Un éveil européen au service d’un multilateralisme fort

Le Président de la République a reçu le Président de la République populaire de Chine, M. XI Jinping, pour une visite d’Etat en France du 24 au 26 mars 2019.

Le mardi 26 mars 2019, le Président de la République a accueilli au Palais de l’Élysée le Président XI, aux côtés de la Chancelière allemande Angela MERKEL et du Président de la Commission Jean-Claude JUNCKER, pour une rencontre de haut niveau.

"Est-ce que la Chine ou les États-Unis pensent que l’Europe est une puissance avec une autonomie comparable à la leur ?”. Le Président Emmanuel MACRON soulevait cette question à l’aube de son mandat. "Pour relever ce défi nous devons refonder une Europe humaniste dans la mondialisation."

Pour la première fois, lors du Conseil européen des 21 et 22 mars 2019, le Président de la République et ses homologues européens ont eu une discussion utile et constructive sur la Chine : l’Union européenne doit adapter son logiciel aux nouvelles réalités du monde, parmi lesquelles le rôle majeur joué par la Chine sur la scène internationale.

Ce réveil européen est nécessaire pour construire avec la Chine et les autres puissances un agenda de responsabilité afin que la coopération multilatérale fonctionne. La construction d’un système commercial plus juste et l’action climatique dans lesquels la Chine joue une rôle clé sont au cœur du dialogue euro-chinois.

Ce réveil européen est également nécessaire pour véritablement défendre les intérêts et les valeurs qui unissent les pays de l’Union européenne. Il s’agit de nous protéger face aux grandes transformations du monde contemporain.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

Déclaration conjointe du Président de la République et du Président de la République populaire de Chine, M. XI Jinping (Paris, 25 mars 2019)

Seul le prononcé fait foi

"Merci beaucoup et félicitations donc à l’ensemble des signataires de ces accords. Monsieur le Président de la République populaire de Chine, mesdames messieurs les ministres, mesdames messieurs, monsieur le Président, la France est très heureuse de vous accueillir aujourd’hui avec votre épouse pour votre seconde visite d’Etat dans notre pays. Et permettez-moi d’abord et avant toute chose d’avoir un mot de condoléance après la catastrophe industrielle de Niancheng pour l’ensemble des familles et pour votre pays.

Heureux en effet de vous accueillir, vous êtes arrivé hier après-midi et serez avec nous jusqu’à demain après-midi car votre visite intervient dans un moment politique qui est important, d’abord pour nos relations diplomatiques puisque nous célébrons le cinquante-cinquième anniversaire de celles-ci. Et il y a là davantage qu’une commémoration mais bien l’occasion d’une réaffirmation de notre attachement à l’indépendance, au refus de la confrontation entre les blocs, à une certaine façon de regarder le monde tel qu’il est pour se donner les moyens d’y agir réellement. C’était le sens profond du geste du Général DE GAULLE en 1964 à l’égard de la Chine populaire, le choix – je le cite – « de l’évidence et de la raison ». Ensuite parce que vous effectuez votre visite à un moment où l’Union européenne est à l’heure des choix. En effet, vous arrivez de Rome et nous étions hier dans un monument historique inspiré de la Grèce antique, deux références de la Renaissance européenne que j’appelle de mes vœux.

Et je crois dans la force des symboles : les lieux de nos rencontres disent beaucoup de notre regard sur le monde et de cette vision croisée que nous pouvons avoir. C’est aussi pour cela que j’avais commencé ma visite en Chine en janvier depuis 2018 à Xi’an sur le chemin des anciennes routes de la soie que la Chine propose aujourd’hui de retracer et que nous voulons comme autrefois à double sens. Et je crois qu’à l’intersection des grands desseins historiques que se donnent la Chine et l’Europe, il existe la possibilité d’une rencontre utile pour le monde, et je crois pouvoir dire que nos échanges hier soir comme aujourd’hui m’ont conforté en la matière. Enfin, cette visite est en effet nécessaire car elle intervient aussi à un moment où le cours du monde est bousculé, revisité dans certains de ses équilibres et, face au risque de destruction du système multilatéral, la Chine et la France - membres permanents du Conseil de Sécurité des Nations Unies - ont la responsabilité de tracer les voies de l’équilibre, de la coopération, dans le respect des souverainetés mais sur la base de règles du jeu définies en commun. C’est dans cet esprit d’ailleurs que nous aurons demain un échange avec la Chancelière fédérale d’Allemagne, le Président de la Commission européenne pour conclure une séquence de travail que nous avons commencé ensemble.

Notre relation bilatérale repose avant toute chose, je dois le dire, sur un agenda de confiance et de responsabilité. Nous en sommes convenus, le bilan des résultats obtenus sur la feuille de route que nous avions actée en janvier 2018 est bon. Il faut donc à la fois maintenir la méthode et le rythme et notre partenariat se doit à cet égard aussi d’être exemplaire sur les apports de la coopération internationale. Exemplaire sur la confiance nécessaire aux secteurs structurants de celui-ci. En matière de nucléaire civil, la mise en service commercial du premier réacteur EPR au monde à Taishan en décembre a été une avancée décisive amenée à se développer avec la mise en service d’un second réacteur en 2019. Sur l’usine de retraitement recyclage, la dynamique s’est accélérée au cours des dernières semaines, nous venons à l’instant d’échanger sur ce point, nous sommes convenus de redoubler d’efforts pour que les négociations commerciales et la signature de l’accord intergouvernemental puisse aboutir dans les meilleurs délais. Mais nous avons ensemble décidé de poursuivre le partenariat qui, depuis tant de décennies, a montré son efficacité. Sur l’aéronautique, la conclusion aujourd’hui d’un grand contrat en matière d’A320 et gros porteur A350 est une avancée importante et un excellent signal dans le contexte actuel, et je dois le dire dans la droite ligne de ce que vous m’aviez dit en janvier 2018, et donc de la force et de la fiabilité des échanges que nous avons noués. Partenariat exemplaire aussi en matière de rééquilibrage de nos échanges économiques et commerciaux. Sur ce point, les progrès à faire sont colossaux et nous devons donc y travailler d’arrache-pied, sujet par sujet, secteur par secteur.

