Questions nucléaires

Introduction

La coopération en matière d’industrie et de recherche nucléaire a été l’un des premiers grands domaines de la construction européenne. Elle a permis à ce qui allait devenir l’Union européenne de devenir le leader mondial de la production électronucléaire et de participer aujourd’hui à d’immenses projets européens ou internationaux.

Le nucléaire aujourd’hui en Europe et en France

Evolution de la part du nucléaire en Europe

L’Union européenne compte aujourd’hui 129 réacteurs en activité dans 14 Etats membres (Allemagne, Belgique, Bulgarie, Espagne, Finlande, France, Hongrie, Pays-Bas, République Tchèque, Roumanie, Royaume Uni, Slovaquie, Slovénie, Suède) représentant une puissance totale de 120 GWe.

Des projets de construction sont envisagés dans 10 Etats membres, certains étant en cours ou en phase de démarrage de construction en Finlande, en France, en Slovaquie, au Royaume-Uni ou encore en Hongrie, tandis que d’autres sont en cours de préparation en Bulgarie, en République Tchèque, en Lituanie, en Pologne ou en Roumanie.

L’Union européenne est actuellement l’une des trois grandes économies (avec le Canada et le Brésil) qui produit plus de la moitié de son électricité à partir de sources d’énergie à faible intensité de carbone, dont presque la moitié provient de l’énergie nucléaire (en 2016, on note 58 % d’électricité décarbonée produite au sein de l’Union européenne dont 27.5 % de nucléaire et 29.2 % de renouvelables).

Situation nucléaire en France

Les 19 centrales nucléaires actuellement en fonctionnement en France ont été globalement construites sur le même mode. Tous les réacteurs utilisent la même technologie, dans laquelle de l’eau sous pression sert à transporter la chaleur produite par les réactions nucléaires.

Les centrales nucléaires regroupent un total de 58 réacteurs dont 34 produisent chacun une puissance électrique de 900 MWe, 20 réacteurs de 1300 MWe, tandis que les quatre derniers délivrent 1450 MWe.

Un 59ème réacteur est actuellement en construction à Flamanville, dans la Manche. De type EPR (Evolutionary Pressurised water Reactor), il développera une puissance électrique de l’ordre de 1600 MWe.

Actuellement, ces installations produisent près de 75 % de l’électricité produite en France.

Selon les termes de la loi du 17 août 2015 relative à la transition énergétique pour la croissance verte, la France, à travers l’action du Ministère de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie, maintient sa confiance dans l’énergie nucléaire, qui assurera 50 % de la production électrique nationale à l’horizon 2025.

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La Communauté européenne de l’Energie Atomique (Euratom)

Développement historique

À la suite de la crise du canal de Suez en 1956, l’Assemblée européenne a proposé d’étendre les fonctions de la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier (CECA) afin de couvrir les autres sources énergétiques. Toutefois, Jean Monnet, l’architecte et président de la CECA, souhaitait séparer la création d’une communauté dédiée à l’énergie nucléaire et a proposé la création de deux communautés : Euratom et CEE (Communauté économique européenne). La conférence intergouvernementale pour le Marché commun et l’Euratom a ainsi permis de rédiger les éléments essentiels des nouveaux traités. Le 25 mars 1957, le Traité Euratom sur la coopération dans le domaine du nucléaire fut signé à Rome par les six membres fondateurs de la CECA et il devint effectif le 1er janvier 1958.
Aujourd’hui, les 28 États membres actuels de l’Union européenne ont adhéré au Traité Euratom.

Ce Traité Euratom nourrit une triple ambition :

  • s’unir afin de créer les conditions de développement de l’industrie nucléaire, à l’échelle européenne (création de l’Agence pour l’Energie Nucléaire -AEN- en 1958) comme à l’échelle mondiale (création de l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique –AIEA- en 1957),
  • établir les « conditions de sécurité » pour protéger les travailleurs et les populations des effets néfastes des rayonnements ionisants,
  • coopérer avec les organisations internationales attachées au développement pacifique de l’énergie atomique.

