens qui nous sont communs, au premier rang desquels le climat et l’environnement.

Cette bataille contre le réchauffement climatique, nous avons montré ensemble ces derniers mois que nous pouvions en préserver les acquis et lui donner un nouveau dynamisme. Aussi par-delà les engagements pris, ces trois initiatives que je viens d’évoquer devront pour moi jalonner les prochains mois d’actions communes. Mais cette bataille pour les biens communs que nous avons en partage ne s’arrête pas là. C’est aussi celle pour la paix et la stabilité, pour le libre commerce entre les peuples et entres les nations.

Nous avons, sur ces biens communs, des visions profondément aujourd’hui alignées et nous marchons ensemble lorsqu’il s’agit du climat. Nous avons de plus en plus des visions qui se rapprochent et peuvent se marier lorsqu’il s’agit de la paix et de la stabilité. Il nous faut maintenant travailler, rapprocher nos vues et construire cette grammaire commune lorsque l’on parle du commerce entre les nations. C’est aussi cela ce que je suis venu faire et sur ce sentier, nous avons à progresser ensemble.

Le monde aujourd’hui est une étoffe de soie. Il est précieux, fragile, délicat. Il faut du temps pour en fabriquer la beauté unique. Que cette soie dont la route nous a unis, dont l’Europe et la Chine tiennent chacune une extrémité soit le symbole de ce combat pour la justice, le développement, le climat. Les nouvelles routes de la soie, celles du vingt-et-unième siècle, doivent être celles de la justice et du climat.

Je souhaite profondément que les engagements courageux pris par la Chine pour elle-même puissent aussi se répliquer tout le long de ces nouvelles routes de la soie et que les engagements pris en matière de lutte contre le réchauffement, nous puissions ensemble les décliner pour que tout le long de cette route, nous puissions promouvoir un développement juste pour aujourd’hui et pour demain et donc un développement écologique, environnemental.

Enfin, il est un troisième pilier au combat commun que je vous propose, c’est celui de l’équilibre. Nous avons nos histoires respectives, elles ont toujours été faites de tension, d’un rapport complexe entre le dedans et le dehors, de périodes d’hégémonie, de volonté impérialiste chacun à nos manières, maritimes ou continentales, de complexes avec le dehors, de repli à d’autres moments de nos histoires. Mais il y a une chose qui nous unit, c’est que nos deux pays, parce que ce sont deux civilisations, ne se sont toujours pensés eux-mêmes que dans ce rapport au monde. Il n’y a pas tant de pays que cela sur cette planète à avoir cette spécificité.

La Chine ne s’est jamais pensée que dans ce rapport au reste du monde, soit pour en être le milieu, soit pour en contempler toujours le dehors dans une tension permanente et la France a toujours eu ce même rapport à travers l’universalisme qui nous a constitués, qu’il s’agisse d’un rapport de droit ou des impérialismes de différentes natures qui ont pu émailler notre histoire. Aussi dans le monde qui est aujourd’hui le nôtre, notre responsabilité est toute particulière parce que notre histoire à l’un et à l’autre nous a conduits à penser les équilibres du monde.

Nous vivons dans un monde dont les équilibres ont été pensés il y a un peu plus de soixante-dix ans au sortir d’un des pires conflits que nous ayons connu, où la barbarie avait frappé en particulier au cœur de l’Europe. Nous avons structuré la mondialisation avec un droit international, des structures au cœur desquelles la Chine se trouve comme membre permanent du Conseil de sécurité comme nous le sommes mais avec, je le sais aussi, parfois le sentiment d’avoir été laissée sur la marge, le sentiment que la Chine a pu avoir de se dire : « Cet ordre de l’après-guerre est un ordre occidental pas totalement fait pour nous. »

Parfois peut-être lesdites puissances occidentales ont pu contribuer à alimenter ce sentiment. Nous vivons aujourd’hui une crise de cet ordre mondial contemporain parce qu’il est fragilisé par l’émergence de puissances autoritaires, parce que la prolifération nucléaire a repris qui en bouscule les contours, parce que le capitalisme contemporain est débordé par ses propres excès et produit des inégalités sociales que j’évoquais tout à l’heure où les inégalités climatiques dans lesquelles nous vivons.

Nous avons donc aujourd’hui, lorsqu’on parle du climat, de la prolifération nucléaire, de la lutte contre le terrorisme, quelques-uns des symptômes de ce grand bousculement du monde qui impose que deux grands pays, qui ont toujours pensé les équilibres du monde, travaillent ensemble. Sur le climat, je l’ai déjà évoqué ; sur la prolifération nucléaire, laissez-moi vous en dire un mot, parce qu’il y a la Corée du Nord et je ne peux pas venir aujourd’hui auprès de vous et ne pas l’évoquer.

Dans le cas de la Corée du Nord, il n’y a que deux options. Soit nous nous divisons et nous laissons la Corée du Nord poursuivre ses provocations, défier notre autorité, menacer la sécurité du monde et alors, au-delà même du danger immédiat, c’est toute l’architecture de lutte contre la prolifération qui volera en éclats. Soit nous sommes capables d’exercer ensemble la pression sur Pyongyang pour que le régime revienne sérieusement à la table des négociations et ce sera alors la démonstration que la notion même de sécurité collective a encore une crédibilité.

La France a fait son choix et je veux ici saluer la responsabilité de la Chine dans la mise en œuvre des sanctions décidées par le Conseil de sécurité des Nations unies. J’attends beaucoup de la Chine qui dispose de leviers puissants sur la Corée du Nord et je sais qu’elle attend aussi beaucoup de nous pour promouvoir les voies, les moyens d’une reprise du dialogue. J’y suis prêt et je souhaite que sur ce sujet, nous puissions travailler ensemble dans cet esprit d’équilibre et de dialogue pour préserver la sécurité collective et ramener à la raison.

Dans la lutte contre le terrorisme, préoccupation majeure pour nos deux pays, nous n’avons pas d’autre alternative que la réponse collective. Daesh a été vaincu en Irak et est en passe de l’être en Syrie grâce à l’action militaire de la coalition internationale, mais son idéologie mortifère continue de se répandre y compris en Asie et je suis pour ma part convaincu, que l’Asie du Sud-Est aura dans les prochains mois, les prochaines années des défis immenses à relever en la matière. Dans cette région, différents groupes terroristes demeurent actifs et partout il existe une fragilité profonde.

De l’Asie centrale à l’Asie du Sud-Est, les menaces sont nombreuses qui peuvent fragiliser tout le continent. Il est donc de notre responsabilité de combattre ensemble, en construisant là aussi des solutions politiques aux conflits, en tirant les leçons des erreurs du passé. Je veux le dire ici très clairement : je crois dans une communauté de vue sur la manière de répondre à ces conflits. Dans chaque pays où des divisions existent, où des régimes autoritaires se déploient, où parfois le pire est à l’œuvre, la France ne défendra pas des solutions militaires qui se feront contre la souveraineté des peuples. Mais nous ferons tout pour travailler avec les sociétés civiles et avec nos amis pour faire émerger les solutions politiques pluralistes qui permettront tout à la fois de respecter chacune et chacun, d’éradiquer le terrorisme mais de construire les solutions politiques durables.

Nous devons tirer tous les enseignements des erreurs du passé. A chaque fois que nous avons voulu porter le vrai ou le droit contre les peuples eux-mêmes, nous nous sommes trompés et avons parfois produit des situations pires encore. Ce fut l’Irak, la Libye aujourd’hui. Il nous faut donc réussir à tresser ensemble ce respect de la souveraineté des peuples, mais cette exigence que nous devons avoir chevillée au corps du respect des droits et des pluralismes partout respectée dans les pays que nous considérons.

Je souhaite, à cet égard, que nous puissions travailler ensemble et tout particulièrement que nous puissions étroitement travailler avec la Chine pour faire accoucher des solutions politiques inclusive en Libye ou en Syrie dans les mois qui viennent, mais que compte tenu du défi que j’évoquais à l’instant, nous puissions ensemble également œuvrer pour lutter contre toutes les formes de financement du terrorisme.

L’un des défis fondamentaux aujourd’hui qui est à l’œuvre pour assurer notre sécurité collective, c’est d’assécher toutes les formes de financement des mouvements terroristes. La victoire en zone irako-syrienne coupera une partie de l’accès de ces derniers aux ressources naturelles, aux matières premières qui depuis plusieurs années leur permettaient de se développer. Demain, ils multiplieront l’accès aux différents trafics d’armes, de personnes, de drogues. Si nous voulons endiguer le développement du terrorisme sous toutes ses formes, nous devons en assécher le financement.

C’est l’objectif de la conférence que nous avons décidé d’organiser à Paris en avril prochain et je souhaite, dans ce cadre, que nous puissions étroitement travailler ensemble. Dans le monde d’aujourd’hui, la Chine et la France se définissent comme des puissances du multilatéralisme. Ce multilatéralisme est mis au défi par l’affirmation de plus en plus nette d’un unilatéralisme remettant en cause le principe d’intangibilité des frontières comme lors de l’annexion de la Crimée, où le principe du droit international comme ce fut le cas sur la question de Jérusalem.

Il nous faut donc aujourd’hui profondément réinventer le multilatéralisme et le réinventer en ayant chevillée au corps cette notion d’équilibre que nous portons. Certains en Chine disent que les règles qui ont présidé aux relations internationales jusqu’alors ont été écrites par l’Occident. A cela, je réponds très tranquillement que l’histoire nous oblige mais ne nous ne contraint pas. Nos deux nations millénaires ont survécu à travers les avanies de l’histoire parce qu’elles ont toujours su se réinventer, subir l’histoire parfois, l’inventer souvent, accepter des périodes difficiles mais saisir les opportunités pour grandir et rayonner.

Il en va ainsi des règles du multilatéralisme. Elles ne sont pas, elles ne peuvent pas être gravées dans le marbre de l’éternité, pas plus que les pratiques qui les accompagnent. Elles peuvent et doivent se réinventer en permanence avec tous ceux qui ont décidé d’y participer mais il y a toutefois un principe intangible. Leur définition doit être collective, prendre en compte les intérêts comme les principes de chacun, car toute option contraire n’aurait de multilatéralisme que l’apparence et ne résisterait pas à l’épreuve du temps.

La Chine connaît la différence entre la suprématie et l’hégémonie. Elle a démontré sa capacité d’engagement dans la lutte contre le changement climatique et a assuré avec succès la présidence du G20, y compris sur des questions difficiles comme les surcapacités. Le discours du président XI lors du forum de Davos l’année dernière a suscité d’immenses attentes pour tous ceux qui sont déterminés à combattre le protectionnisme. Après le dix-neuvième Congrès, la Chine ne fait plus profil bas pour citer le président XI Jinping : elle affirme sa volonté de se projeter vers l’extérieur.

Avec la place que l’on occupe vient, mes chers amis, la part de responsabilité que l’on porte. Aussi, ce multilatéralisme qui est à redéfinir implique de trouver les coopérations équilibrées à inventer pour le siècle qui s’ouvre. Il ne saurait être une suprématie déguisée et il ne saurait être le conflit entre des suprématies concurrentes. Tout notre art, si je puis utiliser ce terme, ne sera pas là un art de la guerre mais un art de la coopération équilibrée pour assurer sur le plan géostratégique, politique et économique cette harmonie dont notre monde a besoin.

Quand le multilatéralisme tel que nous le connaissions est mis au défi et quand la Chine veut s’engager, la conclusion est pour moi très claire. Il revient à l’Europe et à l’Asie, à la France et à la Chine, de définir et de proposer ensemble les règles d’un jeu dans lequel nous gagnerons tous ou perdrons tous. Je suis donc venu dire à la Chine ma détermination à faire entrer le partenariat euro-chinois dans le vingt-et-unième siècle pour qu’il s’inscrive dans cette nouvelle grammaire que nous avons à définir ensemble. L’Europe s’engagera résolument dans cette stratégie car elle a désormais conscience de son rôle et de sa place dans le siècle qui commence.

Elle sera présente sur tous les grands sujets comme un interlocuteur attentif et efficace. Oui mes amis, ce que je suis aussi venu vous dire aujourd’hui, c’est que l’Europe est de retour. Je sais combien la Chine a toujours été attentive à ce que l’Europe reste une et, contrairement à d’autres, n’a jamais parié sur le délitement de l’Europe. Je sais aussi combien parfois l’Europe a été injuste avec la Chine et ses investisseurs lorsque, au tournant de la crise de 2008, quelques investisseurs chinois qui avaient fait confiance dans l’Europe et dans plusieurs pays de notre union, ont été sacrifiés.

Je sais aussi que certains ont pu penser qu’il en était fini de l’Europe après la crise de 2008-2010. Je sais aussi combien l’Europe a pu elle-même aider à cette perception lorsqu’elle a passé tant et tant d’années à se diviser dans ses propres querelles qui n’étaient que des querelles internes et manquer de vision. Aujourd’hui, notre Europe est de retour. Elle l’est parce que nous sommes quelques-uns à vouloir lui redonner une perspective de moyen terme à dix, quinze ans et reconstruire une Europe souveraine, unie, démocratique, qui soit cette puissance économique, sociale, environnementale et scientifique qui puisse dialoguer avec la Chine et les Etats-Unis.

Cette ambition, c’est celle que j’ai portée depuis le début de mon mandat. Avec la chancelière allemande, comme nombre d’autres dirigeants européens, nous sommes en train de travailler à un projet qui doit doter le cœur de l’Europe de ces éléments de souveraineté et de ces projets et l’année 2018 sera, à cet égard, un tournant. Je veux que vous compreniez une chose aujourd’hui : la France est là, qui se transforme en profondeur et veut être ce pays de dialogue et de construction d’un partenariat nouveau pour le vingt-et-unième siècle avec la Chine. Avec elle, c’est l’Europe qui est de retour et qui veut, par la construction de sa propre puissance, construire cette coopération équilibrée avec la Chine dans le siècle qui s’ouvre.

Nous devons mettre fin à ces années passées qui ont parfois été des années de doute, de balbutiements et, ce faisant, parfois de craintes réciproques. Cette transformation pour moi doit nous conduire aussi à repenser la grammaire de la relation bilatérale. Il y a parfois eu de la défiance, il faut bien le dire, une interrogation légitime portée par la Chine et, parfois, de la peur du côté européen à l’égard des intérêts chinois, de la puissance chinoise. Je veux donc qu’ensemble nous puissions construire les règles d’une relation équilibrée, où chacun aura à gagner et dont nous devons, d’abord politiquement, définir le cadre avec les secteurs sur lesquels nous voulons coopérer ensemble et ouvrir, de part et d’autre, les accès et les marchés et les parts de nos économies où nous ne souhaitons pas le faire.