Mais nous avons entendu et salué les messages d’ouverture de la Chine, en particulier lors de la Foire de Shanghai sur les importations, la France était présente, et cela nécessite notamment un meilleur accès au marché pour nos entreprises en Chine, un plus grand partenariat de confiance dans les échanges, des progrès tangibles en matière d’environnement des affaires et de concurrence équitable et c’est cette voie que vous avez décidée, en particulier avec des lois récentes, et c’est une amélioration conjointe, partenariale que nous avons mise en œuvre depuis un peu plus d’un an. En matière d’agroalimentaire, les progrès ont été importants avec la levée de l’embargo sur le bœuf, suivie aujourd’hui de la levée de l’embargo sur la volaille, de l’octroi d’agréments dans plusieurs de nos filières et d’une réforme profonde en matière de zonage qui était profondément attendue. Je remercie le Président pour son impulsion dans ce domaine important pour nos deux pays. De nombreux accords commerciaux sont également scellés aujourd’hui dans des domaines qui sont au cœur des défis de la Chine pour son développement : la santé, le vieillissement, les infrastructures urbaines, les transports, les énergies renouvelables, le secteur financier. Ce sont des secteurs où nos grands groupes sont très performants mais également nos petites et moyennes entreprises comme nos entreprises de taille intermédiaire, et je salue à cette occasion la création du Fonds d’investissements d’1 milliard d’euros que nous venons de saluer et qui permettra d’accompagner l’internationalisation de nos PME et ETI vers la Chine mais participera aussi de cette internationalisation de votre économie.

Dans le domaine des sciences, des technologies et de l’innovation, les entreprises-pilotes du plan "industries du futur" ont noué de véritables synergies avec leurs partenaires chinois dans des domaines-clés, tels que la pollution industrielle et la gestion des surcapacités, en ligne avec les ambitions que s’est donnée la Chine là aussi. Dans le spatial, après avoir lancé en octobre le premier satellite franco-chinois d’observation des océans. Nous scellons aujourd’hui un partenariat sur l’astrophysique, la surveillance du climat et l’exploration spatiale. J’en profite pour saluer, monsieur le Président, l’exploit réussi par la Chine sur la face cachée de la lune, et vous dire notre volonté de poursuivre notre partenariat dans ce domaine, sur Terre comme sur les corps célestes. Nos coopérations dans le domaine culturel connaissent un dynamisme sans précédent, là aussi. Les projets de Centre Pompidou à Shanghai et de musée Rodin à Shenzhen se concrétisent. De grands projets sont actés, la plus grande exposition des œuvres de Picasso en Chine cette année, la Chine à Versailles et la Cité Interdite, l’Institut du monde arabe prépare, comme je vous en avais fait la proposition, une grande exposition à Paris sur les anciennes routes de la soie. Nous avons décidé que l’année 2021 serait celle du tourisme culturel entre nos deux pays et, je dois le dire, toutes ces initiatives, amorcées ces derniers mois et portées ensemble, ne sont pas un hasard. Elles traduisent un état d’esprit commun, celui de retrouver véritablement ce qui fait l’essentiel de notre lien, le socle de notre capacité à nous comprendre, et d’y faire participer la jeunesse, comme nous le faisons avec la mise en place à la rentrée prochaine, à Shanghai, d’un institut franco-chinois de management de la culture et des arts. La jeunesse est aussi au cœur de nos priorités en cette année qui marque le centenaire de l’arrivée d’étudiants chinois en France, parmi lesquels Chuan LAI (phon.) et Deng XIAOPING, mais aussi de nombreux artistes peintres, dont Paul VALÉRY avait alors su saisir tout le raffinement et le talent, et nous sommes très heureux, je vous le redis, monsieur le Président, d’accueillir près de 40 000 étudiants chinois en France. Nous voulons que la France soit pour eux accueillante et attractive, et nous avons aussi décidé de renforcer en la matière notre coopération sur la mobilité, la formation professionnelle et la coopération éducative et linguistique.

Nous avons enfin acté le renforcement de nos échanges sportifs pour la préparation des Jeux Olympiques de 2022 et 2024, mais également sur le football, dont je vous sais amateur, monsieur le Président, domaine dans lequel la France conserve une longueur d’avance encore, mais ne manque pas, là aussi, de faire du transfert de technologies avec la création d’un centre de Clairefontaine à Pékin. Mais, au-delà de la relation bilatérale, nous avons placé au centre de nos discussions la question du partenariat entre la Chine et l’Europe. Le choix de l’évidence et de la raison au XXIème siècle, je suis convaincu qu’il est là, dans un partenariat euro-chinois fort, défini sur des bases claires, exigeantes et ambitieuses. Et je vois, à cet égard, 3 axes principaux. D’abord, la construction d’un multilatéralisme fort et efficace, avec, en son centre, l’action pour le climat et la biodiversité. J’y reviendrai car, sur ce point, nous avons acté ensemble des résultats très importants. Ensuite, la mise en place d’un partenariat économique et commercial respectueux de nos intérêts mutuels, et bâti sur véritablement un cadre loyal, équilibré, dont nous aurons l’occasion de discuter demain, et qui est essentiel dans un moment où la conflictualité pourrait augmenter dans notre environnement commun, et où nous avons, je crois, le souhait de maintenir des équilibres et le respect de chacun.

