Participation de M. Bruno Le Maire à la réunion informelle de l’Eurogroupe

M. Bruno Le Maire a participé le 11 septembre 2020 à la réunion informelle de l’Eurogroupe qui s’est déroulée à Berlin.

Déclaration de M. Bruno Le Maire à son arrivée à la réunion informelle de l’Eurogroupe (Berlin, 11 septembre 2020)

M. Bruno Le Maire : "Guten Morgen,

Just a few words to say that I’m very happy to be in Berlin and to have this first Eurogroup meeting in presential. I think that it’s very important to keep these direct talks among Finance ministers of the Eurozone.

The key issue today is of course the coordination of the recovery plans so that we can get the quickest economic recovery as possible. We are all facing important economic difficulties with very important impact on companies, on salaries, on the level of unemployment everywhere in Europe. I’m deeply convinced that a better coordination of the recovery plans should pave the way for a quick recovery all over Europe. I also think that after this crisis, there is a need to give a new concrete impetus to some projects that are at the core of the Eurozone and that are absolutely vital for the reinforcement of the Eurozone. I mean first of all the Banking union, then the Capital markets union, and the possibility of having a common Eurozone budget which remains for us a necessity. I really hope that we can seize this opportunity of this economic crisis to really give a new impetus to this project. We have waited too long. We have discussed too long. Now, it’s time to decide.

A very last word on international taxation. You know how important it is for us to have a fair and efficient international taxation system as soon as possible. If you look at the consequences of the economic crisis, the only winners of the economic crisis are the digital giants. I think this is a new reason to accelerate the work we are doing within the OECD to have a fair digital taxation and to have also the implementation of a minimum tax for the corporate tax. I want to make the things very clear. If it proves to be impossible to get a consensus by the end of this year at the OECD level on both pillar one and pillar two, because nothing is agreed until everything is agreed, in that case, we should have, by the beginning of next year 2021, a European solution for digital taxation. I have been discussing the point with many of my partners, with the Commissioner Paolo Gentiloni. If the OECD fails, it’s up to the Eurogroup and up to the European countries to take the lead and to adopt in the first trimester of 2021 a fair and efficient digital taxation. Thank you.

On Brexit, are you shocked by the behaviour of the British government, quite simply, with this law ?

M. Bruno Le Maire : I’m not here to make any critics against the British government. But I want to make one point very clear. We will not accept anything that could jeopardize or weaken the single European market. The single market is for us one of the key achievement of the European construction. We will never accept any kind of decision that might weaken or jeopardize the European single market. We fully trust Michel Barnier to pave the way for a solution. We are strong. I think we have made very clear that all European countries remain united and strong. I really think that’s the good behaviour for European countries. Thank you"./.

Déclaration conjointe de M. Bruno Le Maire, M. Scholz, Mme Calviño, M. Hoekstra et M. Gualtieri (Berlin, 11 septembre 2020)

M. Bruno Le Maire : "I think I will just repeat what Olaf said in English. Because of course we share exactly the same point of view. We are concerned about crypto currencies. We are waiting for the Commission to issue very strong and very clear rules to avoid the misuse of cryptocurrencies of course for terrorist activities or for money laundering. And we want to put out one very simple principle : the ECB is the only one to be allowed to issue currency. At this point, it’s something that cannot be jeopardized or weakened by any kind of project including the so-called Libra project. So we want to make it very clear. We want the ECB to be the only one to issue currency and that’s the sense of the common statement that we are making with my colleagues and my friends. Thank you"./.

