"Les Européens sont tournés vers le peuple britannique"

Le ministre des Affaires étrangères et du développement international, Jean-Marc Ayrault, a participé le 20 juin à la réunion du Conseil des ministres des Affaires étrangères de l’UE à Luxembourg.

Déclaration de Jean-Marc Ayrault à son arrivée au Conseil de l’UE (Luxembourg, 20 juin 2016)

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Jean-Marc AYRAULT :
"C’est une très bonne nouvelle que le Conseil de sécurité de l’ONU ait approuvé une extension de la mission européenne Eunavfor Sophia en Méditerranée centrale. C’était une revendication très importante de la France, et de l’Allemagne, puisque nous avons beaucoup travaillé ensemble. Nous avons, avec les Britanniques, membres permanents du Conseil de sécurité, voté cette résolution. Cette résolution, qui donne des moyens supplémentaires pour contrôler les trafics d’armes en Méditerranée centrale, a été votée à l’unanimité. C’est donc un beau succès. Il faut maintenant agir concrètement, à la fois contre tous ceux qui exploitent les migrants -les passeurs, qui gagnent beaucoup d’argent avec leurs navires et qui exploitent la misère : on voit tant de naufrages et de tragédies- et puis il y a cette lutte contre le trafic d’armes qui profite à Daech.

Il y a un autre point à l’ordre du jour du Conseil des ministres des Affaires étrangères aujourd’hui, auquel la France est très attachée, c’est le Sahel. Là aussi les Européens sont très engagés. Nous allons renouveler le mandat de la mission des Nations unies, avec des moyens supplémentaires. Beaucoup de pays européens y contribuent. La France est très engagée comme vous le savez depuis le début. Là, on est au cœur de l’avenir de l’Afrique et de la relation entre l’Europe et l’Afrique. Il faut donner une suite concrète au sommet de La Valette : il faut aider à la sécurité de ces pays –je pense à ceux qui luttent contre Al Qaïda mais aussi ceux qui luttent contre Boko Haram : il faut leur donner les moyens de se former, de s’équiper- et puis il faut aussi les aider au développement. C’est le grand défi de la solidarité entre l’Europe et l’Afrique.

Et puis il y a évidemment aujourd’hui d’autres sujets à l’ordre du jour, dont un pour lequel la France a pris une initiative très forte après en avoir parlé au niveau du Conseil Affaires étrangères de l’UE : c’est l’initiative de paix au Proche orient. Je vais faire aujourd’hui un compte-rendu de la réunion du 3 juin à Paris, qui a été un succès, et faire des propositions concrètes pour que, d’ici la fin de ce mois, nous ayons déjà franchi de nouvelles étapes et associé le maximum de pays afin que l’espoir revienne. Vous voyez bien que la violence non-seulement demeure, mais se développe en Israël et en Palestine. C’est un danger immense. Nous voulons prendre toute notre part pour que la perspective de paix, qui passe par deux Etats –Israël et Palestine-, vivant en paix et sécurité, devienne enfin une réalité.

Quel est votre message aux Britanniques avant le référendum ?

C’est un message vraiment sincère. Le premier ministre britannique a pris un risque, il a pris ses responsabilités en politique intérieure. Mais je crois que ce que je pourrais dire aux Britanniques c’est que c’est leur choix, libre et sans ingérence, mais qu’en même temps les Européens, tous les Européens, sont tournés vers le peuple britannique, car nous avons –notre histoire nous le rappelle- une longue vie en commun. Des tragédies mais aussi beaucoup d’espoir. Aujourd’hui, le choix que fera le peuple britannique sera important pour lui, mais aussi pour l’Europe. J’appelle donc les Britanniques, au moment du choix, à avoir en tête ce grand défi historique.

Je vous remercie".

Déclarations de Jean-Marc Ayrault à l’issue du Conseil Affaires étrangères (Luxembourg, 20 juin 2016)

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Jean-Marc Ayrault :
Nous venons donc d’approuver les conclusions du Conseil de l’UE sur le Proche Orient. C’est une très bonne nouvelle. On partait d’une situation très dégradée, et désormais l’Europe s’engage à nouveau avec force.

