Tribune du Président de la République : "Pour une Renaissance européenne"

Le Président de la République a publié une tribune dans l’ensemble des Etats membres de l’Union européenne, le 4 mars 2019.

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Tribune du Président de la République : "Pour une Renaissance européenne" (5 mars 2019)

"Citoyens d’Europe,

Si je prends la liberté de m’adresser directement à vous, ce n’est pas seulement au nom de l’histoire et des valeurs qui nous rassemblent. C’est parce qu’il y a urgence. Dans quelques semaines, les élections européennes seront décisives pour l’avenir de notre continent.

Jamais depuis la Seconde Guerre mondiale, l’Europe n’a été aussi nécessaire. Et pourtant, jamais l’Europe n’a été autant en danger.

Le Brexit en est le symbole. Symbole de la crise de l’Europe, qui n’a pas su répondre aux besoins de protection des peuples face aux grands chocs du monde contemporain. Symbole, aussi, du piège européen. Le piège n’est pas l’appartenance à l’Union européenne ; ce sont le mensonge et l’irresponsabilité qui peuvent la détruire. Qui a dit aux Britanniques la vérité sur leur avenir après le Brexit ? Qui leur a parlé de perdre l’accès au marché européen ? Qui a évoqué les risques pour la paix en Irlande en revenant à la frontière du passé ? Le repli nationaliste ne propose rien ; c’est un rejet sans projet. Et ce piège menace toute l’Europe : les exploiteurs de colère, soutenus par les fausses informations, promettent tout et son contraire.

Face à ces manipulations, nous devons tenir debout. Fiers et lucides. Dire d’abord ce qu’est l’Europe. C’est un succès historique : la réconciliation d’un continent dévasté, dans un projet inédit de paix, de prospérité et de liberté. Ne l’oublions jamais. Et ce projet continue à nous protéger aujourd’hui : quel pays peut agir seul face aux stratégies agressives de grandes puissances ? Qui peut prétendre être souverain, seul, face aux géants du numérique ? Comment résisterions-nous aux crises du capitalisme financier sans l’euro, qui est une force pour toute l’Union ? L’Europe, ce sont aussi ces milliers de projets du quotidien qui ont changé le visage de nos territoires, ce lycée rénové, cette route construite, l’accès rapide à Internet qui arrive, enfin. Ce combat est un engagement de chaque jour, car l’Europe comme la paix ne sont jamais acquises. Au nom de la France, je le mène sans relâche pour faire progresser l’Europe et défendre son modèle. Nous avons montré que ce qu’on nous disait inaccessible, la création d’une défense européenne ou la protection des droits sociaux, était possible.

Mais il faut faire plus, plus vite. Car il y a l’autre piège, celui du statu quo et de la résignation. Face aux grands chocs du monde, les citoyens nous disent bien souvent : « Où est l’Europe ? Que fait l’Europe ? ». Elle est devenue à leurs yeux un marché sans âme. Or l’Europe n’est pas qu’un marché, elle est un projet. Un marché est utile, mais il ne doit pas faire oublier la nécessité de frontières qui protègent et de valeurs qui unissent. Les nationalistes se trompent quand ils prétendent défendre notre identité dans le retrait de l’Europe ; car c’est la civilisation européenne qui nous réunit, nous libère et nous protège. Mais ceux qui ne voudraient rien changer se trompent aussi, car ils nient les peurs qui traversent nos peuples, les doutes qui minent nos démocraties. Nous sommes à un moment décisif pour notre continent ; un moment où, collectivement, nous devons réinventer politiquement, culturellement, les formes de notre civilisation dans un monde qui se transforme. C’est le moment de la Renaissance européenne. Aussi, résistant aux tentations du repli et des divisions, je vous propose de bâtir ensemble cette Renaissance autour de trois ambitions : la liberté, la protection et le progrès.

Défendre notre liberté

Le modèle européen repose sur la liberté de l’homme, la diversité des opinions, de la création. Notre liberté première est la liberté démocratique, celle de choisir nos gouvernants là où, à chaque scrutin, des puissances étrangères cherchent à peser sur nos votes. Je propose que soit créée une Agence européenne de protection des démocraties qui fournira des experts européens à chaque Etat membre pour protéger son processus électoral contre les cyberattaques et les manipulations. Dans cet esprit d’indépendance, nous devons aussi interdire le financement des partis politiques européens par des puissances étrangères. Nous devrons bannir d’Internet, par des règles européennes, tous les discours de haine et de violence, car le respect de l’individu est le fondement de notre civilisation de dignité.