Conférence de presse de M. Bruno Le Maire à l’issue de la réunion informelle de l’Eurogroupe (Berlin, 11 septembre 2020)

M. Bruno Le Maire : "Je ne vous cache pas que c’était un vrai plaisir de retrouver mes collègues ministres des finances, de les retrouver en réel et pas par visioconférence parce que je pense que la seule façon d’avancer c’est de se retrouver en réel et de pouvoir discuter ensemble plus directement. Du coup, l’ambiance de ce matin s’en est ressentie parce que l’ambiance de ce matin a été très positive avec une priorité absolue qui est la mise en œuvre rapide du fond de relance décidé par les chefs d’Etat il y a quelques semaines en juillet. Et je voudrais vous donner le calendrier de mise en œuvre sur lequel la France veut s’engager : avoir une adoption de ce plan de relance avant fin de la présidence allemande, c’est-à-dire avant la fin du mois de décembre de façon à ce que les plans de relance nationaux puissent être présentés dès le début du mois janvier. Vous savez que le plan de relance français a été présenté par le Premier ministre et moi-même il y a quelques jours, et que le décaissement du plan de relance européen puisse intervenir à compter du mois de mars. Nous n’avons pas une minute à perdre. J’insiste là-dessus. Je vois bien les ambitions qui peuvent s’exprimer ici ou là, par exemple du parlement européen qui sont des ambitions positives. Mais le plus important maintenant, c’est que ces plans soient exécutés. C’est vrai au niveau national et c’est vrai au niveau européen. C’est le vrai défi qui est devant nous : l’exécution du plan de relance. Et je le dis comme ministre chargé, comme vous le savez, désormais de la relance : le vrai défi pour moi, c’est l’exécution, que l’argent aille sur des projets concrets, dans les territoires, au plus près des français, qu’ils puissent toucher du doigt ce que la relance améliore dans leur vie quotidienne. Mais cela vaut aussi au niveau européen. Maintenant il faut décider, je redonne ce calendrier : une adoption d’ici fin de la présidence allemande, une présentation des projets nationaux à compter du mois de janvier, des premiers décaissements à compter du mois de mars. Parce que nous comptons bien sur cet argent européen, et il faut qu’il arrive le plus vite possible dans les différents Etats membres.

Nous avons également dégagé un consensus sur la nécessité de continuer à soutenir les économies. Et je crois que c’est point clé. Il a été souligné notamment par la présidente de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde. Il ne faut pas retirer trop vite les dispositifs de soutien à notre économie ou à l’activité partielle. Nous savons qu’aujourd’hui la reprise est un peu plus forte qu’attendu, c’est une bonne nouvelle, mais que les incertitudes sont aussi plus fortes que prévues, c’est une mauvaise nouvelle. Donc à partir de là, tout cela doit nous amener à continuer à maintenir des dispositifs de soutien à l’économie et des dispositifs de soutien à l’emploi. C’est le choix que nous avons fait en France, notamment avec l’activité partielle de longue durée ou le chômage partiel qui sera maintenu au moins jusqu’à la fin de l’année 2020 pour un certain nombre de secteurs. En gros, il ne faut pas commencer à retirer trop vite les dispositifs qui permettent de soutenir des pans entiers de l’économie.

Quelques sujets ensuite sur lesquels nous avons bien progressé : l’union bancaire puisque nous avons enfin défini un calendrier de travail très clair avec un nouveau traité MES en novembre qui doit nous permettre de rendre le back-stop opérationnel fin 2021. C’est la première fois que nous avons un calendrier clair, là aussi c’est très important. Le back-stop doit être mis en œuvre et être opérationnel fin 2021, ce qui sera une véritable avancée pour l’union bancaire. Nous avons également défini une méthode pour relancer le travail sur l’union bancaire de manière plus globale. Je crois que c’est une bonne nouvelle pour cette union bancaire qui, je le redis, est indispensable pour renforcer la puissance et la souveraineté de l’union européenne.