Structure et dispositions fondamentales du Traité Euratom

Le schéma institutionnel du Traité Euratom est, dans ses grandes lignes, semblable à celui du Traité CEE et repose sur le même « triangle institutionnel » (Conseil, Commission et Parlement européen). Chaque institution agit dans les limites des attributions qui lui sont conférées par le Traité.

Le Traité Euratom s’organise comme suit :

  • Le premier titre détermine les missions que le Traité confie à la Communauté,
  • Le deuxième titre s’attache à définir les dispositions favorisant le progrès dans le domaine de l’énergie nucléaire (le développement de la recherche, la diffusion de connaissances, la protection sanitaire, les investissements, les entreprises communes, l’approvisionnement, le contrôle de sécurité, le régime de propriété, le marché commun nucléaire et les relations extérieures),
  • Le troisième titre est consacré aux institutions de la Communauté et aux dispositions financières générales. Ces dispositions ont été adaptées conformément au Traité modifiant le Traité UE et le Traité CE, signé en décembre 2007,
  • Le quatrième titre traite des dispositions financières particulières,
  • Les cinquième et sixième titres sont respectivement consacrés aux dispositions générales et aux dispositions relatives à la période initiale (mise en place des institutions, premières dispositions d’application et dispositions transitoires).

En particulier, c’est le titre deux qui détaille les domaines de l’énergie nucléaire relevant du champ d’action de l’Union européenne, à savoir :

  • le développement de la recherche (chapitre 1) à travers la coordination des programmes de recherche des États membres, l’établissement de programmes de recherche et la création d’un Centre commun de recherches nucléaires aujourd’hui appelé « Centre Commun de Recherche de la Commission Européenne »,
  • la diffusion des connaissances (chapitre 2),
  • la protection sanitaire (chapitre 3) qui prévoit l’élaboration des normes de radioprotection (articles 30 et 31), l’établissement par chaque État membre des installations nécessaires de contrôle de la radioactivité dans l’environnement (article 35) et la communication des projets de rejet d’effluents radioactifs pour avis conforme de la Commission (article 37),
  • les investissements (chapitre 4) à travers la publication périodique d’un programme indicatif nucléaire (PINC) par la Commission (article 40) et de la communication par les États membres à la Commission des projets d’investissements industriels (article 41),
  • les entreprises communes (chapitre 5) instituant la création d’un statut privilégié pour les entreprises qui revêtent une importance primordiale pour « le développement de l’industrie nucléaire ». Ce chapitre a été utilisé dans le cadre de la création de l’entreprise commune pour le développement de l’énergie de fusion (« Fusion for Energy ») chargée de gérer la contribution européenne au projet ITER,
  • l’approvisionnement (chapitre 6) avec la création d’une Agence d’approvisionnement chargée de superviser les flux de matières nucléaires afin d’assurer un approvisionnement équitable en combustibles nucléaires,
  • le contrôle de sécurité (chapitre 7) à travers l’instauration d’un système destiné à garantir que les matières nucléaires ne soient pas détournées à d’autres fins que celles auxquelles elles sont destinées,
  • le régime de propriété des matières fissiles spéciales (chapitre 8),
  • l’établissement d’un marché commun nucléaire (chapitre 9) qui implique l’abolition par les Etats membres des droits de douanes à l’exportation et à l’importation entre eux, pour les biens et produits prévus à l’Annexe IV (article 93),
  • les relations extérieures (chapitre 10) permettant la conclusion d’accords internationaux (accords Euratom) avec des États tiers ou des organisations internationales en vue d’encadrer la coopération nucléaire.

Evolution du Traité Euratom

Depuis son entrée en vigueur le 1er janvier 1958, les dispositions essentielles du Traité Euratom n’ont pas été modifiées sur le fond, contrairement au Traité instituant la CEE. Cependant, il a fait l’objet de plusieurs remises en question surtout en 2007, lors de la conférence intergouvernementale modifiant les traités de l’Union. À cet égard, le Traité de Lisbonne a, d’une part, introduit dans les traités de l’Union des dispositions sur la liberté de choix du mix énergétique par les États membres, et d’autre part, apporté des modifications marginales de certaines dispositions institutionnelles et financières applicables au Traité Euratom. L’Article 106 bis Euratom liste alors depuis 2007 les dispositions du TUE et du TFUE qui s’appliquent au Traité Euratom concernant les domaines institutionnels et financiers.