Enfin, la coopération sur des projets concrets en pays tiers, le long des routes de la soie, dans le respect des pays traversés, des normes internationales que nous définissons au G20, et en pleine cohérence avec nos engagements climatiques. C’est d’ailleurs sur ce point ce que la France et la Chine font aujourd’hui, en adoptant une liste de projets concrets en pays tiers qui respectent ces critères. Cela suppose que l’Europe soit unie et se dote d’une stratégie cohérente dans le dialogue qu’elle établit avec la Chine, comme avec ses autres grands partenaires. C’est ce que nous sommes en train de faire sur les investissements stratégiques comme sur les infrastructures critiques. Nous nous donnons les moyens de la souveraineté, comme la Chine l’a toujours fait, sans aucune discrimination à l’égard des investissements étrangers, qui sont les bienvenus, en France comme en Europe, mais avec le souci de cette souveraineté bien comprise. Cela nous permettra de poser les bases de coopération durable dans l’ensemble des secteurs, avec une cartographie claire, lisible, et de rester l’économie ouverte aux investissements et aux échanges, dont nous avons besoin et dont la Chine a besoin, puisque l’Union européenne est aujourd’hui son premier partenaire commercial. Cela suppose aussi que nous puissions avoir un dialogue bâti sur le respect mutuel et la franchise, et nous en avons longuement parlé en ce début d’après-midi.

L’Union européenne est en effet fondée sur le respect des libertés individuelles et des droits fondamentaux, de cet esprit des Lumières qui place le respect de l’individu au-dessus de tout, et qu’elle n’a jamais considéré comme une spécificité culturelle mais comme un fait universel juridiquement garanti par le droit international existant. C’est pour cela que la France aborde cette question dans son dialogue avec la Chine pour exprimer les préoccupations qui sont les nôtres et celles de l’Europe sur la question du respect des droits fondamentaux en Chine, et sur plusieurs cas individuels sur lesquels nous avons discuté ensemble. Et nous avons eu sur ce sujet, comme à chacune de nos rencontres, des échanges francs, je dois le dire, monsieur le Président, et dont je vous remercie une fois encore, qui doivent nous permettre des avancées concrètes. La dimension multilatérale de notre partenariat stratégique global est également essentielle. Je ne crois pas à l’efficacité des postures de confrontation, mais à l’exigence de l’esprit de coopération. Cette ligne, je crois pouvoir dire que nous la partageons. Nous avons échangé sur la crise que traverse aujourd’hui la gouvernance mondiale et sur les moyens d’y remédier. Aucun pays, si puissant soit-il, ne peut redéfinir à lui seul les règles du jeu international, et aucun pays, si puissant soit-il, ne sortira gagnant si le système multilatéral implose. Et à cet égard, nos deux pays ont un rôle décisif à jouer en tant que membres permanents du Conseil de Sécurité des Nations Unies.

Nous avons ainsi confirmé notre volonté de maintenir l’accord de 2015 avec l’Iran et de parvenir, par le dialogue et dans le plein respect des résolutions du Conseil de Sécurité, à la dénucléarisation complète, vérifiable et irréversible de la péninsule coréenne. Nous avons également, je le disais, beaucoup avancé sur le climat et la biodiversité, et je veux ici, tout particulièrement, vous remercier, monsieur le Président, car vous n’avez jamais manqué à vos devoirs sur ce sujet, et même plus encore. Nous avons, en effet, dégagé, lors de nos échanges et de la préparation de cette rencontre, comme durant les dernières heures, des convergences nouvelles très importantes, en particulier nous avons acté un engagement commun sur la mise en œuvre de l’engagement de Kigali sur les HFC, essentiel pour la réduction des gaz à effet de serre. L’amélioration de l’efficacité des standards énergétiques, la réorientation des flux financiers vers la lutte contre le changement climatique, l’alignement des pratiques des institutions de développement avec les objectifs de l’accord de Paris. Comme nous l’avons fait en marge du G20 pour la COP24, nous allons jouer ensemble un rôle moteur pour que le sommet de New York de septembre prochain soit décisif et que les grands rendez-vous de 2020 soient tenus. Le réhaussement du niveau d’ambition, l’adoption d’un pacte mondial pour l’environnement et un cadre ambitieux pour la protection de la biodiversité définis par la COP15 de Pékin. Mais je veux véritablement souligner l’importance des avancées sur le climat et la biodiversité actées lors de nos échanges. Nous avons également évoqué les tensions commerciales qui menacent l’économie mondiale.

