Sommet des pays du Sud de l’Union européenne : "Faire progresser l’UE en 2018"

Le 10 janvier, le Président de la République s’est rendu à Rome pour participer au Sommet des pays du Sud de l’Union européenne.

Sommet des pays du Sud de l’Union européenne (Rome, Italie, 10 janvier 2018) : Déclaration "Faire progresser l’UE en 2018"

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1) Nous, chefs d’État et de gouvernement de la République de Chypre, d’Espagne, de France, de Grèce, d’Italie, de Malte et du Portugal, nous sommes réunis à Rome pour le quatrième sommet des pays du Sud de l’Union européenne.

2) Au début d’une année de pleine reprise économique faisant suite à une décennie de crise financière, l’UE retrouve la voie de la croissance. En des temps d’épreuve, elle a élaboré de nouveaux outils de gouvernance et renforcé sa capacité de réaction aux défis mondiaux. Beaucoup a été accompli en combinant des réformes au niveau national, la discipline budgétaire et l’investissement. Mais si l’Europe est plus sûre et plus forte, il reste beaucoup à faire. Notre avenir réside dans une Europe plus souveraine, plus sociale et plus démocratique qui pourra être un modèle dans le monde. Ensemble, nous pouvons répondre aux besoins de nos citoyens en définissant une ambition commune tout en étant ouverts à tous les États membres qui souhaitent aller de l’avant, comme nous venons de le faire dans le domaine de la défense.

3) En mars 2017 à Rome, nous avons arrêté un programme d’action ambitieux et pris l’engagement d’agir dans tous les domaines qui préoccupent le plus les citoyens : une Europe sûre et sécurisée, une Europe prospère et durable, une Europe sociale, une Europe plus forte sur la scène mondiale. Dans chacun de ces domaines, nous avons réalisé des progrès concrets. Nous devons continuer d’agir afin de produire des résultats tangibles en ce sens.

4) Associer pleinement croissance économique et bien-être social constituera un élément essentiel. Des mesures supplémentaires destinées à compléter l’Union économique et monétaire (UEM) sont nécessaires pour assurer une croissance plus durable et plus équilibrée, la compétitivité, la qualité de l’emploi et la convergence. La future UEM devra être plus résiliente, plus favorable à la croissance et plus démocratique, afin de consolider la zone de prospérité qui constitue la base du projet européen. Compléter et renforcer l’Union bancaire est une priorité. Un mécanisme commun de soutien du Fonds de résolution unique et un système européen d’assurance des dépôts devraient être établis dès que possible, conformément à la nécessité de combiner les objectifs de mutualisation et de réduction des risques. Les discussions doivent se poursuivre sur la possibilité de mettre en place une capacité budgétaire, dotée d’une fonction de stabilisation et d’investissement, au sein de l’UEM afin de favoriser la productivité à long terme, d’accroître sa capacité de réaction aux chocs économiques et d’éviter des effets négatifs à long terme pour nos sociétés. Le cadre budgétaire devrait offrir des incitations appropriées à des politiques budgétaires favorables à la croissance et à la poursuite des efforts de réforme, et établir un équilibre adéquat entre soutenabilité et stabilisation. Une UEM efficace devrait avoir pour objectif final une convergence progressive des États membres vers une croissance durable et socialement inclusive.