On notera que le droit dérivé et la jurisprudence ont permis de répondre aux demandes exprimées sur la sûreté nucléaire avec l’adoption de la directive 2009/71/Euratom du 25 juin 2009 établissant un cadre communautaire pour la sûreté nucléaire des installations nucléaires (révisée en 2014) et la directive 2011/70/Euratom du 19 juillet 2011 établissant un cadre communautaire pour la gestion responsable et sûre du combustible usé et des déchets radioactifs.

Un secteur encadré par le droit international / l’Agence Internationale de l’Energie Atomique – AIEA

Depuis sa création en 1957, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), s’emploie à promouvoir les utilisations sûres, sécurisées et pacifiques de la science et de la technologie nucléaires. Ses conventions ainsi que les normes et standards qu’elle définit avec ses 170 Etats membres constituent, un socle sur lequel s’appuie la législation européenne, notamment :

  • La Convention sur la Sûreté Nucléaire (CSN) entrée en vigueur le 24 octobre 1996. Cette convention fixe des objectifs de sûreté pour les réacteurs électronucléaires civils. En 2017, 80 parties contractantes l’avaient ratifiée (dont la France). De plus, lors de leur réunion à Vienne en février 2015, les parties à la CSN ont adopté la Déclaration de Vienne sur la Sûreté Nucléaire, afin de prévenir les accidents nucléaires et en atténuer les conséquences radiologiques.

On retiendra également les deux autres conventions de l’AIEA, adoptées en 1986 qui contribuent à cet objectif de sûreté et de radioprotection :

Les grands dossiers du nucléaire pour l’UE : sûreté, radioprotection, gestion des déchets et démantèlement.

La sûreté des installations nucléaires

La sûreté recouvre « l’ensemble des dispositions techniques et des mesures d’organisation relatives à la conception, à la construction, au fonctionnement, à l’arrêt et au démantèlement des installations nucléaires de base, ainsi qu’au transport de substances radioactives, prises en vue de prévenir les accidents ou d’en limiter les effets ».

Ainsi, il ne faut pas confondre la « sûreté » avec la « sécurité  » nucléaire, notion distincte qui relève de la seule compétence des Etats membres et qui désigne les mesures visant à empêcher et à détecter un vol, un sabotage, un accès non autorisé, un transfert illégal ou tout autre acte malveillant mettant en jeu des matières nucléaires et autres matières radioactives ou les installations associées, et à intervenir en pareil cas.

La première étape vers la mise en place d’une politique européenne fut franchie en 2002, lorsque la Cour de Justice de l’Union européenne a reconnu, par sa jurisprudence C-29/99, que la Communauté partageait des compétences avec les Etats membres dans le domaine de la sûreté nucléaire. Par la suite, en 2003, la Commission tenta de proposer, sans succès, de doter l’Europe d’un véritable cadre réglementaire. Ce n’est qu’en mars 2007 que le Conseil européen décida de la création du Groupe à haut niveau (GHN) sur la sûreté nucléaire, devenu l’ENSREG (European Nuclear Safety Regulators’ Group), rassemblant les autorités compétentes nationales - l’ASN et la Direction Générale de l’Energie et du Climat pour la France) et la Commission européenne, ainsi que la mise en place d’un Forum ouvert de discussion sur le nucléaire (ENEF). Enfin, c’est sous les Présidences française et tchèque, entre 2008 et 2009, que fut adoptée la directive relative à la sûreté des installations nucléaires. Cette directive prévoyait la mise en place d’un cadre législatif, réglementaire et organisationnel au sein de chaque Etat membre (autorité de réglementation nationale, obligations de transparence vis-à-vis du public, principes fondamentaux applicables aux exploitants d’installations nucléaires).

