"Proclamation du socle européen des droits sociaux : une étape importante pour l’Europe sociale"

Le 17 novembre, le Président de la République a participé, avec ses homologues européens, les présidents des institutions européennes et les partenaires sociaux au Sommet social.

Le socle européen des droits sociaux a été proclamé à cette occasion.

Intervention du Président de la République lors du Sommet social pour des emplois et une croissance équitable (Göteborg, Suède, 17 novembre 2017)

"Thank you very much and hello everybody.

Je vais parler en français pour défendre la francophonie puisqu’il y a des traductions qui sont fournies. Le sommet du jour, Jean-Claude JUNCKER l’a rappelé et le Premier ministre suédois aussi, est un moment important parce que c’est une composante importante de la stratégie d’ensemble que nous avons. Et on ne peut pas parler constamment de compétitivité et d’ajustement si on ne parle pas en même temps de notre modèle social, parce que sinon ça veut dire qu’on renonce à notre modèle social et qu’on sera attiré vers un modèle qui est un modèle asiatique ou hyper libéral et qu’en quelque sorte, le facteur d’ajustement, ce sera toujours le moins disant social.

Le paradoxe c’est qu’on évoque ce sujet à un moment de profondes transformations de nos sociétés, Erna SOLBERG vient de le dire très bien, c’est-à-dire un moment où les compétences sont essentielles, et où pour les jeunes comme les moins jeunes, on a un besoin de transformation des compétences très rapide. C’est dû à quoi ? Une explosion du savoir mondial, une accélération de celui-ci par le numérique et une transformation de nos économies qui sont impactées par les grands acteurs du numérique. Ce qui fait qu’aujourd’hui en Europe on a 15 millions de décrocheurs et 70 millions d’Européens qui n’ont pas les compétences de base pour trouver un emploi ; ça veut dire qu’on peut faire tous les efforts qu’on veut d’ajustement en termes de compétitivité, de réduire les droits etc - c’est ce que Stefan LÖFVEN disait tout à l’heure - et bien on n’arrivera pas à faire travailler nos concitoyens avec ces conditions.

Et quand je parle de mon pays, la France, on a un million et demi de décrocheurs, 1,3 million exactement, et entre 1,5 million et 2 millions de gens qui n’ont pas les compétences.

Donc le cœur aujourd’hui de notre problème de chômage ce n’est pas simplement l’ajustement de nos marchés du travail, c’est aussi ça, c’est ce que la ministre du Travail fait en France avec les partenaires sociaux, c’est pour ça qu’on a un vrai défi aujourd’hui chez nous qui est de réformer l’apprentissage, la formation continue parce que notre organisation ne correspond plus à ce défi et on va investir 15 milliards d’euros sur le quinquennat sur ces priorités.

Parce qu’évidemment ça coûte de l’argent et qu’il faut pouvoir investir parce que jusqu’alors on n’investissait plus sur les compétences pendant le cycle de vie ; on vit quand même collectivement dans des systèmes qui sont organisés avec une certitude de base, c’est qu’à 20 ans, 22 ans ou 23 ans on est formé pour toute la vie et qu’on n’aura plus besoin d’être formé.
Or les dernières études le montrent : l’obsolescence des compétences, c’est 5 ans ; ça veut dire que si vous n’entretenez pas vos compétences au bout de 5 ans il faut vous reformer. Donc on a besoin d’un investissement public, massif, mais qui suppose d’avoir la bonne organisation collective pour qu’il soit productif et qu’on utilise bien cet argent qu’on va devoir mettre.

Donc en France on fait une réforme profonde de transformation « apprentissage formation professionnelle » et on met 15 milliards.

Je crois qu’on a beaucoup besoin dans cette période de l’Europe. Et l’Europe pour cela je pense qu’il faut qu’on réfléchisse pour les prochaines perspectives budgétaires à avoir sur ce volet-là une vraie priorité.

