"Nous demandons, comme un préalable, l’exemption des mesures restrictives sur l’acier et l’aluminium"

M. Jean-Yves Le Drian a participé, le 22 mai, au déjeuner du Conseil affaires étrangères en format commerce.

M. Jean-Bapstiste Lemoyne a participé au Conseil affaires étrangères / commerce.

Déclaration de M. Jean-Baptiste Lemoyne à son arrivée au Conseil affaires étrangères / commerce (Bruxelles, 22 mai 2018)

M. Jean-Baptiste LEMOYNE : "Bonjour, voilà une journée importante après celle des leaders à Sofia la semaine dernière. Nous nous réunissons avec les collègues ministres du Commerce et je crois que c’est l’occasion de montrer, à travers l’ordre du jour, l’agenda que nous allons traiter aujourd’hui : une Europe qui, au sein du monde, continue à construire un certain de nombre de partenariats, notamment économiques, avec des zones qui partagent des valeurs similaires, notamment un attachement au multilatéralisme. Je pense à l’Australie, à la Nouvelle-Zélande puisqu’il y aura aujourd’hui la discussion et l’adoption des mandats de négociation.

Ce sont d’ailleurs des Etats avec lesquels nous sommes tout à fait en phase s’agissant de la refonte du multilatéralisme en matière commerciale et nous aurons à travailler avec eux, avec le Japon, avec le Canada pour revitaliser l’OMC car nous allons évidemment parler du suivi de la ministérielle de Buenos Aires sur l’OMC, faire en sorte que cette institution puisse peut-être fonctionner avec des règles qui permettent d’avoir des résultats. Parce que force est de constater qu’aujourd’hui, il y a un certain nombre d’insuffisances en termes de résultats, en matière à la fois de législation issue de l’OMC et à la fois en terme de jurisprudence car vous le savez, l’organe de règlement des différends est en voie d’être bloqué.

C’est ce qui m’amène d’ailleurs à nos relations transatlantiques, à la relation de l’Union européenne avec les Etats-Unis puisqu’ils évoquent un certain nombre d’insuffisances de l’institution, qu’ils n’arrivent pas à répondre à des sujets comme les subventions distorsives, comme les surcapacités, etc, et donc, nous partageons ce constat. Mais la réponse apportée par les Etats-Unis qui se caractérise par toujours plus d’unilatéralisme n’est, à notre sens, pas la bonne réponse. Il faut plus de multilatéralisme et pas moins pour apporter des réponses efficaces.

S’agissant de cette relation transatlantique, clairement, l’Union européenne, la France et les Etats-Unis sont des alliés ; il suffit de regarder encore une fois il y a quelques semaines le fait que les troupes françaises, britanniques et américaines ont agit de concert pour détruire une partie de l’arsenal chimique syrien donc, il n’y a pas d’ambiguïté là-dessus, nous sommes des alliés mais nous ne sommes pas des vassaux.

Cela veut dire qu’il y a aujourd’hui un moment de vérité pour l’Union européenne tout simplement celui d’affirmer sa souveraineté en matière économique et commerciale et donc cela passe par le fait que nous pouvons, nous devons commercer où nous voulons, quand nous voulons et avec qui nous voulons.

Cela renvoie évidement à la problématique de l’Iran mais nous avons également, vous le savez, un sujet de préoccupation qui est la demande d’exemption totale, illimitée et permanente des droits de douane sur l’acier et l’aluminium. Les leaders européens l’ont dit à Sofia la semaine dernière, il y a le souhait que cette exemption soit totale, illimitée et permanente comme je l’ai dit, et à ce moment-là, si les Etats-Unis prennent cette décision, ce qui signifierait qu’ils donnent du contenu à cette notion d’alliés, à ce moment-là, il y a un agenda positif qui peut se dessiner. Mais maintenant la balle est dans le camp des Etats-Unis et, en attendant, l’Europe est au travail aujourd’hui et on le voit à travers l’agenda et l’ordre du jour très dense, elle a non seulement du pain sur la planche mais aussi de formidables opportunités de par le vaste monde.

Qu’est-ce que vous pouvez faire pour éviter cette mise en vigueur des sanctions douanières des Etats-Unis ?

M. Jean-Baptiste LEMOYNE : Ecouter, expliquer, parler, dialoguer toujours jusqu’au 1er juin. C’est ce que nous ne cessons de faire à tous les niveaux, à travers les Etats membres et vous le savez le Président de la République l’a dit au Président Trump lors de sa visite d’Etat. La Commission le fait, Cécilia Malmström s’entretient très régulièrement également avec ses homologues. Expliquer inlassablement parce que le fait de s’engager dans ce qui pourrait conduire à une guerre commerciale n’est jamais la bonne réponse.

Vous savez, des droits de douane supplémentaires, les Etats-Unis en ont déjà mis par exemple sur la production de bois canadien. Ce que m’expliquait le Premier Ministre Justin Trudeau, c’est qu’au final, ce sont les consommateurs américains qui ont payé. Donc nous, nous disons que ce n’est pas la bonne solution et donc si le Président Trump ne veut pas pénaliser les consommateurs américains et ne veut pas pénaliser les flux économiques mondiaux et bien il faut s’en tenir à cette exemption permanente.

