Message de M. Chirac à la Conférence euro-africaine sur la migration et le développement à Rabat (Maroc) - 10 juillet 20006

Message de M. Jacques Chirac, Président de la République, à la Conférence euro-africaine sur la migration et le développement à Rabat (Maroc).

Rabat (Maroc) le 10 juillet 2006.

Mesdames et Messieurs les ministres,
Mesdames et Messieurs,

L’émigration est au cœur des relations entre l’Europe et l’Afrique. C’est une question économique, compte tenu du différentiel de richesse entre nos deux continents. C’est une question démographique, étant donnée l’augmentation galopante de la population africaine qui devrait plus que doubler d’ici 2050, passant de 900 millions d’habitants aujourd’hui à presque deux milliards. C’est une question politique et de sécurité, dont chacun mesure les lourds enjeux.

Ce défi, nous devons le relever en commun, dans un esprit de partenariat et de responsabilité partagée. A chacun, Européens et Africains, de prendre sa part de l’effort pour maîtriser aujourd’hui le phénomène et remédier à ses causes profondes.

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Y répondre, c’est d’abord confirmer l’engagement de l’Europe aux côtés de l’Afrique dans un partenariat pour le développement.

Nul ne quitte de gaîté de cœur sa terre, sa famille, ses amis. Tant qu’il y aura en Afrique des millions d’hommes et de femmes prêts à tout risquer dans l’espoir d’une vie meilleure -comme nous l’avons vu avec horreur à Ceuta, à Melilla, aux Canaries ou à Lampedusa- nous n’aurons pas résolu le problème.

Offrons à la jeunesse d’Afrique un avenir de dignité. Alors elle ne risquera pas de basculer dans la violence et l’extrémisme ; ou de choisir, en masse, les chemins de l’exil.

Sachons tirer parti du dynamisme de l’Afrique, des talents et de l’esprit d’entreprise des Africains. Si nous aidons l’Afrique à vaincre les pandémies qui la minent, comme le sida ; à donner une éducation de base à tous ses enfants ; à se doter des infrastructures essentielles dans les domaines des transports, de l’eau, de l’énergie et des télécommunications, alors elle deviendra l’égale des grands pôles émergents. C’est l’esprit de notre partenariat avec l’Union africaine et le NEPAD.

Déjà, nous en voyons les premiers résultats avec l’accélération de la croissance du continent, qui devrait atteindre près de six pour cent cette année. Ce chiffre encourageant doit inciter l’Europe à accroître son effort, comme les pays membres de l’Union s’y sont engagés l’an dernier en décidant, à l’initiative de la France, d’augmenter d’ici 2010 leur aide au continent de 16 milliards d’euros par an. Tel est également le sens de l’engagement de la France en faveur des financements innovants, dont la contribution de solidarité sur les billets d’avion constitue l’exemple prometteur.

Ce partenariat, nous devons également le construire en nous appuyant davantage sur les diasporas africaines en Europe. Tel est l’esprit du co-développement. Celles-ci ont souvent la volonté de contribuer au développement de leurs régions d’origine. Par leur épargne, par leurs compétences et leurs talents, elles en ont la capacité mais rencontrent encore trop d’obstacles dans la réalisation de leurs projets. Les institutions internationales, les bailleurs de fonds, les organismes bancaires et de micro-crédit doivent davantage prendre en compte cette réalité afin de mieux les accompagner dans leur démarche.

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En même temps, la conférence de Rabat doit nous engager dans une coopération renforcée et plus efficace entre pays d’origine, de transit et de destination afin de lutter contre l’immigration illégale.

Ce combat, nous entendons le mener dans le respect de la dignité humaine, mais avec fermeté. Il en va de l’intérêt même des hommes et des femmes qui se risquent à venir dans de telles conditions et qui bien souvent ne trouvent au bout du chemin qu’amertume et désillusion. Il en va de l’intérêt de tous ces Africains qui séjournent légalement en Europe et aspirent à s’y intégrer, comme de ceux qui, compte tenu de leurs fonctions, doivent pouvoir circuler aisément d’un continent à l’autre. C’est enfin nécessaire pour les Européens confrontés, dans la mondialisation, à des mutations très rapides, sources d’inquiétude et de tensions.

Cette coopération doit prendre plusieurs formes : lutte énergique contre les filières mafieuses qui font un commerce honteux de la misère humaine ; coopération policière, judiciaire et technique pour améliorer la surveillance des frontières ; bonne application d’accords de réadmission efficaces. Vos travaux doivent aussi conduire à des décisions concrètes sur tous ces sujets.

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Mesdames et Messieurs,

Cette conférence de Rabat, qui résulte de l’initiative de Sa Majesté le Roi du Maroc et du Président Zapatero, a immédiatement reçu le soutien de la France, parce qu’elle témoigne d’une prise de conscience nouvelle : celle de la nécessité de replacer le débat sur l’émigration dans la perspective plus large d’un véritable partenariat au service des sociétés africaine et européenne. Loin des anathèmes, des complaisances ou des solutions toutes faites, vos travaux contribueront à trouver à l’une des questions les plus sensibles de notre temps, des réponses équilibrées et justes, garantes de nos intérêts mutuels.

Je vous remercie.

Dernière modification : 19/07/2006

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