Nous avons réaffirmé notre refus de la guerre commerciale préjudiciable à tous et notre volonté de travailler ensemble à la modernisation du système commercial multilatéral. Si vous voulons le préserver, il ne suffira pas de proclamer notre attachement à ce système mais nous devons nous attaquer ensemble aux racines du rejet de la mondialisation et des inégalités qu’elle a engendrées. C’est l’objet du travail mené par la Chine et l’Union européenne sur les questions de transparence, de subventions industrielles et de transferts de technologie que la France soutient pleinement. Enfin nous avons évoqué le rôle de l’Afrique qui, dans la redéfinition des équilibres mondiaux en cours, est essentielle. Nous ne sommes pas en Afrique des rivaux stratégiques mais nous pouvons y être davantage des partenaires dans la durée sur les plans de la sécurité, de l’éducation, des infrastructures et du développement. Je salue la contribution importante apportée par la Chine aux pays de la force conjointe du G5 Sahel. Nous avons décidé d’apporter notre plein soutien à des projets conjoints, comme celui sur lequel l’AFD et la CDB travaillent au Sénégal, dans le plein respect de la souveraineté et des choix des pays concernés, et en cohérence avec nos engagements internationaux, notamment climatiques. Je souhaite que nous puissions continuer à avancer ensemble sur cet agenda de sécurité, de développement équilibré, en particulier en lien avec le club de Paris, et respectueux de nos engagements climatiques. Monsieur le Président, je veux à nouveau vous remercier d’avoir accepté mon invitation à effectuer, cette année, une visite d’État dans notre pays. Je vous l’ai dit, la France veut être pour la Chine un partenaire fiable, clair et cohérent. La confiance nécessite du temps. Nous vous avons tôt reconnu et ce 55ème anniversaire, alors même que vous fêtez le 70ème anniversaire de la République, montre que nous sommes ensemble depuis quelque temps maintenant. Mais je crois que nos échanges ont montré que nous souhaitons poursuivre, là aussi, dans la durée, et c’est cette volonté de partager une même lecture du monde avec nos différences, mais respectueux l’un de l’autre, c’est cet engagement de régularité dans nos échanges, d’exigences et de franchise, qui me rend confiant, confiant sur la relation bilatérale et la dynamique que nous avons su lui réinsuffler, confiant sur le partenariat que la Chine et l’Europe sont en train de consolider ; mais confiant aussi sur le rôle que nous pouvons ensemble jouer pour un monde de coopération, d’équilibre, et qui tient sa promesse, la première étant celle que nous devons aux générations à venir. Merci à nouveau, Monsieur le Président, pour votre présence et les avancées portées lors de cette visite"./.

Déclaration conjointe du Président de la République, du Président de la République populaire de Chine, M. XI Jinping, de la Chancelière fédérale d’Allemagne, Mme Angela Merkel et du Président de la Commission européenne, M. Jean-Claude Juncker (Paris, 26 mars 2019)

Après une rencontre de haut niveau sur les défis du multilatéralisme, le Président Emmanuel Macron, XI Jinping, Président de la République populaire de Chine, Angela MERKEL, Chancelière de la République d’Allemagne, et Jean-Claude JUNCKER, Président de la Commission européenne, se sont exprimés devant la presse.

Seul le prononcé fait foi

"Monsieur le Président de la République populaire de Chine, Madame la Chancelière de la République fédérale d’Allemagne, Monsieur le Président de la Commission européenne, Mesdames et Messieurs, chers amis,

je tiens tout d’abord à remercier, en notre nom à tous, le Président XI Jinping d’avoir accepté de participer à cet échange à l’occasion d’une visite d’État bilatérale. Le dialogue entre la Chine et l’Europe est en effet devenu incontournable pour la définition des équilibres mondiaux, pour la préservation du multilatéralisme, surtout dans le contexte que nous connaissons et une crise sans précédent dans notre histoire récente.

Nous venons d’avoir, tous les quatre, une discussion, pendant un peu plus d’une heure, très fructueuse sur ces sujets, de manière très libre, évoquant à la fois la relation bilatérale entre la Chine et l’Union européenne mais également nos visions du multilatéralisme, et de nos discussions très constructives, je retiens au fond quatre points de convergence.

Le premier est la nécessité de construire ensemble un multilatéralisme fort en termes de paix et de sécurité internationale. Et, je dois le dire, il y a sur ce point un vrai travail conjoint entre la Chine et l’Union européenne, travail qui a été conduit, par exemple, pour préserver l’accord de 2015 sur le nucléaire iranien. C’est la même perspective commune que nous avons pour assurer la dénucléarisation de la péninsule coréenne, dans le plein respect des résolutions du Conseil de sécurité, et c’est également sur cet axe que nous voulons travailler ensemble pour faire davantage en matière, justement, de développement et de sécurité sur le continent africain, où l’Europe et la Chine sont très présentes.

Le deuxième point de convergence est de bâtir ce multilatéralisme fort sur le sujet climatique. Nous devons, en effet, répondre à cette urgence. Le Secrétaire Général des Nations Unies nous a écrit un mot pour justement insister sur cet agenda climatique, qu’il a mis au cœur des ambitions, en particulier, du sommet de septembre prochain. Très clairement, nous avons ensemble les moyens d’agir. Nous avons su donner l’impulsion au G20 pour l’adoption des règles d’application de l’accord de Paris. Nous devons maintenant passer à la vitesse supérieure, et l’accord qui a été signé sur le plan bilatéral entre la Chine et la France, et qui est rendu public ce matin, est pour moi un point d’avancée extrêmement fort sur ce sujet. Je veux vraiment remercier le Président XI Jinping des indications claires qu’il donne sur les ambitions de la Chine en matière de réduction, justement, des émissions de gaz à effet de serre, de volonté de s’engager dans des actions très concrètes, sur des questions telles que le financement du développement, ou encore la mise en œuvre de l’amendement de Kigali sur les HFC, ce qui est un point et un combat essentiel que nous voulons mener ensemble pour justement tenir nos engagements internationaux en matière climatique. L’Union européenne sera aussi présente pour assurer, justement, ce leadership, mais cet agenda climatique est, pour moi, à côté des sujets de sécurité et de paix, un élément extrêmement structurant de ce multilatéralisme fort auquel nous croyons beaucoup et dont nous venons de parler.