Protéger notre continent

Fondée sur la réconciliation interne, l’Union européenne a oublié de regarder les réalités du monde. Or aucune communauté ne crée de sentiment d’appartenance si elle n’a pas des limites qu’elle protège. La frontière, c’est la liberté en sécurité. Nous devons ainsi remettre à plat l’espace Schengen : tous ceux qui veulent y participer doivent remplir des obligations de responsabilité (contrôle rigoureux des frontières) et de solidarité (une même politique d’asile, avec les mêmes règles d’accueil et de refus). Une police des frontières commune et un office européen de l’asile, des obligations strictes de contrôle, une solidarité européenne à laquelle chaque pays contribue, sous l’autorité d’un Conseil européen de sécurité intérieure : je crois, face aux migrations, à une Europe qui protège à la fois ses valeurs et ses frontières.

Les mêmes exigences doivent s’appliquer à la défense. D’importants progrès ont été réalisés depuis deux ans, mais nous devons donner un cap clair : un traité de défense et de sécurité devra définir nos obligations indispensables, en lien avec l’OTAN et nos alliés européens : augmentation des dépenses militaires, clause de défense mutuelle rendue opérationnelle, Conseil de sécurité européen associant le Royaume Uni pour préparer nos décisions collectives.

Nos frontières doivent aussi assurer une juste concurrence. Quelle puissance au monde accepte de poursuivre ses échanges avec ceux qui ne respectent aucune de ses règles ? Nous ne pouvons pas subir sans rien dire. Nous devons réformer notre politique de concurrence, refonder notre politique commerciale : sanctionner ou interdire en Europe les entreprises qui portent atteinte à nos intérêts stratégiques et nos valeurs essentielles, comme les normes environnementales, la protection des données et le juste paiement de l’impôt ; et assumer, dans les industries stratégiques et nos marchés publics, une préférence européenne comme le font nos concurrents américains ou chinois.

Retrouver l’esprit de progrès

L’Europe n’est pas une puissance de second rang. L’Europe entière est une avant garde : elle a toujours su définir les normes du progrès. Pour cela, elle doit porter un projet de convergence plus que de concurrence : l’Europe, où a été créée la sécurité sociale, doit instaurer pour chaque travailleur, d’Est en Ouest et du Nord au Sud, un bouclier social lui garantissant la même rémunération sur le même lieu de travail, et un salaire minimum européen, adapté à chaque pays et discuté chaque année collectivement.

Renouer avec le fil du progrès, c’est aussi prendre la tête du combat écologique. Regarderons-nous nos enfants en face, si nous ne résorbons pas aussi notre dette climatique ? L’Union européenne doit fixer son ambition – 0 carbone en 2050, division par deux des pesticides en 2025 – et adapter ses politiques à cette exigence : Banque européenne du climat pour financer la transition écologique ; force sanitaire européenne pour renforcer les contrôles de nos aliments ; contre la menace des lobbies, évaluation scientifique indépendante des substances dangereuses pour l’environnement et la santé... Cet impératif doit guider toute notre action : de la Banque centrale à la Commission européenne, du budget européen au plan d’investissement pour l’Europe, toutes nos institutions doivent avoir le climat pour mandat.

Le progrès et la liberté, c’est pouvoir vivre de son travail : pour créer des emplois, l’Europe doit anticiper. C’est pour cela qu’elle doit non seulement réguler les géants du numérique, en créant une supervision européenne des grandes plateformes (sanction accélérée des atteintes à la concurrence, transparence de leurs algorithmes…), mais aussi financer l’innovation en dotant le nouveau Conseil européen de l’innovation d’un budget comparable à celui des Etats-Unis, pour prendre la tête des nouvelles ruptures technologiques, comme l’intelligence artificielle.

