"Le cinéma doit réussir sa mutation numérique"

La Commissaire européenne à l’économie et à la société numériques, Mme Mariya Gabriel, et la ministre de la Culture, Mme Françoise Nyssen, ont publié une tribune dans le quotidien "le Monde" le 15 mai.

Tribune de Mme Mariya Gabriel, Commissaire européenne à l’économie et à la société numériques, et de Mme Françoise Nyssen, ministre de la Culture ("Le Monde", 15 mai 2018)

"Depuis soixante-douze ans, le Festival de Cannes célèbre la création cinématographique dans sa diversité, et contribue ardemment à en assurer la promotion, en promontoire mondial des œuvres cinématographiques d’exception. Imaginé par Jean Zay face à la montée d’un totalitarisme qui entendait mettre la création sous sa coupe, ancré sur une politique culturelle ouverte et sur un partenariat transatlantique au centre de ce que Jean Zay qualifiait déjà de « monde libre », le festival porte aussi, depuis son origine, un projet politique : consacrer la liberté et l’indépendance de la création artistique.

ette dimension politique résonne plus que jamais, aujourd’hui, à l’heure où notre monde fait face à des bouleversements technologiques, sociétaux et géopolitiques profonds. Ces transformations sont une chance : jamais sans doute les opportunités n’auront été aussi grandes pour les citoyens, les entreprises et les artistes. Mais elles constituent aussi de véritables défis pour nos sociétés, parce qu’elles nourrissent des peurs qui favorisent la montée des extrêmes et du nationalisme.

Le cinéma est naturellement au cœur de ces enjeux. D’abord parce qu’il représente des centaines de milliers d’emplois en Europe, et qu’il doit réussir sa mutation numérique. Ensuite parce que le cinéma n’est pas un secteur comme un autre : il est présent au cœur de nos vies, il nous fédère, en révélant l’universalité d’histoires singulières, il est un ciment pour nos sociétés, en même temps qu’il nous alerte et nous éclaire. Enfin, parce que le cinéma est la pierre de touche de nos sociétés démocratiques : la liberté d’expression est la mère de toutes les libertés, partout où les cinéastes sont inquiétés, ce sont les valeurs fondatrices de la démocratie qui sont en danger.

Trois chantiers cruciaux

Fort de ces constats, l’Europe s’est engagée à soutenir le développement et de la distribution des œuvres cinématographiques européennes. Trois chantiers cruciaux sont ouverts, avec à la clé des avancées majeures.

L’Europe, sous l’impulsion déterminante de la Commission et de la France, a décidé de se doter des réglementations les plus ambitieuses au monde pour favoriser la création audiovisuelle, tout en promouvant l’innovation numérique. L’accord politique global qui vient d’être trouvé pour moderniser la directive de services de médias audiovisuels marque un progrès majeur. Il obligera les services de vidéo à la demande à proposer au moins 30 % d’œuvres européennes, et permettra aux Etats d’appliquer aux plates-formes les mêmes types d’obligations que les chaînes de télévision en matière de financement de la création.

C’est une grande victoire pour les créateurs européens, qui non seulement seront mieux financés mais aussi plus visibles sur les plates-formes. La France a joué un rôle décisif de conviction et de mobilisation, auprès des partenaires européens, pour parvenir à cet accord. C’est maintenant notre fierté commune que d’assurer sa finalisation et sa mise en œuvre le plus rapidement possible.

Une négociation très importante reste ouverte à l’échelle européenne : celle de la directive sur le droit d’auteur. Il est important qu’elle puisse se conclure dans des termes aussi ambitieux que ceux de la directive sur les services de médias audiovisuels. Dans le nouvel environnement numérique, l’objectif est d’assurer une juste rémunération des créateurs pour la diffusion de leurs œuvres en ligne. Trop souvent, le partage de la valeur entre les ayants droit et les plates-formes est déséquilibré et inéquitable. Ce problème ne concerne pas seulement la création artistique, mais tout le secteur des médias et notamment la presse. C’est l’enjeu de la consécration, dans cette même directive, d’un droit voisin au niveau européen pour les éditeurs de presse.

Intensifier le soutien

Le soutien européen au cinéma se traduit aussi par un effort financier conséquent, grâce au programme MEDIA : malgré le Brexit et la contrainte qu’il fait peser sur le budget européen, la Commission européenne a proposé au début du mois d’augmenter cet effort collectif de 30 % dans la période 2020-2027, pour porter le budget à 1,2 milliard. Ce budget pluriannuel concourra à la mise en œuvre d’une réelle stratégie pour le cinéma à l’ère du numérique, permettant d’intensifier notre soutien et de le rendre plus structurant pour le secteur. La culture est au cœur de la refondation européenne, parce qu’elle nous soude et nous relie : chaque euro consacré à la culture est un investissement d’avenir.

L’Europe s’engage par ailleurs pour assurer la préservation de l’héritage cinématographique et pour améliorer sa visibilité sur les plates-formes VOD. En cette année européenne du patrimoine, l’exceptionnelle richesse du cinéma européen doit être mise à l’honneur.

La Commission européenne a proposé d’établir un répertoire du septième art européen, dont un prototype sera inauguré en octobre prochain.

L’objectif est d’avoir un outil fiable sur la disponibilité des films européens en ligne dans les différents pays d’Europe. Un projet qui s’inscrit dans la continuité d’initiatives prises par certains Etats membres, dont l’outil de référencement de l’offre légale en ligne déjà mis en place en France"./.

La tribune de Mme Mariya Gabriel et de Mme Françoise Nyssen est disponible sur le site du quotidien "le Monde" ici

Dernière modification : 16/05/2018

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