Le Parlement européen mobilisé pour le Climat

Le Ministre des Affaires étrangères et du développement international, M. Laurent Fabius, a été reçu jeudi 29 octobre par la commission "affaires étrangères" et la commission "environnement" du Parlement européen pour un échange avec les députés européens sur les enjeux liés à la Conférence sur le Climat, COP21, qui se tiendra à partir du 30 novembre à Paris, sous la présidence de Laurent Fabius.

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Déclaration introductive de M. Laurent Fabius, Ministre des Affaires étrangères et du Développement international (Strasbourg, 29 octobre 2015)

Laurent Fabius : "Merci beaucoup, merci messieurs les Présidents de vos mots d’accueil et de votre invitation. Je salue toutes celles et tous ceux qui sont là, cela me fait plaisir d’être avec vous, et je remercie beaucoup les commissions de l’Environnement et des Affaires étrangères de m’accueillir pour parler de la COP 21, la conférence de Paris, que je vais avoir l’honneur de présider, dans maintenant un mois.

Un mot aussi pour saluer le rapport d’initiative préparé par Gilles Pargneaux, qui est là, qui est un rapport fort utile. Plutôt que d’avoir une conversation, une introduction trop générale, je voudrais vous dire aujourd’hui exactement comment les choses, de mon point de vue, se passent. Donc je serai très concret et ne m’en veuillez pas si je ne fais pas une description générale du sujet, mais enfin je crois que la valeur ajoutée que je peux apporter c’est de vous dire comment les choses se passent de mon point de vue.

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Vous avez y avez fait allusion, la semaine dernière il y a eu l’ultime session de négociations du groupe « ADP », les débats ont été mouvementés. Au début il y avait un texte assez court, il a été récusé, et c’est un autre texte qui a été adopté, alors évidemment on ne peut pas juger un texte simplement d’après sa longueur mais enfin, la longueur compte aussi ; le texte fait une cinquantaine de pages et il y a malheureusement beaucoup d’options encore qui sont ouvertes. En même temps il ne faut pas être catastrophiste : je rappelle qu’à Copenhague le texte faisait 200 pages, donc 50 on pourrait dire que, si on se fie simplement à la longueur, c’est mieux. Mais c’est vrai qu’il reste quand même beaucoup de points qui sont ouverts, même si l’on a avancé, il ne faut pas non plus être excessif sur quelques points, et donc d’ici là le travail va se poursuivre.

A la fin de la semaine prochaine, je vais réunir à Paris ce qu’on appelle vulgairement une « pré-COP », avec 80 ministres. L’objectif n’est pas de faire le travail des négociateurs, parce que chacun a son travail, mais de discuter quand même des questions de fond pour pouvoir avancer sur le sujet. J’ai déjà fait deux réunions informelles de ce type, elles sont utiles, et j’espère que plus on approche de la COP, plus on pourra essayer d’avancer.

Ensuite parmi les nombreuses réunions qui vont avoir lieu, je rappelle qu’il y aura la réunion du G20 en Turquie à la mi-novembre et une réunion du Commonwealth à Malte à la veille de la COP. Et j’indique aussi que le Président de la République et moi-même nous rendons ce week-end à Pékin. Il est prévu que nous ayons une déclaration commune avec nos amis chinois, qui peut être intéressante parce que cela peut permettre de prévoir des zones, j’allais dire « d’atterrissage ». En tout cas cela permet d’avancer, compte tenu de ce qu’est la position géographique de la France et de la position de la Chine. Voilà quelques étapes.

Tout cela nous mènera au 30 novembre, début de la COP. Comme vous le savez nous avons un petit peu innové, c’est à dire que nous avons invité les chefs d’État et de gouvernement qui souhaitent venir à Paris dès le premier jour, en tirant les leçons de Copenhague. A Copenhague, les chefs d’État étaient venus à la fin et avaient pensé pouvoir résoudre les questions et évidemment ce n’est pas en une nuit qu’on peut résoudre les questions. Donc là, à Paris, nous avons demandé aux uns et aux autres de venir au début pour donner une impulsion politique. Après, ce sera à nous de faire le travail plus technique. Nous avons déjà 80 réponses, ce qui est beaucoup, des chefs d’État et de gouvernement. En particulier les responsables européens et les responsables des pays d’Europe seront là.

A partir du 1er décembre, c’est ainsi que sont fabriquées les COP, les négociateurs du groupe ADP reprendront leurs discussions sur la base du texte de Bonn puis, vers la fin de la première semaine, ils me remettront le texte, et à moment-là ce sont les ministres qui rentrent dans la danse si je peux dire, et évidemment, nous nous attacherons à conclure. Et pour ma part, je m’exprime ici en tant que Président de la COP et non en tant que représentant du gouvernent français bien sûr, j’ai compris que mon rôle devait consister d’une part à écouter les uns et les autres. Deuxièmement à garder un certain niveau d’ambition, le plus élevé possible, pour l’accord et en même temps à trouver des compromis, parce que vous savez la règle : il faut que tout le monde soit d’accord avec le texte, donc évidemment on est amené à avoir des compromis. C’est sans doute pour cela qu’on a demandé à un Ministre des Affaires étrangères de présider la COP.