Sur les questions de taxation, j’ai eu l’occasion d’en discuter avec les autres Etats membres et de rappeler la position française sur le sujet. Nous voulons faire le maximum pour parvenir à un accord d’ici la fin de l’année 2020 sur les 2 piliers de ce nouveau système de taxation internationale : la taxation minimale et la taxation digitale. Mais je crois qu’il faut être très clair, nous avançons très bien sur la taxation minimale, le pilier II, nous sommes bloqués sur le pilier I, la taxation digitale. Notre proposition est donc de nous donner jusqu’à la fin de l’année pour parvenir à un accord global à l’OCDE sur la taxation digitale et la taxation minimale, pilier I et pilier II, et si nous voyons que n’arrivons pas à une solution d’ici la fin de l’année, et bien il faut qu’au début de l’année 2021, nous relancions les travaux européens sur un système de taxation européen des activités digitales avec une proposition européenne porté par la Commission européenne. Et puis que nous mettions en œuvre ce qui aura été obtenu sur la taxation minimale, avec un seul objectif : avancer le plus vite possible et avoir des réponses concrètes à des attentes de nos concitoyens. Chacun voit bien que les grands vainqueurs de cette crise économique, ce sont les géants du digital. Ce sont eux qui ont profité de cette crise. Ce sont eux qui ont pu développer leurs activités à la faveur de cette crise. Cela doit nous amener à accélérer les travaux sur la régulation de ces géants du digital, et sur la taxation de ces géants du digital. C’est probablement un des enjeux économiques les plus importants des 25 prochaines années et il est temps que l’Europe soit à la hauteur des attentes de ses concitoyens et décide au lieu de se contenter de commenter.

Enfin un dernier point important qui est la déclaration que nous avons faite ce matin avec les Pays-Bas, l’Espagne, l’Italie et l’Allemagne sur les crypto-monnaies. C’est une déclaration très importante parce qu’elle rappelle que les Etats européens sont attachés à la souveraineté monétaire. Elle rappelle que nous n’accepterons pas le déploiement de Libra sur le sol européen dans les conditions actuelles. Elle rappelle que la seule institution qui est légitime pour émettre de la monnaie, c’est la Banque centrale européenne. Jamais les Etats européens n’avaient pris une décision aussi claire sur ce sujet. Nous avons appelé aussi la Commission européenne à définir un certain nombre de règles. Je crois que c’est une bonne chose que 5 Etats prennent l’initiative d’une déclaration aussi forte sur cette question des crypto-monnaies qui est un enjeu de souveraineté absolument majeur. Cela peut échapper à beaucoup de monde parce que cela paraît très technique. La question, c’est de savoir qui a le droit d’émettre de la monnaie, est-ce que c’est les Etats, les Banques centrales, ou est-ce que c’est n’importe qui. Nous, nous disons c’est les Etats et les banques centrales. Et pour le reste, il y a des règles, et ces règles doivent être définies. Je pense que c’est une déclaration importante qui prouve ce que je vous disais, que l‘ambiance, l’atmosphère générale était positive et constructive tout au long de nos réunions.

Au sujet de l’Union bancaire, avant la réunion, vous aviez évoqué des difficultés particulières en Italie. Avez-vous des solutions pour lever ces possibles difficultés quelles sont les autres difficultés qui sont en lien avec l’union bancaire, la garantie européenne des dépôts, qu’est-ce qu’il y a encore comme difficulté à lever pour arriver à bon port ?

M. Bruno Le Maire : Alors, il y a effectivement des difficultés qui ont été abordées avec nos amis italiens, sur la mise en place du back-stop. Mais je vous dis que nous avons trouvé un accord sur un calendrier, donc je crois que c’est une excellente nouvelle que d’avoir maintenant un calendrier qui nous engage tous. Le back stop doit être opérationnel fin 2021.

Ensuite, sur la garantie commune des dépôts, là aussi, nous avons bien progressé en fixant ce calendrier de travail. Donc, j’ai confiance. Je pense que l’union bancaire repart du bon pied. Il y a encore des obstacles techniques qui sont nombreux, il ne faut pas s’y tromper, notamment sur l’intégration bancaire, sur le rapport entre les Etats hôtes et les Etats émetteurs. Vous savez que cette question qui est une question qui paraît très technique est en réalité une question absolument cruciale. Mais je suis persuadé que nous pouvons trouver des compromis sur tous ces sujets-là.