Depuis l’accident nucléaire de Fukushima, le 11 mars 2011, les questions de sûreté nucléaire sont revenues au centre des préoccupations de l’Union européenne, impliquant le lancement d’une campagne de tests de résistance, ainsi que la révision de la directive sûreté nucléaire.

Campagne des tests de résistance (2011-2012)

Dès le Conseil européen des 24 et 25 mars 2011, les chefs d’Etats et de gouvernements ont demandé une évaluation globale des risques et de la sûreté nucléaire de toutes les centrales nucléaires situées dans l’Union européenne au moyen de tests de résistance (stress tests). Les quinze Etats membres concernés (Allemagne, Belgique, Bulgarie, Espagne, Finlande, France, Hongrie, Lituanie, Pays-Bas, République Tchèque, Roumanie, Royaume Uni, Slovaquie, Slovénie, Suède ont transmis leur rapport début 2012 à l’ENSREG qui a adopté le rapport final des tests de résistance le 25 avril 2012. Remis au Conseil européen, ce rapport a alimenté la Communication de la Commission sur les tests de résistance du 4 octobre 2012 qui souligne les standards de qualité élevés des centrales nucléaires européennes mais indique que des améliorations sont à prévoir pour certaines d’entre elles.

En France, à la demande du Premier ministre, l’ASN a demandé aux exploitants de réaliser des évaluations complémentaires de sûreté (ECS), en application de l’article 8 de la loi relative à la transparence et à la sécurité en matière nucléaire, sur la quasi-totalité des 150 installations nucléaires françaises, y compris le réacteur EPR en cours de construction à Flamanville ou l’usine de retraitement de combustibles usés de la Hague.

La révision de la directive sûreté nucléaire (2014)

Par ailleurs, conformément aux Conclusions du Conseil européen de mars 2011, l’Union européenne a réexaminé la nécessité de réviser la directive sur la sûreté nucléaire de 2009. Les négociations au sein du Conseil entre novembre 2013 et juillet 2014 et durant lesquelles la France a joué un rôle moteur, ont abouti à la directive du 8 juillet 2014 dont les points saillants sont :

  • le renforcement du rôle et de l’indépendance des autorités nationales de régulation,
  • la mise en place d’un système de revues internationales par les pairs,
  • la mise en place de réévaluations de la sûreté des installations, tous les dix ans,
  • le renforcement de la transparence,
  • la fixation d’objectifs de sûreté pour les réacteurs de 3ème génération.

La radioprotection

La radioprotection est définie comme « l’ensemble des règles, des procédures et des moyens de prévention et de surveillance visant à empêcher ou à réduire les effets nocifs des rayonnements ionisants produits sur les personnes directement ou indirectement, y compris lors des atteintes portées à l’environnement ».

En conformité avec le chapitre 3 du Traité Euratom, la Communauté a mis en place une liste de normes de base relatives à la protection sanitaire de la population et des travailleurs contre les dangers résultant des radiations ionisantes. Ces normes de base, ainsi que les procédures d’urgence, ont aussi été renforcées par la nouvelle directive sûreté de 2014.

En outre, la Commission européenne est responsable, selon le Traité Euratom, de l’échange rapide d’informations en cas d’accident nucléaire.

La gestion des combustibles usés et des déchets nucléaires

Un combustible nucléaire est dit « usé » lorsqu’il ne peut plus suffisamment entretenir la réaction en chaîne dans le cœur du réacteur nucléaire et lorsqu’il ne fournit plus de l’énergie de manière performante.

Les déchets nucléaires sont des matières radioactives inutilisables provenant de l’industrie nucléaire, de centres médicaux ou de laboratoires.