A court terme je pense que le plan JUNCKER 2, il faut le regarder aussi comme un plan sur les compétences, parce que quand on regarde comment investir dans nos sociétés, ça n’est pas que des infrastructures de transport ou des infrastructures publiques classiques, ce sont les compétences de nos concitoyens, si on veut que cette croissance soit inclusive. Et donc je souhaite qu’on ait vraiment une réflexion sur ce volet-là : comment activer ce qui a très bien marché sur la première génération du fonds JUNCKER, sur la formation des personnes.

Ensuite c’est de regarder comment on peut aussi adapter les instruments financiers qu’on a. Le Fonds social européen il faut qu’on puisse beaucoup mieux l’utiliser sur ces plans de formation et des compétences.

On a la convergence entre les pays qu’il faut mieux utiliser et mieux conditionner. Je l’ai souvent dit parce qu’aujourd’hui on est à un moment où on a perverti la convergence au sein de l’Union européenne, c’est plus une vraie convergence qu’on fait, parce qu’on a créé des modèles de dumping fiscal et social et on a un peu mis le point là-dessus quand on a travaillé sur les travailleurs détachés. Donc il faut utiliser le fonds social européen pour aider dans tous les pays les moins formés, les décrocheurs, parce qu’il y a de la divergence sociale dans tous nos pays.

Et il faut pouvoir mieux utiliser le Fonds d’adaptation à la mondialisation. Il est très important, il permet d’aller vers des idées qu’ont poussé certains ici en particulier chez les partenaires sociaux, je pense à vous Laurent BERGER, ces contrats de transition territoriale qui permettent de dire que quand il y a des ajustements forts dans un endroit, une région, on est ici à Göteborg et Stefan LÖFVEN a amené une vraie transition industrielle dans cet endroit, dans un lieu qui l’illustre parfaitement.

Il faut que l’Europe puisse aider à investir dans les compétences des gens beaucoup plus fortement. On a aujourd’hui des critères qui sont assez rigides, il y a ce critère de 500 emplois au moins supprimés pour pouvoir utiliser le Fonds d’adaptation à la mondialisation ; il faut peut-être le revoir pour le rendre plus souple et activer cette poche financière un peu mieux, parce que partout en Europe on va avoir des transitions à faire pour reformer les gens, pour passer de, entre guillemets, la vieille économie à la nouvelle économie.

Donc je pense que l’Europe est très importante à cet égard. Dernier point c’est l’Erasmus professionnel. Quand on parle de nos décrocheurs et des jeunes, l’apprentissage - l’Allemagne en un très bon exemple, l’Autriche aussi et plusieurs autres ici présents - c’est l’apprentissage qui aide à faire entrer les jeunes. Et donc je pense qu’aujourd’hui déjà l’Erasmus ne marche pas suffisamment fort parce qu’on n’y a pas mis cet argent, parce que collectivement on est très hypocrite on dit à chaque fois c’est très bien, on fête les 30e anniversaire mais on ne veut jamais mettre de l’argent collectif, donc 50% quasiment des Erasmus ne sont pas honorés parce qu’on n’est pas l’argent communautaire. Si on a une vraie ambition pour l’Erasmus apprentissage mettons l’argent, mais mettons-le vraiment ! parce que nos jeunes en ont besoin pour rentrer justement dans le monde du travail.

Tout dernier point de remarque par rapport à cette transformation, on doit être cohérent dans l’ensemble de nos politiques par rapport à ce défi. Moi je pense que ces défis sociaux on ne doit pas les regarder simplement dans les sommets sociaux une fois tous les 20 ans, et j’ai bon espoir qu’on le fera une fois tous les ans parce qu’on sera plusieurs à pousser. Mais ça doit être cohérent avec toutes nos politiques. On ne peut pas avoir une politique territoriale et de cohésion territoriale en ne regardant pas le sujet social ; donc moi je suis pour conditionner à la convergence sociale les fonds structurels et la cohésion.

