Participation de M. Jean-Yves Le Drian à la réunion extraordinaire du Conseil affaires étrangères

Communiqué du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères

M. Jean-Yves le Drian, ministre de l’Europe et des affaires étrangères a participé au Conseil affaires étrangères extraordinaire qui s’est tenu à Zagreb le 6 mars 2020.

La réunion extraordinaire du Conseil des affaires étrangères avait pour objectif d’aborder la crise provoquée par l’offensive du régime syrien et de ses soutiens, notamment russes, dans la région d’Idlib. Jean-Yves Le Drian est revenu sur les graves conséquences politiques, humanitaires, migratoires et sécuritaires de cette crise. Il a rappelé l’importance de l’unité européenne afin d’œuvrer à une désescalade en Syrie et de répondre aux souffrances des populations civiles par un renforcement de l’aide humanitaire européenne. Le ministre a appelé à refuser l’instrumentalisation de la question migratoire par la Turquie tout en apportant une réponse aux besoins des réfugiés dans la région.

Eu égard aux préoccupations liées au Coronavirus dans les pays de l’Union européenne, les ministres ont également évoqué ce sujet pour rappeler le besoin de renforcement de la coordination, au niveau européen, en termes d’échanges d’information, de mesures sanitaires, de relations avec les pays tiers et de communication publique. Ces thèmes étaient également à l’ordre du jour du Conseil santé extraordinaire de l’Union européenne qui s’est tenu le 6 mars 2020 à Bruxelles./.

Déclaration du Conseil des affaires étrangères, 6 mars 2020

Les ministres des affaires étrangères de l’UE ont tenu ce jour une réunion extraordinaire du Conseil pour débattre de la crise à Idlib et de la situation aux frontières extérieures de l’UE avec la Turquie.

Tout en étant consciente de l’aggravation de la charge que représentent les migrations et des risques auxquels la Turquie fait face sur son territoire, ainsi que des efforts substantiels que ce pays a consentis pour accueillir 3,7 millions de migrants et de réfugiés, l’UE se déclare à nouveau vivement préoccupée par la situation qui prévaut à la frontière gréco-turque et rejette fermement l’utilisation par la Turquie de la pression migratoire à des fins politiques. La situation telle qu’elle se présente à la frontière extérieure de l’UE n’est pas acceptable. L’UE et ses États membres restent résolus à assurer une protection effective des frontières extérieures de l’UE. Les franchissements illégaux ne seront pas tolérés. À cet égard, l’UE et ses États membres prendront toutes les mesures nécessaires, conformément au droit de l’UE et au droit international. Les migrants ne devraient pas être encouragés à tenter de franchir illégalement les frontières par voie terrestre ou maritime. Le Conseil invite le gouvernement turc ainsi que tous les acteurs et organisations sur le terrain à relayer ce message et à lutter contre la diffusion de fausses informations.

Par ailleurs, l’UE exprime à nouveau sa pleine solidarité avec la Grèce, qui fait face à une situation sans précédent, ainsi qu’avec la Bulgarie, Chypre et d’autres États membres, qui pourraient être touchés de la même manière, y compris dans les efforts déployés pour gérer les frontières extérieures de l’UE. Le Conseil salue le soutien pratique annoncé par la Commission le 4 mars 2020. Une coopération étroite se poursuivra également avec les partenaires des Balkans occidentaux à cet égard.

Le Conseil rappelle qu’il attend de la Turquie qu’elle mette pleinement en œuvre, à l’égard de tous les États membres, les dispositions de la déclaration conjointe de 2016. Cette déclaration se traduit par des résultats tangibles, y compris en soutien des efforts significatifs déployés par la Turquie pour accueillir des migrants et des réfugiés. Tant l’UE que la Turquie peuvent bénéficier de la poursuite de cette coopération et de cet engagement.

À Idlib, la nouvelle offensive en cours menée par le régime syrien et ses soutiens, notamment la Russie, cause des souffrances sans nom et est à l’origine de la pire crise humanitaire depuis le début du conflit syrien.

Le Conseil lance un appel urgent à la désescalade du conflit en Syrie afin d’éviter un glissement vers une confrontation militaire internationale ainsi que de nouvelles souffrances. Le Conseil déplore les pertes de vies humaines. Le Conseil est également conscient de la situation difficile à laquelle est confrontée la Turquie à cause de l’offensive menée à Idlib et de ses conséquences.

Ces messages sont transmis à tous les acteurs principaux. L’UE est en contact avec d’autres partenaires internationaux, notamment les Nations unies, l’OTAN et les États-Unis, afin de renforcer de manière significative le consensus international clairement dégagé en faveur d’une désescalade et d’un cessez-le-feu durable.

Le Conseil prend acte des résultats de la réunion entre la Russie et la Turquie qui s’est tenue hier à Moscou et c’est avec la plus grande fermeté qu’il appelle une nouvelle fois toutes les parties à maintenir un cessez-le-feu immédiat et durable, à garantir la protection des civils contre toute menace terrestre ou aérienne et à permettre l’acheminement sans entrave de l’aide humanitaire par la communauté internationale.

L’Union européenne est consciente de la présence dans la région de groupes terroristes désignés par les Nations unies, mais les attaques sans discrimination et la destruction d’infrastructures civiles, y compris les installations de santé, les écoles et les camps de personnes déplacées, par le régime syrien et ses alliés, ne peuvent en aucun cas être justifiées et elles doivent cesser. Nous rappelons la position de l’UE, à savoir que tous les auteurs de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité doivent répondre de leurs actes.

Le Conseil exhorte le régime syrien à revenir à la table des négociations et répète que toute solution durable au conflit requiert une véritable transition politique conformément à la résolution 2254 du Conseil de sécurité des Nations unies et au communiqué de Genève de 2012 négocié par les parties syriennes dans le cadre du processus de Genève mené sous l’égide des Nations unies ; il demeure par ailleurs attaché à l’unité, à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de l’État syrien. L’UE encouragera activement un nouvel effort concerté de la communauté internationale en vue de faire face à la crise syrienne et de préparer le terrain pour une solution politique.

L’UE traite en priorité la situation humanitaire. La Commission européenne mobilise 60 millions d’euros supplémentaires pour l’aide humanitaire en faveur du nord-ouest de la Syrie, y compris dans les zones frontalières, et s’engage à accroître son aide à la population civile dans cette région. Une aide humanitaire est fournie pour répondre aux besoins urgents en matière d’hébergement et d’aide médicale et alimentaire de près d’un million de personnes déplacées au cours des dernières semaines, ainsi que de tous les autres Syriens dans le besoin dans la région d’Idlib. Il faut continuer de permettre un accès sûr, durable et immédiat aux populations dans le besoin, dans le plein respect du droit humanitaire international. L’UE demande instamment l’extension de la résolution 2165 du Conseil de sécurité des Nations unies à l’accès transfrontalier afin de garantir que l’aide humanitaire, y compris l’équipement médico-chirurgical, parvienne aux personnes dans le besoin dans l’ensemble de la Syrie par les itinéraires les plus directs./.

Dernière modification : 11/03/2020

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