5) Il est temps de nous concentrer sur les politiques de l’UE clairement identifiées par nos citoyens comme des priorités essentielles. Nous continuerons à promouvoir un fonctionnement efficace du marché intérieur, ainsi que la cohésion économique, territoriale et sociale. Nous sommes favorables à une nouvelle approche des biens publics européens qui devrait, au sein du budget de l’UE, figurer dans le nouveau cadre financier pluriannuel (CFP). Nous voulons assurer un copilotage et un cofinancement de la politique migratoire aux frontières de l’Europe ; une pleine mise en œuvre de la Stratégie européenne de défense reposant sur des financements conjoints, des ambitions partagées et une stratégie commune ; un renforcement des capacités de sécurité interne et externe ; un plan permanent d’investissement axé sur l’innovation avec des externalités positives entre les États membres, avec l’achèvement du Marché unique, en particulier pour ce qui est de l’Union de l’innovation, de l’Union numérique, de l’Union de l’énergie et de l’Union des marchés de capitaux. Dans cette perspective, une politique coordonnée d’imposition des sociétés, conforme aux normes internationales, pourra être examinée. Nous avons besoin d’une mobilité accrue des jeunes générations dans toute l’Europe et d’une politique plus ambitieuse de l’éducation et de la culture au niveau de l’UE, comme cela a été décidé lors du Conseil européen de décembre 2017 (Erasmus, carte d’étudiant européenne, universités européennes, reconnaissance mutuelle des diplômes de l’enseignement secondaire et supérieur, apprentissage tout au long de la vie). Nous devons également renforcer la citoyenneté européenne grâce à des programmes de l’UE qui investissent dans les générations à venir afin de développer l’intégration.

6) Nous devons mettre en œuvre, au niveau de l’Union et des États membres, le Socle européen des droits sociaux proclamé à Göteborg. Le Conseil européen de décembre 2017 a souligné la nécessité de mettre en œuvre un nouvel ensemble d’initiatives dans les domaines de la santé, de l’égalité femmes-hommes, du travail et de la protection sociale. Agir en faveur d’un développement plus équilibré et plus durable, encourager les réformes nécessaires et permettre la mise en place de filets de protection sociale sont les enseignements les plus importants que nous retirons de la crise.

7) Tous les citoyens ont le droit de vivre à l’abri de la peur. La sécurité est un facteur essentiel pour faire en sorte que la vie de tous les Européens repose sur la démocratie et la liberté. Nous sommes résolus à continuer de nous épanouir grâce à l’ouverture et de lutter contre ceux qui s’opposent aux libertés et aux droits civils. Les Européens doivent assumer plus largement la responsabilité de leur sécurité et faire davantage pour lutter contre le terrorisme. La défense des pays d’Europe importe pour la protection des citoyens de l’UE et pour la crédibilité de l’Union européenne dans son ensemble. L’action de l’Europe visera à relever les défis régionaux et mondiaux en mettant particulièrement l’accent sur la Méditerranée, sur le voisinage oriental immédiat de l’UE et sur l’Afrique : un voisinage démocratique, stable et prospère constitue une priorité stratégique et répond à l’intérêt fondamental de l’UE.
Nous suivons de près la question chypriote et réaffirmons notre soutien à un règlement global et viable, conformément aux résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies et à l’acquis de l’UE, qui réunifie Chypre et son peuple et assure la souveraineté, l’indépendance et l’intégrité territoriale de Chypre, sans mécanisme de garanties. La République de Chypre est membre de l’Union européenne et le demeurera après le règlement de cette question et son appartenance à l’UE constitue la meilleure garantie pour Chypre réunifiée.

8) La gestion des flux migratoires sera un défi fondamental pour l’Union européenne au cours des années à venir. Les pays du Sud de l’Union sont particulièrement concernés et touchés car ils se trouvent en première ligne des frontières extérieures de l’Union. Notre rôle fondamental et la charge de la protection de ces frontières doivent être reconnus et partagés par l’UE. L’Union européenne devra redoubler d’efforts pour lutter contre la traite d’êtres humains et les nouvelles formes d’esclavage, garantir les droits de tous et protéger ceux qui ont besoin de protection internationale, en particulier les catégories les plus vulnérables.
Nous sommes fermement attachés à une politique européenne commune des migrations, tant pour éviter les flux illégaux que pour traiter les causes profondes des migrations massives par le dialogue et la coopération avec les pays d’origine et de transit. Nous sommes résolus à renforcer nos partenariats avec ces pays, en particulier en Afrique. La pleine mise en œuvre de la déclaration UE-Turquie, dans une mer Égée où le droit international doit être respecté, est nécessaire. Considérant les succès concrets obtenus au cours des derniers mois s’agissant de la dimension extérieure des migrations, il conviendra de maintenir le financement approprié des instruments financiers existants, notamment le fonds fiduciaire d’urgence pour l’Afrique et la facilité de l’UE pour la Turquie, ainsi que d’assurer le plein financement de ces instruments dans le cadre du prochain CFP.

