Participation du Président de la République au Conseil européen extraordinaire

Le Président de la République a participé au Conseil européen extraordinaire qui s’est déroulé à Bruxelles les 1er et 2 octobre 2020.

Déclaration du Président de la République à son arrivée au Conseil européen (Bruxelles, 1er octobre 2020)

Le Président de la République : "Bonjour,

Je voudrais, avant toute chose, avoir un mot de soutien pour le journaliste et le photographe du journal Le Monde qui ont été blessés il y a quelques heures dans le Haut-Karabagh sur le théâtre du conflit qui s’est déclenché depuis dimanche. Je veux dire ici tout notre soutien à l’ensemble des journalistes du journal Le Monde et aux familles. Les journalistes sont blessés. Depuis que nous le savons, le centre de crise du Quai d’Orsay est mobilisé, ainsi que l’ensemble de nos capacités pour pouvoir, le plus rapidement possible, organiser le rapatriement. Un avion sanitaire est prêt à partir au moment où je vous parle. Nous sommes en train de tout faire pour stabiliser les blessés sur place avant de permettre leur évacuation. Nous resterons évidemment mobilisés sur ce sujet avec les journalistes, nos équipes sur place, les équipes à Paris, le journal Le Monde et les familles.

Ceci me renvoie évidemment à la situation dans le Haut-Karabagh. Nous l’avons déjà dit, j’ai eu l’occasion de parler au Premier ministre Pachinian et au Président Aliev, nous avons appelé à un cessez-le-feu. La situation est grave dans la région du Haut-Karabagh, et nous restons pleinement mobilisés. J’ai pu hier soir échanger avec le Président Poutine sur ce sujet et il y a quelques minutes nous avons donc publié un communiqué conjoint, le Président Trump, le Président Poutine et moi-même, en tant que trois coprésidents du Groupe de Minsk en charge du suivi de la situation dans le Nagorno- Karabagh. Nous avons demandé un cessez-le-feu sans condition en rappelant aussi à la raison toutes celles et ceux qui parfois poussent telle ou telle partie à aller au-delà du raisonnable. Nous sommes aujourd’hui extrêmement préoccupés. J’ai une pensée pour évidemment les civils, comme les militaires qui sont tombés et leurs familles et nous allons tout mettre en place pour arriver à une fin rapide des conflits, d’une part ; et reprendre le chemin d’un règlement pacifique de ce différend.

Je vais être très clair. Dimanche, les frappes qui sont parties d’Azerbaïdjan, à nos connaissances, n’avaient pas de justification et c’est ce que j’ai demandé au Président Aliev. Je veux aussi être très clair, nous disposons d’informations aujourd’hui, de manière certaine, qui indiquent que des combattants syriens ont quitté le théâtre d’opérations, des combattants de groupes djihadistes en transitant par Gaziantep pour rejoindre ce théâtre d’opérations du Haut-Karabagh. C’est un fait très grave, nouveau, qui change aussi la donne et nous allons dans les prochaines heures… nous allons d’abord en parler ici au Conseil européen. Nous sommes convenus avec le Président Trump et le Président Poutine de pouvoir échanger toutes les informations que nous avons sur cette situation et pouvoir en tirer toutes les conséquences. En tout cas, nous sommes mobilisés en tant que groupe de Minsk. Nous agirons pour un retour à la normale, un cessez-le-feu sans condition et un règlement de ce différend par la négociation et le droit.

Le Conseil européen d’aujourd’hui évidemment aura à aborder ce sujet mais beaucoup d’autres sujets sont à l’ordre du jour et je me félicite que nous ayons une discussion géostratégique. Nous aurons à discuter de la situation en Biélorussie. J’étais les jours précédents, vous le savez, dans les Etats baltes. J’ai pu rencontrer une opposante aujourd’hui au Président Loukachenko. Nous réitérerons la non-reconnaissance du résultat des élections en Biélorussie. Pour ma part, je suis tout à fait favorable à ce que nous puissions procéder à des sanctions ciblées et donc à une pression plus grande de l’UE afin de pousser le plus rapidement possible le pouvoir en place à une médiation de l’OSCE, à un dialogue inclusif avec la société civile et à une sortie de crise par la négociation. C’est aussi cela dont j’ai parlé hier avec le Président Poutine et je crois pouvoir dire qu’en tout cas il partage cette volonté d’avoir une sortie négociée et de pousser à une médiation de l’OSCE.

Plus largement, nous évoquerons le sujet d’une politique de voisinage avec la Russie. C’est un sujet important pour nous Européens. Cela fait plusieurs mois que j’insiste sur la nécessité d’avoir un dialogue exigeant, mais un dialogue, sur nos sujets bilatéraux, comme sur les crises régionales.

Nous évoquerons également, entre autres, la situation en Méditerranée orientale et la relation avec la Turquie. Là aussi, il nous faut un dialogue exigeant. La solidarité à l’égard de la Grèce et de Chypre. Je veux être ici très clair, cette solidarité est non-négociable. Quand un Etat membre de l’Union européenne est attaqué, menacé, lorsque ses eaux territoriales ne sont pas respectées, il est du devoir des Européens de se montrer solidaires. Nous réitérerons notre soutien à la Grèce et à Chypre mais il nous faut trouver aussi les voies du réengagement, d’un dialogue exigeant avec la Turquie. Pour moi, ces deux cas sont emblématiques de ce qu’est une politique de voisinage repensée, exigeante mais aussi réaliste que l’Union européenne doit avoir avec elle-même, qui ne transige jamais sur les questions de souveraineté, qui ne transige jamais sur les questions de valeurs et de droits, mais qui cherche avec pragmatisme et détermination à engager un dialogue constructif.

Nous évoquerons aussi la relation entre l’Union européenne et la Chine. C’est un sujet extrêmement important sur le plan commercial, sur le plan climatique, sur le plan aussi de nos valeurs. Je crois qu’il y a un large consensus pour aussi avoir une vision et un dialogue plus intégré avec la Chine.

Nous aurons l’occasion de faire un point d’information sur le Brexit et de revenir sur cette question extrêmement importante de l’autonomie stratégique. Je soutiens très profondément les conclusions de ce Conseil, telles qu’elles sont proposées par le Président Charles Michel. C’est un pas en avant très important. Dès le discours de la Sorbonne, la France défendait l’idée d’une autonomie stratégique, c’est-à-dire le fait que l’Europe n’est pas simplement un marché mais qu’elle doit défendre mieux son indépendance et sa résilience. Beaucoup d’avancées ont été faites grâce aux initiatives de la Commission et le texte qui est proposé nous permet d’avancer en ce sens, celui d’une lucidité, d’une Europe qui se pense aussi comme une puissance géostratégique qui reconstruit parfois son indépendance industrielle et numérique et qui souhaite la coopération, les échanges dans le monde mais qui le veut sans dépendance abusive.

Voilà rapidement brossés les sujets principaux. C’est, vous le voyez, un sommet important. Nous allons parler de sujets géostratégiques. J’y vois aussi le signe d’une Europe qui se pense, se veut puissance géopolitique et je m’en félicite. Je vous remercie"./.

Conférence de presse du Président de la République à l’issue du premier jour du Conseil européen (Bruxelles, 2 octobre 2020)

Conclusions du Conseil européen extraordinaire, 1er-2 octobre 2020

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Réunion extraordinaire du Conseil européen, 1er et 2 octobre 2020-Conclusions
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Dernière modification : 02/10/2020

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