Les Allemands veulent pousser pour ne pas riposter tout de suite s’il y a des droits de douane au 1er juin. Quelle est la position de la France là-dessus ?

M. Jean-Baptiste LEMOYNE A chaque jour suffit sa peine, nous verrons qu’elle sera la décision prise le 1er juin mais dans tous les cas, nous nous préparons, la Commission européenne se prépare, vous avez vu qu’une liste de produits pouvant être frappés a été publiée au Journal officiel de l’Union, a été notifiée à l’OMC. Nous agissons toujours dans le cadre multilatéral en respectant les règles de l’OMC et puis nous aurons à prendre des mesures de sauvegarde car il est hors de question que l’Europe accueille un certain nombre de flux d’acier et d’aluminium qui étaient destinés à d’autres zones et qui inondent le marché européen et donc là encore, nous nous mettons en position de se faire respecter et de ne pas être le déversoir de surcapacités mondiales.

Etes-vous favorable à une discussion sur les droits de douane industriels avec les Etats-Unis ?

M. Jean-Baptiste LEMOYNE : Je vous renvoie sur ce point-là à ce qui a été adopté à Sofia. Il y a un agenda positif qui se dessine, cet agenda positif, il renvoie d’une part à des sujets énergétiques, il renvoie à un travail pour rendre efficiente l’OMC, il renvoie également à des discussions pour améliorer l’accès réciproque, j’insiste sur la réciprocité car c’est la base de tout, des différents marchés et effectivement le terme industriel est évoqué, mais j’insiste ce sont des discussions pas des négociations, il n’y a pas de mandat à adopter. Des discussions, on dialogue, on voit les sujets qui se posent aux uns et aux autres. J’attire votre attention que cet agenda positif, il n’a de sens que dès lors que les Etats Unis auront adopté cette exemption permanente, illimitée, donc rendez-vous le 1er juin, à très bientôt"./.

Déclaration de M. Jean-Yves Le Drian à l’issue du déjeuner du Conseil affaires étrangères en format commerce (Bruxelles, 22 mai 2018)

M. Jean-Yves Le Drian : "Sur les négociations commerciales avec les Etats Unis, on a une réunion dont l’ambiance me frappe. Il y a une double volonté de la part des Européens. A la fois une détermination, on ne négocie pas sous la menace, et à la fois une volonté d’être unis alors que certaines interventions américaines voudraient établir des fissures dans ce bloc que nous représentons. Alors on ne négocie pas sous la menace, cela veut dire que nous demandons comme un préalable, l’exemption des mesures restrictives sur l’acier et l’aluminium. C’est un préalable. A partir du moment où ce préalable serait levé, nous sommes prêts à discuter sur un agenda positif qui a été d’ailleurs adopté par les Chefs d’Etat et de gouvernement à Sofia il y a quelques jours et qui intègre en particulier la modernisation de l’OMC. Mais c’est une fois la menace levée, alors nous sommes ouverts à cette discussion.
Et puis ce qui me frappe aussi c’est une volonté de mettre en œuvre des contre-mesures si d’aventure des mesures restrictives étaient prises par les Etats Unis. Voilà quel est l’état d’esprit de la discussion en ce moment qui n’est pas tout à fait achevée.

Par ailleurs, j’ai pris connaissance des déclarations de mon collègue Mike Pompeo sur la situation en Iran, elles sont très vigoureuses. J’observe que sur un certain nombre de points nous avons un accord d’appréciation de la situation. Quand il s’inquiète des volontés hégémoniques de l’Iran dans la région, oui, nous nous inquiétons aussi. Quand il interpelle l’Iran sur une espèce de frénésie missilière qui marque ce pays depuis plusieurs années, oui nous sommes inquiets aussi, en particulier du fait que ces armes soient après réorientées vers des milices ou des groupes qui peuvent en faire usage comme les Houthis voire le Hezbollah, oui ce sont des dangers. Mais, il y a la réalité d’aujourd’hui qui est un accord qui empêche l’Iran d’accéder à l’arme nucléaire et c’est le point central dont nous ne voulons pas sortir et il faut que l’Iran reste dans cet accord. Et puis il faut ouvrir avec l’Iran ce qu’on a commencé à faire d’ailleurs ici à Bruxelles il y a quelques jours, il faut qu’on ouvre avec l’Iran des discussions sur les autres points et nous nous y employons. Donc les mesures unilatérales prises par les Etats Unis, nous ne les partageons pas, nous l’avons dit et nous le redisons après le discours de M. Pompeo.

Sur l’acier, le problème de M. Trump c’est qu’il veut conclure surtout des accords bilatéraux et il veut de facto la fin de l’OMC. Qu’est-ce que vous pouvez lui proposer ?

M. Jean-Yves Le Drian  : Nous disons qu’il y a d’abord un préalable, c’est que l’Europe, puisque l’Europe est l’alliée des Etats Unis, que le préalable c’est la levée des restrictions concernant l’acier et l’aluminium à l’égard de l’Europe. Après on discute de tous ces points qui ont été validés lors de la réunion des Chefs d’Etat et de gouvernement à Sofia.

Est-ce qu’il existe des différences entre la France et l’Allemagne sur l’approche…

M. Jean-Yves Le Drian : Je m’arrête là pour l’instant"./.

Dernière modification : 23/05/2018

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