Le troisième point de convergence est la nécessité que le partenariat entre la Chine et l’Europe soit exemplaire de l’esprit de coopération qui est celui du multilatéralisme, et, au fond, de bâtir ce que nous avons qualifié de confiance stratégique entre nous. Nous avons longuement débattu des sujets de partenariat, d’amitié, de rivalité, qui existent et qui font partie justement de l’univers dans lequel nous avançons, mais la volonté qui est la nôtre, c’est d’avoir un agenda de confiance stratégique. L’Union européenne forme avec la Chine l’un des trois grands pôles économiques du monde. L’ouverture du marché européen a accompagné à cet égard la spectaculaire émergence de la Chine, qui a sorti 700 millions de personnes de la pauvreté. Ces progrès considérables ont, dans le même temps, engendré de profondes transformations et des tensions dans nos sociétés. Nous en avons fait l’expérience, nous les connaissons, avec des déséquilibres qui ont émergé sur le plan de la production ou des conséquences économiques et sociales, des tensions profondes qui font naître un besoin de protection légitime. Je crois que notre volonté commune est d’éviter que la réponse à ces tensions ne soit dans la fracturation de l’ordre international commercial, dans une nouvelle conflictualité commerciale ou dans des politiques d’isolation ou de repli.

Ce que nous voulons bâtir ensemble, c’est un cadre multilatéral rénové, plus juste, plus équilibré, et, alors même que l’Union européenne est l’une des économies les plus ouvertes au monde, de pouvoir œuvrer ensemble, dans les prochains jours, lors du sommet Union européenne-Chine, avec le point de rendez-vous du G20 d’Osaka et dans les mois qui viennent, sur un agenda conjoint de modernisation du multilatéralisme commercial pour, dans notre intérêt commun et dans celui de la planète, bâtir de nouvelles formes de concurrence loyale et de bâtir justement ces nouveaux équilibres. Nous devons donc, à cet égard, accélérer les travaux qui sont actuellement menés entre la Chine et l’Union européenne sur la modernisation de l’EMC pour mieux répondre, dans un cadre coopératif, aux questions de transparence, de surcapacité, de subvention d’État et de règlement des différends. Nous en avons la volonté, nous en avons longuement parlé, et l’enjeu est aussi de démontrer dans les faits que la coopération rapporte plus que la confrontation, et que nous avons plus à gagner à l’ouverture qu’à la fermeture.

Là aussi, le partenariat entre l’Europe et la Chine peut et doit être exemplaire, en aboutissant à des résultats tangibles lors du prochain sommet Union européenne-Chine, en particulier sur l’accord global sur les investissements et sur les indications géographiques.

Et puis le quatrième axe, pour moi, de convergence de notre discussion, est la nécessité de renforcer notre dialogue pour une vision commune de l’avenir du multilatéralisme à travers les initiatives qui sont menées de part et d’autre. La Chine joue en effet aujourd’hui le rôle qui correspond à son rang et à sa puissance, et l’initiative des routes de la soie que vous avez proposée au monde, Monsieur le Président, est un geste extrêmement structurant qui peut contribuer à la stabilité, au développement, à la coexistence pacifique entre les peuples.
De son côté, l’Union européenne, qui est le plus grand bailleur mondial d’aide au développement, doit aussi jouer pleinement son rôle sur la scène internationale, et je crois que c’est dans l’articulation de ces initiatives que nous pouvons bâtir quelque chose d’extrêmement novateur et structurant. En effet, il nous faut réussir à définir, et je crois en cette possibilité, un agenda commun justement de connectivité, où nous pourrons bâtir des infrastructures et des équipements, tenir nos engagements climatiques et le faire avec beaucoup de scrupules, avoir une politique en matière d’éducation et de santé extrêmement forte, et avoir un agenda de soutenabilité financière pour tous les pays tiers partenaires à ces initiatives.

Au fond, si nous respectons ce cadre conjoint dont nous avons beaucoup parlé ce matin, nous pouvons, je le crois, non seulement sortir beaucoup de pays et de peuples de la pauvreté, les aider, mais le faire de manière extrêmement inclusive et durable. Et c’est là que je vois ce que j’appellerais les nouveaux liens d’équilibre, que nous pouvons bâtir. Il y a des routes et des agendas multiples, et ces nouveaux liens d’équilibre sont ce que nous pouvons créer, et c’est peut-être ce point d’appui qui serait un peu le point d’Archimède pour bâtir ce nouveau multilatéralisme et ce cadre de coopération.

Au total, pour atteindre ces objectifs, c’est à dire un multilatéralisme fort, l’esprit de coopération et ce nouveau lien d’équilibre, nous souhaitons pouvoir avancer sur la construction d’un multilatéralisme rénové. Nous avons des divergences, évidemment l’exercice de la puissance dans l’histoire de l’humanité ne va pas sans rivalités. Nul d’entre nous n’est naïf. Nous respectons la Chine et nous sommes déterminés au dialogue et à la coopération, et nous entendons naturellement de nos grands partenaires qu’ils respectent, eux aussi, l’unité de l’Union européenne comme les valeurs qu’elle porte pour elle-même et dans le monde. Autour de ce respect des souverainetés, de la construction de ces nouveaux équilibres et de la construction d’un cadre rénové loyal, je crois que nous avons, Monsieur le Président et chers amis, le chemin pour bâtir ce nouveau lien.

Voilà ce que je voulais dire de nos convergences et de nos échanges. CONFUCIUS disait que trois sortes d’amis sont utiles et trois sont néfastes. Les utiles sont un ami droit, un ami fidèle, un ami cultivé. Les néfastes sont un ami faux, un ami mou, un ami bavard. Monsieur le Président de la République populaire de Chine, sachez que vous avez dans cette salle des amis droits dans leurs exigences, fidèles à ce qu’ils sont et à leur amitié avec la Chine, et, pour éviter d’être un ami trop long, je m’arrête là et je vous cède avec beaucoup de plaisir la parole, en vous remerciant à nouveau d’être là"./.