On ne peut plus avoir un modèle ou on laisse se développer des business model de dumping social ou fiscal financés par les fonds européens. Je suis pour que notre politique commerciale prenne en compte nos objectifs sociaux ; on ne peut pas dire « nous on veut être le « best in class » sur le modèle social mais ne pas défendre nos travailleurs quand il y a du dumping, et à cet égard moi je soutiens ce que la Commission a fait, le Parlement européen et Antonio le rappelait tout à l’heure, mais donc il faut protéger nos travailleurs quand il y a du dumping parce que ça protège le modèle social européen, mais dans nos accords commerciaux il faut aussi qu’on prenne en compte nos exigences sociales ; et quand on négocie avec des régions qui sont très différentes on ne doit pas chercher à forcément s’aligner, parce qu’on a une vision simplement mercantiliste au moment où on regarde les accords commerciaux sur un modèle social moins disant ; il faut défendre le modèle social ; et donc il faut défendre une vraie convergence sociale et ses principes en sont le socle.

Aujourd’hui, on a une trop grande divergence sur le plan social entre les Etats membres. Et donc ce qu’on a su faire sur le plan monétaire, sur le plan économique qui est de progressivement, en ayant une stratégie à 10 ans, faire converger des gens autour d’un corridor puis d’un point unique, en quelque sorte avant un point de référence qui faisait converger nos économies, on doit faire pareil sur le plan social, on doit définir quel est notre standard commun. On a des différences, on a des préférences collectives qui ne sont pas forcément les mêmes, mais si on refuse toujours de dire « on doit avoir une espèce de standard commun et puis on accepte des souplesses autour de celui-ci, mais on a une vision et un principe commun », on ne progressera jamais sur ce sujet et on restera très hypocrite.

Voilà. J’ai été un peu long mais des sujets qui au-delà du cas français et européens de court terme me paraissent importants pour adresser ce défi et avoir au sein de la mondialisation où nous vivons un modèle social plus juste. Si l’Europe ne les fait pas personne ne le fera pour nous"./.

Signature du socle européen des droits sociaux par le Président du Parlement européen, M. Antonio Tajani, le Président de la Commission européenne, M. Jean-Claude Juncker et le Premier ministre estonien, M. Jüri Ratas (Göteborg, Suède, 17 novembre 2017)

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Le Président du Parlement européen, M. Antonio Tajani, le Président de la Commission européenne, M. Jean-Claude Juncker et le Premier ministre estonien, M. Jüri Ratas.
  • Le texte du socle européen des droits sociaux est disponible ici

Déclaration du Président de la République à l’issue du Sommet social pour des emplois et une croissance équitable (Göteborg, Suède, 17 novembre 2017

"Avant une séquence bilatérale dans quelques instants, nous nous retrouverons avec le Premier ministre suédois et irons chez Volvo puis nous signerons un parternariat pour l’innovation et un accord pour l’action sociale commune.

Je voulais vous rendre compte du sommet qui s’est tenu aujourd’hui à Göteborg sur les sujets sociaux puis de la réunion informelle entre chefs d’État et de gouvernement sur les sujets d’éducation et de culture.

Nous sommes ici venus à Göteborg pour parler de l’Europe sociale avant tout. C’était une initiative conduite par le Premier ministre suédois et le président de la Commission européenne qui a donné lieu à la signature d’un texte important qui constitue l’un des ciments de notre unité qui est précisément ce socle des droits sociaux pour notre Europe. C’est le fruit d’un travail de plusieurs mois qui a permis ainsi de définir l’un des piliers important sur lesquels j’ai eu l’occasion de m’exprimer.

Nous avons eu ce matin des travaux multiples reposant d’ailleurs sur les textes préparés par la Commission et l’ensemble des différents États membres qui nous ont permis d’avancer de manière concrète.