C’est par un dialogue honnête, loyal, lisible que nous pourrons ainsi avancer. Je souhaite que ce soit cette méthode qui soit aujourd’hui adoptée pour la relation bilatérale. En préparant ce voyage, beaucoup m’ont expliqué que le mot de réciprocité n’était pas traduisible en chinois. D’autres m’ont dit : c’est qu’en fait, le mot de réciprocité ne doit pas être traduit en chinois parce qu’il est un irritant comme disent les diplomates ; il peut contrarier. Alors vous voyez, j’ai trouvé la longue périphrase pour ne pas parler de réciprocité et pour, au fond, dire : quand on construit une relation d’amitié, c’est une coopération équilibrée que l’on cherche.

C’est une confiance qui se définit à tâtons. C’est le fait de dire qu’on décide de faire un pas puis l’autre et qu’on le décide ensemble, de manière assumée, transparente et équilibrée, et qu’il n’y a d’amitié qui ne dure si elle ne suit cette marche. Donc, c’est ainsi que nous allons faire pas à pas, avec détermination, mais parce que je suis profondément persuadé que c’est cette voie qui nous permettra d’avancer. C’est dans ce même esprit que je souhaite aussi que nous puissions avancer sur ces routes de la soie. En effet, ce « one belt, one road », c’est la perspective que la Chine s’est donnée et qu’elle a proposée au monde.

Quand une proposition est sur la table, il n’est pas dans mes habitudes de ne pas en discuter. J’en comprends les opportunités pour la Chine sur le plan économique par la recherche de nouveaux débouchés internationaux ; sur le plan politique pour désenclaver certaines régions touchées par le sous-développement ; sur le plan diplomatique pour stabiliser par les échanges des zones fragiles où se trouvent des Etats en difficulté, des régions en développement ; sur le plan culturel puisqu’il s’agit aussi d’exercer un leadership avec la force des idées neuves.

Je pense également que l’initiative des nouvelles routes de la soie peut rejoindre nos intérêts, ceux de la France et de l’Europe, si nous nous donnons vraiment les moyens d’y travailler ensemble. Après tout, les routes de la soie n’ont jamais été purement chinoises si je suis pleinement honnête. Lorsqu’on parle des routes de la soie maritimes, elles étaient d’abord portugaises. Sur terre, elles passaient par l’Asie centrale, l’Iran, l’Irak, Tyr et Antioche et, ce faisant, étaient sino-européennes. Le génie des premières routes de la soie a d’ailleurs été de réinventer bien souvent des routes européennes pour en faire des routes chinoises.

Je ne suis pas en train là de dire que le secret défi que je suis en train de conduire serait de vouloir transformer ces nouvelles routes de la soie chinoises en routes européennes. Je suis en train simplement de dire que de manière consubstantielle, ces routes sont toujours en partage. Et si ce sont des routes, elles ne peuvent être univoques. Il doit y avoir des allers et des retours. Il y a des femmes et des hommes qui restent d’un côté et de l’autre de la route et tout au long de la route. Ce sont ces histoires qui font nos diasporas, nos vies croisées en partage.

Je suis ainsi prêt à travailler aux objectifs affichés. Les programmes d’infrastructures routières, ferroviaires, aéroportuaires, maritimes, technologiques le long des routes de la soie peuvent apporter des éléments de réponse au déficit d’infrastructures, notamment en Asie, et créer des perspectives dans des secteurs tels que le transport, la gestion de l’eau et des déchets, la ville durable, l’économie verte. La mise en commun de ressources financières, publiques et privées, autour de projets transfrontaliers peut renforcer la connectivité entre l’Europe et l’Asie et, au-delà, jusqu’au Moyen-Orient et en Afrique, permettre de mieux intégrer, structurer, décloisonner par le commerce la croissance.

Elle fera en même temps bien davantage et la ville de Xi’an en est l’exemple vivant. Ces premières routes de la soie ont ici apporté le bouddhisme et l’islam et le christianisme. Immanquablement, ces nouvelles routes de la soie conduiront à des échanges culturels, éducatifs et à des transformations profondes de tous les pays qu’elles traversent. Il s’agit enfin de se donner une nouvelle perspective à un moment où les grands récits partagés font cruellement défaut au monde. Je dois le dire, c’est l’un des grands mérites de ces routes de la soie proposées par le président XI Jinping.

C’est que ces routes de la soie réactivent un imaginaire de civilisation, d’échanges féconds, de richesses partagées et elles montrent à tous ceux qui pensaient que nous étions dans un monde fatigué, post-moderne, où les grandes histoires étaient interdites que ceux qui décident de vivre des grandes histoires peuvent faire rêver les autres. Je crois profondément dans les grandes histoires. Il appartient maintenant à la France, et avec elle à l’Europe, d’apporter sa part d’imaginaire à cette proposition et d’y travailler dans les mois et les années qui viennent.

Mais ces routes de la soie ne pourront pleinement être une réussite que si elles parviennent à créer ces coopérations équilibrées, ces richesses partagées, à donner envie de lancer des projets, à s’extirper des passions mauvaises, de la radicalité, du fanatisme, du repli pour se projeter vers un avenir meilleur. Bien sûr, je n’ignore rien des rapports de force qui existent dans toute initiative internationale structurante d’où qu’elle vienne. Et donc, je pense que pour avancer ensemble vers ces objectifs que nous partageons, nous devons aussi nous donner les bonnes règles. Travailler en commun avec cet esprit de coopération équilibrée et avoir cette volonté de cohérence.

Les routes de la soie doivent répondre aux objectifs que nous nous assignons pour les biens communs. Ce doit être des routes de l’intelligence qui, dans chaque pays qu’elles traverseront, devront faire émerger une société civile, des talents, une capacité à innover dans les pays. Elles ne peuvent être les routes d’une nouvelle hégémonie qui viendraient en quelque sorte mettre en état de vassalité les pays qu’elles traversent. Elles doivent contribuer à l’intelligence du vingt-et-unième siècle.

Ces routes de la soie doivent participer de cet esprit de justice, comme je l’évoquais, et donc être en quelque sorte des routes de la soie vertes. Aussi est-il indispensable que les investissements, le développement d’infrastructures, les choix qui sont faits tout au long de ces routes de la soie soient cohérents avec nos propres objectifs internationaux et ce que nous décidons dans nos propres pays.

La transparence, l’interopérabilité, l’ouverture dans la passation des marchés publics, le respect des règles de concurrence, de propriété intellectuelle, le partage des risques sont des sujets que nous traitons ensemble dans le cadre du G20. Le respect de ces principes est bien sûr essentiel, tout simplement parce que ces principes permettent un partenariat mutuellement bénéfique, une soutenabilité financière accrue, et donc la réussite des projets engagés. Ils devront aussi nourrir cette philosophie nouvelle et ce sera au cœur du dialogue que nous aurons à conduire.

Ce sera l’objet de mes échanges avec le président XI Jinping pour définir ensemble cet agenda de confiance que je veux que nous puissions mettre en œuvre. Je sais que certains voudraient encore dire : cet agenda de confiance doit participer d’un équilibre qui serait celui entre une puissance développée et un pays en développement. Mais la Chine n’est plus un pays en développement, c’est un pays en dépassement, largement. Et donc, il nous faut inventer là aussi les termes d’une relation nouvelle, et les routes de la soie sont l’expression même de cette nouvelle relation au monde de la Chine. Je souhaite que dans le dialogue qui est le nôtre, nous puissions en tirer toutes les conséquences.

Je propose en méthode d’identifier très concrètement le cadre politique dans lequel nous pouvons construire ce partenariat, cette coopération et cette stratégie commune, le cadre de la relation à venir. Je suis convaincu très profondément que si l’Europe et la Chine savent ensemble se fixer ce cap, s’entendre sur ces principes et définir cette méthodologie, cette initiative pourra être une occasion de relancer de façon très pragmatique un multilatéralisme aujourd’hui en manque de réalisations concrètes.

Je suis prêt à jouer un rôle moteur dans cette direction en veillant à ce que les pays européens avancent dans l’unité, parce que la Chine a besoin d’un interlocuteur solide pour échanger et construire sur son initiative. Je souhaite aussi que les routes de la soie à venir ne se limitent pas aux questions économiques mais soient éclairées en Europe par une compréhension approfondie de la Chine.

Toutes les ressources doivent être utilisées à cette fin, depuis le monde de l’édition jusqu’au monde du théâtre et du cinéma ; depuis l’école de sinologie française, pionnière et reconnue, jusqu’au monde des arts. Ce sont bien les routes de l’échange qu’il nous faut ainsi construire. Vous l’avez compris, mesdames et messieurs, ma volonté dans ce cadre c’est bien que la France et l’Europe prennent toutes leurs responsabilités et soient au rendez-vous offert par la Chine.

Il y a quelques semaines, je me suis rendu avec ma famille à la rencontre d’un petit panda né en France. Outre le plaisir des plus jeunes membres de ma famille – et, je l’avoue, le mien et celui de mon épouse qui en est la marraine - j’ai cherché auprès de lui quelques signes précurseurs de ma visite en Chine et je n’ai pas eu à chercher longtemps ce signe. Son nom seul a suffi à m’éclairer. Ce petit panda, en effet, s’appelle Yuang Meng, « l’accomplissement d’un rêve ». Nous vivons un temps où la France et la Chine peuvent se permettre de rêver ensemble.

Nous sommes à un moment de l’année, je le sais, même si ce n’est pas encore le Nouvel An chinois, où il y a dans la définition que vous donnez de ce moment calendaire quelque chose qui est l’aube de nouvelles promesses. C’est cela ce que je voudrais pour la relation entre la Chine et la France et, je le dis avec beaucoup d’ambition, celle même de Yuang Meng, et avec beaucoup d’humilité. Parce que je sais qu’on ne décrète pas en un discours l’accomplissement d’un rêve. Parce que je sais qu’on ne dit pas, par une visite, la réussite d’un partenariat de confiance.

Je sais que la confiance se gagne progressivement. Je sais aussi que le graphème sagesse en chinois, c’est aussi celui de l’écoute. Alors j’ai décidé d’adopter une méthode : c’est de dire les choses comme je les ai dites aujourd’hui, d’essayer de définir un cap comme nous allons le faire avec le président XI Jinping et en confiance, avec méthode, d’écouter, de proposer, d’avancer et de construire la confiance. De créer ensemble ce chemin de fidélité, de fiabilité réciproque. Pour cela, je reviendrai au moins une fois par an en Chine tout au long de mon mandat, parce que c’est la condition pour que notre relation entre dans une ère nouvelle, un changement politique profond et que nous puissions tirer toutes les conséquences de ces débuts de renouveau que furent l’élection présidentielle en France en mai dernier et le dix-neuvième Congrès en Chine qui a permis un changement profond.

Nous avons besoin de cette amitié entre nos pays. Le monde en a besoin. Tout à l’heure, j’irai à la rencontre du président XI Jinping avec qui nous aurons de longs temps d’échange et de travail pour nouer notre relation de confiance et travailler à des projets communs. J’irai aussi à la rencontre de la Chine d’aujourd’hui, de ses innovateurs, de ses créateurs, de ses chercheurs, de ses artistes, de ses forces vives. Et ce que je ferai aujourd’hui, demain, je le ferai dans les mois et les années qui viennent, car je sais que nos destins sont liés.

Au cœur de nos deux nations grandit l’élan qui fera du monde de demain un monde à la hauteur des défis de l’humanité. C’est cet élan que je veux partager avec vous, nouer avec vous, construire avec vous. Notre grand passé nous donne un goût insatiable de l’avenir et cet avenir nous attend. Il a besoin de la France, il a besoin de l’Europe, il a besoin de la Chine, respectée et écoutée. Nous sommes la mémoire du monde, il nous appartient de décider d’en être l’avenir. Je vous remercie"./.

Discours du Président de la République au forum intelligence artificielle (Pékin, République populaire de Chine, 9 janvier 2018)

"Rebonjour ou bonjour, pour ceux que je n’avais pas encore vus. Est-ce que tout le monde a des traducteurs ? J’ai l’impression que oui. Bien, Mesdames et Messieurs, je suis heureux d’avoir, quelques instants, l’opportunité d’échanger des convictions sur la relation économique entre nos deux pays et, à l’issue du discours que j’ai prononcé hier à Xian, puis des longs échanges que j’ai eus hier après-midi et hier soir avec le président Xi JINPING, pouvoir vous dire combien je considère que cette relation économique est éminemment structurante et s’inscrit dans une relation politique, culturelle, que je veux raviver entre nos deux pays.

Depuis 1964 et la reconnaissance par le Général de GAULLE de la République de Chine Populaire, la relation économique a jalonné et a structuré très profondément le cœur de la relation politique, mais ces réalités sont en train de changer. Elles ont changé ces dernières décennies, à raison de l’évolution de la Chine et de l’économie chinoise, qui est en train d’entrer dans une nouvelle phase, et de l’évolution, aussi, de notre économie mondiale, et nous devons la réévaluer à l’aune justement de ces changements.

Il y a une transformation en cours de l’économie mondiale qui est liée à ce que j’appellerais une crise du capitalisme contemporain, qui est rattrapé par ses propres excès, nous en avons deux symptômes avec l’explosion des inégalités contemporaines, et un autre symptôme avec le réchauffement climatique. Dans les deux cas c’est le capitalisme contemporain, hyper financiarisé et accéléré, qui a échoué, en quelque sorte, à réguler les propres excès qu’il avait générés, et il nous appartient, dans les années qui viennent, d’y apporter une réponse.

Et, de l’autre côté on a une économie chinoise qui est en pleine transformation, et qui est en train de revoir sa stratégie, qui n’est plus simplement l’atelier des produits à bas coût du reste du monde, mais qui entend développer, à juste titre, son marché domestique, qui entend amener au progrès économique et social les Chinois, avec le développement de la classe moyenne, et une première victoire a été obtenue avec la sortie de 700 millions de Chinoises et de Chinois de la pauvreté, et avec la volonté d’être de plus en plus présent sur justement la qualité, la haute valeur ajoutée. Tout cela nous implique d’en tirer toutes les conséquences et d’avoir une relation lucide, exigeante et volontariste, l’un avec l’autre.