Nous sommes fermement convaincus que les résultats positifs obtenus en ce qui concerne la dimension extérieure de l’agenda migratoire européen doivent être complétés par un effort résolu en vue de mettre en place un régime d’asile européen commun (RAEC) nouveau et équitable reposant sur le respect effectif des principes de responsabilité et de solidarité, en particulier à l’égard des États membres de première ligne.

9) Nous soutenons toutes les initiatives qui visent à développer la démocratie et la participation des citoyens. À cet égard, nous accueillons favorablement l’idée de consultations citoyennes dans toute l’Europe sur les priorités essentielles pour l’avenir de l’Union européenne qui pourraient être organisées à partir du printemps prochain. Dans le même esprit, des listes transnationales de candidats au Parlement européen, à élire au niveau de l’Europe, pourraient renforcer la dimension démocratique de l’Union.

Nous sommes résolus à agir ensemble pour atteindre les objectifs énoncés dans cette déclaration et convenons que notre prochain sommet aura lieu à Chypre"./.

Summit of the Southern European Union Countries (Rome, Italy, January 10, 2018) : Declaration : “Bringing the EU forward in 2018”

The English version of the declaration is available here

Déclaration du Président de la République, Sommet des pays du Sud de l’Union européenne (Rome, Italie, 10 janvier 2018)

"Merci beaucoup Monsieur le Président du Conseil italien, cher Paolo, de nous inviter dans ce lieu sublime de la Villa Madama et nous accueillir à Rome pour ce 4e sommet des pays méditerranéens de l’Union européenne ; c’est pour moi le premier. Et je veux aussi remercier Nikos ANASTASIADIS d’avoir relancé cette belle idée. J’ai compris que nous avons donc des perspectives d’ici au plus tard la mi-mars.

Deux collègues ont parfaitement retranscrit le contenu de nos discussions et de ce qui est d’ailleurs reflété par le communiqué de presse ; je veux dire avant tout qu’il y a une communauté de vue très forte entre les pays ici présents. Elle s’explique par la communauté d’histoire, de destins, de géographie, et je pense qu’il faut assumer cette géographie méditerranéenne au sein de l’Union européenne, et que celle-ci n’est pas un format concurrent à d’autres mais profondément complémentaire.

Nous avons les uns et les autres des discussions avec plusieurs autres États membres, les uns et les autres, récemment avec le groupe dit de Visegrad pour Paolo lors du dernier Conseil - je l’avais fait en juin - ou des contacts hebdomadaires avec la Chancelière ; nous aurons dans quelques semaines une rencontre dans un autre format avec Antonio COSTA et Mariano RAJOY sur les questions des interconnexions électriques, mais ce format du MED7 est très cohérent et nous permet d’apporter une vue complémentaire et de créer des convergences.

Je veux voir trois convergences qui sont reflétées dans notre communiqué conjoint. Le premier sur le plan d’une Europe plus démocratique, puisque nous sommes tous d’accord pour dire que nous avons besoin de relancer cet exercice : j’avais modestement proposé des consultations citoyennes. J’ai bien noté aussi la grande vigilance qu’avaient plusieurs de mes collègues et qu’a exprimé en particulier Joseph tout à l’heure, que ces consultations ne soient pas trop convenues. Et donc il est très important que ces consultations citoyennes, nous soyons collectivement vigilants pour s’assurer qu’elles vont permettre des débats démocratiques sur la base d’un cahier des charges qu’on va finaliser avec le président TUSK, dans toutes les régions, tous les endroits de nos pays, de manière je dirais structurée, y compris ceux qui doutent le plus de l’Europe. Parce qu’on a besoin de raviver ce débat, de faire naître les questions les plus structurantes et de préparer la stratégie qui est la nôtre. Et c’est en termes de modus operandi un des moyens de construire cette refondation européenne dont nous avons besoin et qu’évoquait Paolo, parce que nous avons aujourd’hui - je crois - un moment de la vie de l’Europe qui nous le permet. Il ne faut renoncer à aucune de nos ambitions.

