Tribune conjointe de M. Jean-Yves Le Drian et de M. Heiko Maas

M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères et son homologue allemand, M. Heiko Maas, ont publié une tribune conjointe dans le quotidien "le Figaro", le 12 novembre 2019.

Tribune conjointe de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, et M. Heiko Maas, Heiko Maas, ministre fédéral allemand des Affaires étrangères (Le Figaro, 12 novembre 2019)

"Il y a un an, l’Europe célébrait le centenaire de l’armistice de 1918 quand s’est ouvert le premier Forum de Paris sur la paix. Nous participons ensemble aujourd’hui au coup d’envoi de la seconde édition, au lendemain des commémorations du trentième anniversaire de la chute du mur de Berlin.

Saisissant raccourci historique entre ces deux événements. Le premier a mis fin au premier des deux chaos du XXe siècle, dont le sol européen a été le principal théâtre. Le second laissait enfin espérer, soixante-dix ans plus tard, la réconciliation de notre continent et la possibilité de forger, ensemble, notre destin commun.

La résonance entre ces deux anniversaires nous rappelle que l’Europe est toujours parvenue à surmonter ses plus amères divisions, et à renaître de ses propres ruines. Elle rend justice à l’Union européenne, cette conquête inédite qui a installé la démocratie et assuré la paix entre des pays qui s’étaient si terriblement déchirés. Elle suffit à expliquer pourquoi nous, Européens, serons toujours en première ligne pour défendre les valeurs qui sont au cœur du système multilatéral. Le multilatéralisme n’est pas seulement une manière de régler les affaires du monde par la coopération des États. C’est aussi une certaine idée de l’ordre mondial et une certaine idée de l’humanité, fondées sur l’héritage des Lumières, le choix de la rationalité, le respect de la règle de droit et la recherche du progrès commun. En prenant ces principes universels comme boussole, l’Europe a pu hier s’arracher à ses démons et renaître à elle-même. C’est au nom de ces principes que nous invitons nos partenaires du monde entier à nous rejoindre pour contrer la spectaculaire remise en cause qui frappe le multilatéralisme et l’organisation qui en est le symbole, les Nations unies.

Dans un monde en proie à la violence et aux inégalités, en état d’urgence environnemental, confronté à une révolution technologique sans précédent, il y a là un paradoxe qui aurait sans doute de quoi surprendre. Car, de toute évidence, les défis communs appellent des réponses communes. Mais nous n’avons plus le temps nous étonner. Nous devons agir.

Nous avons commencé à poser les jalons d’un multilatéralisme rénové, plus inclusif et ouvert à tous les acteurs qui comptent aujourd’hui

Nous avons commencé à poser les jalons d’un multilatéralisme rénové, plus inclusif et ouvert à tous les acteurs qui comptent aujourd’hui : les États, mais aussi les acteurs de l’économie mondiale et les représentants des sociétés civiles. C’est l’ambition de l’Alliance pour le multilatéralisme.

Le succès de la première réunion ministérielle de l’Alliance pour le multilatéralisme, au mois de septembre, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, a montré que nous sommes nombreux à penser que le multilatéralisme est, plus qu’une simple méthode de travail, un bien commun à préserver. Plus de cinquante ministres des Affaires étrangères de tous les continents sont désormais à nos côtés.

Il ne s’agit pas d’une nouvelle organisation internationale, mais d’un réseau informel de ministres des Affaires étrangères, de toutes les régions du monde, déterminés à renforcer la gouvernance mondiale et à apporter des réponses concrètes sur des sujets où nous avons des intérêts et des valeurs à défendre en commun : droits de l’Homme et droit international humanitaire, sécurité collective, réduction des inégalités, technologies du futur et biens publics mondiaux, au premier rang desquels se trouve bien sûr le climat.

Nous avons tous un rôle à jouer pour que la révolution numérique tienne les promesses de liberté, d’échanges et de prospérité dont elle est porteuse

Aujourd’hui, à l’occasion du Forum de Paris sur la paix, l’Alliance pour le multilatéralisme se réunira pour traiter d’un enjeu majeur : la régulation de l’espace numérique. Faute de règles adaptées, cet espace sans frontières risque de devenir une zone de non-droit d’un genre inédit, et d’une ampleur jamais égalée. Si nous ne voulons pas voir se multiplier les atteintes à la vie privée des individus, les attaques à l’encontre des infrastructures vitales, les pratiques d’espionnage industriel, les manipulations de l’information ou encore les discours de haine en ligne, nous devons nous concerter pour inventer les principes et les outils du XXIe siècle. États, grands groupes du secteur, organisations internationales, journalistes, société civile - nous avons tous un rôle à jouer pour que la révolution numérique tienne les promesses de liberté, d’échanges et de prospérité dont elle est porteuse.

Notre Alliance, qui se réunit dans différents formats et configurations, se réunira ensuite à Berlin, le 10 décembre, à l’occasion de la Journée internationale des droits de l’Homme.

Renoncer au multilatéralisme, parce que certains se désengagent et que d’autres instrumentalisent les organisations internationales à leurs propres fins, ce serait accepter de vivre dans un monde sans filet de sécurité. Nous, la France, l’Allemagne, et plus largement nous Européens, à qui l’Histoire a enseigné le prix de la division, ne saurions nous résoudre à cette régression. Nos partenaires non plus. Nous restons, de loin, les plus nombreux"./.

La tribune de M. Jean-Yves Le Drian et de M. Heiko Maas est disponible sur le site du Figaro ici

Dernière modification : 13/11/2019

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