Le message que je suis d’abord venu présenter à la Chine c’est celui d’un retour de la France et de l’Europe, et pour moi ce message est fondamental, dans le sens où nous sommes, depuis le mois de mai dernier, en train de mener des réformes économiques qui étaient attendues de nos concitoyens, puisque ça a été l’objet de leur vote, qui étaient attendues de nos entrepreneurs et investisseurs, et qui étaient attendues aussi d’une bonne partie de la communauté internationale et des entrepreneurs et investisseurs que vous êtes pour certains d’entre vous.

Ce que nous avons commencé à mettre en œuvre en France c’est d’abord une transformation en profondeur du marché du travail, pour permettre ce que d’aucuns ont pu appeler une flexisécurité à la française, donner plus de liberté, de capacité d’adaptation aux cycles économiques, par un dialogue social renouvelé, apporter aussi les protections contemporaines à nos salariés, non pas des protections en leur promettant qu’on va les protéger, en quelque sorte, des changements ou contre les changements inéluctables, mais en leur apportant les vraies sécurités que sont la formation initiale et continue, pour faire face à ces changements. Et, dans nos sociétés, des millions d’emplois vont être réinventés par ces changements, et c’est le cœur de la politique qui est aujourd’hui conduite, les réformes du marché du travail, la réforme de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur, de l’orientation, la réforme aussi de l’apprentissage et de la formation continue, qui ont pour objectif de faire de la France une Nation forte sur le plan de l’innovation, mais d’une innovation inclusive, parce que c’est un défi pour chacune et chacun d’entre nous. Et lorsque des économies vous promettent, en quelque sorte, d’adapter toute la société à l’innovation et à la brutalité des changements du temps présent, sans se soucier de savoir comment leurs concitoyens y trouveront leur part du succès, bien souvent ils se trompent, et vous en connaissez toutes les conséquences potentielles, à un moment donné les classes moyennes disent que ce monde en changement n’est pas pour elles.

Et donc, le cœur de notre stratégie économique c’est de permettre à la France de réussir, en matière justement de créations d’emplois, d’innovation, de création de nouveaux secteurs économiques, mais en donnant la possibilité à toutes les Françaises et tous les Français d’y avoir leur place, par le volontarisme de la politique éducative et de formation continue.

Ensuite, nous avons une politique très volontariste en matière de transition énergétique. Nous avons une énergie nucléaire forte, avec une transition, à moyen terme, qui va réduire la part de celle-ci dans notre mix électrique parce que c’est bon pour les équilibres de ce mix et c’est bon pour la France, mais sans que nous détruisions pour autant de la valeur économique et la cohérence du choix stratégique qui est le nôtre, qui est de réduire les émissions de gaz à effet de serre. C’est la priorité de la politique française, elle est conséquente, et elle a conduit à des mesures inédites et très fortes.

La première, c’est la fin de tout nouveau permis d’hydrocarbures en France, aucun pays développé n’a conduit une telle décision, nous renonçons donc à des permis potentiels nouveaux, mais parce que ce sont les… l’exploitation, justement, des hydrocarbures, qui produisent l’émission de gaz à effet de serre, et donc nous concentrons notre production d’électricité sur le nucléaire et le renouvelable, avec une volonté de développer, de manière là aussi très forte, le renouvelable.

Ensuite, cette stratégie elle est basée sur l’effacement énergétique, avec la volonté, grâce à la recherche et nos acteurs industriels, d’accélérer justement la baisse de consommation d’électricité et d’énergie, qu’il s’agisse des particuliers, des entreprises ou du transport. Et puis une vraie transition de notre mobilité, avec là aussi la réduction des gaz à effet de serre, et en particulier des véhicules thermiques gasoil, qui étaient aujourd’hui surreprésentés en France.

Enfin, c’est une stratégie éducative et sociale, comme je le disais, qui est conduite aujourd’hui par le pays, qui est pour moi très importante, très importante pour la cohésion nationale des Françaises et des Français, on ne peut pas leur dire ces changement ils sont faits malgré vous ou contre vous, mais qui est aussi très importante pour vous, parce qu’elle est le gage d’une « soutenabilité », d’un long terme cette politique. Ça veut dire que la France veut réussir dans la mondialisation contemporaine qui est en train de se redéfinir, mais elle veut le faire en assurant à l’ensemble de nos concitoyens une place.

Et c’est un défi formidable pour toutes nos sociétés, car des millions d’emplois seront détruits, ou revus dans les prochaines années, et des millions d’autres seront créés. Ce qui suppose de pouvoir former, ou reformer, des millions d’individus, et la France investira, à cet égard, des sommes importantes, 15 milliards d’euros sur le quinquennat, pour former les Françaises et les Français, de tous âges, à ces transitions.

Notre volonté c’est donc de construire le leadership français contemporain pour faire de la France ce pays, cette force économique, sociale, environnementale, que je viens d’évoquer, mais avec un objectif derrière qui est d’avoir un véritable leadership européen et de pouvoir à nouveau proposer une vision claire à l’Europe, et de faire de l’Europe cette Europe plus souveraine, plus unie, et plus démocratique, dont nous avons besoin et donc vous avez besoin.

La Chine n’a jamais fait partie de ceux qui doutaient de l’Europe ou pariaient sur la division de l’Europe, parfois, d’ailleurs, lorsque l’Europe la traitait de manière un peu injuste, oubliant ceux qui avaient investi avant la crise.

La volonté que nous portons, sur l’année qui vient, c’est justement, en Europe, de porter une nouvelle ambition et de faire de l’Europe cette puissance industrielle, économique, sociale, environnementale et scientifique, qui pourra, sur les prochaines décennies, être en compétition avec la Chine et les Etats-Unis, mais comme une puissance stable, solide, avec une vraie ambition en termes de recherche, avec l’ambition de développer une place financière forte. Mais une finance utile, à la fois plus écologique, favorable au financement de l’innovation et de la transition, et plus orientée vers le financement de l’économie de long terme, et donc moins spéculative.

Je crois que c’est la vocation de l’Europe, et que l’Europe peut avoir ce rôle de puissance d’avenir. Cela suppose que nous renforcions, pour cela, l’intégration d’un cœur d’Europe, cette avant-garde ouverte que j’ai à plusieurs reprises évoqué, et cela suppose qu’en matière de numérique, d’environnement, de protection à nos frontières, nous prenions quelques décisions structurantes que, j’en suis sûr, l’année 2018 permettra de prendre.

Cette volonté, elle intervient, pour ce qui est de la France, à un moment qui est aussi un moment de tournant et de choix pour la Chine, après le 19e Congrès cette nouvelle ère voulue par le président Xi JINPING, et cette coïncidence de nos temps, je crois, ouvre l’opportunité d’une période inédite sur le plan de la relation. Créer un contexte qui doit nous permettre de penser des termes de cette coopération équilibrée, que j’évoquais hier à Xian, et qui, à mes yeux, doit nous permettre d’aborder, avec beaucoup d’ambition, cet agenda qui s’ouvre devant nous. C’est d’ailleurs avec cette conviction chevillée au corps que nous allons cet après-midi, avec le président Xi JINPING, installer le Conseil d’entreprise franco-chinois, dont nous actons aujourd’hui la création, puisqu’il n’existait pas encore, et qui va consister à réunir régulièrement des entreprises engagées dans notre partenariat économique, qui ont l’habitude de le pratiquer, mais qui pourront trouver ainsi le forum pour échanger sur cette relation, proposer des axes de coopération et d’amélioration. Il s’agit aussi, pour la France, de jouer groupé sur notre offre en Chine, avec un portage entre les grands groupes, les PME et les ETI, comme d’autres pays européens ont su le faire par le passé.

Et à mes yeux, cette coopération équilibrée qui s’ouvre entre nos pays, compte tenu de ce que je viens d’évoquer de l’agenda français, européen, et de cette nouvelle ère ouverte par le président Xi JINPING, s’articule autour de trois agendas.

Le premier c’est un agenda de responsabilité. La responsabilité c’est d’abord de se dire les choses. Il y a eu une défiance, qui a parfois pu s’installer sur le plan économique, entre nos deux pays, malgré les success story et quelques belles histoires, et cette défiance était parfois liée au fait qu’il y avait des incompréhensions ou des expériences que certains voulaient seulement voir, qui n’avaient pas donné tous les résultats escomptés.

Quand je regarde la réalité de la relation économique, contrairement d’ailleurs à ce que beaucoup peuvent parfois penser en France, elle est déséquilibrée à deux égards, que sur le plan de l’investissement elle est déséquilibrée en défaveur de la Chine. La France a réussi à investir en Chine, nous sommes installés, et je m’en félicite, nous sommes parmi les premiers investisseurs internationaux, mais la Chine a beaucoup moins investi en France que nous ne l’avons fait. Et donc, nous devons, et c’est l’objectif que nous nous sommes fixés avec le président Xi JINPING, désigner les secteurs privilégiés sur lesquels nous souhaitons encourager un investissement chinois accru, dans nos entreprises françaises, dans les grands secteurs d’activité, où, en plus, cet investissement peut être porteur d’opportunités pour nos entreprises, et peut permettre d’accélérer nos transitions, de fertiliser aussi le développement de l’activité française. A cet égard, les accords qui sont signés entre plusieurs investisseurs français et chinois aujourd’hui, CATHAY CAPITAL et BPI, actant une nouvelle étape de cette relation, sont pour moi une étape importante parce qu’ils vont permettre de financer aussi des PME, des ETI, des deux côtés, et de renforcer cet investissement chinois par une plateforme commune. Ce que font les grands groupes ou les investisseurs présents, dans cet amphithéâtre, va dans la même direction. Et puis de l’autre côté, quand je regarde la relation commerciale, elle, elle est déséquilibrée, peut-être encore plus fortement, dans l’autre sens. La France importe 45 milliards de la Chine, elle n’exporte que 15 milliards. Et donc, nous avons des accès aux marchés qui sont déséquilibrés, qui ne sont pas satisfaisants.

Si nous ne regardons pas les choses en responsabilité, la réaction première, naturelle, celle que nous avons trop longtemps eue, c’est de fermer des deux côtés, ce serait de réduire les investissements, par peur côté français, et ce serait de réduire les ouvertures aux marchés, par habitude, réflexe prix, du côté chinois. Ouvrons les deux avec un agenda positif, où il y a plus d’accès pour nos entreprises, PME, ETI, grands groupes, sur certains secteurs, cette ouverture est offerte en Chine, et ouvrons davantage de place à l’investissement en France. C’est pour moi la grammaire nouvelle de cette relation économique volontariste et de cet agenda de responsabilité.

Ensuite, il y a des sujets sur lesquels nous devons avancer de concert. Le premier c’est celui des surcapacités, sujet compliqué à gérer pour l’économie chinoise et que la France, et l’Europe, doivent aider à régler là où elles sont. Le président Xi le sait, je viens d’une région en France où de nombreux emplois ont été détruits à cause des surcapacités dans le secteur de l’acier, il y a plusieurs décennies, et donc la France a eu à vivre ce que la Chine est en train de vivre, c’est-à-dire on a investi sur un secteur productif classique, on a des surcapacités, et il faut pouvoir les gérer, les réduire, et ça détruit mécaniquement de l’emploi et crée des tensions dans un secteur de l’économie.

C’est, pour la Chine, un élément important de sa transition, qui a pu être source parfois d’incompréhension, mais je sais aussi les efforts que mène le président Xi JINPING en la matière, qu’il a d’ailleurs conduits dès les déclarations importantes faites dans le cadre du G20, et qui supposera un travail accru entre la France, l’Europe, et la Chine. Nous devons aider la Chine à gérer cette transition sans qu’elle vienne déstabiliser des acteurs du pneumatique, de la sidérurgie, de l’acier, en France et en Europe, qui ont fait cette transition, qui sont devenus compétitifs, et qui ne peuvent pas être les facteurs d’ajustement de surcapacités.

Le deuxième défi c’est celui de la propriété intellectuelle, je viens de l’évoquer avec plusieurs entrepreneurs chinois qui en ont pleinement conscience. Il est difficile d’expliquer que les marchés européens sont ouverts pour les entreprises chinoises et donc qu’il peut y avoir une rude concurrence, mais que cette ouverture se fait, parfois, en en fragilisant la propriété intellectuelle chez les uns ou les autres. J’ai noté, ces dernières années, la grande sensibilité des acteurs économiques et des investisseurs chinois en la matière, et je veux les en remercier pour celles et ceux qui sont ici présents.

Si nous voulons coopérer, on doit pouvoir justement récompenser le travail qui est fait dans les laboratoires de recherche publics, dans les laboratoires conjoints, et dans les entreprises, de part et d’autre, et c’est d’ailleurs, en quelque sorte, l’ordre commun dans lequel nous pouvons opérer, pour faire suite à ce que Cédric VILLANI, à l’instant, présentait sur l’un des domaines qui est l’intelligence artificielle. Des pas importants ont été franchis, une prise de conscience a eu lieu, et sur ce sujet, je serai très vigilant avec vous pour ce qui est des grandes plateformes, pour qu’on puisse de mieux en mieux prendre en compte justement la lutte contre la contrefaçon, et je veux remercier ceux qui ont commencé à le faire, la rémunération juste de la propriété intellectuelle, et notre volonté, avec le président Xi JINPING, est de définir justement le cadre de cette relation partagée, parce que c’est aussi un des cadres de la relation de confiance.

Ensuite, cet agenda de responsabilité sera fait d’une série d’investissements dans les secteurs stratégiques. Nous avons lancé en Europe une initiative qui consiste à mieux protéger des actifs qui sont de souveraineté, ce n’est en aucune façon de la défiance, encore moins du protectionnisme, qui n’a rien à voir avec la protection, c’est le fait que l’Europe s’est réveillée, il y a quand même quelques mois, et a bien vu que certains secteurs d’activités, de recherche, critique ou économique, faisaient partie de sa souveraineté. Et je le dis devant vous et dans un pays qui lui n’a jamais oublié, il y a des secteurs d’activité en Chine qui sont impossibles à investir pour un entrepreneur français ou européen, et parfois avec des bonnes raisons, et donc il est très important que nous ayons cette compréhension mutuelle et que, dans des secteurs très stratégiques, on veut avoir une politique de souveraineté, et garder notre indépendance, elle est légitime, et ça fait partie de ce dialogue respectueux et de vérité.