Nous avons ensuite une vraie convergence de vues en matière de migration. Ça a été parfaitement rappelé. Nous avons des défis multiples ; il y a derrière ces pupitres plusieurs catégories de pays. Il y a des pays d’entrée dans l’Union européenne, soit par la route dite de Méditerranée centrale ou de Méditerranée orientale ou occidentale, soit des pays en second rang comme l’est aujourd’hui la France. Ce qui implique de beaucoup mieux gérer nos éléments de solidarité, notre organisation commune.

Je crois que nous sommes tous d’accord pour dire qu’on a besoin de renforcer les éléments de solidarité pour mieux protéger nos frontières, aller vers une gestion commune de l’asile à terme mais déjà harmoniser nos règles ; répondre très rapidement aux incohérences du règlement dit de Dublin et permettre donc de à la fois mieux protéger nos frontières et mieux gérer les flux.

C’est l’objectif des 7 textes qui sont en cours de discussion que nous voulons finaliser dans le semestre qui vient, avec l’objectif de donner corps à cette plus grande solidarité et de permettre une meilleure gestion et prévention des flux migratoires.

Enfin, quand il s’agit de l’Union économique et monétaire de la zone euro, nous avons là aussi une vraie proximité de vues et le texte, je crois, reflète une véritable ambition qui est pour moi l’un des éléments clés, tout à la fois de la souveraineté européenne et d’une Europe plus unie, plus convergente.

J’ai beaucoup insisté sur ce point dans les annonces, les propositions que j’avais faites à la Sorbonne et nous avons là une vraie convergence de vues pour avancer, d’abord vers la finalisation de l’union bancaire, ensuite pour aller vers une véritable union budgétaire dont il faut définir les modalités ; nous avons commencé à en parler ce soir et il faut en convaincre tous nos partenaires parce que nous avons besoin de parachever une vraie union de financement qui permettra plus de croissance en Europe, plus de solidarité et une meilleure coordination de nos politiques économiques, ce dont nous avons parfois manqué dans la période récente et surtout dans le traitement de la crise ; et plusieurs pays ici présents ont eu à en subir les conséquences directes.

Et en rappelant aussi nos ambitions sociales dans le texte qui est le nôtre, je crois ce lien fondamental qui existe entre une Europe qui investit davantage, qui crée des mécanismes pertinents pour répondre à sa souveraineté économique et qui doit aussi construire les éléments de solidarité sociale.

Nous avons donc amorcé toutes ces discussions, nous allons poursuivre après cette conférence commune avec la perspective de préparer les débats de février - en particulier sur les perspectives financières - de préparer aussi nos débats du mois de mars où nous aurons un sommet de la zone euro, et je m’en félicite, le 19 mars, parce que c’est un rendez-vous important.

Nous avons parfois des différences, des divergences, on en a par exemple sur les sujets de fiscalité, mais nous avons acté de travailler ensemble pour mieux comprendre justement nos positions et essayer de construire un consensus sur cette base, parce que je pense que sur le sujet par exemple de la fiscalité du numérique et de la fiscalité au sein de l’Union, si nous n’arrivons pas à construire des éléments de convergence et de bonne compréhension en format MED7, il y a peu de chances que nous arrivions à aller beaucoup plus loin en format à 27.

Donc je crois que cette réunion est, comme mes deux collègues viennent de le dire, très utile : elle a permis des avancées concrètes, en particulier sur les 3 sujets que je viens de refléter, et elle nous permettra dans un instant de poursuivre la discussion sur l’investissement, le budget, la politique commerciale et tous les autres sujets d’intérêt conjoint"./.