Dans quelques jours, le rapport du Quartet sera publié. J’espère que les principales lignes qui nous ont été exposées par le Représentant spécial de l’Union européenne seront retenues dans le texte, car cela permettrait effectivement de porter un diagnostic lucide sur la situation très dégradée au Proche Orient, et d’encourager toute initiative, notamment celle de la France du 3 juin, à tout faire pour que la perspective de deux Etats soit à nouveau au cœur de l’actualité politique internationale, pour permettre aux deux pays, aux deux parties concernées, de reprendre vraiment sincèrement les négociations.

Donc c’est une étape importante après le débat que nous avions déjà eu il y a plusieurs semaines au Conseil des ministres des Affaires étrangères européens. Il y a eu la réunion de Paris. Le rapport du Quartet va sortir. Les choses bougent donc lentement, mais elles bougent nécessairement, car on ne peut pas se contenter de la situation actuelle qui est une situation très dangereuse, la violence repart. Il faut donner de l’espoir dans la clarté, et l’Europe peut jouer un rôle très important.

Quelle est l’échéance dans le temps ?

La prochaine étape, c’est le rapport du Quartet. J’espère que ce sera le cas avant fin juin ou début juillet. Ce sera pour nous l’occasion de rediscuter, parce que l’Europe est tout à fait déterminée à jouer son rôle, à ne pas être absente. C’est d’ailleurs un partenaire très important sur le plan de l’aide économique. Il y a cette relation particulière et unique entre l’Union européenne et Israël, et l’objectif c’est que lorsque l’Etat palestinien sera constitué, c’est d’avoir les mêmes relations. Mais en attendant, l’UE aide beaucoup l’Autorité palestinienne à gérer la responsabilité qui est la sienne.

Nous allons donc poursuivre nos efforts. L’idée c’est d’aller vite. Mais on sait que l’on vient de loin. La réunion internationale du 3 juin et la première réunion depuis 9 ans. Il ne faut donc pas laisser s’installer le découragement et la désespérance. C’est la leçon que je tire : une prise de conscience politique du rôle spécifique et positif que les Européens peuvent jouer pour donner de l’espoir.

Nous avons aussi parlé de la résolution adoptée par le Conseil de sécurité de l’ONU sur la Libye. La France a beaucoup travaillé pour que cette initiative soit adoptée par le Conseil de sécurité des Nations unies, avec la Grande Bretagne, avec l’Allemagne, avec l’Union européenne, pour faire évoluer la mission européenne Eunavfor Sophia pour lui donner plus de moyens pour contrôler les trafics d’armes en Méditerranée centrale. Et cette résolution, je le rappelle, a été adoptée à l’unanimité, ce qui n’était pas évident.

La France et les autres partenaires ont joué un rôle très important pour y associer notamment les Russes. C’était un moment important que toute la communauté internationale adresse un message très clair de soutien au gouvernement de M. Sarraj, au gouvernement d’entente nationale, pour le consolider dans sa mission d’entente, de rassemblement. Vous savez qu’il y a actuellement une initiative militaire de certaines forces de Misrata sur Syrte. C’est la lutte contre Daech. Mais c’est toute la communauté nationale libyenne qui doit y participer. La prochaine étape c’est que le gouvernement Sarraj puisse rassembler toutes les forces militaires et politiques de la Libye.

Il y a justement des problèmes au sein du Conseil présidentiel, qui est divisé entre des partisans de la concorde nationale. Certains manifestent ouvertement un soutien aux miliciens…

Il faut être clair. Nous souhaitons respecter l’indépendance de la Libye. Il ne s’agit pas d’ingérence, mais nous souhaitons vraiment que M. Sarraj puisse conforter ses positions en travaillant à l’unité du pays. Cela veut dire accepter certaines concessions –il y a encore des efforts à faire-, mais je crois que le CSNU, en adoptant une résolution qui dit très clairement : la communauté internationale veut intervenir pour empêcher le trafic d’armes dans les eaux internationales, c’est une occasion pour le gouvernement libyen de dire : voilà, la communauté internationale prend ses responsabilités, nous nous devons prendre les nôtres. Et vous savez que par la Libye transitent aussi, au péril de leur vie, des migrants qui viennent d’Afrique sub-saharienne, qui sont désespérés et qui cherchent à trouver un horizon. Les trafiquant sont là pour les exploiter, et ils périssent en mer. Ce n’est pas une issue, ce n’est pas un but.