Et ensuite, il y a des secteurs stratégiques qui peuvent créer beaucoup d’emplois, qui sont à la convergence justement de secteurs comme l’intelligence artificielle, où nous pouvons faire beaucoup mieux, par des investissements croisés, et une ambition conjuguée. A cet égard, 700 filiales d’entreprises chinoises en France embauchent plus de 45.000 personnes, et je crois en la preuve par l’exemple, nous avons fait beaucoup. Le Club Med, sur lequel beaucoup d’inquiétudes se faisaient jour lorsque le groupe Fosun a investi, est la parfaite illustration du fait que, sur un secteur stratégique, qu’est le tourisme, lorsque qu’il y a une politique qui est claire, un acteur économique et un investisseur qui donne sa stratégie et la respecte, eh bien non seulement on crée des emplois, mais on développe de nouveaux marchés. C’est pour moi l’illustration de ce que nous devons faire pour, dans les secteurs clés, l’industrie du futur, j’y reviendrai, le tourisme, le luxe, les industries critiques sur le plan technologique, les nouvelles technologies, eh bien pour que nous puissions, là aussi, continuer à développer cet agenda conjoint.

Le deuxième axe c’est ce que je voudrais appeler un agenda de confiance, après l’agenda de responsabilité que je viens d’évoquer. La Chine change à pas de géant et ce changement ouvre des opportunités. Il existe un proverbe chinois qui dit que quand le changement se lève, les uns construisent des murs et d’autres des moulins à vent, je voudrais qu’ensemble nous arrivions à construire des moulins à vent, plutôt que les murs qui s’étaient parfois bâtis. Il y a donc plusieurs secteurs, historiques ou nouveaux, sur lesquels nous devons donner des preuves de réalisation sur cet agenda de confiance.

Le premier c’est le nucléaire civil, c’est un domaine qui nécessite de la confiance, et je dois dire que, en la matière, c’est un domaine où nous avons pour partie construit notre relation historique. C’est la France qui a contribué à l’émergence, la formation, le développement, du nucléaire en Chine, et cette visite marque, à cet égard, une étape historique avec le chargement du combustible du premier EPR à Taishan, et donc sa prochaine mise en service commerciale, ce qui sera une première mondiale, ce qui est un élément important pour la filière nucléaire et pour la confiance dans la filière nucléaire.

C’est une bonne nouvelle pour l’industrie française, c’est une bonne nouvelle pour les objectifs que s’est donné la Chine en matière énergétique, parce que c’est ce qui permettra aussi à la Chine d’accélérer sa transition et de réduire les émissions, et donc d’accélérer la fermeture de certaines usines à charbon et de faire cette transition des combustibles fossiles vers le nucléaire.

Pour autant, ce n’est pas un aboutissement, c’est une étape, dans une coopération que nous inscrivons dans le long terme, nous y reviendrons cet après-midi avec certains accords signés en présence du président Xi JINPING et de moi-même, sur ce sujet, nous avons des étapes à venir, dans le trimestre qui vient, qui nous conduiront, là aussi, à concrétiser ensemble plusieurs accords.

C’est ensuite l’aéronautique, où nous avons construit, au-delà même des achats d’appareils, une véritable coopération industrielle. L’inauguration de la chaîne de finition de gros porteurs A330 en septembre à Tianjin, création d’une école franco-chinoise de l’aviation à Hangzhou, l’illustre pleinement, et répond à la congestion du trafic, et est aussi une source d’emplois en Chine, comme en France. C’est un secteur structurant, pour les années et décennies à venir la France et l’Europe doivent maintenir leurs parts de marché dans la fourniture justement d’avions au développement de l’aéronautique chinois, mais c’est aussi un secteur qui va connaître des transitions, et il faut se le dire de manière ouverte puisque la Chine a l’ambition croissante de produire ici, et c’est bien légitime, et la France devra en tirer aussi toutes les conséquences, accompagner cette transformation, pour apporter sa valeur ajoutée, progressivement, sur des secteurs et des segments complémentaires, mais sur les 10, 20 ans qui viennent, nous devons continuer à assurer, avec exigence et qualité, les besoins de l’aéronautique chinoise pour la part qui nous revient.

Au-delà de ces secteurs structurants, nous avons les moyens aussi de monter en puissance sur des secteurs qui correspondent aux attentes de la Chine en matière de qualité, et qui correspondent, nettement plus que dans les autres phases de développement de la Chine, aux atouts français. Je ne veux ici citer que quelques exemples. Le premier, la ville durable, il s’agit de répondre aux besoins de la Chine, population urbaine en croissance de 10 % par an depuis 30 ans, avec un taux d’urbanisation de 57 % fin 2016, et qui devrait être supérieur à 70 % d’ici à 2035, il s’agit donc de répondre à ces besoins, immenses, inédits sur le plan planétaire, en tenant compte des problématiques de pollution, d’efficacité énergétique et de qualité de la vie.
La France a une excellence à tous les niveaux sur ce sujet. Les fournisseurs justement de solutions d’efficacité énergétique, présents dans cette salle, les gestionnaires de la complexité et du logiciel, les fournisseurs d’infrastructures urbaines, et les fournisseurs de solutions, d’agrégation, de toutes ces solutions. La France a su structurer, ces dernières années, une offre justement commune, conjointe, pour mieux répondre à vos projets, tel que celui de la nouvelle zone de développement au sud de Pékin, et je souhaite que, sur le sujet de la ville durable, nous puissions être nettement plus présents encore. Ce sont des opportunités partagées et c’est un intérêt conjoint. Et là aussi je compte vraiment sur les investisseurs et les entrepreneurs chinois, présents dans cet amphithéâtre, pour promouvoir, aider les solutions françaises à être plus présentes dans la réalisation justement de ces solutions, et l’aide apportée à cette problématique chinoise.

Deuxième sujet c’est la santé et l’économie du vieillissement, c’est l’un des autres défis de la Chine, c’est le vieillissement de sa population, la transition démographique qu’elle a à connaître en la matière, et dans le cadre du plan Healthy China 2030, alors que 30% de la population aura plus de 60 ans en 2030, il y a là aussi un véritable défi. Nous l’évoquions avec quelques start-up il y a un peu plus d’1 heure, la France a un rôle à jouer dans ce défi. D’abord parce que nous avons un système de protection sociale qui est l’un des meilleurs au monde, en termes de qualité de sa couverture sociale, en termes de qualité aussi et d’efficacité de ce système, et parce que nous avons fait partie des pays qui ont décidé d’être en avance de phase en matière de traitement de la dépendance.

Et donc, je souhaite que nous puissions, en matière de coopération scientifique et de recherche, de partenariats d’entreprises et de coopération administrative également accompagner la Chine dans cette transition pour apporter des vraies solutions à ce qu’on appelle aujourd’hui la silver économie, qui est un secteur d’activité et de création d’emploi massif en Chine mais en Europe et en France aussi.

Avec des emplois qui sont à créer dans l’intelligence artificielle, parce que l’intelligence artificielle aura beaucoup à contribuer à ce secteur justement de la silver économie, dans la domotique et la robotique avec, donc, de la véritable industrie et dans du service attaché, puisqu’il y a aussi des emplois à faible qualification qui seront créés dans ce secteur, pour s’occuper des personnes les plus dépendantes.

Un troisième et dernier exemple, c’est l’industrie du futur avec le plan China Manufacturing 2025 qui a pour objectif de faire passer la Chine de l’usine du monde à celui de grande puissance industrielle maîtrisant la recherche, l’innovation, la production de biens à forte valeur ajoutée avec des champions nationaux, nous avons là aussi une opportunité de faire ensemble. La France a aussi lancé son plan industries du futur.

Plusieurs ici y contribuent et qui sont présents dans la salle. Les ministres se sont fortement engagés, parce que c’est un objectif en matière de recherche et d’innovation, en matière d’économie et d’industrie, qui nous oblige. Avec des filières qui se sont structurées et une plateforme que nous avons mise en place qui accélère l’investissement dans le capital physique et dans la formation.

Je souhaite qu’en la matière nous puissions, là aussi, développer très fortement nos partenariats. L’industrie du futur, c’est la transformation de l’industrie qui est en cours. Elle nous permettra aussi de penser les équilibres de la relation, parce qu’avec l’industrie du futur, nous reproduisons au plus près du marché final des séries qui sont parfois plus petites, de plus grande qualité, plus rapidement. Et donc l’industrie du futur nous conduit à repenser la chaîne logistique, et ça va être un défi pour la Chine qui, à un moment, a spécialisé son industrie comme étant la manufacture productive de régions entières du monde.

La Chine est en train d’intégrer cela à sa stratégie. Le temps est en train de s’achever où on fournissait des matières de qualité moyennes mais en très forte quantité dans cette manufacture du monde. La Chine veut monter en qualité mais, dans le même temps, l’Europe va reproduire de l’industrie et la France avec elle, parce que ces séries courtes peuvent être reproduites au plus près du marché final. Donc il nous faut, dans ce contexte, repenser nos partenariats productifs parce que la chaîne logistique va être aussi profondément impactée en la matière et nous avons de nombreux échanges humains, technologiques d’investissement à faire sur ce sujet.

Il y a, bien évidemment, beaucoup d’autres secteurs qui font partie de cet agenda de confiance. Le ferroviaire, où je souhaite que nous ayons là aussi une nouvelle stratégie commune. Les géants européens sont en train de se restructurer et le rapprochement qui a été orchestré, accompagné par les pouvoirs publics allemands et français en la matière est aussi une réaction, une réponse à la force des géants chinois sur ce sujet. Mais il nous faut aussi partager un agenda sur le domaine du ferroviaire et pouvoir développer une stratégie organisée.

Le luxe, les services financiers, le tourisme, le sport, les médias sont des secteurs présents dans cette salle qui font partie de cet agenda de confiance et dans lequel plusieurs acteurs ici présents souhaitent pouvoir développer, entrer davantage sur le marché chinois. Pour d’autres, investir davantage sur le marché français et je souhaite que nous puissions donner les preuves de cet agenda de confiance en la matière. Dans chacun de ces domaines, il y a des projets en cours et je souhaite que nous puissions accélérer cette spirale positive.

Enfin, c’est un agenda pionnier qu’il nous faut développer sur le plan économique, et ça fait partie de la responsabilité qui est collectivement la nôtre sur des secteurs que nous avons peut-être encore insuffisamment investis en la matière. Soit secteur économique, soit secteur géographique. Je veux en citer trois.

Le premier, c’est l’innovation et la transition numérique. La matinée que vous venez d’avoir en est la parfaite illustration. La Chine avance très vite sur les innovations de rupture, elle y met des moyens importants. Elle a des laboratoires, des universités, des start-up ultraperformantes. Et je souhaite là que nous construisions un écosystème franco-chinois pour coopérer. La French Tech ici en est un embryon ; un embryon à la taille de la Chine puisqu’il y a déjà plusieurs centaines d’entreprises qui sont présentes et c’est plusieurs milliers qu’il nous faut développer.

Le travail que fait BUSINESS FRANCE avec l’ambassade de France ici est important, mais je souhaite que l’ensemble des ministres sous la coordination du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères puisse, sur ce sujet, encore renforcer notre coopération. Et c’est une coopération stratégique de pays à pays, parce qu’elle va se décliner entre organismes de recherche, entre universités, entre acteurs économiques. Mais elle est structurante.

Je crois que la France en la matière a beaucoup à apporter à la Chine et réciproquement. La Chine a un marché domestique irremplaçable, la France a des atouts uniques dans cette nouvelle économie des compétences et d’innovation de rupture. Parce que la France est un pays d’inventeurs, d’innovateurs, c’est dans notre ADN et les talents, qu’ils soient académiques, qu’ils soient de recherche, qu’ils soient entrepreneuriaux, sont de prix inédits pour l’écosystème chinois.

Je le dis à nos amis chinois ici présents, parce que vous parlez à des Anglo-Saxons : ne vous méprenez pas. Lorsqu’ils vous parlent d’entrepreneurs, ils citent un mot français. Entrepreneur est un mot que les Anglo-Saxons ont volé à la francophonie. Ça veut dire quelque chose. C’est que cette inventivité que vous aimez dans l’art, dans la gastronomie française existe dans la recherche, dans l’économie, dans l’entreprenariat français. Et donc, sachez la considérer pour développer ces innovations de rupture et ce nouvel écosystème conjoint.

Et donc, il nous faut passer à l’échelle en la matière. Nous allons développer, sur le plan de l’enseignement supérieur, des liens très profonds pour justement développer l’entreprenariat dans nos universités et dans nos écoles. Je souhaite aussi que nous puissions, sur l’innovation de rupture, partager nos stratégies.

J’installerai dans quelques semaines ce que le ministre de l’Economie et des Finances a préparé en lien avec la ministre de l’Innovation : ce fonds pour l’innovation de rupture. La France a voulu se doter d’un fonds public qui, grâce à des participations publiques que nous allons céder, investira et co-investira dans ces innovations de rupture qui ont parfois un certain temps d’accès au marché. Il est nécessaire sur ce sujet que nous puissions en effet coopérer encore davantage.

Enfin, sur le plan académique de recherche mais également éthique, je souhaite que nous puissions coopérer sur l’intelligence artificielle, comme je l’évoquais il y a un instant, parce que c’est une des matrices du développement de ces innovations de rupture pour les années à venir. La Chine a accès à des données inédites par la taille, là encore, de son marché. Elle a une gestion des données qui aujourd’hui lui est propre. Je souhaite que nous puissions, là aussi, échanger sur des protocoles de gestion de ces données que, avec nos organismes de recherche - l’INRIA, le CNRS - sur ce sujet, nous puissions là aussi avancer de manière encore plus forte.

Enfin, nous devons encourager notre jeunesse, chercheurs, entrepreneurs à faire encore davantage et l’initiative 40 Under Forty, qui peut permettre à une nouvelle génération d’entrepreneurs français et chinois de faire ensemble, est l’illustration parfaite de cet agenda pionnier que j’évoquais pour l’innovation et la transition numérique.