Une Europe qui se projette dans le monde doit être tournée vers l’Afrique, avec laquelle nous devons nouer un pacte d’avenir. En assumant un destin commun, en soutenant son développement de manière ambitieuse et non défensive : investissement, partenariats universitaires, éducation des jeunes filles…

Liberté, protection, progrès. Nous devons bâtir sur ces piliers une Renaissance européenne. Nous ne pouvons pas laisser les nationalistes sans solution exploiter la colère des peuples. Nous ne pouvons pas être les somnambules d’une Europe amollie. Nous ne pouvons pas rester dans la routine et l’incantation. L’humanisme européen est une exigence d’action. Et partout les citoyens demandent à participer au changement. Alors d’ici la fin de l’année, avec les représentants des institutions européennes et des Etats, mettons en place une Conférence pour l’Europe afin de proposer tous les changements nécessaires à notre projet politique, sans tabou, pas même la révision des traités. Cette conférence devra associer des panels de citoyens, auditionner des universitaires, les partenaires sociaux, des représentants religieux et spirituels. Elle définira une feuille de route pour l’Union européenne traduisant en actions concrètes ces grandes priorités. Nous aurons des désaccords, mais vaut-il mieux une Europe figée ou une Europe qui progresse parfois à différents rythmes, en restant ouverte à tous ?

Dans cette Europe, les peuples auront vraiment repris le contrôle de leur destin ; dans cette Europe, le Royaume-Uni, j’en suis sûr, trouvera toute sa place.

Citoyens d’Europe, l’impasse du Brexit est une leçon pour tous. Sortons de ce piège, donnons un sens aux élections à venir et à notre projet. A vous de décider si l’Europe, les valeurs de progrès qu’elle porte, doivent être davantage qu’une parenthèse dans l’histoire. C’est le choix que je vous propose, pour tracer ensemble le chemin d’une Renaissance européenne"./.

Article by the President of the French Republic : "For European renewal" (5th March 2019)

"Citizens of Europe,

If I am taking the liberty of addressing you directly, it is not only in the name of the history and values that unite us. It is because time is of the essence. In a few weeks’ time, the European elections will be decisive for the future of our continent.
Never, since the Second World War, has Europe been as essential. Yet never has Europe been in so much danger.

Brexit stands as the symbol of that. It symbolises the crisis of Europe, which has failed to respond to its peoples’ needs for protection from the major shocks of the modern world. It also symbolises the European trap. The trap is not being part of the European Union. The trap is in the lie and the irresponsibility that can destroy it. Who told the British people the truth about their post-Brexit future ? Who spoke to them about losing access to the European market ? Who mentioned the risks to peace in Ireland of restoring the former border ? Nationalist retrenchment offers nothing ; it is rejection without an alternative. And this trap threatens the whole of Europe : the anger mongers, backed by fake news, promise anything and everything.

We have to stand firm, proud and lucid, in the face of this manipulation and say first of all what Europe is. It is a historic success : the reconciliation of a devastated continent in an unprecedented project of peace, prosperity and freedom. We should never forget that. And this project continues to protect us today. What country can act on its own in the face of aggressive strategies by the major powers ? Who can claim to be sovereign, on their own, in the face of the digital giants ? How would we resist the crises of financial capitalism without the euro, which is a force for the entire European Union ? Europe is also those thousands of projects daily that have changed the face of our regions : the school refurbished, the road built, and the long-awaited arrival of high-speed Internet access. This struggle is a daily commitment, because Europe, like peace, can never be taken for granted. I tirelessly pursue it in the name of France to take Europe forward and defend its model. We have shown that what we were told was unattainable, the creation of a European defence capability and the protection of social rights, was in fact possible.

Yet we need to do more and sooner, because there is the other trap : the trap of the status quo and resignation. Faced with the major crises in the world, citizens so often ask us, “Where is Europe ? What is Europe doing ?” It has become a soulless market in their eyes. Yet Europe is not just a market. It is a project. A market is useful, but it should not detract from the need for borders that protect and values that unite. The nationalists are misguided when they claim to defend our identity by withdrawing from Europe, because it is the European civilisation that unites, frees and protects us. But those who would change nothing are also misguided, because they deny the fears felt by our peoples, the doubts that undermine our democracies. We are at a pivotal moment for our continent, a moment when together we need to politically and culturally reinvent the shape of our civilisation in a changing world. It is the moment for European renewal. Hence, resisting the temptation of isolation and divisions, I propose we build this renewal together around three ambitions : freedom, protection and progress.

Defend our freedom

The European model is based on the freedom of man and the diversity of opinions and creation. Our first freedom is democratic freedom : the freedom to choose our leaders as foreign powers seek to influence our vote at each election. I propose creating a European Agency for the Protection of Democracies, which will provide each Member State with European experts to protect their election process against cyber attacks and manipulation. In this same spirit of independence, we should also ban the funding of European political parties by foreign powers. We should have European rules banish all incitements to hate and violence from the Internet, since respect for the individual is the bedrock of our civilisation of dignity.