Déclaration conjointe du Président de la République et de M. Paolo Gentiloni, Président du Conseil italien (Rome, Italie, 11 janvier 2018)

Le Président de la République : "Merci beaucoup, Cher Paolo. Je tiens à remercier Paolo GENTILONI pour son accueil à Rome depuis hier en fin d’après-midi et l’entretien que nous venons d’avoir fait suite à la réunion de travail et au dîner que nous avons tenus avec l’ensemble des pays du sud de l’Europe, les sept pays - le Med7 comme on l’a appelé, même si le Portugal est moins méditerranéen que les six autres, d’où cette formule peut-être plus inclusive des pays du sud de l’Europe - qui nous ont permis sur beaucoup de sujets d’acter nos convergences et de préparer aussi les échéances à venir.

J’ai eu l’occasion ce matin de m’entretenir avec le président MATTARELLA au Quirinal comme cela a été évoqué. Nous avons été dans ce magnifique endroit de la Domus Aurea, qui nous a permis avec beaucoup d’humilité de mesurer une partie des grandes heures de notre Europe et de toute cette filiation artistique et imaginaire dans laquelle nous sommes nous-mêmes inscrits, et ensuite de nous entretenir ici.

La relation que nous avons développée je crois ces derniers mois a permis de beaucoup faire avancer d’une part les perspectives bilatérales mais aussi les perspectives européennes. Paolo GENTILONI fait partie des tous premiers dirigeants que j’ai vus après avoir été élu et il m’a rendu visite le 21 mai dernier. Evidemment nous nous entretenons de manière extrêmement régulière en marge et entre les Conseils européens et nous avons tenu à Lyon le 27 septembre dernier un sommet franco-italien qui a là aussi acté des avancées et dans le cadre duquel nous continuons à travailler.

Cette relation a permis je crois à nos ministres de mettre en œuvre des feuilles de route communes avec des projets phares que sont le Lyon-Turin, STX, notre coopération navale sur lesquels parfois depuis plusieurs années nous tâtonnions et où un cap a été donné et une avancée maintenant très claire se fait avec un esprit de respect mutuel et de travail en bon ordre. Moi je veux dire combien la relation équilibrée forte entre nos deux pays est à mes yeux structurante.

C’est dans cet esprit que nous avions lancé l’idée à Lyon qui prend forme aujourd’hui de mettre en place un traité du Quirinal. D’abord, je le dis ici dans un pays qui m’est cher de cœur - je lis toujours la presse italienne, je suis les médias italiens avec beaucoup attention - je suis toujours frappé de voir à quel point vous êtes parfois presque plus sensibles aux sujets français que les Français eux-mêmes. Et donc je tenais à vous en remercier tout particulièrement mais vous avez parfois tendance à voir - c’est comme cela qu’on fait avec un ami cher - des intentions excessives du côté français ou des marques qui ne seraient pas suffisantes.

Alors je vous le dis très clairement et Paolo le sait, il y a une relation franco-allemande, elle est structurante, elle a été à l’origine de notre Europe contemporaine et je le dis souvent : quand la France et l’Allemagne ne savent pas se mettre d’accord, le reste de l’Europe n’a aucune chance d’avancer. Et à chaque fois que la France a fait semblant d’aller se mettre d’accord à côté pour en quelque sorte rendre l’Allemagne jalouse, nous avons perdu du temps. Et donc ce couple franco-allemand est essentiel et il ne faut pas le mésestimer, mais pour moi il n’est pas exclusif.

La relation que nous avons avec l’Italie a une autre histoire, elle a des liens culturels très spécifiques, elle a une touche toute particulière et une amitié spécifique que nous faisons vivre, pour ce qu’elle est et en tant que telle. Et donc pour moi ce que nous œuvrons à faire jour après jour est aussi important et n’est ni concurrent ni mineur, mais parfaitement complémentaire avec ce qui est fait par ailleurs en franco-allemand. Je crois que c’est comme ça qu’il faut le prendre et le faire vivre. C’est pourquoi dans cet esprit, alors même que la relation bilatérale est forte, vivace et ne nous a pas attendus, qu’elle soit économique, culturelle, politique, décentralisée, nous avons souhaité lui donner une forme politique nouvelle.