Ce travail pour moi s’inscrit dans le cadre d’un processus qui a été déclenché il y a plusieurs mois et qui nous permet d’avancer de manière volontariste et concrète sur cette Europe sociale. Nous avons d’abord révisé le cadre relatif au détachement des travailleurs pour le rendre plus protecteur et plus juste pour tous les travailleurs européens. Et à cet égard, le fait que la révision de cette directive ait réuni le 23 octobre une très large majorité au Conseil – et la ministre n’a pas ménagé ses efforts et je l’en remercie – a été un signal important.
Alors que depuis plusieurs années, il était considéré comme impossible de revenir sur le cadre de la directive travailleurs détachés, nous avons réussi à obtenir cet accord. Il faut maintenant que le plus rapidement possible le trilogue puisse parvenir aux accords indispensables pour mettre en œuvre ce premier accord trouvé, mais surtout que nous mettions en œuvre tout ce qui relève de la coopération bilatérale ou intergouvernementale.

Nous avons ainsi signé déjà huit accords bilatéraux dont des accords avec la Pologne et la Roumanie pour accroître, renforcer les contrôles réciproques pour lutter contre le travail détaché illégal. Et donc, au-delà de ce qui a été signé le 23 octobre dernier, qui est une étape fondamentale, nous continuons à avancer de manière très concrète.

J’ai ce matin discuté lors d’une bilatérale avec le Premier ministre néerlandais qui a marqué son accord pour signer le neuvième texte bilatéral de renforcement de nos moyens de contrôle. Le texte de la directive permettra quant à lui d’aller vers la création d’une autorité européenne qui permettra de renforcer encore davantage lesdits contrôles.

Mais c’est un point extrêmement important. Donc je me fixe comme objectif que dans les prochains mois, nous parachevions les signatures d’accords bilatéraux pour renforcer le contrôle et la lutte contre le travail détaché illégal qui viendra en acte compléter cet accord et qu’en 2018, on puisse au plus vite finaliser les textes additionnels et parachever l’autorité européenne que pousse également la Commission.

Aujourd’hui, nous avons marqué une deuxième étape importante pour cette Europe sociale qui est la proclamation du socle européen des droits sociaux. C’est un symbole mais ce sont aussi des initiatives législatives très concrètes pour reconnaître et renforcer partout dans l’Union européenne les droits sociaux – par exemple, le droit des aidants – et ce sont plusieurs principes importants qui sont justement partagés par l’ensemble des États membres.

Je l’ai dit notamment à la Sorbonne, le défi central, c’est celui de la convergence sociale et celui de la transformation des compétences et je me suis exprimé ce matin sur ces deux sujets importants. S’agissant de la convergence, nous devons en effet mettre en place des standards communs. Ce socle commence à le faire mais nous devons aller plus loin, notamment définir un salaire minimum dont le niveau et l’évolution seraient adaptés à la réalité économique de chaque pays.

Il ne s’agit pas de définir un salaire minimum unique qui soit monétairement le même pour tous les pays européens, mais d’inscrire tous les pays européens dans un processus qui permette d’aller dans cette logique. Chaque pays a sa tradition : il y a des pays pour lesquels la fixation d’un salaire minimum légal n’a pas de sens, le pays où nous sommes tout particulièrement qui, quoi qu’ayant des standards sociaux très élevés, a toujours fonctionné par une négociation collective qui s’est avérée plus efficace que la loi.

Donc il ne s’agit pas de normer, de surnormer tout cela, mais d’inscrire tous les pays européens dans la convergence d’une telle réflexion et d’un tel travail et mon souhait est que nous puissions, à horizon de 10 ans, définir un processus de convergence, comme nous l’avons fait par le passé sur les sujets monétaires et économiques.