Le deuxième de ces défis pour cet agenda pionnier, c’est la transition écologique. La Chine, en effet, a à faire face à ce défi climatique. Elle prend toutes ses responsabilités dans le domaine diplomatique sur ce sujet. Heureusement qu’elle est là et que nous sommes là ensemble pour préserver les acquis de l’accord de Paris et pour justement décider ensemble de préempter de nouvelles étapes comme je l’évoquais encore hier à Xi’an, puis dans l’entretien que j’ai eu avec le président XI Jinping.

Mais en transition écologique, nous pouvons faire encore bien davantage. D’abord en coopération de recherche. Je souhaite que nous puissions accroître notre recherche comme nous l’avons fait sur le nucléaire pour, là aussi, et le CEA en est une belle illustration qui a dans, justement sont mix de recherche, fait beaucoup pour justement développer la recherche en matière de batterie et les recherches sur les énergies renouvelables, avoir une relation privilégiée en matière de recherche fondamentale sur ce sujet.

Demain matin, nous aurons aussi un moment important en termes de coopération satellitaire en la matière. C’est un geste structurant de la coopération entre nos deux pays pour cette transition écologique. Partager l’information que nos satellites ont sur le climat, la réalité des pollutions, accepter d’en tirer les conséquences de matière ouverte, c’est un des éléments concrets de l’accord de Paris - Laurent FABIUS qui est là le sait bien qui l’a négocié - qui donnera de la crédibilité à notre agenda partagé et est un élément structurant qui créera encore plus de confiance derrière l’engagement chinois et français dans la lutte contre le réchauffement climatique.

Accélérer notre partenariat dans la transition écologique, c’est aussi encourager les échanges entre nos grands groupes et nos start-up en la matière pour accélérer les innovations mais aussi le déploiement de ces innovations sur nos marchés, dans le plein respect de la propriété intellectuelle. Je reconnais ici nombre de grands groupes présents comme de start-up qui ont des ambitions en la matière. C’est pour moi un élément déterminant de la mise en oeuvre concrète de l’agenda climatique que nous partageons sur le plan diplomatique.

Enfin le troisième de ces défis de cet agenda pionnier, ce sont les bonnes règles économiques du multilatéralisme économique et commercial. Je l’évoquais hier à Xi’an et c’est, en quelque sorte, le défi qui nous est offert au président XI Jinping et à moi-même. C’est, si je puis utiliser la métaphore du tissu, puisque nous parlons ces derniers jours beaucoup de soie, c’est de réussir à tresser la vision que nous avons du multilatéralisme et de ses règles, et des équilibres qui vont avec le multilatéralisme, et que la France a toujours porté dans le cadre de l’OMC et de toutes les enceintes. Respect de la propriété intellectuelle, équilibre, réciprocité des accès, et d’articuler cela avec l’initiative très forte et structurante, « One belt, one road », portée par la Chine.

Je pense que nous avons la possibilité de le faire dans les années à venir ; en tout cas, c’est mon ambition, et je pense que le faire autour justement de ces nouvelles routes de la soie est un élément que nous pouvons réussir en commun. Je crois, en effet, que ces nouvelles routes de la soie vont permettre des développements économiques, le développement d’infrastructures essentielles, la stabilisation de plusieurs régions du globe de manière utile, mais que notre coopération permettra sur le plan économique, au-delà de ce que j’ai pu dire hier sur le plan culturel et politique à cet égard, de le faire avec quelques principes.

Le premier, c’est justement le principe d’équilibre et de crédibilité dans la durée. Toutes ces routes de la soie ne pourront être pérennes que si, à chaque fois, nous avons la volonté de développer des écosystèmes d’innovation équilibrée et que si nous avons la volonté d’aider au développement véritable des pays par lesquels passe cette route.

La France s’est parfois beaucoup trompée en la matière, je pense à l’Afrique, en ayant une forme d’impérialisme économique des matières premières et des grandes infrastructures, qui a pu contribuer dans certains pays, à encourager à certains moments, la corruption et un développement unilatéral qui n’était au fond pas bon pour ces pays et leur société civile.

Eh bien nous devons aujourd’hui sur l’ensemble des pays où nous pouvons agir ensemble, être très vigilant, c’est d’ailleurs au cœur de notre politique de développement porté par l’Agence française de développement, à développer l’éducation, la santé, l’émergence des écosystèmes locaux et un développement équilibré qui lutte contre la corruption et qui permet aux PME des pays concernés de se développer, aux investisseurs de pays concernés de toute la part du co-investissement et en particulier aux jeunes et aux jeunes filles de ces pays, d’entrer dans la croissance et dans l’emploi. Et ce sera pour moi l’un des éléments clés de ces nouvelles routes de la soie, si nous voulons y trouver justement un élément de développement économique équilibré.

Deuxième élément sur ces nouvelles routes de la soie, c’est que nous devons les rendre exemplaires justement en termes d’innovation et de respect de la propriété intellectuelle. Nous devons faire par ces routes, émerger des élites, des talents dans chacun de ces pays qui aideront à la stabilisation politique et sociale qui est bonne pour la paix dans chacun de ces pays, l’harmonie dans ces régions et le projet justement d’un développement harmonieux qui est voulu par le président Xi JINPING dans l’agenda qu’il porte, et ce qu’il a expliqué au 19ème congrès.

Enfin comme je le disais hier, ces routes de la soie doivent être vertes et là-dessus je pense que nous pouvons en faire des routes exemplaires en terme justement de cohérence des engagements que nous portons. Et il n’y aurait pas de cohérence en quelque sorte à vouloir, lorsqu’il s’agit de la Chine et de la France, réduire nos émissions de gaz à effet de serre, fermer des centrales à charbon, développer les énergies renouvelables et dire que lorsque nous nous développons, nous aidons d’autres pays à se développer, dans ces derniers nous pouvons ouvrir des centrales à charbon et faire comme si de rien n’était, la planète est une et la pollution qui est faite dans chaque endroit du globe est mauvaise pour nous tous.

Il est donc indispensable que nous puissions financer par ce biais là des projets cohérents et en particulier cohérents avec cet agenda volontariste porté par les pouvoirs publics chinois.

Je suis convaincu, comme vous l’avez compris, que cette initiative des routes de la soie, des nouvelles route de la soie, est porteuse d’opportunités profondes et d’une collaboration extrêmement féconde entre nos deux pays, si nous savons lui donner justement la force de cette expérience partagée, comme je l’évoquais hier, il ne faut jamais oublier que les premières routes de la soie n’ont été ni complètement européennes, ni complètement chinoises, mais constamment en partage. Il y a certaines de ces routes qui étaient d’abord portugaises avant de devenir chinoises et inversement.

Je crois très profondément que ces nouvelles routes de la soie n’ont d’avenir véritable que si elles sont en partage dans cette exigence et ce que le dialogue, en particulier entre nos deux pays, permet de faire advenir.

Voilà quelques convictions, Mesdames et Messieurs, que je voulais partager avec vous en cette fin de matinée, cet agenda de responsabilité, de confiance et cet agenda pionnier pour la relation économique qui doit donner un contenu à cette coopération équilibrée que j’appelais de mes vœux hier. Vous êtes les artisans de cet agenda, nous devons heures avec le président Xi JINPING et nos ministres, nos gouvernements chacun dans leur domaine, donner le cadre, la feuille de route, être vigilant sur la bonne réalisation de nos ambitions partagées. Mais au quotidien, ce sont les entrepreneurs, les grands groupes, les investisseurs que vous êtes, Français et Chinois, qui font vivre la relation.

Et donc à chaque instant, ayez présents à l’esprit le fait que votre responsabilité est immense, parce que vous êtes parfois le visage de la Chine en France, vous êtes dans une région où un secteur économique, l’expérience principale de la Chine qui est vécue pour certains et pour d’autres ici, vous êtes le visage de la France, sa force, ses messages et donc tout cela doivent être cohérents, cohérents avec l’ambition qui est la nôtre et l’exigence qu’elle porte.

Et donc à chaque instant, je souhaite que, lorsque vous êtes une entreprise ou un investisseur français qui opère ici, vous puissiez porter justement haut et fier ce visage ambitieux de la France, mais vous puissiez aussi vous demandez là où vous êtes, ce que vous pouvez faire de bon pour l’économie chinoise et pour le pays qui vous accueille.

Et je souhaite pour les entrepreneurs et les investisseurs chinois qui décident de se développer dans notre pays que vous puissiez aussi à chaque instant vous dire comment aider davantage les entreprises françaises, grands groupes, start-up pour qu’ils aillent de leur côté se développer dans votre pays, parce que la relation réciproque se nourrit de ces gestes de confiance du quotidien.

Voilà Mesdames et Messieurs, votre responsabilité est donc à peu près aussi grande que l’ambition que je porte aujourd’hui, je vous fais donc confiance pour l’année qui s’ouvre, pour ce qui est de l’année calendaire et de l’année à venir pour ce qui est de l’année chinoise. Merci pour votre attention"./.

Pékin Grand Palais – Mardi 9 janvier 2018

Discours du Président de la République : Réunion du conseil des entreprises franco-chinoises (Pékin, Grand Palais, République populaire de Chine, 9 janvier 2018)

"Monsieur le président, XI Jinping,
Madame, Messieurs les ministres,
Mesdames, Messieurs,

Je ne vais pas faire de longs discours, mais je veux simplement ici en effet par notre présence dire combien ce premier conseil d’entreprise franco-chinois est important.

Je suis très heureux d’être parmi vous aujourd’hui, très fier d’être à l’origine avec le président XI Jinping de la création de ce conseil d’entreprise et je remercie le président de l’organisation aujourd’hui de ce dernier.

La mise en place d’une telle structure est une première, alors même que notre relation économique a jalonné ces dernières décennies depuis 1964 et la reconnaissance par la France de la République populaire de Chine.

Nous créons ce faisant la structure qui permettra les bases nouvelles d’un partenariat économique entre les entreprises permettant de donner une stabilité aux engagements mais aussi d’exprimer de manière plus claire et organisée les voies nouvelles, perspectives de coopération économique.

Et l’ambition de cette instance réside ainsi dans la mise en œuvre de coopérations concrètes entre entreprises françaises et chinoises et en associant un nombre restreint d’entreprises des deux pays à chaque rencontre de haut niveau, c’est une relation de confiance entre entreprises que nous visons ainsi à établir et consolider.

Comme vous le savez, depuis plus de six mois, nous avons lancé en France des chantiers ambitieux visant à transformer radicalement notre économie et à faire de la France une puissance de cette nouvelle économie des compétences et de l’innovation.

Ces transformations visent aussi à renforcer l’attractivité et les fondamentaux de notre économie, ce qui est important pour les entreprises et les investisseurs chinois et je l’évoquais encore ce matin devant eux et permettre aussi à nos petites et moyennes entreprises, nos entreprises de taille intermédiaire et nos grands groupes de davantage se développer à l’international et tout particulièrement dans un marché de la taille et de l’importance de la Chine.

C’est le meilleur de l’offre française que nous souhaitons proposer à l’économie chinoise et c’est ce que ce conseil d’entreprise franco-chinois doit permettre aussi de faire émerger. Nous avons d’ailleurs souhaité que ce conseil regroupe une grande diversité de secteurs qui rendront les échanges plus riches et constructifs et une diversité de taille d’entreprise, des grands groupes jusqu’aux petites et moyennes entreprises.

Nous comptons sur vous pour faire vivre avec succès cette initiative dont les résultats doivent se traduire avec des réalisations concrètes et dans la durée ; j’y veillerai personnellement

Sur le plan économique, nous l’avons évoqué avec le président XI, nous savons d’où nous partons ; une situation d’asymétrie durable que nous avons décidé voilà plusieurs années de rééquilibrer par le haut. Et je souhaite que ces rééquilibrages par le haut se traduisent par davantage d’investissements chinois en France et par davantage d’accès au marché chinois pour les entreprises françaises. C’est le bon moyen de sortir par le haut de la situation dans laquelle nous sommes.

Je suis parfaitement lucide sur les forces et faiblesses de mon pays, je pense aussi que nous sommes en train de bousculer certaines fatalités et je pense que nous pouvons ensemble faire bien davantage. Ce qui relève de nous, c’est que la France n’a pas toujours su se donner les moyens de jouer les opportunités du marché chinois dont sa spécialisation industrielle l’a longtemps éloigné. Les choses changent aujourd’hui avec la nouvelle réalité chinoise et les nouvelles orientations données par le 19e Congrès. Un taux d’urbanisation proche de 60% ; un pouvoir d’achat de la population qui a considérablement augmenté ; des défis colossaux dans les domaines de l’environnement, de la qualité de l’alimentation, de la santé, du vieillissement de la population, ce sont autant de secteurs où nos entreprises ont des atouts décisifs pour vous convaincre. Nous l’avons évoqué ensemble, de la santé en passant par la recherche, l’alimentation et l’agroalimentaire, l’industrie du futur, les villes durables, l’intelligence artificielle ou la transition énergétique, voilà quelques-uns des exemples frappants sur lesquels nous pouvons coopérer et ouvrir. L’ouverture aussi des financements de nos économies qui peuvent constituer un socle de stabilité à la finance internationale est aussi un élément stratégique.

Je veux aussi, c’est l’un des objectifs de ma visite, que la France soit mieux identifiée en Chine pour ce qu’elle est aujourd’hui, une puissance du numérique, de la transition énergétique, de la recherche, de l’innovation, de l’industrie du futur et une grande place financière. Je veux construire de nouvelles alliances dans ces domaines où la Chine avance à pas de géant et veut avancer avec nous.

Il y a aussi ce qui dépend de vous, la définition de ce que nous souhaitons en termes d’accès au marché et nous devons avancer, pas sur les grands principes mais secteur par secteur très précisément et nous avons cet égard durant notre entretien, je crois, fait de véritables avancées sur la santé, les licences bancaires, l’agroalimentaire et je m’en félicite.

Alors je sais que beaucoup sont sceptiques sur la possibilité réelle de changer la donne de manière générale, j’ai pu le constater même dans mon pays mais plus largement mais je sais aussi que notre détermination conjuguée peut bousculer toutes les fatalités. Aussi pour moi, ce conseil aura comme tâche principale de précisément créer ces nouvelles dispositions de coopération équilibrée que nous souhaitons développer.