Just on digital taxation, it was only a couple of weeks ago that Olaf Scholz spoke to the European Parliament and gave a very very different message. He insisted that he was confident that they were going to get a deal and that it would get a blueprint. You are saying the opposite. I am just wondering, are you two not aligned here, and why is it ?

M. Bruno Le Maire : Well, I think that we are fully aligned with Olaf on the necessity of having a new international taxation system, and that is the key point. We need a minimum taxation, and we need a digital taxation to take into account the huge profits made by the digital giants. Then, we have been discussing the point with Olaf, there is a difference of assessment of the situation at the OECD. Our assessment is that on Pilar II, minimum taxation, we are close to an agreement. Frankly speaking, we could have an agreement in a few days, we are giving the very last impetus to this question of minimum taxation which is, once again, a key question. Having a minimum taxation for the corporate tax is the best way of avoiding tax optimization and tax avoidance. And we are really giving the utmost important to get to a compromise on this question of minimal taxation as Germany and as Olaf Sholz. On digital taxation, I cannot see any possibility of reaching an agreement by the end of this year. We will try to do our best. But I have been discussing this point many times with secretary of the treasury Steven Minuchin0. The US are still defending the idea of having a “Safe harbor”. A Safe Harbor means that everybody could chose on a voluntary basis to be taxed, or not to bed taxed. I do not know any private company that would accept to be taxed, so I cannot see the Safe Harbor as a credible starting point for a compromise. That is why the consequence that I draw from the American position is that it would be very difficult to go to a compromise by the end of this year. But, we will not spare our efforts to try to reach that consensus. But if it proves to be impossible, then we have to draw the consequences from this situation. We will not stay inactive without taking some initiative.

And the initiative that I propose is to have a European solution for the digital taxation being discussed at the first stage of 2021. If in the course of 2021, there is a new position from the US administration, and that the US administration come to a, I would say, a more open position vis-à-vis Pillar 1, and get rid of this so-called Safe harbor, and join our efforts to go to a compromise on digital taxation, that way, of course, we would accept this OECD solution. We have been very clear with the President from the very beginning. We think that the OECD position is the best one. But if there is no possibility to go to a consensus at the OECD level, the EU should take its responsibilities. And that is the key question because that is a political point. Is the EU able to take its responsibilities or should the EU always wait for the others to take their responsibilities. That is the key political question. And my answer is that it is time for the EU to take its responsibilities.

Should there be an end date to the exception of the deficit ? And which end date would you prefer ?

M. Bruno Le Maire : I think it would not send the right signal. Let’s be open. Nobody knows when the health crisis will take end. Nobody knows when we will get access to a vaccine. Until we do not have access to a vaccine, we have to combine the challenge of the health security, and the need for economic recovery. It would be strange to define the rules concerning the fiscal exemptions before knowing when the crisis will come to an end. I would be very happy to be able to explain to my citizens : “well I know that in September 2021, this is the end of the crisis”. But it would be foolish to say such a thing. For the time being, we have to live with the COVID. And we have to be successful in the implementation of our recovery plan, while living with the COVID. So, until there is absolutely no visibility about the end of the crisis, I think it is wise not to define a framework that would be too rigid.

Je voudrais revenir sur la taxe digitale. Vous disiez que c’était à l’Europe de prendre ses responsabilités mais tout à l’heure le Président de l’Eurogroupe irlandais était quand même assez peu allant sur une solution européenne si ça ne marchait pas sur la solution OCDE. Donc, on sent quand même une certaine résistance.