L’objectif de ce traité du Quirinal c’est de la structurer comme d’ailleurs nous l’avons fait en franco-allemand avec le traité de l’Elysée et de pouvoir aussi donner des perspectives nouvelles, acter des symboles, des formes de coopération peut-être nouvelles qui nous permettront d’aller plus loin. Pour ce faire, nous installons donc aujourd’hui un groupe de haut niveau de collaboration entre nos deux pays pour préparer ce travail avec l’objectif commun de pouvoir conclure ce traité lors du prochain sommet bilatéral en Italie, en 2018. Je pense que c’est une ambition que nous devons avoir pour cette année et qui est extrêmement importante.

Sur le fond des sujets, Paolo a parfaitement résumé ce dont nous avons parlé, nous sommes revenus d’ailleurs sur beaucoup des sujets évoqués hier avec nos collègues. Au-delà des sujets bilatéraux qui avancent très bien et que je viens de rappeler, nous avons je crois l’un et l’autre le souhait que 2018 soit une année utile. Et si 2018 peut être une année utile, elle doit être une année de refondation pour l’Europe.

Nous avons aujourd’hui une occasion qui nous est offerte et qui est inédite, l’Europe est en train d’achever sa sortie de crise après 10 ans et nous avons mis beaucoup plus de temps que les Etats-Unis d’Amérique à sortir. Pourquoi ? Parce que nous sommes aussi beaucoup moins bien organisés et parce que les incomplétudes, en quelque sorte, de l’Europe nous ont handicapés dans cette sortie de crise. Et nous ne pouvons pas faire comme si de rien n’était, nous ne pouvons pas dire « tout va bien, on est en train de sortir, on retrouve des chiffres de croissance raisonnables, oublions les crises d’hier », non.

Et donc c’est en 2018, et nous avons poussé cela par un agenda des chefs d’Etat et de gouvernement qui fait que chaque mois nous avons plusieurs sujets de discussion très structurants. En 2018, nous devons à la fois prendre des décisions très structurantes sur le court terme, en matière de défense nous l’avons fait mais également en matière d’environnement, de numérique, de migration, j’y reviendrai, d’économie, ça doit se faire dès maintenant pour quelques régulations qui sont en cours ; mais nous devons aussi préparer la refondation à 10 ans, c’est-à-dire redonner les perspectives à notre Europe sur la décennie qui vient.

Si l’Europe a balbutié ces dernières années, c’est qu’elle a manqué d’ambition et de perspective de long terme. Nous sommes les héritiers de pères fondateurs qui ont eu des ambitions qui les dépassaient et c’est cela que nous devons retrouver en 2018, c’est une année importante, je crois que notre volonté commune c’est vraiment de bâtir cette Europe plus souveraine, plus unie et plus démocratique. Plus souveraine en en faisant une véritable puissance, une puissance numérique, énergétique, environnementale, une puissance géopolitique, nous en avons longuement parlé, notre souhait est vraiment d’améliorer encore nos coopérations sur ce sujet. Une puissance en tant qu’elle sait protéger ses frontières et en tant qu’elle sait aussi organiser sa politique de coopération à l’extérieur.

Plus unie, et je crois que nous sommes parfaitement sur ce sujet alignés, avec une plus grande harmonisation sociale, fiscale, culturelle de l’Europe. L’unité de l’Europe se construit sur le rapprochement de nos pays qui ont parfois divergé sur le plan fiscal et social, nous connaissons les différences avec certains autres Etats membres y compris dans le tour de table qu’il y avait hier et on en parlé très franchement. Mais nous ensemble sommes très convaincus de cet agenda nécessaire et je crois, quand je parle de l’unité de l’Europe, que le socle que représente la culture et l’éducation est absolument fondamental, c’est aussi pour cela que nous avons voulu ce matin aller à la Domus Aurea. Et quand je regarde nos politiques culturelles respectives, elles traduisent chaque jour cette volonté de convergence et d’unité.

La France s’est inspirée d’une innovation italienne qui est le Pass culture pour justement favoriser l’accès des jeunes à la culture et nous allons le mettre en œuvre. Pour les réformes du financement du cinéma, l’Italie s’est inspirée d’un système français qui a fait ses preuves. C’est comme cela que l’Europe se construit en fait, mais au-delà de cela c’est parce que nous avons bien conscience que c’est un univers et un imaginaire communs que nous devons construire pour nos peuples et cela fait partie du projet européen.