Protect our continent

Founded on internal reconciliation, the European Union has forgotten to look at the realities of the world. Yet no community can create a sense of belonging if it does not have bounds that it protects. The boundary is freedom in security. We therefore need to rethink the Schengen area : all those who want to be part of it should comply with obligations of responsibility (stringent border controls) and solidarity (one asylum policy with the same acceptance and refusal rules). We will need a common border force and a European asylum office, strict control obligations and European solidarity to which each country will contribute under the authority of a European Council for Internal Security. On the issue of migration, I believe in a Europe that protects both its values and its borders.

The same standards should apply to defence. Substantial progress has been made in the last two years, but we need to set a clear course : a treaty on defence and security should define our fundamental obligations in association with NATO and our European allies : increased defence spending, a truly operational mutual defence clause, and the European Security Council with the United Kingdom on board to prepare our collective decisions.

Our borders also need to guarantee fair competition. What power in the world would accept continued trade with those who respect none of their rules ? We cannot suffer in silence. We need to reform our competition policy and reshape our trade policy with penalties or a ban in Europe on businesses that compromise our strategic interests and fundamental values such as environmental standards, data protection and fair payment of taxes ; and the adoption of European preference in strategic industries and our public procurement, as our American and Chinese competitors do.

Recover the spirit of progress

Europe is not a second-rank power. Europe in its entirety is a vanguard : it has always defined the standards of progress. In this, it needs to drive forward a project of convergence rather than competition : Europe, where social security was created, needs to introduce a social shield for all workers, east to west and north to south, guaranteeing the same pay in the same workplace, and a minimum European wage appropriate to each country and discussed collectively every year.

Getting back on track with progress also concerns spearheading the ecological cause. Will we be able to look our children in the eye if we do not also clear our climate debt ? The European Union needs to set its target – zero carbon by 2050 and pesticides halved by 2025 – and adapt its policies accordingly with such measures as a European Climate Bank to finance the ecological transition, a European food safety force to improve our food controls and, to counter the lobby threat, independent scientific assessment of substances hazardous to the environment and health. This imperative needs to guide all our action : from the Central Bank to the European Commission, from the European budget to the Investment Plan for Europe, all our institutions need to have the climate as their mandate.

Progress and freedom are about being able to live from your work : Europe needs to look ahead to create jobs. This is why it needs not only to regulate the digital giants by putting in place European supervision of the major platforms (prompt penalties for unfair competition, transparent algorithms, etc.), but also to finance innovation by giving the new European Innovation Council a budget on a par with the United States in order to spearhead new technological breakthroughs such as artificial intelligence.

A world-oriented Europe needs to look towards Africa, with which we should enter into a covenant for the future, taking the same road and ambitiously and non-defensively supporting African development with such measures as investment, academic partnerships and education for girls.

Freedom, protection and progress. We need to build European renewal on these pillars. We cannot let nationalists without solutions exploit the people’s anger. We cannot sleepwalk through a diminished Europe. We cannot become ensconced in business as usual and wishful thinking. European humanism demands action. And everywhere, the people are standing up to be part of that change. So by the end of the year, let’s set up, with the representatives of the European institutions and the Member States, a Conference for Europe in order to propose all the changes our political project needs, with an open mind, even to amending the treaties. This conference will need to engage with citizens’ panels and hear academics, business and labour representatives, and religious and spiritual leaders. It will define a roadmap for the European Union that translates these key priorities into concrete actions. There will be disagreement, but is it better to have a static Europe or a Europe that advances, sometimes at different paces, and that is open to all ?

In this Europe, the peoples will really take back control of their future. In this Europe, the United Kingdom, I am sure, will find its true place.

Citizens of Europe, the Brexit impasse is a lesson for us all. We need to escape this trap and make the upcoming elections and our project meaningful. It is for you to decide whether Europe and the values of progress that it embodies are to be more than just a passing episode in history. This is the choice I propose : to chart together the road to European renewal"./.

La tribune du Président de la République est disponible dans toutes les langues des Etats membres de l’Union européenne

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The article by the President of the French Republic is available in all the European linguistic versions

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Dernière modification : 09/03/2019

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