Déclaration conjointe entre la République française et la République populaire de Chine sur la préservation du multilatéralisme et l’amélioration de la gouvernance mondiale, 25 mars 2019

A l’invitation de M. Emmanuel Macron, Président de la République française, M. Xi Jinping, Président de la République populaire de Chine, a effectué du 24 au 26 mars 2019 une visite d’Etat en France. Les deux parties ont passé en revue la situation internationale et les questions globales et régionales d’importance majeure et sont convenus de ce qui suit.

  • Membres permanents du Conseil de Sécurité des Nations Unies, la France et la Chine apportent une contribution active à la paix et à la sécurité internationales. Elles continueront à appliquer une politique étrangère d’indépendance, à poursuivre la voie du développement pacifique et à promouvoir la paix, la prospérité, le développement durable et la sécurité dans le monde conformément aux buts et principes de laCharte des Nations Unies. Elles réaffirment leur attachement au respect du droit international et des normes fondamentales régissant les relations internationales et poursuivent leurs efforts pour bâtir ensemble des relations internationales basées sur le respect mutuel, l’équité, la justice et la coopération de bénéfice mutuel.
  • La France et la Chine estiment que dans le contexte actuel, l’attachement au multilatéralisme est la meilleure façon de promouvoir la coopération internationale face à la multiplication des risques et des défis communs, et de préserver la paix et la prospérité dans le monde. Elles s’engagent à promouvoir le multilatéralisme fondé sur le droit international.
  • Les deux pays défendent résolument le système international dont l’Organisation des Nations Unies (ONU) constitue l’élément central ainsi que son autorité et son statut. Ils soutiennent les efforts déployés par le Secrétaire général des Nations Unies en faveur d’une réforme de l’Organisation et souhaitent œuvrer ensemble pour rendre celle-ci plus efficace, plus réactive, et plus à même de relever les défis globaux. Ils continueront à conjuguer leurs efforts en renforçant leur coopération sur les opérations de maintien de la paix des Nations Unies et en soutenant l’initiative portée par l’Union africaine (UA) et l’ONU en faveur du financement durable et prévisible des opérations africaines de paix.
  • Ils réaffirment leur volonté de relever ensemble les défis en ce qui concerne le changement climatique, l’érosion de la biodiversité et la protection de l’environnement. Ils continueront d’assurer, comme ils l’ont fait en marge du G20 de Buenos Aires, un rôle d’impulsion et de mobilisation, sur la base des résultats de la 24ème Conférence des parties (COP24) à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques qui a permis de doter avec succès l’Accord de Paris de règles d’application.
  • Ils agiront ensemble pour assurer le succès du Sommet du Secrétaire général des Nations Unies sur le climat, le 23 septembre 2019, par la mobilisation des différents acteurs, et par le pilotage des travaux préparatoires sur la finance climat et la tarification du carbone, et sur les solutions fondées sur la nature.
  • Les deux pays s’engagent à appliquer l’Accord de Paris dans toutes ses dimensions, à renforcer la capacité d’application des engagements et à communiquer d’ici 2020 leur stratégie à long terme de développement à faible émission de gaz à effet de serre pour le milieu du siècle. Ils s’engagent à travailler ensemble pour favoriser la ratification et la mise en œuvre de l’amendement de Kigali au protocole de Montréal sur la réduction des HFC et promouvoir l’amélioration des standards d’efficacité énergétique dans le secteur du refroidissement.
  • Ils insistent sur l’importance d’une réorientation des flux financiers publics et privés vers la lutte contre le changement climatique et la protection de la biodiversité, en mobilisant des financements climat pérennes pour les pays en développement, en promouvant un alignement des pratiques des institutions de développement avec les objectifs de l’Accord de Paris et des objectifs de la Convention sur la Diversité Biologique, et en œuvrant pour garantir au Fonds vert pour le Climat une reconstitution et une gouvernance efficace.
  • Ils agiront conjointement pour un sursaut mondial face à l’érosion de la biodiversité, dans la perspective de la COP15 de la Convention sur la diversité biologique qui se tiendra fin 2020 en Chine. Ils travailleront à promouvoir l’agenda de l’action « de Charm El Cheikh à Pékin pour la nature et les peuples » en mobilisant l’ensemble des parties prenantes en vue de propositions concrètes. Ils contribueront activement au processus complet et participatif d’élaboration du cadre mondial de la biodiversité pour l’après 2020 lancé lors de la COP14 sur la Convention sur la diversité biologique.
  • Ils s’engagent à renforcer dans le cadre de l’ONU la communication et la coopération au sujet des négociations sur un accord international portant sur la conservation et l’utilisation durable de la biodiversité marine des zones ne relevant pas de la juridiction nationale et à contribuer activement à sa conclusion. Ils conviennent de poursuivre leurs échanges sur la conservation et l’utilisation durable des ressources biologiques marines de l’Antarctique, y compris par l’établissement d’une aire marine protégée en Antarctique.
  • Les deux pays affirment leur volonté de lutter contre la criminalité environnementale, en particulier le braconnage et le trafic des espèces de la faune et de la flore menacées d’extinction et des produits issus de ces espèces ainsi que le transfert transfrontalier illégal des déchets solides, en interdisant l’entrée et la sortie illégales de ces objets au travers leurs frontières, et marquent l’importance d’une gestion durable des forêts tropicales en tant que puits de carbone et hauts lieux de la biodiversité mondiale.
  • Ils soutiennent résolument l’action internationale contre la pollution plastique de l’océan et des terres à travers le renforcement des dispositifs existants, notamment la Convention de Bâle.