Le 19 juillet 2011, le Conseil a adopté une directive « établissant un cadre communautaire pour la gestion responsable et sûre du combustible usé et des déchets radioactifs » (Directive 2011/70/Euratom). Cette directive est juridiquement contraignante et instaure un cadre communautaire couvrant tous les aspects de la gestion des déchets radioactifs et du combustible usé, depuis leur production jusqu’au stockage de long terme. Elle encadre l’élaboration des politiques nationales de gestion des déchets radioactifs et du combustible usé que devra mettre en œuvre chaque État membre. En particulier, chaque État membre doit se doter d’un cadre législatif et réglementaire visant à mettre en place des programmes nationaux de gestion des déchets radioactifs et du combustible usé. Pour sa part, la France a déjà mis en place depuis 2006 un Plan national de gestion des matières et déchets radioactifs, le PNGMDR.

Par ailleurs, la Directive 2006/117/Euratom du 20 novembre 2006 relative à la surveillance et au contrôle des transferts de déchets radioactifs et de combustible nucléaire usé prévoit le transfert de combustible usé entre les pays de l’Union européenne. L’Union européenne exige dans ce cadre une autorisation préalable pour les transferts de déchets radioactifs afin de réduire au minimum les risques pour la santé publique.

Le démantèlement

L’expérience mondiale en matière de déclassement de réacteurs électronucléaires est encore limitée. En effet, en Europe, sur 90 réacteurs définitivement arrêtés en janvier 2016, seulement 3 ont été complètement déclassés, c’est-à-dire que le site ne relève plus de la réglementation sur les installations nucléaires.

Les Directives Euratom sur la sûreté nucléaire et la gestion du combustible usé et des déchets radioactifs définissent la responsabilité des États membres pour la sûreté nucléaire des installations nucléaires, y compris les opérations de démantèlement et la gestion sûre du combustible usé et des déchets radioactifs générés.

La Commission européenne et les États membres travaillent également ensemble sur les questions liées au financement du déclassement nucléaire par le biais d’un groupe d’experts dénommé Groupe sur le financement du démantèlement.
Par ailleurs, à la suite de l’accident de Tchernobyl en 1986, l’Union européenne a décidé de fermer les réacteurs de grande puissance à tubes de force (RBMK) et les autres réacteurs nucléaires de conception soviétique de première génération. Ainsi, au moment de leur adhésion à l’Union européenne, la Bulgarie, la Lituanie et la Slovaquie ont accepté de fermer les réacteurs des sites respectifs de Kozloduy, Ignalina et Bohunice. L’Union européenne a alors lancé les programmes d’assistance au déclassement nucléaire afin de respecter les accords d’adhésion.

La Commission européenne gère ces programmes en confiant des tâches de mise en œuvre à la Banque européenne pour la reconstruction et le développement dans les trois États membres, à l’Agence centrale de gestion de projets en Lituanie et à l’Agence slovaque d’innovation et d’énergie.

La Commission européenne a proposé de continuer à soutenir ces programmes au cours de la période 2021-2027. Dans ce cadre, la Commission souhaite mettre en place des instruments plus simples et plus souples afin de fournir des fonds européens pour le démantèlement et la gestion des déchets. Ces programmes ont un fort potentiel de création de valeur ajoutée pour l’Union européenne grâce à une large diffusion à l’ensemble des États membres de l’Union européenne des connaissances ainsi générées sur le déclassement nucléaire.

Une politique qui s’étend au-delà des frontières de l’UE : l’Instrument de Coopération en matière de Sûreté Nucléaire (ICSN)

Institué par le règlement (Euratom) du Conseil du 19 février 2007, l’ICSN (anciennement TACIS) traduit la volonté de l’Union européenne d’assurer des niveaux de sûreté nucléaire les plus élevés possibles au-delà de ses frontières. Pour la période 2014-2020, ce programme s’est vu allouer un budget de 225 millions d’euros, qui seront dépensés en accord avec des programmes d’action annuels (couvrant des projets conjoints avec l’AIEA). Fort de son succès, cet instrument d’action extérieure se poursuivra pour la période 2021-2027.