La feuille de route politique doit être définie de gouvernement à gouvernement entre Etat et aussi avec l’Union européenne sans aucune appréhension en sachant tourner la page parfois des craintes réciproques qui avaient pu se développer mais en définissant très clairement les sujets, les secteurs sur lesquels nous souhaitons accroître les investissements d’une part et les accès au marché de l’autre, de manière équilibrée. Et il appartiendra à ce conseil d’en apporter les preuves concrètes et, dans le cadre de cette feuille de route, de travailler les projets concrets sur lesquels nous pourrons avancer de concert, leur donner des réalisations concrètes et aussi nous proposer de manière utile des pistes, des voies d’amélioration.

Voilà Monsieur le président, Mesdames, Messieurs, ce que je souhaitais ici évoquer au-delà de ce que j’ai déjà pu dire publiquement lors du discours de Xi’an hier, ce matin encore et ce que nous aurons à dire lors du point qui suivra avec le président XI Jinping.

Nous avons parlé de nombreux sujets, mais notre détermination est entière pour pouvoir construire une nouvelle page de notre relation plus largement sur le plan politique, diplomatique et culturel qui s’inscrit dans tout ce que notre passé nous a déjà enseigné mais sur le plan économique, cette page est extrêmement structurante. Vous en êtes les acteurs et vous en serez les acteurs et de la distribution en passant par l’aéronautique, la ville durable, l’industrie du futur, le nucléaire civil, l’agro-alimentaire, vous êtes les artisans de ce développement.

Du luxe en passant par le tourisme, la finance, il y aura des projets encore nouveaux à proposer et donc sur l’ensemble de ces secteurs, je souhaite que nous puissions œuvrer ensemble dans l’intérêt et le bien de nos deux pays.

Je vous remercie"./.

Déclaration conjointe à la presse du Président de la République et de M. Xi Jinping, Président de la République Populaire de Chine (Pékin, République populaire de Chine, 9 janvier 2018)

"Merci Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs les ministres, Mesdames, Messieurs,

Je tenais à remercier le président Xi Jinping, les autorités et le peuple chinois de leur accueil très chaleureux qui nous montrent que nous étions attendus et qui de Xian à Pékin a accompagné ces journées de visite d’Etat.

Vous l’avez rappelé, Monsieur le Président, c’est la première visite d’Etat que j’effectue en ce début d’année 2018, c’est la première visite d’Etat à l’égard de l’Europe que vous organisez depuis le 19ème congrès et c’est la première visite d’Etat aussi que j’effectue en Asie.

J’étais hier chez vous, si je puis dire, à Xian, une ville qui vous est chère et où vous avez vos attaches, vos aïeux et vous y avez passé plusieurs années de votre vie, nous y avons vu la force de l’histoire chinoise et j’ai pu y prononcer un discours sur le sens de notre relation où le triptyque que j’ai voulu mettre en lumière, intelligence, justice et équilibre, se retrouve, je crois, en parfaite harmonie avec les propos que vous venez justement d’avoir.

J’ai vu aussi la Chine conquérante, celle des gratte-ciel, des entreprises mondiales, des start-up, encore ce matin et des grands investisseurs internationaux qui traduit la capacité à embrasser le siècle qui s’ouvre et qui marque aussi les premiers succès de la Chine, sortant plus de 700 millions de personnes de la pauvreté.

S’ouvre aujourd’hui, vous l’avez parfaitement dit une nouvelle ère. Du fait d’une part de la situation chinoise et de la stratégie que vous avez mise en lumière au 19ème congrès, cette entrée en eau profonde et cette volonté d’aborder une stratégie ambitieuse pour votre pays et pour justement une plus grande harmonie mondiale, parce que nous sommes à un moment du cours du monde où les grands bouleversements technologiques liés en particulier au numérique, environnementaux sont là qui vont changer la vie de nos concitoyens, de nos entreprises et qui ont commencé à le faire. Et parce que nous vivons un temps d’instabilité profond qui du terrorisme aux crises régionales menace notre système de sécurité collectif.

Enfin parce que nous avons entre nous une concordance des temps puisque la France a voté en mai dernier pour 5 ans, et que le 19ème congrès s’est tenu en fin d’année dernière, pour la même durée de temps. Nous avons donc devant nous les années à venir pour, dans ce contexte nouveau, déployer une stratégie concertée lisible de confiance et construire ce chemin de viabilité et de conscience réciproque de part et d’autre.

Nous avons défini plusieurs axes stratégiques à cet égard et je voudrais revenir sur l’agenda global bilatéral et européen que nous avons évoqué.

Sur le plan de l’agenda global, la Chine et la France ont vocation à relever ensemble nombre des défis mondiaux qui aujourd’hui sont devant nous.

Le premier, c’est le climat. Je veux ici remercier à nouveau le président Xi Jinping son engagement très fort, tout au long de l’année dernière lorsque les accords de Paris ont pu être menacés en réaffirmant la stratégie chinoise et sa volonté de lutter contre le réchauffement climatique. C’est, je crois pouvoir le dire, l’engagement de la Chine qui a permis non seulement de tenir cet accord mais, d’accélérer encore les ratifications qui étaient en cours. Cet engagement, il s’est ensuite traduit, le 12 décembre dernier, par la participation de votre vice Premier ministre au sommet tenu à Paris, One Planet, dans lequel vous avez annoncé publiquement votre décision de mettre en place un marché du carbone chinois, décision structurante, profonde et extrêmement importante. Cet engagement pour le climat, nous le traduirons dans les prochaines années ensemble, de manière concrète, afin d’atteindre votre objectif de civilisation écologique et pour démontrer que ce changement de modèle est économiquement possible, utile et opportun. Le climat sera ainsi la priorité de l’Agence française de développement en Chine qui contribue d’ores et déjà hauteur d’un milliard à des projets liés à la transition écologique. Et sur plusieurs axes : nous allons continuer à œuvrer en accroissant la coopération entre nos organismes de recherche, nos entreprises et notre tissu entrepreneurial pour accélérer cette transition et la France veut être au rendez-vous des besoins technologiques et des technologies de rupture dont la Chine a besoin pour œuvrer en cette direction. Et à cet égard, nous sommes convenus de construire une feuille de route conjointe, pour organiser ces échanges de recherche technologique et, entrepreneuriaux.

Ensuite parce que nous allons œuvrer également ensemble sur le plan international et l’année 2020 sera à nos yeux un point de rendez-vous, d’abord parce que la Chine organisera une conférence essentielle sur la biodiversité et nous serons à vos côtés pour qu’elle soit un plein succès. Ensuite parce que c’est l’objectif que nous nous sommes donnés pour faire justement agréer le Pacte mondial pour l’environnement, initiative que la France a prise à l’été dernier, que nous avons présenté en marge de l’assemblée générale des Nations unies en septembre et à laquelle vous êtes pleinement associés et que je souhaite que nous puissions porter ensemble.

Enfin, ce sont des initiatives très concrètes qui s’inscrivent dans cet agenda conjoint, avec en particulier ce que j’irai voir demain, qui est notre coopération satellitaire qui par justement coopération très étroite entre nos organismes et nos entreprises, eh bien va permettre un satellite conjoint pour le climat et les observations liées au climat et permettra de décliner toutes les conséquences opérationnelles et concrètes des engagements que nous avons pris en particulier en 2015.

Nous avons également abordé les principales crises internationales, le président Xi Jinping l’évoquait, donc bien sûr la crise de prolifération nord-coréenne et je veux ici dire combien nous avons depuis le début de la crise, travaillé ensemble au Conseil de sécurité pour l’adoption de nouvelles sanctions, le 22 décembre, mais aussi et surtout pour apaiser les choses et pour qu’un retour à la normale pleinement encadré par la communauté internationale puisse s’opérer.

Sur ce sujet, je sais combien c’est un sujet, c’est un thème de préoccupation pour la Chine qui est voisine et combien vous souhaitez un retour aux équilibres profonds dans la région. La France est attachée à ce qu’il n’y ait aucune escalade, à ce que nous réaffirmions un message clair contre toute prolifération nucléaire et à ce que nous puissions dans ce contexte, avoir une action efficace et donc je pense qu’à partir du mois prochain, nous aurons un contexte qui permettra d’œuvrer de concert en la matière.

La lutte contre le terrorisme est également une priorité qui nous est commune et j’ai proposé au président, qui l’a accepté, de travailler ensemble à la préparation de la conférence que nous organiserons au printemps sur la lutte contre le financement du terrorisme. Nous partageons l’idée que seul un règlement politique des crises permettra en Syrie, en Irak, en Afrique, de venir à bout de cette menace. Je sais l’attachement de la Chine à la souveraineté des peuples et je pense que celui-ci fait partie aussi de l’organisation contemporaine que nous devons avoir pour lutter contre tout mouvement terroriste.

Nous avons aussi décidé d’approfondir notre concertation sur l’Afrique où la Chine est de plus en plus présente et l’objectif est de faire émerger des projets qui soient réellement utiles à l’avenir du continent et répondent aux aspirations des Africains, c’est l’esprit de l’accord-cadre signé devant nos yeux, il y a quelques instants, entre la China Development Bank et l’Agence française de Développement avec, comme axe stratégique, le climat. Et nous sommes également d’accord pour travailler ensemble au renforcement du G5 Sahel et au succès du sommet du Partenariat mondial pour l’éducation en février à Dakar.

Le dernier point sur l’agenda global que nous avons évoqué, c’est bien entendu l’initiative des nouvelles routes de la soie, une ceinture, une route. Je suis convaincu que cette initiative aura un impact considérable et peut apporter des éléments de stabilisation, de développement dans les zones traversées. Et j’ai dit au président XI, ma volonté de travailler avec lui sur ce sujet. Comme vous l’avez dit il y a un instant, lorsque nous avons installé justement cette conférence économique des entreprises, historiquement la route de la soie est une route en partage. Elle fut pour les uns, européenne pour les autres, chinoise, ce fut surtout la route d’échanges entre l’Europe et la Chine et à travers elle, toute l’Asie mineure et une bonne partie de l’Asie.

Il est donc important que ces nouvelles routes de la soie, dans leur esprit et leur philosophie puissent être justement la relance de cette philosophie d’échange, de coopération équilibrée. Et le travail que je souhaite engager en étroit dialogue avec le président Xi Jinping sur ce sujet, consistera à nous assurer que partout dans les Etats où nous développons cette initiative, nous luttons contre la corruption et nous luttons contre les formes déséquilibrées de développement, permettant aux sociétés civiles, aux entreprises des pays concernés de pleinement prendre leur part de la croissance, ainsi assurée.

Je souhaite aussi que nous puissions ensemble œuvrer à ce que ces routes de la soie, soient des routes vertes, c’est-à-dire pleinement cohérentes avec les objectifs que nous avons dessiné pour nos deux pays et puissent permettre au maximum de développer justement des énergies compatibles avec notre stratégie de réduction des émissions des gaz à effet de serre. C’est une coopération très structurante qui se fera par ce biais-là et sur laquelle dans les six prochains mois, nous allons également travailler.

Nous avons ensuite discuté longuement et travaillé sur l’agenda bilatéral, et pour décrire le nouvel état d’esprit que nous voulons, je citerai un poète de la dynastie des Yuan auquel vous avez-vous même fait référence Monsieur le président, lors du 19ème congrès, ne vous souciez pas de flatter sa beauté, du moment que sa senteur se répande partout. Et je crois que ce qu’il y a derrière cette métaphore, c’est une volonté de pragmatisme et la détermination à ne pas simplement avoir des déclarations, mais surtout des résultats. Et donc nous souhaitons que cette senteur se répande partout en matière d’agenda bilatéral et les premiers résultats sont là.

D’abord en matière de nucléaire civil, où nous avons aujourd’hui franchit une étape historique avec le chargement du combustible pour la mise en œuvre, la mise en service du 1er EPR au monde à Taishan qui est la traduction très concrète de la qualité de notre partenariat historique, puisque c’est en quelque sorte le cœur de la coopération stratégique entre nos deux pays, historiquement ainsi décidé.

Nous l’inscrivons dans le long terme car elle permettra aussi à la Chine d’atteindre ses objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre et que cette coopération se traduira dans le trimestre qui s’ouvre autour de l’usine de retraitement, qui est aussi une étape importante et concrète, en même temps que le travail conjoint sur des marchés tiers. Notre coopération est aussi aéronautique, elle se poursuit à travers des confirmations de volume, à travers des partenariats industriels structurant et notre volonté de continuer à avancer dans la durée pour être justement un des partenaires de l’aéronautique chinois.

Nous avons mis en place aujourd’hui un conseil d’entreprises franco-chinois qui nous permettra d’être mieux à l’écoute de nos milieux économiques respectifs et d’accompagner les projets pertinents entre nous.
De nombreux accords et projets ont été signés sur les énergies, la santé, le sport, le patrimoine, le tourisme, les échanges universitaires, l’innovation, autant de secteurs qui correspondent aux besoins actuels de la Chine, au contenu qualitatif de sa croissance et au savoir-faire de nos entreprises.

Il y a un point sur lequel nous avons eu des avancées extrêmement importantes à mes yeux, c’est l’agroalimentaire, nous avons confirmé la volonté de faire ensemble dans le secteur des vins et spiritueux, mais l’ouverture obtenue, en particulier en termes d’accès pour notre viande bovine, est déterminante. Et dans la déclaration signée, c’est une résolution totale jusqu’au moindre détail dans les six mois que nous décidons, et donc une volonté de parachever ce plus grand accès au marché chinois.

Et je souhaite que, en matière de porc, de fruits et légumes et sur toutes les filières pertinentes, nous puissions continuer ce travail qui est absolument décisif et qui est mutuellement bénéfique. Nous avons aussi acté des avancées sur plusieurs secteurs d’avenir, où notre coopération est absolument décisive, l’industrie du futur qui nous conduira à repenser les termes de la production industrielle, et où il y a à la fois de l’innovation industrielle, manufacturière, de l’innovation liée justement aux logiciels, qui va reconfigurer les chaînes logistiques et où les échanges humains d’innovation, d’investissement en capital sont éminemment stratégiques.

L’intelligence artificielle est un deuxième axe absolument central où vous avez aujourd’hui une position extrêmement forte, mais où les échanges de recherche, les échanges entrepreneuriaux, la coordination stratégique en matière de données est un élément essentiel de nos perspectives d’avenir, et où nous allons travailler ensemble.