  • Ils poursuivront leurs efforts pour soutenir ensemble le Groupe de travail spécial, créé selon la résolution Vers un pacte mondial pour l’environnement, dans ses travaux menés conformément aux mandats de la résolution de l’Assemblée générale de l’ONU, et rester en étroite communication en vue d’améliorer le droit international de l’environnement et son application.
  • Ils entendent, en tenant compte des accords de coopération et des plans d’action sur la protection de l’environnement conclus entre les départements concernés, promouvoir le dialogue de politiques et les échanges techniques sur l’amélioration de la qualité de l’air, le renforcement de la protection de la biodiversité, la gestion des déchets, la protection des milieux aquatiques et la réhabilitation des sols pollués, encourager la participation des services gouvernementaux, des établissement de recherche et des entreprises concernées, organiser des évènements bilatéraux en marge de conférences internationales et promouvoir activement les processus multilatéraux concernés.
  • Les deux pays préconisent l’amélioration de la gouvernance économique internationale, l’évolution de la mondialisation économique vers un système plus ouvert, plus transparent, plus inclusif, non discriminatoire pour préserver le système commercial multilatéral fondé sur des règles et centré sur l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Ils préconisent le respect par tous les membres de l’OMC de leurs engagements et obligations au sein de l’OMC, afin de maintenir la solidité et la crédibilité du système multilatéral.
  • La France et la Chine entendent poursuivre leurs efforts communs pour bâtir une économie mondiale ouverte et combattre toute forme de protectionnisme, en assurant un cadre de concurrence équitable. Dans cet objectif, elles soutiennent une réforme nécessaire de l’OMC pour renforcer son efficacité et son autorité et mieux faire face aux défis actuels et futurs. Les deux pays appellent au progrès des discussions sur les propositions soumises aux membres de l’OMC sur le renforcement des trois fonctions essentielles de l’OMC que sont le règlement des différends, le contrôle et les négociations. Ils appuient les travaux du groupe de travail UE-Chine sur la réforme de l’OMC qui doivent permettre des avancées, les deux parties ayant des attentes élevées dans ce domaine.
  • Les deux pays soutiennent l’action du G20 en tant que forum principal de coopération économique internationale et appuient son action en faveur d’une économie mondiale ouverte. Ils s’engagent à promouvoir dans ce cadre un système fiscal international moderne, durable et juste et encouragent le dialogue et la coopération notamment en matière de réformes structurelles, d’économie numérique, de lutte contre la corruption, de développement durable, d’architecture financière internationale et d’investissements dans les infrastructures, en lien avec les autres Forums internationaux majeurs.
  • Ils entendent continuer à promouvoir activement le processus de réforme du système monétaire et financier international et à travailler à l’accomplissement, d’ici les assemblées de printemps et au plus tard lors des assemblées annuelles de 2019, de la 15ème révision générale des quotes-parts du Fonds monétaire international (FMI).
  • Les deux pays s’engagent à veiller à la compatibilité des financements internationaux, en particulier s’agissant des infrastructures, avec les objectifs de développement durable ainsi que l’accord de Paris sur le Climat. Ils saluent l’adoption des principes opérationnels du G20 sur les financements soutenables et appellent à leur suivi.
  • Les deux pays réaffirment leur soutien au Groupe de travail international sur les crédits à l’exportation dans la négociation d’un nouvel ensemble de lignes directrices internationales pour les crédits à l’exportation bénéficiant d’un soutien public.
  • Ils s’attachent à accélérer la mise en œuvre du Programme de développement durable à l’horizon 2030, et du Programme d’Action d’Addis Abeba ainsi qu’à rendre l’aide plus efficace et plus ciblée. Ils organiseront en 2019 la prochaine réunion du sous-groupe sur le développement dans le cadre du Dialogue stratégique franco-chinois.
  • Ils croient profondément à l’importance de l’éducation. Ils soutiennent les efforts actifs déployés par l’UNESCO et le Partenariat mondial pour l’Education en faveur de la réalisation des objectifs du développement durable des Nations Unies dans ce domaine. Ils continuent à renforcer leur coopération et leur dialogue en matière d’éducation.
  • Les deux pays s’engagent à travailler activement pour éliminer le SIDA, la tuberculose et le paludisme. La Chine salue le rôle important que joue la France aux travaux du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme et souhaite que la 6e conférence de reconstitution du fonds de 2019 soit un succès.
  • Ils estiment que tous les pays doivent poursuivre la voie du développement pacifique, consolider l’architecture de sécurité internationale fondée sur le respect du droit international et sur une approche coopérative et durable, répondre ensemble aux risques et défis sécuritaires conventionnels et non conventionnels en tout genre et construire ensemble un monde de paix durable et de sécurité universelle. La France et la Chine soulignent que la menace terroriste ne connaît pas de frontières. Elles réaffirment leur attachement au rôle central de coordination de l’ONU dans la coopération internationale. Elles continueront de soutenir les initiatives internationales visant, sous l’égide des Nations Unies, à mobiliser l’ensemble des acteurs, dans la lutte contre le terrorisme sous toutes ses formes. Elles rappellent également l’importance qui s’attache à la lutte contre le financement du terrorisme. Elles font part de leur engagement à mettre en œuvre les dix points de l’Agenda de Paris adopté à l’issue de la conférence internationale « No money for Terror » du 26 avril dernier.
  • Les deux pays soulignent que le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) est la pierre angulaire du régime international de non-prolifération nucléaire et une composante majeure du système de sécurité international, et réaffirment leur engagement en faveur du succès de la Conférence d’examen du TNP de 2020.