Un secteur soutenu par une recherche active aux niveaux européen et international

Le programme de recherche et de formation Euratom

Le 8e programme-cadre de la Communauté européenne de l’énergie atomique pour des activités de recherche et de formation en matière nucléaire (PCRD Euratom) coordonne les programmes de recherche des États membres pour l’utilisation civile pacifique de l’énergie nucléaire de fission et de fusion. Il fait partie intégrante d’Horizon 2020. Ce programme sera renouvelé pour la période 2021-2027 en complément du futur programme pour la recherche et l’innovation « Horizon Europe ».

L’actuel programme de recherche Euratom couvre :

  • les activités de recherche dans le domaine de la fission et de la radioprotection. Le 8ème programme-cadre de la Communauté européenne de l’énergie atomique s’appuie notamment sur les trois grandes initiatives européennes de coopération dans les sciences et les technologies nucléaires lancées lors du 7ème P.C.R.D. Euratom (2010-2014) :
  1. La plateforme technologique pour une énergie nucléaire durable (SNETP),
  2. La plateforme technologique pour la mise en œuvre du stockage géologique),
  3. L’initiative pluridisciplinaire européenne sur les faibles doses (MELODI).
  • le programme de recherche et de développement dans le domaine de la fusion (hors ITER). L’ensemble des recherches sur la fusion thermonucléaire contrôlée en Europe est intégré au sein du programme Euratom pour la fusion.
  • les activités nucléaires du Centre Commun de Recherche (CCR) de la Commission européenne.

Le projet international ITER : International Thermonuclear Experimental Reactor

ITER (en latin le « chemin ») est l’un des projets les plus ambitieux au monde dans le domaine de l’énergie. Ce projet, conçu en 1985, est en construction sur le site de Cadarache en France, par un consortium international (ITER Organization). L’objectif du projet ITER est de générer un plasma produisant plus d’énergie qu’il n’en consomme. Une fois cette étape franchie, un réacteur de fusion DEMO (DEMOnstration Power Plant) devrait voir le jour.

Le projet ITER est d’une envergure sans précédent : haut de près de trente mètres, lourd de 23 000 tonnes, le réacteur tokamak ITER, dans lequel la réaction de fusion aura lieu, comptera près d’un million de composants, fabriqués par les différentes entités faisant partie d’ITER Organization. En effet, chacun des sept partenaires du projet (Union européenne, Russie, Japon, États-Unis, Chine, Corée du Sud, Inde) s’est doté d’une agence domestique responsable des relations avec l’ITER Organization et de la production des composants nécessaires à la réalisation du réacteur. Pour l’Union européenne, il s’agit de l’entreprise commune Fusion for Energy (F4E).

Le projet ITER est d’une importance majeure pour la France, qui voit ainsi reconnaître son savoir-faire dans le domaine du nucléaire. Le site de Cadarache, à proximité du centre du Commissariat à l’Energie Atomique et aux Energies Alternatives (CEA), a été choisi par le consortium international ITER pour construire le réacteur. Cette reconnaissance s’accompagne de responsabilités supplémentaires, telles que la mise en place de différentes structures en vue de soutenir le programme ITER : Agence ITER France, Ecole Internationale ITER, Comité Industriel ITER, etc.

Initialement, la durée de construction de la machine a été estimée à plus de 10 ans, son exploitation à 20 ans et son démantèlement à au moins à 5 ans. Le premier plasma, attendu dans un premier temps pour 2018, est désormais programmé pour 2025.

Le coût de la construction se répartit entre les partenaires internationaux, avec la part la plus importante pour la Communauté Euratom (45% ou 5/11ème), en tant que « partenaire hôte ». La contribution européenne est répartie entre le budget Euratom (qui contribue à hauteur de 80%) et la France (qui contribue à hauteur de 20%), en tant que pays d’accueil du site ITER.

Depuis 2015, le projet est entré dans une nouvelle phase avec l’arrivée du nouveau Directeur Général d’ITER Organisation, M. Bernard Bigot, alors que le projet connaissait un besoin de réorganisation. Le nouveau Directeur Général a engagé dès son arrivée des réflexions sur l’élaboration d’un nouveau cadre de référence, induisant de nouvelles propositions en termes de périmètre du programme, de planning et de coût.