Enfin, c’est tout le domaine de la santé et de la Silver Economy que nous allons également développer, qui est l’un des défis de la société chinoise, et pour lesquels je crois que la France peut beaucoup apporter à la Chine compte tenu du fait que nous avons, sur le plan des infrastructures administratives, de l’organisation de notre système, de notre recherche comme de nos entreprises, une vraie expertise en la matière.

Et sur ces trois sujets nouveaux, nous allons œuvrer ensemble pour que l’agenda bilatéral se complète d’initiatives nouvelles dont la feuille de route sera définie par nos gouvernements. C’est aussi en termes d’infrastructures de coopération qu’il nous faut avancer, il y a deux infrastructures pour la croissance et une meilleure relation bilatérale, le droit et la finance, et en la matière, nous avons une spécificité, c’est que nous ne relevons pas des logiques anglo-saxonnes, nous avons des économies qui sont intermédiées par des grands acteurs, assureurs ou banques, et organisations d’investissement public ou parapublic, et nous avons un système de droit qui est beaucoup moins contractuel que le système de droit anglo-saxon.

Je souhaite ainsi, en la matière, que nous puissions travailler à un agenda d’échanges stratégiques, d’ouverture accrue des acteurs du droit et de la finance sur nos marchés respectifs pour, là aussi, servir le projet de stabilisation plus large que nos deux pays que nous avons évoqué. Vous avez rappelé l’importance également des coopérations entre nos Parlements, et je me félicite d’être accompagné par d’importantes délégations de parlementaires dans ce déplacement qui nourrissent ce dialogue avec votre Assemblée, et en matière décentralisée, car le dialogue avec nos collectivités territoriales est aussi très important.

Vous avez rappelé le caractère stratégique de notre coopération en matière sportive, elle s’est traduite par un soutien précieux pour l’obtention des Jeux olympiques de 2024, et notre volonté de construire, là aussi, des partenariats pour les deux échéances olympiques que nous aurons à avoir, en 2022 et 2024, qui sont structurantes. Et je souhaite que nous puissions au maximum développer nos expertises conjointes.

Vous avez enfin mentionné la culture, qui est un élément historique fort, mais un élément stratégique avec la langue, pour moi, de la qualité de notre coopération bilatérale. Je souhaite que nous puissions renforcer encore, par des initiatives multiples, cette coopération culturelle, d’abord, par l’organisation en Chine de plusieurs expositions, certaines s’étant parfois tenues en France, qui permettent de mieux comprendre les influences réciproques de nos cultures et de nos pays, ensuite par le développement de plusieurs expositions comparables en France dans les années qui viennent, où je souhaite qu’on connaisse et comprenne mieux la Chine d’hier et d’aujourd’hui, mais aussi l’histoire des routes de la soie.

Cette coopération a pris aussi un axe nouveau aujourd’hui à travers le texte que nous avons signé sur le patrimoine, mais nous pouvons aller et nous devons aller encore plus loin, et nous avons confirmé de grands projets culturels à venir, j’attache beaucoup d’importance au Centre Pompidou provisoire à Shanghai ou aux Rencontres d’Arles à Xiamen.

La culture, c’est aussi la langue, vous m’avez tout à l’heure confié, Monsieur le Président, que la deuxième langue étrangère de votre fille était le français, je rêve que la première langue étrangère de vos petits-enfants soit le français. Et donc je ferai tout pour cela, et à cette fin, je souhaite renforcer le travail qui a été commencé au sein de votre système éducatif, pour justement que le français soit davantage présent. J’étais ce matin avec une classe de jeunes Chinois qui avaient choisi le français comme première langue étrangère et dont le tiers des enseignements était assuré en Français, et c’est, je crois, une initiative très forte.

Et je souhaite que nous puissions mutuellement davantage développer la présence et le rôle des Instituts Confucius et des écoles françaises et alliances françaises pour justement développer la place de nos langues, ainsi que toutes les initiatives que nous avons à prendre en matière d’échanges universitaires, de formations professionnelles et doctorales.

Enfin, c’est un agenda euro-chinois que nous avons aussi évoqué, puisque je l’ai dit au président, la France est en train de conduire des réformes profondes qui changent pour les Françaises et les Français les résultats, le quotidien, mais qui le changent aussi pour les entreprises étrangères, et qui a pour vocation de porter aussi une ambition européenne renouvelée. Je souhaite que l’année 2018, pour l’Europe, soit l’année d’un vrai tournant qui permettra, comme nous avons pu le faire ces derniers mois, de répondre à des urgences et améliorer les choses en particulier une Europe qui protège davantage, mais pour aussi définir un agenda à 10, 15 ans pour une Europe qui doit être plus souveraine, plus unie, plus démocratique.

L’Europe est trop souvent arrivée en ordre dispersé devant la Chine et en ayant une attitude, soit trop ouverte pour les uns, ce qui ne pouvait pas être intelligible pour notre partenaire chinois, parce que vous, vous savez l’importance des secteurs stratégiques et de la souveraineté dans certains secteurs, et lorsqu’on est une grande puissance pour la Chine, on ne peut pas respecter un partenaire qui décide d’ouvrir toute son économie ou ses secteurs stratégiques à l’encan, et de l’autre, pour certains, elle était trop frileuse, par peur ou par réaction. Nous devons avoir une approche coordonnée au niveau européen, et je sais d’ailleurs toute l’attention que le président de la Commission, Jean-Claude JUNCKER, comme le président du Conseil, Donald TUSK portent à ce sujet, qui donne de la visibilité à la Chine sur notre agenda.

C’est pourquoi la France a défendu la définition de secteurs stratégiques sur lesquels nous voulons protéger l’investissement, pas contre l’un ou l’autre, mais parce que ces secteurs sont stratégiques, et que c’est une question de souveraineté, comme vous l’avez parfaitement compris pour vous-même. Ensuite, parce que nous souhaitons pouvoir définir sur certains secteurs un partenariat pertinent et aller beaucoup plus loin avec la Chine. C’est dans cet esprit que nous allons œuvrer, je le sais et j’en suis sûr, et je souhaite que la France puisse jouer tout son rôle dans cette ouverture pleine et entière, plus largement sur ce sujet, nous voulons vraiment développer, comme je le disais tout à l’heure, avec les entrepreneurs, nos relations, en leur donnant un tour beaucoup plus ambitieux, faciliter les investissements chinois en France et en Europe dans des secteurs que nous aurons prédéfinis, faciliter les accès des entreprises et investisseurs français et européens en Chine dans les secteurs que vous aurez décidés, c’est cet agenda partagé que nous devons politiquement définir dans les prochains mois, qui vaut aussi pour l’Europe.

Voilà tout ce dont nous avons parlé, presque tout, avec le président Xi Jinping, dans les échanges confiants, francs et constructifs que nous avons eus, en voulant définir vraiment un agenda de clarté et de confiance. Il y a des différences entre nous qui sont liées à notre histoire, à nos philosophies profondes, à la nature de nos sociétés, et elles peuvent conduire parfois à faire naître dans nos opinions publiques, nos sociétés, nos médias, des interrogations qui sont toujours légitimes. Ces préoccupations, je les ai évoquées avec le président Xi Jinping, il sait qu’elles existent en Europe, en particulier sur les sujets des libertés, des droits universels, je sais aussi que pour lui, c’est un sujet important, et que c’est dans ce dialogue respectueux des différences, et dans cette diplomatie efficace et amicale qu’on obtient des rapprochements et des résultats, beaucoup plus que dans une diplomatie de l’hygiaphone ou de la provocation.

Et je sais, à ce titre, que les avancées que nous aurons seront une contribution à cet agenda d’amitié. Cet agenda d’amitié, sur le plan politique, culturel, économique, que je souhaite construire, il ne se décrétera pas ou ne se fera pas du jour au lendemain, il est d’abord le fruit d’une histoire multiséculaire, du fait que nous nous connaissons, nous nous respectons, nous nous admirons. La France est un pays qui a toujours porté la connaissance de la Chine en Europe au premier rang, et depuis 1964, la France a ce rôle d’avoir été le premier pays à reconnaître diplomatiquement la République populaire de Chine.

Mais cet agenda, nous allons, dans les années qui viennent, compte tenu de cette concordance et coïncidence des temps que j’évoquais, lui donner plus de contenu encore en construisant cette philosophie de coopération équilibrée que j’évoquais, et en construisant la confiance par ce dialogue que nous allons décliner sur le plan ministériel, avec des feuilles de route très transparentes, par des visites régulières, puisque, je l’ai dit au président, et il m’a fait l’amitié de lancer cette invitation régulière, je souhaite pouvoir me rendre au moins une fois par an en Chine, par notre présence dans des événements qui seront très importants pour le président, je pense en particulier au Forum des importations à Shanghai, qu’il a évoqué, où nous serons représentés au meilleur niveau, et par l’invitation que j’ai lancée au président Xi JINPING de visiter la France, en visite d’Etat, lorsque dès que cela sera possible pour lui.

Voilà Mesdames et Messieurs, Monsieur le Président. Je me suis préparé à cette visite en Chine en allant visiter avec ma famille un bébé panda, et je vous ai amené, pas dans la délégation, mais quelques jours avant, un cheval, alors je ne sais pas si ce bestiaire signifie quelque chose de notre diplomatie, mais j’ai compris en allant voir notre panda, si vous m’autorisez cette formule, même si je sais que c’est toujours votre panda, j’ai compris que ce qu’il y avait derrière le panda, c’était la force d’un symbole, cet animal, et la profondeur d’une coopération, parce qu’il y a de nombreuses soigneuses et toute une coopération vigilante.

Et j’ai souhaité que le cheval que nous vous avons fait apporter il y a quelques jours, Vésuve de Brekka, soit présent, non pas parce qu’il représente simplement un cheval des meilleures races françaises. C’est un Selle français qui vient d’un élevage normand et qui traduit l’excellence française en la matière, mais c’est un cheval de la Garde républicaine, qui a passé six ans au sein de la Garde, qui a été dressé avec les meilleurs standards, et il y a, avec lui aussi, tout le savoir-faire de la Garde républicaine et la coopération que nous voulons développer en la matière.

Et le cheval n’est pas innocent dans l’histoire de notre pays et a participé à toutes les aventures glorieuses, qu’elles soient économiques ou militaires. Et donc je veux voir, par ce bestiaire croisé, notre volonté patiente d’œuvrer dans l’intérêt de nos deux pays, de le faire en traduisant la force des symboles que cette coopération revêt pour nos deux pays, et de le faire avec l’objectif de bien commun qui – je sais – est le vôtre et est aussi le nôtre. Je vous remercie à nouveau Monsieur le Président Xi"./.

Déclaration conjointe entre la République française et la République populaire de Chine

À l’invitation de M. Xi Jinping, Président de la République populaire de Chine, M. Emmanuel Macron, Président de la République française, a effectué du 8 au 10 janvier 2018 une visite d’Etat en République populaire de Chine. Les deux chefs d’Etat ont eu des échanges de vues approfondis sur les relations bilatérales et les grandes questions internationales et décidé de porter le partenariat global stratégique franco-chinois étroit et solide à un nouveau niveau, sur la base des principes de confiance et de bénéfice mutuel et réciproque.

1. La France et la Chine, membres permanents du Conseil de Sécurité des Nations Unies, sont attachées à promouvoir la paix, la prospérité, le développement durable et la sécurité dans le monde conformément aux buts et principes de la Charte des Nations Unies. Elles continueront à promouvoir l’avènement d’un monde multipolaire, un multilatéralisme fondé sur le droit international et les normes régissant les relations internationales universellement reconnues, et poursuivent leurs efforts pour bâtir ensemble des relations internationales basées sur le respect mutuel, l’équité, la justice et la coopération de bénéfice mutuel. Dans cet esprit, elles rappellent leur attachement à l’Organisation des Nations Unies et à la réforme engagée par son Secrétaire général, et souhaitent agir ensemble pour rendre l’Organisation plus efficace et plus réactive.

2. La France et la Chine entendent poursuivre leurs efforts communs pour bâtir une économie mondiale ouverte ; combattre toute forme de protectionnisme en assurant un cadre de concurrence équitable ; et favoriser une mondialisation économique plus ouverte, plus inclusive, plus équilibrée et permettant des avantages et des bénéfices réciproques. Dans cette perspective, elles soutiennent le renforcement du rôle du G20 en tant que principal forum de coopération économique internationale et encouragent celui-ci à jouer un rôle plus actif dans la gouvernance économique et financière internationale.

3. La France et la Chine réaffirment leur engagement en faveur de la libéralisation et de la facilitation du commerce et de l’investissement. Elles estiment que la mise en œuvre par tous les membres de l’OMC des exigences et disciplines multilatérales doit être renforcée afin de maintenir la solidité et la crédibilité du système multilatéral, y compris dans le domaine de la transparence et de la notification des subventions. Elles réaffirment leur soutien au Groupe de travail international sur les crédits à l’exportation dans la négociation d’un nouvel ensemble de lignes directrices internationales pour les crédits à l’exportation bénéficiant d’un soutien public. Elles œuvrent à renforcer leur coopération dans le cadre du FMI, et à continuer à améliorer la structure des quotes-parts et la gouvernance du Fonds.

4. La France et la Chine s’engagent à renforcer leur dialogue stratégique par des consultations régulières sur les questions régionales et internationales ; à promouvoir le règlement pacifique des différends par le dialogue et le respect du droit international, y compris le droit international humanitaire ; et à travailler conjointement au sein des Nations Unies à la résolution des tensions régionales et internationales, y compris au Moyen-Orient, en Afrique, dans la péninsule coréenne, et en matière de non-prolifération.
- Sur la péninsule coréenne, la France et la Chine s’attachent à l’objectif de la dénucléarisation de la péninsule coréenne. Elles sont déterminées à promouvoir une application complète et intégrale des résolutions pertinentes du Conseil de Sécurité. Elles appellent la Corée du Nord à se conformer à ses obligations internationales et à abandonner son programme nucléaire et balistique de manière complète, irréversible et vérifiable. La France et la Chine continueront à œuvrer pour la préservation du régime international de non-prolifération, fondé sur le Traité de non-prolifération des armes nucléaires.
- Sur la Syrie, elles appuient les efforts des Nations Unies au sein du processus de Genève en vue d’une solution politique dans le cadre de la résolution 2254 du Conseil de sécurité.
- Sur la Libye, elles soutiennent la médiation menée par le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies, et invitent les différentes parties libyennes à trouver une solution adéquate par un dialogue politique inclusif. La France et la Chine s’engagent à contribuer notamment à la lutte contre les exportations illicites de pétrole en Libye.
- Sur le processus de paix au Proche-Orient, elles confirment leur soutien à une solution à deux Etats, vivant côte à côte en sécurité dans des frontières reconnues par la communauté internationale, avec Jérusalem comme capitale des deux Etats, en accord avec les résolutions des Nations Unies.
- Sur l’Iran, elles réaffirment leur attachement au Plan d’action global commun conclu à Vienne le 14 juillet 2015 qui doit être préservé et appellent toutes les parties à l’accord à mettre en œuvre leurs engagements et à respecter l’ensemble de leurs obligations internationales.
- En Afrique, elles soutiennent les efforts déployés par les pays africains ainsi que les organisations régionales et sous-régionales africaines ainsi que le G5 Sahel pour faire face aux enjeux de paix et de sécurité en Afrique y compris la lutte contre le terrorisme et continueront à contribuer à la réalisation d’une paix et d’un développement durables sur l’ensemble du continent africain.