  • Ils soulignent le rôle central de l’Organisation pour l’Interdiction des Armes Chimiques (OIAC) dans la préservation et la mise en oeuvre de la Convention pour l’interdiction des armes chimiques et la nécessité d’engager tous les moyens pour que cette organisation puisse réaliser son mandat conformément aux dispositions de la Convention et faire progresser de manière équilibrée la réalisation des objectifs de la Convention en se dotant de moyens d’enquête et de vérifications solides afin de préserver la paix et la sécurité internationales.
  • Ils s’engagent à travailler au renforcement de la coopération multilatérale, notamment dans le cadre des Nations Unies, pour préserver ensemble la paix, la sécurité et le développement durable dans l’espace extra-atmosphérique.
  • Ils rappellent que le droit international, et en particulier la Charte des Nations Unies, s’applique dans le cyberespace. Ils œuvrent à promouvoir l’élaboration, notamment dans le cadre de l’ONU, de normes internationales en matière de comportement responsable dans le cyberespace universellement acceptées. Ils renforceront leur coopération contre la cybercriminalité, l’utilisation d’internet à des fins terroristes et les autres activités malveillantes dans le cyberespace, y compris les attaques contre les infrastructures clés et le vol de la propriété intellectuelle, à l’aide des technologies de l’information et de la communication, dans l’intention de procurer des avantages concurrentiels. Ils conviennent de continuer à renforcer leurs échanges et leurs coopérations via le dialogue franco-chinois sur les questions cyber.
  • Ils réaffirment l’importance du rôle de l’Union européenne (UE), acteur moteur et indispensable du multilatéralisme. La Chine soutient l’intégration européenne et les efforts de la France visant à promouvoir la réforme de l’UE. Les deux pays soulignent l’interdépendance croissante de l’UE et de la Chine et, dans ce contexte, la nécessité de développer le partenariat global stratégique entre l’UE et la Chine. Le partenariat UE-Chine renforcé contribuera à la réforme de la gouvernance mondiale afin de parvenir à un système multilatéral plus efficace qui reflète mieux les principes de l’équité et de la justice et qui soit plus adapté aux enjeux du XXIème siècle.
  • Les deux pays soutiennent la conclusion rapide d’un ambitieux accord global sur les investissements entre l’UE et la Chine incluant l’accès au marché et la protection des investissements, dans un esprit de bénéfice mutuel et réciproque.
  • Ils appellent à la conclusion de la négociation sur l’accord sur la coopération et la protection des indications géographiques entre l’UE et la Chine. Les deux pays disposent d’une longue tradition de protection du savoir-faire et des produits de qualité. Ils souhaitent l’aboutissement rapide d’un accord ambitieux et équilibré qui permette de conférer à toutes les IG selon les termes de l’accord une protection effective contre les contrefaçons et les usurpations dont elles peuvent faire l’objet.
  • La France et la Chine soutiennent les travaux en cours entre l’UE et la Chine pour le développement de synergies entre les initiatives de connectivité, notamment la stratégie de l’UE sur la connectivité euroasiatique et l’initiative chinoise « La ceinture, la Route ». Elles souhaitent accélérer les échanges dans le cadre de la Plateforme UE-Chine de connectivité.
  • Les deux pays soulignent l’importance, pour le développement de chaque pays, de la promotion et de la protection des droits de l’homme et des libertés fondamentales conformément aux buts et principes de la Charte des Nations Unies. Ils réaffirment l’importance de poursuivre le dialogue et les échanges entre l’Union européenne et la Chine sur les droits de l’homme sur la base de l’égalité et du respect mutuel.
  • Ils rappellent que le JCPoA, endossé à l’unanimité par le Conseil de Sécurité des Nations Unies via la résolution 2231, constitue un élément clé du régime de non-prolifération et un facteur important pour la sécurité internationale et régionale. A ce titre l’accord constitue un acquis important de la diplomatie multilatérale. Les deux parties réaffirment leur engagement à préserver le JCPoA et à promouvoir des bénéfices économiques pour l’Iran via le maintien du commerce et des flux financiers conformément au droit international. La France et la Chine s’engagent à pleinement respecter leurs obligations internationales. Sans préjudice du JCPoA, elles réitèrent leur soutien à une approche globale permettant de traiter l’ensemble des sujets de préoccupation par la voie d’un dialogue équilibré.
  • Les deux pays réaffirment leur engagement en faveur de la recherche d’une solution politique crédible et équilibrée de la crise syrienne, sous l’égide des Nations Unies et conformément à la résolution 2254 du Conseil de Sécurité.
  • S’agissant de la Corée du Nord, ils réaffirment leur attachement à une application globale et intégrale des résolutions du Conseil de Sécurité des Nations Unies.
  • Ils conviennent que seul un règlement politique des conflits peut permettre une stabilisation durable au Sahel. Ils saluent l’esprit de coopération qui règne entre les Etats du Sahel, qui s’incarne notamment par l’action de la Force conjointe du G5 Sahel, soutenue par la France et la Chine. Le soutien international au G5 doit aussi être progressivement renforcé en parallèle de l’opérationnalisation de la Force conjointe du G5 Sahel, avec l’objectif de la doter d’un mandat du Conseil de Sécurité et de ressources prévisibles.
  • Ils rappellent leur ferme attachement à la souveraineté, à l’unité et à l’intégrité territoriale du Mali et leur appui à la MINUSMA, qui assiste, conformément à son mandat, les autorités et le peuple malien dans les efforts qu’ils déploient pour instaurer une paix et une stabilité durables dans leur pays. Ils souhaitent que la MINUSMA continue de s’acquitter de son mandat dans le cadre d’une démarche proactive et robuste, et que son mandat soit assorti des ressources appropriées.

Relations bilatérales France-Chine : axes, chiffres clés

Plus d’informations sur les relations bilatérales entre la France et la Chine sont disponibles sur le site du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères

Dernière modification : 27/03/2019

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