Actuellement, 22 des 28 pays de l’Union ont un salaire minimum mais dans 10 pays, ce salaire n’atteint pas 50 % du salaire médian. Donc la situation actuelle n’est pas satisfaisante d’un point de vue social et nous ne devons pas nous y tromper. C’est pourquoi ce sujet de convergence revêt pour moi une importance toute particulière et elle doit irriguer l’ensemble de nos réflexions.

C’est pourquoi je souhaite que lors des prochaines discussions financières, nous puissions intégrer des critères de convergence sociaux à la réflexion et en particulier aux aides de cohésion que nous avons avec les différents pays. Aujourd’hui, le fonds de cohésion ou les différents instruments de l’Union européenne sont parfois utilisés pour continuer à alimenter des modèles d’optimisation fiscale ou sociale, ce qui n’est pas du tout l’esprit de l’Union européenne.

Je rappelle à cet égard la belle formule de Jacques DELORS qui disait que l’Europe était construite sur la concurrence qui stimule, la coopération qui renforce et la solidarité qui unit et on oublie parfois le deuxième et le troisième pilier de cette aventure.

De la même façon – j’ai insisté sur ce point ce matin –, cette convergence sociale, cette exigence commune doit irriguer nos travaux sur le plan de la politique industrielle ou commerciale et nous devons intégrer ces critères dans la lutte contre le dumping face à certaines autres puissances ou dans la négociation des traités commerciaux.
S’agissant des compétences, nous savons que d’ici 10 ans, un métier sur deux sera transformé. Il y a encore en Europe 15 millions de décrocheurs et 70 millions d’Européens qui ne disposent des compétences de base. En France, il y a 1,3 million de décrocheurs et il y a entre 1,5 et 2 millions de Françaises et de Français qui ne disposent pas des compétences de base. Cette situation rend indispensable un véritable investissement public dans le capital humain, c’est-à-dire dans les femmes et les hommes de notre pays pour qu’ils puissent trouver leur place. Et c’est l’indispensable complément d’une politique de compétitivité et de transformation du marché du travail que le gouvernement est en train de conduire.

Pour ce qui est de la France, c’est le cœur des réformes que conduit le gouvernement et en particulier la ministre pour réformer l’apprentissage et la formation professionnelle, mais aussi qui conduira dans le quinquennat à investir 15 milliards d’euros, d’une part, sur la Garantie Jeunes et sa démultiplication pour les décrocheurs, d’autre part et à titre majoritaire pour l’ensemble des travailleurs et chômeurs qui ont besoin d’avoir une requalification et de retrouver des compétences indispensables pour trouver une place dans le marché du travail compte tenu des changements profonds que connaît celui-ci.

Ce travail français, nous le conduisons. Il suppose des réformes de fond et un investissement profond, mais il suppose aussi d’être relayé au niveau européen – c’est ce que nous avons évoqué ce matin – à travers des initiatives concrètes qui doivent se refléter dans nos perspectives financières.

ERASMUS et ERASMUS Apprentissage sont des instruments essentiels pour lutter contre le décrochage et construire un socle indispensable. J’y reviendrai dans quelques instants sur la culture. À ce titre, je le rappelais ce matin, quasiment un jeune sur deux qui se soumet au programme ERASMUS a une réponse négative en raison des manques de moyens qui sont affectés à cette politique.

Je souscris à cet égard pleinement au doublement des moyens qui sont proposés par le président de la Commission européenne, Jean-Claude JUNCKER. Je pense que c’est une très bonne initiative et nous la défendrons de manière cohérente lors de la discussion sur les perspectives financières. Cet investissement est indispensable si nous voulons aussi construire vraiment un ERASMUS de l’Apprentissage qui correspond à l’ambition que je viens d’évoquer.
Je souhaite aussi que nous puissions simplifier les instruments que nous avons aujourd’hui qui sont les compléments indispensables aux transitions économiques que vit l’Europe et en particulier, que nous ayons ces critères de formation intégrés dans le fonctionnement du Fonds social européen qui est un des instruments principaux pour pouvoir financer ces transitions, que le Plan JUNCKER, aujourd’hui largement mobilisé sur des investissements en capital d’infrastructure, puisse être pour la deuxième génération orienté pour partie sur l’investissement en capital humain et la formation et que le Fonds européen d’adaptation à la mondialisation soit revu à la hausse et simplifié dans ses critères.