5. La France et la Chine soulignent que la menace terroriste ne connaît pas de frontières. Elles réaffirment leur attachement au rôle central de coordination de l’ONU dans la coopération internationale. Elles continueront de soutenir les initiatives internationales visant, sous l’égide des Nations Unies, à mobiliser l’ensemble des acteurs, dans la lutte contre le terrorisme sous toutes ses formes. Elles rappellent également l’importance qui s’attache à la lutte contre le financement du terrorisme. Le 26 avril prochain, la France organisera à Paris une conférence internationale sur ce thème à laquelle elle sera heureuse d’une participation de la Chine.

6. La France et la Chine réaffirment que le droit international, et en particulier la Charte des Nations Unies, s’applique dans le cyberespace. Elles œuvrent à promouvoir l’élaboration, notamment dans le cadre de l’ONU, de normes internationales en matière de comportement responsable dans le cyberespace universellement acceptées. Elles renforceront leur coopération contre la cybercriminalité et les autres activités malveillantes dans le cyberespace, y compris les attaques contre les infrastructures clés et le vol de la propriété intellectuelle, à l’aide des technologies de l’information et de la communication, dans l’intention de procurer des avantages concurrentiels. Elles conviennent de continuer à renforcer leurs échanges et leurs coopérations via le dialogue franco-chinois sur les questions cyber.

7. La France et la Chine réaffirment leur volonté d’approfondir et d’élargir leur coopération en faveur de l’environnement et de la lutte contre le changement climatique. La Chine salue l’organisation du sommet « One planet » à Paris. La France salue l’annonce officielle par la Chine, le 19 décembre 2017, du lancement de son système national d’échange de quotas d’émissions. La France et la Chine se félicitent plus généralement des progrès réalisés sur le sujet de la finance verte depuis les travaux initiés sous la présidence chinoise du G20. Dans la continuité des travaux de la COP23, elles renforceront leur collaboration en vue d’aboutir à des règles de mise en œuvre opérationnelles de l’Accord de Paris lors de la COP24, et agiront concrètement pour sa mise en œuvre intégrale, effective et rapide. La France et la Chine travailleront ensemble avec les autres parties pour le relèvement de l’ambition des États avant 2020. L’Accord de Paris doit être mis en œuvre conformément aux principes de l’équité, des responsabilités communes mais différenciées et des capacités respectives, en tenant compte des conditions nationales différentes. La France et la Chine renforceront leurs échanges en vue de la COP15 de la Convention sur la diversité biologique et du Congrès mondial de l’UICN de 2020.

8. La France et la Chine entendent poursuivre leur dialogue constructif sur l’élaboration d’un pacte mondial pour l’environnement. Elles saluent la signature d’un plan d’action en matière de protection de l’environnement (2018-2020) ainsi que d’un accord de coopération sur les parcs nationaux et soutiennent la conservation de la faune et de la flore marines de l’océan. Elles décident de lancer une « Année franco-chinoise de l’environnement » afin de renforcer leur dialogue sur les sujets concernés. La France et la Chine continueront par ailleurs à travailler à la définition et à la mise en œuvre de projets conjoints en matière de ville durable.

9. La France et la Chine renforceront leurs échanges et coopérations sur la mise en œuvre du Programme de développement durable à l’horizon 2030 dans le cadre bilatéral et les enceintes multilatérales comme l’ONU et le G20. Elles continueront à intensifier leurs échanges dans ce domaine via le dialogue stratégique et tiendront leur groupe de travail consacré à l’aide au développement en 2018. La Chine entend continuer de participer de manière régulière aux réunions du Club de Paris et y jouer un rôle constructif.

10. La Chine réaffirme son soutien à l’intégration de l’Union européenne. La France et la Chine continueront à travailler activement à la mise en œuvre de l’Agenda stratégique de coopération UE-Chine 2020 et à approfondir le partenariat global stratégique UE-Chine dans les domaines d’intérêt commun, dans un esprit de bénéfice mutuel et réciproque. Elles réaffirment leur engagement à soutenir le développement des relations commerciales et des investissements entre l’Union européenne et la Chine, sur la base des principes d’ouverture, de transparence, de concurrence équitable et des règles de l’OMC. Elles soutiennent la conclusion rapide d’un ambitieux accord global sur les investissements entre l’UE et la Chine incluant l’accès au marché et la protection des investissements.

11. La France et la Chine entendent poursuivre le développement de leur partenariat stratégique global, sur la base du respect mutuel de leur souveraineté, de leur intégrité territoriale, de leurs intérêts majeurs et des voies de développement choisies en toute indépendance, en renforçant leur dialogue bilatéral dans un esprit de confiance et de bénéfice mutuel. La France réaffirme son attachement au principe d’une seule Chine. Les deux chefs d’Etat réaffirment l’importance du dialogue stratégique, du dialogue économique et financier de haut niveau et du dialogue de haut niveau sur les échanges humains entre les deux pays.

12. Les deux chefs d’Etat se félicitent de la qualité de la coopération entre la France et la Chine sur les questions économiques et financières. Ils saluent l’adoption d’une déclaration conjointe et du plan d’action financier conjoint en annexe le 1er décembre 2017 à l’occasion du cinquième dialogue économique et financier de haut niveau, et appellent à une mise en œuvre rapide des engagements pris à l’occasion de ce dialogue, notamment s’agissant de l’ouverture de leurs économies tant en matière d’échanges commerciaux que d’investissements, du renforcement des conditions de concurrence entre leurs entreprises, de l’accès transparent et non-discriminatoire pour les entreprises des deux pays.

13. Les deux Chefs d’Etat expriment leur haute appréciation de la coopération active entre les deux pays dans le domaine du nucléaire civil et soutiennent un approfondissement de la coopération sur l’ensemble du cycle nucléaire. Ils saluent la mise en service prochaine des réacteurs EPR 1 et 2 à Taishan et la coopération exemplaire entre les industriels français et chinois sur l’EPR. Ils soulignent l’importance du recyclage des combustibles usés pour le développement durable de l’énergie nucléaire. Ils se félicitent de l’accord signé par les deux co-présidents du Comité de haut niveau sur l’aval du cycle en vue de la finalisation prochaine en 2018 des négociations commerciales pour le projet de construction en Chine d’une usine de retraitement-recyclage du combustible. La France et la Chine œuvreront à faire avancer le projet de Hinkley Point C au Royaume-Uni et à continuer les efforts du projet Sizewell C. La partie française poursuivra les efforts conjoints avec la partie chinoise pour que la technologie issue du réacteur chinois Hualong réussisse l’évaluation et la certification GDA des autorités britanniques compétentes. Les deux entreprises promouvront la mise en œuvre du projet Bradwell B.

14. La Chine et la France souhaitent continuer à renforcer leur bonne coopération dans le domaine aéronautique. Les deux chefs d’Etat invitent Airbus et ses partenaires chinois à mener des discussions pour de nouvelles coopérations A330, A350 et A 380. La Chine souhaite, en conformité avec les besoins de développement de son marché du transport aérien, poursuivre ses achats d’avions Airbus sur la base de négociations avec la partie française mutuellement bénéfiques et amicales. La France et la Chine se réjouissent de la perspective de la signature prochaine de nouveaux contrats.

15. La France et la Chine soutiennent la coopération dans les domaines de l’agroécologie moderne et de l’agroalimentaire. Considérant que l’ouverture des marchés pour les produits sûrs et de qualité est dans l’intérêt de la France comme de la Chine, elles rappellent l’importance de faciliter les échanges de produits agroalimentaires en se basant sur les normes internationales dans le respect des procédures légales nationales respectives et entendent continuer à approfondir la coopération en matière de contrôle de la qualité. Les deux parties attachent une grande importance à l’exportation vers la Chine de la viande bovine française, ainsi qu’aux conditions sanitaires qui s’y rapportent. Elles s’accordent à considérer cette coopération comme prioritaire, dans les 6 mois qui viennent, afin que ces efforts permettent le commerce dans la garantie de la sécurité sanitaire des produits à l’issue de cette période. La partie chinoise s’engage à accorder les agréments aux entreprises françaises de viande porcine et de produits laitiers notamment à l’alimentation infantile conformes aux exigences. Elle entend poursuivre ses échanges avec la partie française sur la prévention et le contrôle de la grippe aviaire et travailler activement à la levée de l’embargo sur les produits avicoles dans les meilleurs délais. La France et la Chine reconnaissent pleinement le rôle actif dans la promotion de la coopération agricole franco-chinoise du comité mixte de coopération agricole et agroalimentaire France-Chine qui tiendra sa cinquième réunion en 2018 en France.

16. La France et la Chine entendent promouvoir des synergies entre les plans « Industrie du Futur » et « China Manufacturing 2025 ». Elles soutiennent le développement de coopérations mutuellement bénéfiques entre les entreprises des deux pays sur la base du volontariat et dans un esprit d’égalité, permettant d’élaborer des normes et des standards communs pour l’industrie de demain. Elles reconnaissent la nécessité de protéger la confidentialité des données sensibles et du secret commercial.

17. La France et la Chine entendent continuer à approfondir leur coopération dans les domaines des sciences et des technologies de l’espace et de leurs applications. Elles souhaitent faire avancer activement le développement des satellites océanographique et astronomique franco-chinois en vue d’un lancement dans de bonnes conditions et selon le calendrier prévu. Elles s’emploient à renforcer leur coopération sur l’étude conjointe du changement climatique à l’aide de technologies spatiales et sur l’exploration spatiale.

18. La France et la Chine entendent continuer à élargir leur coopération en marchés tiers en mettant en œuvre la Déclaration conjointe entre la France et la Chine sur les partenariats en marchés tiers de juin 2015.

19. La France salue l’initiative « Une ceinture, une route ». La France et la Chine conviennent de réfléchir à des projets de coopération concrets sur la base du principe de bénéfice mutuel.

20. La France et la Chine renforceront leur coopération dans les domaines des échanges éducatifs, culturels et scientifiques conformément aux conclusions de la déclaration conjointe adoptée le 24 novembre 2017 à l’occasion du quatrième dialogue franco-chinois de haut niveau sur les échanges humains. En particulier, elles s’attacheront à développer leur coopération, notamment à travers l’échange d’expertise et la formation pour préserver et valoriser le patrimoine, reflet de notre diversité culturelle. A cet égard, les deux parties soutiennent l’organisation d’expositions et de séminaires entre le Centre Pompidou et le Musée des Beaux-Arts-West Bund à Shanghai. La France et la Chine s’engagent à des échanges et coopérations dans les domaines éducatif, cinématographique et linguistique sur la base du bénéfice mutuel. La France et la Chine continueront à promouvoir la coopération en matière d’enseignement supérieur et à soutenir la mobilité des stagiaires des deux pays, grâce au programme « 1000 stagiaires ». Elles conviennent de renforcer la coopération en matière d’innovation dans tous les domaines. Elles conviennent d’organiser rapidement une nouvelle session de la Commission mixte scientifique et technologique afin de définir de nouvelles thématiques prioritaires en matière d’échanges scientifiques.

21. Dans la perspective notamment des Jeux Olympiques d’hiver de Pékin 2022 et des Jeux Olympiques de Paris 2024, la France et la Chine s’engagent à la conclusion d’une déclaration d’intention et à soutenir le développement d’infrastructures sportives et le partage d’expertise en matière d’économie du sport. Elles mettront à profit l’Année du Tourisme UE-Chine 2018 pour intensifier leur coopération sur le tourisme et accroître encore la mobilité de personnes dans les deux sens entre la France et la Chine.

22. Les deux chefs d’Etat se félicitent de la création d’une Alliance hospitalière franco-chinoise et du renforcement du partenariat sur le thème du vieillissement en bonne santé. Ils décident de la tenue régulière d’assises franco-chinoises de la Santé à partir de 2018 et encouragent les échanges ainsi que la coopération entre institutions et entreprises du secteur de la santé. La France et la Chine conduiront des recherches conjointes de pointe sur les maladies infectieuses et émergentes, en s’appuyant sur le laboratoire P4 de Wuhan.

23. La France et la Chine favorisent une meilleure articulation entre les différents dialogues bilatéraux et l’aboutissement de projets revêtant une forte dimension interministérielle. Les deux chefs d’Etat se félicitent de la mise en place d’un dialogue régulier sur l’énergie.

24. La France et la Chine conviennent de renforcer les échanges et la coopération dans les domaines juridique et judiciaire sur la base du principe d’égalité et décident d’établir un mécanisme de dialogue en la matière.

25. La France et la Chine soulignent l’importance de développer le dialogue de sécurité et de défense grâce au déplacement réciproque des autorités militaires et aux échanges annuels bilatéraux de haut niveau tels que le dialogue sur les questions stratégiques de défense.

26. Les deux chefs d’État saluent la création d’un conseil d’entreprises franco-chinois et encouragent ses membres à contribuer, par leurs idées et propositions, à l’approfondissement de la relation économique et à la promotion de la coopération économique et commerciale entre les deux pays.

27. La France et la Chine soulignent l’importance, pour le développement de chaque pays, de la promotion et de la protection des droits de l’homme et des libertés fondamentales conformément aux buts et principes de la Charte des Nations Unies. Les deux parties réaffirment l’importance de poursuivre le dialogue et les échanges entre l’Union européenne et la Chine sur les droits de l’homme sur la base de l’égalité et du respect mutuel./.

Dernière modification : 15/01/2018

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