Il faut donc à tout prix donner à la Libye les moyens de traiter ces questions, et donc que le gouvernement libyen soit à la hauteur de ses responsabilités. Donc cette résolution du CSNU est une étape extrêmement importante qui le conforte. C’est à lui de s’en saisir.

Concernant le Sahel, puisque nous en avons beaucoup parlé, je suis intervenu avec force pour dire que les Européens doivent être conscients de leurs responsabilités : à la fois continuer à aider le Mali, le Niger, les pays du G5, à lutter contre le terrorisme, Al Qaïda et Boko Haram, mais que cette lutte contre l’insécurité doit être accompagnée d’une détermination à aider ces pays à réussir leur développement. Sinon le seul espoir de ces populations, c’est l’émigration.

Donc on ne va pas dans un marchandage avec ces pays. Il y a eu le sommet de La Valette. Il y a eu sur la table des aides financières conséquentes. S’il le faut, le faudra aller plus loin. Le continent africain est le seul continent au monde qui va voir sa population doubler d’ici 2050, des villes doubler, tripler, leur population. Ce sont des nations qui souvent se battent avec courage et dignité, installant peu à peu la démocratie. Il faut les aider. Opposer sécurité et développement ce serait une erreur. Le débat que nous avons eu ce matin nous a effectivement permis d’avancer pour que les Européens soient bien conscients qu’à quelques centaines de kilomètres de l’Europe, il y a un continent qui a besoin qu’on l’aide. C’est la meilleure façon de respecter les Africains que de le faire dans un esprit de partenariat et de responsabilité.

Sur le Proche Orient, il est question d’incitations économiques de l’UE pour pousser Israël et les Palestiniens à aller vers cette conférence à la fin de l’année…

Cela fait partie des questions qui sont sur la table. L’objectif s’il y a un accord de paix entre Israéliens et Palestiniens, c’est de donner au futur Etat palestinien les conditions maximum de partenariat avec l’UE. C’est un objectif très important. D’ici là il faut aider. La France a organisé cette conférence le 3 juin dernier. L’objectif c’est une conférence internationale d’ici la fin de l’année. Entre temps nous allons mettre en place des groupes de travail sur les questions économiques, sur les questions de sécurité, sur les rapprochements des sociétés civiles, sur le futur Etat palestinien :comment peut-il être viable. Certains pays –c’est ce que j’ai souhaité- se sont proposés comme volontaires pour animer ces groupes de travail, qu’ils aient été présents ou non à la Conférence de Paris. Vous voyez donc que nous n’allons pas perdre notre temps. Nous n’allons pas attendre le grand soir d’un accord final à la fin de l’année 2016 entre les parties. Nous allons aider, créer un contexte favorable. Bien entendu l’UE y aura toute sa place.

Israël pourrait revenir sur son rejet ?

C’est l’intérêt d’Israël de bouger, d’évoluer. C’est sa sécurité, son avenir qui est en cause. Donc on ne peut pas simplement être dans la politique du dos à la mer. C’est une politique qui n’est pas durable. Nous voulons la sécurité d’Israël, nous voulons l’avenir d’Israël, nous sommes sincères dans cette démarche. Mais il faut faire bouger les choses car sinon le désespoir s’installe. Et là c’est la violence qui reprend. Nous dénonçons la violence. Nous disons aussi aux Palestiniens : ne vous laissez pas tenter par les mots d’ordre d’Intifada. Cela n’aboutirait à rien. Donc la violence doit être condamnée, mais il ne faut pas se contenter de condamner la violence, il faut porter des solutions. La France, en prenant cette initiative le 3 juin le fait, mais elle n’est pas seule : toute l’Union Européenne, tous les pays de l’UE, veulent y contribuer, et l’UE en tant que telle a sa part à prendre, et je m’en félicite.