Aujourd’hui, il y a un seuil de restructuration à 500 salariés qui mériterait d’être baissé et qui s’inscrit complètement dans la logique de contrat de territoire et des contrats de transition que nous voulons mettre en œuvre sur le territoire français.

Le déjeuner a ensuite été consacré à une discussion informelle entre chefs d’État et de gouvernement sur les sujets de la culture et de l’éducation. La Commission a fourni un très grand travail sur ce sujet dans la ligne des échanges que nous avions eus et des discours de Jean-Claude JUNCKER comme de celui que j’ai pu faire à la Sorbonne. Nous avons repris l’agenda que j’avais exposé en septembre à ce titre et plusieurs convergences ont émergé sur des sujets importants.

D’abord, la nécessité d’aller vers une simplification des études secondaires en Europe, non pas pour les rendre plus homogènes, mais pour permettre justement plus d’échanges et de passages entre les systèmes éducatifs européens. En effet, il est très difficile au collège et au lycée, en tout cas l’équivalent de ces cycles français dans le reste de l’Europe, d’avoir des échanges. Ce qui, d’une part, est un frein à la mobilité des travailleurs, d’autre part, est un frein aux échanges pour les plus jeunes entre les pays européens.

J’ai donc souhaité lancer l’équivalent du processus de Bologne, tout au moins pour les lycées. Ce processus de la Sorbonne, pour reprendre la terminologie utilisée par la Commission européenne, va donc faire l’objet de travaux et permettre à tous les États membres qui le souhaiteraient de s’inscrire dans un processus de convergence, en tout cas de correspondance de notre enseignement secondaire.

Ensuite, nous avons marqué cette volonté et, je crois, tous agréé à l’idée de mettre en place dans nos systèmes éducatifs les dispositifs qui permettront à chaque étudiant de parler au moins deux langues européennes d’ici 2024. Nous avons eu ensuite une longue discussion sur le développement d’universités européennes, comme je l’avais proposé, permettant de créer d’ici là aussi à 2024 plusieurs universités européennes. J’avais proposé qu’on ait 20 universités européennes en 2024, ce qui permettrait d’avoir des vrais cursus intégrés entre plusieurs sites universitaires européens

Sur ce sujet, je propose que nous avancions de manière pragmatique et que tous les États membres qui souhaitent avancer sur ce sujet puissent se concerter et, dans le cadre d’une initiative dont nous définirons au mois de décembre les termes juridiques et le cadre politique, que nous puissions, durant les deux années qui viennent, faire émerger déjà quelques universités de manière concrète sur le plan européen.

Il y a déjà des parcours croisés entre plusieurs universités, des systèmes d’échange qui se sont structurés, c’est une étape supplémentaire qu’il nous faut passer mais qui sera la condition, d’abord, de la construction d’une vraie culture européenne de l’enseignement supérieur, de véritables échanges d’enseignants et d’étudiants, d’autre part, qui permettra d’accroître l’attractivité de nos établissements universitaires dans la compétition internationale et d’avoir des vrais pôles et des vrais établissements compétitifs et attractifs à l’échelle mondiale.

Nous avons évidemment sur ces sujets réévoqué l’importance des sujets ERASMUS que je viens de mentionner et j’ai pu rappeler notre volonté, dans le cadre des perspectives financières, de soutenir les initiatives de la Commission.

Sur les sujets de culture, j’ai rappelé pour ce qui me concerne l’importance de ce sujet pour définir un des socles de ce qui unit là aussi l’Europe et la volonté claire de la France de définir les contenus culturels européens en ce qu’ils sont le socle même de notre identité commune.

