"Sécurité et questions migratoires : la coopération avec nos partenaires européens est essentielle"

Le ministre de l’Intérieur, M. Gérard Collomb, s’est exprimé avec son homologue allemand, M. Thomas de Maizière, à son arrivée au Conseil Justice et Affaires intérieures, le 9 juin.

Déclaration du ministre de l’Intérieur, M. Gérard Collomb, avec son homologue allemand, M. Thomas de Maizière, à leur arrivée au Conseil (Luxembourg, 9 juin 2017)

« Je suis personnellement heureux d’arriver avec mon collègue Thomas de Maizière. J’ai voulu d’abord profiter de son expérience puisque c’est mon premier Conseil des ministres de l’Intérieur de l’Union européenne. Nous avons évidemment des sujets d’intérêts communs : la lutte contre le terrorisme et nos deux pays ont été les pays de l’Union européenne qui ont été les plus frappés. Ensuite les sujets d’immigration. L’Allemagne a eu à faire face à cette grande vague d’immigration. Aujourd’hui la France connait elle-même un certain nombre de difficultés, à la fois dans le nord de la France, avec les migrants qui veulent partir vers la Grande Bretagne, et en même temps sur le sud de la France avec cette crise qui voit un certain nombre de migrants arriver depuis la Libye vers l’Italie et ensuite partir vers le sud de la France.

Ces sujets sont pour nous des sujets premiers. Comme vous le savez, le Président de la République et le gouvernement ont décidé de prolonger dans notre pays l’état d’urgence. Nous sommes en train de préparer une loi qui permettra ensuite après la fin de l’état d’urgence d’avoir une capacité de prendre en compte ce risque terroriste et donc pour nous, les échanges entre les ministres de l’intérieur européens sont particulièrement importants.

En l’espace de quelques années je crois que nous avons beaucoup progressé au niveau européen. Nous avons progressé pour sécuriser les frontières extérieures de l’Union européenne. Nous avons progressé dans le système de contrôle des passagers et comme vient de le dire Thomas de Maizière, un des sujets principaux de ce conseil va être de mettre en place le dispositif ETIAS qui nous permettra de contrôler à l’avance les entrées dans l’Union européenne des personnes exemptées de visas et donc de mieux faire face aux problématiques que pourraient nous poser un certain nombre de personnes qui viendraient dans l’UE soit pour y commettre des actes de banditisme, soit pour y commettre des actes de terrorisme. Ce sujet est pour nous totalement essentiel et nous espérons qu’ensemble, sur toutes ces questions, nous pourrons faire avancer la politique européenne dans ces deux domaines »./.

Déclaration du ministre de l’Intérieur, M. Gérard Collomb, à l’issue du Conseil (Luxembourg, 9 juin 2017)


Donc une heureuse nouvelle aujourd’hui concernant Mathias Depardon ? La négociation a-t-elle été difficile ?

"Cela fait maintenant quelques jours que nous travaillons avec le Président de la République, avec le ministère de l’Intérieur, sur la libération de Mathias Depardon. J’étais intervenu à plusieurs reprise auprès de mon homologue, le ministre de l’Intérieur turc. Le Président de la République en avait parlé au président Erdogan et j’ai encore eu ce matin une discussion avec mon homologue turc qui m’a appris que Mathias Depardon pourrait quitter la Turquie dans la journée et qu’il arriverait en France ce soir à 22h. C’est donc une excellente nouvelle.

Savez-vous ce qui a conduit à ce déblocage ?

C’est une discussion que nous avons eu sur le fond avec nos homologues turcs en leur disant d’abord combien nous tenions à ce qu’il y ait la libération de ce photographe et combien pour nous c’était un témoignage de volonté de la Turquie de coopérer avec l’Union européenne et plus particulièrement de manière bilatérale avec la France.

Avez-vous compris ce qui a mené à son incarcération ?

J’ai surtout essayé de faire libérer Mathias Depardon et j’ai essayé de pouvoir plaider sa cause. Il se trouve que l’Ambassadeur de Turquie en France était pendant très longtemps le consul général à Lyon et nous avions donc des relations qui étaient courtoises , je dirais même amicales. Nous avons établi une relation de confiance et je crois qu’il a été un bon intermédiaire.

Sur les sujets dont vous avez parlé aujourd’hui au Conseil de l’UE et notamment l’immigration, les choses ont-elles un peu avancé sur la question de la solidarité entre les pays européens dans l’accueil des demandeurs d’asile ?

Nous parlons souvent d’une Europe qui est très éloignée des préoccupations quotidiennes de nos concitoyens. Or j’ai vu aujourd’hui une Europe qui, au contraire, est très proche de leurs préoccupations, à la fois sur les grands sujets, ceux du terrorisme, et lorsque nous avons adopté aujourd’hui le système ETIAS, que maintenant le Parlement européen va devoir adopter, nous sommes sur des choses extrêmement concrètes qui assurent la sécurité et qui peuvent éviter demain que se commettent sur le sol de nos pays un certain nombre d’attentats.

Concernant les questions migratoires, je crois qu’il y a une distinction très forte qui est faite entre la nécessité de protéger de manière imprescriptible le droit d’asile, et puis une immigration clandestine, qui est souvent organisée par un certain nombre de mafias qui profitent de la misère humaine. On voit que la voie des Balkans a été aujourd’hui relativement fermée, stabilisée, grâce à l’accord entre l’Union européenne et la Turquie. Mais aujourd’hui en revanche, tous les flux viennent de Libye. Et c’est là qu’il faut faire porter notre effort. Cela a été l’objet d’une longue discussion. Il est nécessaire de faire en sorte qu’avant même la Libye, l’on puisse tarir les sources d’immigration clandestine, qui quelques fois viennent de très loin. Parce que les passeurs sont très organisés. L’un des principaux flux aujourd’hui est un flux provenant du Bangladesh. Nous voyons bien que la route est longue : il faut des mafias très organisées pour parvenir jusqu’en Libye, et ensuite jusqu’aux côtes italiennes.

Lorsque l’on sait qu’en Italie, depuis le mois de janvier, ont débarqué environ 50 000 personnes, on se rend compte des enjeux auxquels nous sommes confrontés. Donc, tous ensemble, nous allons faire porter l’effort sur la lutte contre ces mafias, de manière à éviter que l’Europe ne soit une fois de plus débordée par des flux d’immigration clandestine, qu’après on ne saurait plus gérer. Alors ensuite pour la solidarité, je crois qu’à partir du moment où nous arriverons à maîtriser le flux, nous arriverons à nous mettre d’accord, entre pays européens, sur une juste répartition. Merci"./.

Dernière modification : 09/06/2017

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