Ce processus de révision et le résultat de cette complète remise en question de la gestion globale du projet, de son périmètre, de son planning, de son suivi et de ses coûts par rapport au cadre de référence adopté en 2010 ont été présentés par la Commission dans une Communication publiée le 14 juin 2017. Dans ce document, elle appelait les Etats membres à fournir à la Commission un mandat politique pour approuver l’accord de l’Union européenne pour ce nouveau cadre de référence post 2020, sous réserve du résultat des négociations sur le prochain Cadre Financier Pluriannuel post 2020 et sur le Brexit.

Ce mandat de négociation prenant la forme de Conclusions du Conseil, a été adopté par le Conseil le 12 avril 2018. La Commission, au nom de l’Union européenne, peut donc convoquer avant la fin 2018 ou début 2019 un Conseil ITER de niveau ministériel permettant de valider cette nouvelle « baseline ».

La prochaine étape est donc liée à la négociation du budget ITER dans le prochain Cadre Financier Pluriannuel (2021-2027)

Le nucléaire : une technologie aux applications et opportunités multiples
Bien que le nucléaire soit essentiellement connu pour sa capacité à produire de l’électricité, cette technologie est également très utilisée pour des usages non électrogènes, comme par exemple dans le domaine médical.

On note d’ailleurs un intérêt croissant pour ces applications non électrogènes du nucléaire, aussi bien au niveau européen où des initiatives sont en cours (conférence SAMIRA des 20 et 21 mars 2018 : « Addressing Societal Challenges through Advancing the Medical, Industrial and Research Applications of Nuclear and Radiation Technology) qu’à l’international avec l’AIEA et son soutien au développement de nouvelles applications des technologies nucléaires.

Voici ci-dessous quelques exemples d’applications non électrogènes de l’énergie nucléaire (non exhaustif).

Soutenir le domaine médical

  • Pour les diagnostiques et les traitements  : Dans les pays développés, 1 personne sur 50 a recours à un diagnostic fondé sur la médecine nucléaire chaque année. De plus, des perspectives de traitements innovants se développent, comme par exemple la « targeted alpha therapy » qui vise à traiter les cancers dispersés.
  • Pour stériliser les produits et le matériel médical  : (gants, seringues, vêtements, instruments….). En effet, les rayons gammas utilisés (processus froid) permettent de stériliser des éléments sensibles à la chaleur.
  • Eradiquer certains virus : Grâce une technique de stérilisation des insectes par la radiation (SIT, Sterile Insect Technique), la technologie nucléaire permet de limiter le développement d’insectes porteurs de maladies. Ainsi, au Brésil, pour éradiquer le virus mortel Zika, lae SIT a été utilisée avec le soutien de l’AIEA pour éliminer les moustiques porteurs de la maladie.

Subvenir aux besoins primaires des êtres humains

  • Agriculture : Plusieurs activités agricoles ont recours à la technologie nucléaire, comme pour mettre au point de nouvelles variétés de plantes, ralentir le murissement des fruits et légumes, protéger les cultures des insectes et détruire les parasites, etc. L’utilisation de ces techniques est très profitable au secteur et a par exemple permis au Bangladesh d’atteindre la sécurité alimentaire et d’améliorer la nutrition.
  • Eau potable : Si aujourd’hui la désalinisation d’eau de mer pour produire de l’eau potable utilise des matières fossiles et contribue à l’augmentation des gaz à effet de serre, il existe déjà plus de 150 réacteurs nucléaires pour la désalinisation, par exemple en Inde, au Kazakhstan et au Japon. L’AIEA a d’ailleurs lancé un programme de recherche et de collaboration afin de développer cette technologie à grande échelle.

Aller plus loin dans la conquête spatiale

Des fusées à propulsion nucléaire sont en cours de développement par la NASA : cela permettrait de parcourir de plus grandes distances, notamment pour explorer Mars et le reste du système solaire ; ce procédé permettrait d’aller sur Mars en moins de 100 jours contre 253 aujourd’hui.  

Dernière modification : 26/11/2018

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