Tous les Européens, si une chose les unit, c’est d’avoir appris enfant, d’avoir été ému à la lecture des aventures de Don QUICHOTTE ou d’avoir croisé dans les cultures réciproques les grands héros de nos littératures, de nos opéras, de nos musiques. Et donc la culture est bien un socle qui dépasse les aventures politiques que nous sommes en train de conduire. Or, aujourd’hui, cette culture européenne est en risque et je pense que nous nous trompons grandement à considérer que le débat des droits d’auteur serait un débat anecdotique ou un débat défensif concernant la vieille économie. C’est une profonde erreur.

J’ai d’ailleurs dressé une analogie simple : lorsque nous parlons du pétrole ou du gaz, nous donnons une valeur au pétrole et au gaz et nous considérons les tubes comme accessoires. Et nous sommes prêts d’ailleurs à payer très cher le pétrole et le gaz à des puissances qui ne sont parfois pas amies parce que nous en avons besoin.

Et pour ce qui est des contenus, nous ne décidons de ne valoriser que les tuyaux qui sont des propriétés ou anglo-saxonnes ou chinoises mais nous ne valorisons plus les contenus et nous sommes en train de rentrer, de nous laisser influencer par une doxa internationale qui n’est pas la nôtre, qui consisterait à dire que les contenus n’ont plus aucune importance.

Si le résultat est, dans 50 à 60 ans, d’homogénéiser les imaginaires au niveau mondial et, pour nos enfants, d’avoir des émotions ou des référents culturels qui ne soient plus européens, mais qui soient ou chinois ou américains, nous aurons tout perdu. Et donc il est indispensable pour toutes ces raisons, parce que c’est la défense même de notre identité, de ce qui nous fait, sur le plan de l’imaginaire politique et culturel, comme sur le plan de nos intérêts économiques, il est indispensable de réaffirmer l’importance de la bataille pour les droits d’auteur et je souhaite que nous soyons infiniment plus proactifs, infiniment plus offensifs dans la définition d’une stratégie collective sur les droits d’auteur, qu’il s’agisse du numérique ou du reste.

La propriété intellectuelle a un sens en ce qu’elle reconnaît la part des créateurs, quels que soient d’ailleurs les arts, de ceux qui créent un savoir ou le transforment, des traducteurs, des journalistes, de ceux qui apportent une valeur ajoutée à un contenu et qui font simplement autre chose que de propager la circulation d’informations ou de symboles interchangeables.

De la même façon, j’ai défendu l’idée des Assises du patrimoine que j’avais proposées à la Pnyx, à Athènes, en indiquant que sur ce sujet aussi, nous devions avoir une stratégie européenne de valorisation de nos patrimoines beaucoup plus forte.

J’ai enfin soutenu les idées italiennes d’une carte européenne étudiante qui me semble extrêmement structurante sur le plan de la circulation des étudiants en Europe, comme l’idée soutenue par l’Italie et la Grèce d’une valorisation là aussi de notre patrimoine par des dispositifs économiques adaptés.

Voilà en synthèse les discussions que nous avons eues ce midi. L’ensemble de ces discussions donnera lieu à des traductions concrètes, d’une part, dans les conclusions du sommet de décembre, mais d’autre part, dans des actions concrètes rapides que nous comptons lancer.

Vous l’avez compris, l’objectif de la journée, au-delà de la séquence bilatérale qui s’annonce, c’était de parler de ce que j’ai appelé l’Europe qui unit dans le discours de la Sorbonne, qui est ce deuxième pilier de notre initiative européenne, et d’avancer à la fois sur un dialogue permettant de ramener des positions communes, mais aussi sur des actions concrètes indispensables à la crédibilité collective. Je vais maintenant répondre à toutes vos questions"./.

Dernière modification : 22/11/2017

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