Enfin, c’est une Europe plus démocratique qu’il nous faut et à cet égard nous sommes l’un et l’autre convaincus de la nécessité, d’une part, des consultations citoyennes que nous allons mettre en place dans les prochains mois dans nos pays et, d’autre part, de la pertinence de listes transnationales, de listes européennes qui permettront d’acter la force d’un demos européen et donc d’une vitalité du débat démocratique européen.

Nous avons également évoqué au-delà de ces sujets d’importance qui vont jalonner les prochaines semaines et qui font que nous allons coordonner pour faire aussi des propositions communes sur cet agenda, nous avons réévoqué le sujet des migrations et le sujet de la protection de nos frontières et de notre coopération en particulier en Afrique. L’Italie a fait un très grand travail que je veux ici saluer en 2017 pour réduire la déstabilisation du phénomène migratoire et réussir à stabiliser une situation qui était extrêmement critique. Et je dois dire ici tout le respect que je porte au travail qui a été mené et la qualité de la coopération qui est la nôtre à tous égards sur ce sujet.

Néanmoins, nous devons avoir l’humilité de reconnaître que le sujet des migrations n’est pas derrière nous. Si la route de Méditerranée centrale est aujourd’hui plus calme qu’elle ne l’était il y a un an, il y a toujours des phénomènes migratoires très importants et il ne faut jamais oublier que nous parlons de femmes et d’hommes, de femmes et d’hommes qui continuent à mourir en Afrique sur ces routes de la nécessité, à travers le Sahara et le Sahel comme en Méditerranée encore ces derniers jours, puisque nous avons encore assisté à une atrocité en Méditerranée avec un bateau de migrants qui a chaviré.

Face à ce défi notre réponse doit être extrêmement structurée et solidaire. Elle doit être solidaire sur le plan interne et externe et elle doit être structurée comme suit. D’abord en clarifiant et en harmonisant nos règles pour mieux faire ; la France est en train de procéder à des réformes qui vont dans le sens d’une harmonisation de sa politique avec ses partenaires européens. Nous avions une organisation qui était très défaillante aujourd’hui et à travers des premiers textes et une loi qui sera portée par le ministre de l’Intérieur dans les prochaines semaines, nous allons harmoniser avec l’Italie et l’Allemagne beaucoup de nos règles pour pouvoir justement rapprocher nos systèmes d’asile, de contrôle, de retour aussi dans le pays d’origine.

Il y a sept textes qui sont en cours de discussion au niveau européen, notre volonté est que nous puissions les faire aboutir le plus rapidement possible dans les prochains mois pour avoir une protection commune aux frontières - cette solidarité commune que j’évoquais, une harmonisation de l’asile, en mettant fin aux dysfonctionnements profonds aujourd’hui des règles de Dublin, et aussi une gestion des titres et de la circulation beaucoup plus fluide. C’est la condition pour faire vivre en acte cette solidarité aux frontières et cette solidarité interne dont nous savons combien elle est difficile, et malgré les avancées et les gestes faits par les uns et les autres nous ne pouvons nous satisfaire, surtout pour des pays d’arrivée comme l’Italie, du manque de solidarité interne qui persiste.

Je veux ici réaffirmer l’engagement que j’ai pris et la qualité de la collaboration depuis l’engagement affirmé à Lyon de continuer à envoyer des missions de l’OFPRA pour aider à la relocalisation de femmes et d’hommes qui sont en attente de régularisation et auxquels on peut apporter l’asile. Nous allons aussi clarifier et élargir ces règles pour pouvoir accueillir, en ligne avec les engagements chiffrés que la France a pris, les femmes et les hommes que nous pouvons accueillir comme réfugiés dans notre pays.