M. Bruno Le Maire : Il ne vous a pas échappé que dans l’UE, il peut y avoir des positions différentes. Je pense que c’est ce que nous avons connu aussi pendant la crise du COVID, pendant la négociation sur le plan de relance européen. Il y a eu des positions très différentes. Sur la question que viens de me poser Madame, qui est une question très importante, il y aura sans doute aussi des positions très différentes. Mais il ne faut pas vouloir systématiquement gommer nos différences. Je pense que c’est une erreur. Je pense qu’à un moment il faut savoir poser les choses et que les citoyens tranchent. C’est vrai que certains Etats, ils sont minoritaires parmi les 27, estiment que sur la taxation digitale, il faut attendre une solution à l’OCDE. Je dis simplement que nous n’allons pas attendre jusqu’aux calendes grecques et qu’à un moment donné il faut prendre ses responsabilités. Oui, il y a une nécessité d’avoir une juste taxation des géants du digital. On ne va pas attendre encore 10 ans. Si l’OCDE n’est pas capable de décider, l’UE doit affirmer sa volonté et décider par elle-même. Vous avez parfaitement raison et je l’assume, il peut y avoir des positions différentes sur cette question de la stratégie, du timing, entre les pays européens. N’ayons pas peur du débat. Ça pose une question beaucoup plus large sur la façon dont nous vivons après cette crise du COVID. Est-ce que c’est back to business as usual ? Ou est-ce que nous sommes enfin capables de tirer les conséquences de cette crise pour prendre de grandes décisions européennes ? Inutile de vous dire que je plaide avec beaucoup de force pour la seconde option. C’est celle qui a été retenue par le Président de la République et la Chancelière qui ont pris de grandes décisions. On a fait une levée de dette commune pour financer le plan de relance. C’est une grande décision. Ne perdons pas le fil de ces grandes décisions. Je pense que dans ces temps difficiles, nos concitoyens attendent des grandes décisions, pas des petites. Sur la question des géants du numérique, croyez-moi, c’est l’un des enjeux économiques les plus importants des 25 prochaines années. This is one of the most important challenges of the next 25 years. What is at stake whether we want to be sovereign or do we want to be dominated by the digital giants ? That’s the key question. Do we accept to have some of the most richest companies in the world not paying their due taxes to the European citizens or do we want to have a fair and efficient digital taxation ? That’s a key point. We have some rules within the EU. The competition rules are at the core of the EU construction and you have digital companies that do not abide by these European rules. I think that it would be wiser not to have a gap between our values, our rules and the reality. Because in the gap between the reality and the rules, this is the root for populism and extremism. If we want to avoid populism and extremism raising everywhere in Europe, we should do our best to reduce the gap between our values, the competition rules, and the reality, the digital giants.

How important is it in your mind to see reforms of the Stability and Growth Pact to address both the complexity but also the pro cyclical bias of those rules before the suspension of those rules is implemented ?

M. Bruno Le Maire : First of all, do you need common rules ? Yes and this must be very clear for everybody. Do we need an improvement of the current rules, on the Growth Pact for instance ? Yes and President Macron made it very clear a few months ago. Third point, when will it be appropriate to introduce such a change ? I think it’s too soon to respond to this question because once again we have to face the most important economic crisis that we ever lived in the 20th and 21st century. We have to overcome this economic crisis. We have to implement the recovery plans everywhere in Europe. That’s a huge challenge. If you want to be successful in this huge challenge, I think it’s wise not to open the one, which is absolutely decisive, which is the question of the rules, of the common rules, and the Growth Pact. But let’s wait a little bit more until we have proven to our citizens that we are able to face the crisis, to reduce the level of unemployment, and to come back to the path of growth. A last point on your question, on the French recovery plan which I presented with the Prime minister a few days ago, you have noticed that this plan is based on investment, on supply, on the funding of innovation and disruptive technologies. This is, I think, a very clear evidence that France is sticking to its willingness to be the most attractive country in Europe for foreign investments, to improve the competitiveness of its companies, and to face the challenges of the technological revolution of the 21st century. It is a courageous choice because it would have been far more easier for me, for the French President, for the Prime minister, to decide for instance to reduce the level of VAT, 1 point of VAT means 25 billion euros. We could have decided to spend half of our plan, 100 billion euros, to the reduction by 2 points of the VAT taxation in France but it would have been a stupidity and a huge economic mistake. This is, once again, the evidence that France is aware of the necessity of having common rules, of improving our competitiveness, and being in a situation to face the challenges of the 21st century.