Sur le Brexit, craignez-vous la répercussion d’un tel précédent dans le débat politique français ?

Je suis très clair : les Britanniques vont se décider de façon totalement indépendante. Nous n’allons pas dire à leur place ce qu’ils doivent faire. Si on réfléchit du point de vue de l’intérêt commun pour l’avenir, pour l’Histoire. Si l’on va au-delà du court-terme, je crois que le peuple britannique détient dans ses mains une très lourde responsabilité pour son propre pays, pour ses propres intérêts, mais aussi pour l’Europe. Je souhaite donc ardemment, du fond du cœur, que les Britanniques répondent oui. Ce sera un acte de confiance dans leur propre destin, leur propre avenir en tant que Royaume Uni. Ce sera aussi une contribution extraordinaire à la période historique dans laquelle nous sommes, celle du XXIème siècle, dans laquelle on a besoin de grands ensemble –il y a la Chine, il y a l’Inde, il y a de nouveaux ensembles qui se constituent partout. Il faut que les Européens défendent leurs intérêts. Ils ne peuvent pas le faire seuls.

Sur les sanctions contre la Russie. Elles doivent être renouvelées de 6 mois cette semaine. Il y a un débat sur une levée graduelle. Comment les choses se présentent-elles ?

Les sanctions sont liées à la situation en Ukraine, au non-respect des frontières. C’est fondamental, on ne peut pas céder sur cette question. Quelle que soit la sympathie que nous pouvons avoir pour le peuple russe et la Russie, il faut être clair. Et lorsque je suis allé à Moscou je l’ai dit très clairement à M. Poutine : Il faut que les accords de Minsk soient mis en œuvre et respectés. Alors bien sûr par toutes les parties : par les Russes, qui peuvent peser sur les séparatistes dans le Donbass, mais aussi par les Ukrainiens eux-mêmes, donc aujourd’hui, à l’heure où je vous parle et où je réponds à votre question, les conditions ne sont pas réunies pour cette levée des sanctions car les accords de Minsk ne sont pas respectés, ne sont pas mis en œuvre. Il y a des avancées, mais insuffisantes.

Donc ce que je souhaite, c’est que lors du prochain Conseil européen –puisque c’est au niveau des chefs d’Etat et de gouvernement que la pérennité de ces sanctions sera décidée- c’est que on ne se contente pas d’une relance automatique des sanctions pour 6 mois, mais qu’il y ait un débat, et qu’à cette occasion le président de la République française et la Chancelière allemande puissent faire un état des lieux de ce que le format Normandie a fait pour faire avancer le respect des accords de Minsk. Donc un débat sur le fond, sur le contenu.

Pour ma part, je pense que –puisque ces sanctions vont être renouvelées pour 6 mois- il faudrait qu’il y ait une discussion pour savoir, s’il y a des avancées réelles, concrètes, significatives, si il ne peut pas effectivement y avoir des ouvertures qui soient faites. Mais il faut des conditions pour les ouvertures. Il faut que ce soit donnant-donnant. Aussi bien les Russes que les Ukrainiens doivent faire leur part du travail : le respect des accords de Minsk.

Dès ce Conseil européen ? Ou parlez-vous de celui d’octobre ?

Il serait souhaitable que ce soit dès ce Conseil européen que cette discussion ait lieu : bilan du travail qui est fait dans le cadre du format Normandie, où en est-on de la mise en œuvre des accords de Minsk. Et discussion avec renouvellement des sanctions, et qu’est ce qu’on fait s’il y a des avancées ? Je pense que si on peut donner quelques signes d’encouragement aux uns et aux autres, ca peut être utile./.

Résultats de la session du Conseil

Dernière modification : 04/07/2016

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