Une approche structurée c’est aussi une approche qui consiste à répondre aux origines de ce problème. Je le dis très clairement, il n’est facile pour aucun des gouvernements de nos pays de faire face au fait migratoire. Mais d’où vient-il, quelle en est la cause profonde ? Pour une très large majorité aujourd’hui ce ne sont pas des problèmes liés aux réfugiés politiques, mais ce sont des migrations dont l’origine est souvent économique et qui est le fruit d’une manipulation et d’un travail des trafiquants.

Et donc notre coopération comme nous l’avons acté dès le 28 août dernier à Paris, puis ensemble au sommet Union européenne-Union africaine à Abidjan, c’est d’avoir une coopération accrue qui permette d’une part la stabilisation en Libye. Je me félicite ici de la coopération d’une extraordinaire qualité qui va permettre, par la stabilisation politique, de mettre fin au scandale humanitaire qui existe aujourd’hui en Libye, qui nous a déstabilisés et continue à déstabiliser l’Afrique. Et, d’autre part, de lutter de manière accrue et beaucoup plus efficace contre tous les trafiquants, qui sont des trafiquants d’êtres humains, d’armes et de drogue sur cette route de la nécessité dans la bande sahélo-saharienne. Nous avons déjà eu des premiers résultats et démantelé ces trafics, nous avons une coopération qui est militaire et policière avec ces Etats de transit en particulier le Tchad, le Niger et le Mali. Je veux ici saluer l’annonce qui a été faite par l’Italie d’un déploiement militaire substantiel au Niger et d’une mission qui s’inscrit dans le cadre des engagements qui avaient été pris. Je sais que cela donne lieu à des débats, mais je veux dire combien c’est important parce que c’est cohérent avec l’ensemble de cette politique migratoire et de sécurité collective.

Enfin, c’est une politique de développement commune qu’il nous faut continuer à déployer ; c’est le cadre de l’Alliance pour le Sahel que nous avons mis en place en juillet dernier, qui permet dans tous ces pays de transit et d’origine d’avoir une politique de développement, qui permet le retour ou le maintien dans leur pays d’origine de ces jeunes ou moins jeunes qui n’arrivent plus à construire d’avenir dans leur pays et se trouvent pris sur ces routes de la migration.

Sur tous ces sujets, vous le voyez, il faut avoir de la détermination, il faut avoir de l’humanité et il faut avoir de l’efficacité. L’humanité sans efficacité ce sont des belles paroles, l’efficacité sans l’humanité c’est de l’injustice. Nous avons ce chemin de crête qui est celui de tous les dirigeants occidentaux et je crois que nous avons une communauté de vue et d’ambition sur ce sujet. Le problème ne se réglera pas dans les semaines ou les mois qui viennent mais je crois qu’il y a eu des avancées importantes. Nous aurons cette exigence à porter ensemble pour nos pays au niveau européen, mais je veux ici saluer le travail qui a été fait comme marquer l’importance de celui qui reste à faire.

Enfin, sur une note plus personnelle et pour conclure, alors que l’Italie entre dans une période électorale avec des élections législatives le 4 mars prochain, je veux ici souligner le bonheur qui a été le mien de collaborer avec Paolo GENTILONI ces derniers mois. Son action en Italie, en Europe dans la direction, la présidence cette année du G7, au Conseil de sécurité des Nations Unies, ont permis d’engager une dynamique nouvelle et en particulier au niveau européen. Les choix qui ont constamment été faits, les compromis qui ont toujours été trouvés nous ont permis d’avancer dans des temps qui n’étaient pas aisés.

Il appartiendra au peuple italien de s’exprimer et de décider, je me garderai bien de porter le moindre jugement sur ce sujet, étant respectueux de la souveraineté de chacun. Mais permettez-moi simplement de dire, de là où je suis, que je considère que l’Europe a eu beaucoup de chance d’avoir Paolo GENTILONI ces derniers mois là où il était. Et je peux vous dire une chose : c’est que l’Europe est bonne pour l’Italie et qu’une Italie qui croit dans l’Europe est bonne pour l’Europe. A ce titre, je souhaite que nous puissions continuer le travail important et ambitieux que nous avons commencé"./.

Dernière modification : 15/01/2018

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