Sur les taxes numériques, est-ce que vous faites le lien aussi avec les ressources propres de l’UE quand vous parlez de ça ? Est-ce qu’on parle de la même chose c’est-à-dire que cette taxe numérique européenne pourrait faire partie pour payer long terme le recovery plan ?

M. Bruno Le Maire : Bien sûr. Il a toujours été clair qu’à partir de 2022, il fallait trouver des ressources propres. Cette taxation digitale fait partie des ressources propres. Vous voyez qu’en tout état de cause, nous avons une date butoir en 2022 où il faudra trouver des ressources propres. Dans ces ressources propres, il y a la taxation digitale, donc autant commencer le plus vite possible sans attendre un accord hypothétique à l’OCDE. Nous nous donnons, encore une fois, jusqu’ à la fin de l’année à l’OCDE mais si nous voyons que ça n’avance pas, je pense qu’il faudra, au début de l’année prochaine, en tirer les conséquences au niveau européen. Nous avons une deuxième ressource propre qui est la taxation carbone aux frontières de l’UE, le mécanisme d’inclusion carbone. J’ai eu l’occasion d’insister ce matin sur la nécessité d’avancer vite sur la taxation carbone aux frontières de l’UE parce que ça ne sert à rien de réduire les émissions de CO2 à l’intérieur de l’UE, si nous importons des produits qui sont très consommateurs de CO2 produits en Asie, en Chine ou ailleurs. Il faut être cohérent dans notre politique économique et il faut savoir défendre nos intérêts économiques et nos propres industries. Il peut y avoir la taxation plastique qui peut être une autre ressource propre. Vous pouvez avoir la taxation sur transactions financières. Je rappelle que la France a une taxe sur les transactions financières qui est déjà adoptée et en vigueur en France. Donc, nous avons un certain nombre de ressources propres sur lesquelles maintenant il faut que nous puissions décider rapidement.

Il me semble qu’à une époque vous aviez dit à l’Irlande que peut-être elle aurait une part plus grande de la taxe, peut-être que je me trompe, mais il me semble que vous aviez dit que pour convaincre l’Irlande qui risque de perdre le plus d’une taxe GAFA, on pourrait lui donner une part plus importante. Est-ce que cette idée est toujours sur la table ?

M. Bruno Le Maire : Tout peut se discuter. L’important pour nous est que nous ne donnions pas le sentiment à nos concitoyens que nous ne tirons pas toutes les conséquences de cette crise économique et que nous [inaudible] pas les grands vainqueurs de cette crise économique, les géants du numérique, qui ne se voient soumis à aucune nouvelle obligation. Je pense que l’on sous-estime l’incompréhension de nos compatriotes, en France et ailleurs. C’est vrai en Italie, c’est vrai en Espagne, c’est vrai dans beaucoup de pays, c’est vrai d’ailleurs en Allemagne. Je pense que cela susciterait une incompréhension profonde de la part de nos concitoyens.

Pour rebondir sur votre déclaration sur la baisse de la TVA, est-ce que c’est une opposition de principe à ce type d’instrument puisque c’est le chemin qu’a choisi l’Allemagne qui va perdre 20 milliards là-dessus ?

M. Bruno Le Maire : Ce n’est pas du tout une opposition de principe, c’est simplement et j’ai eu l’occasion d’en parler ce matin à la réunion de l’Eurogroupe. Nous devons mieux coordonner nos plans de relance. Mais nous devons aussi accepter que les plans de relance soient différents en fonction de la situation économique des pays. Quel est le problème principal de l’Allemagne ? Je l’ai dit étant ministre des Finances depuis près de 4 ans maintenant, j’ai eu l’occasion de me répéter à plusieurs reprises et je m’en excuse auprès de vous, j’ai eu l’occasion de répéter à 50, 100 reprises que la question clé était que l’Allemagne dépense plus. L’Allemagne dépense plus avec son plan de relance. Tant mieux parce que le problème économique en Allemagne est la demande. L’offre est compétitive, on le sait tous. Donc, c’est normal que l’Allemagne baisse temporairement son taux de TVA et je pense que c’est un plan qui est parfaitement construit et parfaitement pertinent pour l’Allemagne. Mais en France, quel est notre problème ? Notre problème, c’est l’offre. Ce problème n’a pas disparu avec la crise. Nous avions commencé à y répondre avec toutes les mesures que nous avions prises avec Emmanuel Macron depuis 2017 et ça a marché puisqu’en début 2020, nous avions un des taux de croissance les plus élevés de la Zone euro et nous étions devenu le pays le plus attractif pour les investissements étrangers. Mais le problème reste à résoudre. Donc, dans le plan de relance nous allons accélérer la transformation économique du pays et répondre à son défi numéro 1, l’offre. C’est pour ça que nous baissons les impôts de production de 10 milliards d’euros. C’est pour ça que nous soutenons un plan à 7 milliards d’euros sur l’hydrogène. C’est pour ça que nous avançons sur un certain nombre d’enjeux, la digitalisation par exemple, très chère au cœur de Thierry Breton et il a raison. La digitalisation représente une part très importante du plan de relance européen parce que la digitalisation de nos entreprises est absolument décisive pour améliorer notre offre et réussir au XXIème siècle.

Je rappelle néanmoins que, et ça ne veut pas dire que nous n’avons pris aucune mesure de demande, nous avons dépensé près de 30 milliards d’euros sur le chômage partiel. Qu’est-ce que le chômage partiel s’il manque du soutien à l’emploi, donc à la demande. Donc, nous ne laissons pas la demande totalement de côté mais nous estimons que la priorité va à l’offre. Sur la TVA plus spécifiquement, nous avons le taux moyen de TVA le plus faible des pays de l’OCDE parce que nous avons beaucoup de taux réduits. A partir de là, il n’est pas très cohérent de baisser encore plus les taux de TVA. L’Allemagne baisse sa TVA sur la restauration temporairement. Je rappelle juste que nous avons baissé la TVA sur la restauration définitivement et que le taux de TVA sur la restauration en France est déjà réduit. Donc, ça n’aurait pas de sens d’aller encore plus loin sur la baisse des taux de TVA. Ça ne répondrait pas aux problèmes de l’économie française actuelle.

Un mot pour conclure dans le sens de ce que j’ai pu indiquer sur l’innovation, l’investissement sur le futur pour vous dire que nous avons aussi eu hier un diner de travail avec le ministre de l’Economie, Peter Altmaier et que nous avons commencé à mettre en œuvre l’ensemble des propositions sur lesquelles la Chancelière allemande, Angela Merkel, et le Président de la République française, Emmanuel Macron, s’étaient mis d’accord lors de leur rencontre à Brégançon. Nous avançons vite et nous avançons bien. Nous avançons vite et nous avançons bien sur les batteries électriques puisque la première usine ouvrira en 2022 à Douvrin dans le Nord, en 2024 à Kaiserslautern en Allemagne. C’est un projet qui maintenant prend corps de manière très rapide. Nous avançons vite et bien sur GAIA-X. Nous avançons vite et bien sur la question de l’hydrogène. Nous avons eu de longues discussions avec Peter Altmaier sur l’hydrogène puisque vous savez que nous partons sur des modèles qui sont différents mais nous allons avoir très rapidement des projets communs que nous pourrons annoncer sur l’hydrogène entre la France et l’Allemagne. Nous avons aussi remis les choses à plat sur la question très sensible des lanceurs spatiaux. Nous sommes partis depuis plusieurs années maintenant dans une compétition qui n’a pas de sens entre la France, l’Allemagne et l’Italie sur les lanceurs. Il faut que nous rassemblions nos forces. C’était l’un des objectifs aussi de notre discussion. Si l’Europe veut réussir dans le domaine des lanceurs spatiaux, il faut qu’elle soit capable de rassembler ses forces, c’est la meilleure façon de résister à la compétition des autres grandes puissances étrangères. Merci à tous"./.

Dernière modification : 11/09/2020

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