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Sur le fond maintenant. Alors, très souvent on me pose la question : qu’est-ce que c’est qu’un succès de la conférence de Paris ? Il y a différentes réponses, mais moi j’en vois deux ou trois principales.

1/La première c’est qu’il faut parvenir à un accord, qui soit comme on dit juridiquement contraignant, qui permette de limiter effectivement le réchauffement climatique d’ici 2100 à 2 degrés, voire 1 degré et demi. C’est cela le premier critère du succès : si on arrive à avoir un texte qui fait l’accord des uns et des autres. Et de ce point de vue là je veux rendre hommage, même si parfois certains d’entre vous trouvent que les engagements sont insuffisants ou excessifs, au travail que fait l’Union européenne parce que quand je compare les engagements des uns et des autres, l’Europe est quand même dans la partie la plus haute.

Par rapport à cet objectif d’avoir un accord ambitieux, bien évidemment il faut prendre en compte ce qui s’est passé au cours de ces dernières semaines en matière de contributions, ce qu’on appelle en anglais « INDC ». Au moment où je m’exprime, il y a 154 pays qui ont déposé leur « INDC ». Cela représente, à peu près, 90 % des émissions et, il faut se rappeler que Kyoto c’était de l’ordre de 15%. Alors évidemment je ne vais pas donner un classement des contributions, cela n’aurait pas de sens, mais certaines sont plus ambitieuses que d’autres, et il y a une certaine hétérogénéité. Mais ce n’est pas cela que je veux retenir. Je veux retenir le fait, et je pense qu’il faut avoir cela à l’esprit, que c’est la première fois qu’on procède ainsi, et que le fait que 155 pays, qui seront à la fin, je pense 180, aient fait la démarche de se poser la question : « quelle doit être notre politique pour les années qui viennent en manière énergétique, en matière des transports », c’est un changement considérable, qui nécessairement aura des effets positifs.

Quand on fait l’addition de tout cela, et l’addition, comme vous le savez, doit être rendue publique par le Secrétariat de la Convention des Nations Unies sur le Climat le 1er novembre, donc c’est dans 2-3 jours je crois, j’attendrai les commentaires du Secrétariat pour faire les miens, mais il y a déjà eu des évaluations, qu’est-ce qu’on peut dire, sans risque de se tromper ?

Les experts du GIEC nous disaient : « si on ne fait rien, on va aller vers 4, 5, 6 degrés ». Et nous, notre objectif, c’est 2 degrés ou 1 degré et demi. Je pense qu’on se situera, on verra ce que va nous dire le Secrétariat sur les chiffres, mais autour de 2,7 à 3 degrés. Donc, qu’est-ce qu’on peut dire ? C’est nettement mieux que le risque, mais ce n’est pas encore 2 degrés. Donc, il y a un travail supplémentaire à faire. Et, pour moi, l’un des critères du succès, je vous le dis, ce sera précisément : comment doit-être fait ce travail supplémentaire ? Et c’est là ou intervient une notion qui est absolument clé, c’est la notion de « révision », de « clause de révision ».

Je dois rester évidemment objectif, mais si il y a un point sur lequel je vais agir et me battre, c’est pour que, dans l’accord de Paris, on n’arrive à avoir un mécanisme de révision -de plus en plus de délégations disent tous les cinq ans- qui nous permette de faire le point -je n’emploie pas des termes techniques, j’emploie des termes généraux- tous les cinq ans, pour regarder où nous en sommes, et d’avoir une révision des contributions, mais qui soit une révision à la hausse. Si on arrive à faire ça, alors je dois dire que Paris sera vraiment, comme on dit en bon français, un « turning point ». Parce que cela nous permettra d’aller -je fais le geste- d’une trajectoire autour de 3 degrés, à 2 degrés, voire à 1 degré et demi. Et, je vous le dis, pour moi c’est vraiment, l’un des critères principaux du succès, ce n’est pas encore acquis, bien sûr, parce qu’il y a des pays qui sont réticents, des pays qui disent : « oui les pays riches doivent réviser, mais nous, pays pauvres, nous n’avons pas à réviser ». Mais, je pense que ce sera tout à fait décisif.

2/Deuxième condition du succès, c’est que l’accord doit être juridiquement contraignant. Alors je vous passe les détails, qu’est-ce que c’est que le « legally binding », etc, mais, il faut trouver des éléments qui permettent que, à la fois l’opinion publique, et les pays eux-mêmes, aient la certitude que ce n’est pas une discussion politique générale mais que c’est un accord. Cela ne veut pas dire que ceux qui ne vont pas respecter l’accord seront mis en prison, ce n’est pas ainsi que ça se passe. Mais il faut quand même qu’il y ait une traduction juridique, concrète, qui soit là bien sûr. La pression des pairs, cela va jouer aussi un peu plus. C’est aussi un grand enjeu.

Avec un autre grand enjeu, c’est est-ce que c’est « legally binding », contraignant, uniquement pour les pays riches ou est-ce que c’est aussi pour les pays qui ne sont pas réputés riches ? Et, évidemment, il serait souhaitable que cela puisse concerner tout le monde, même si les degrés d’engagement ne sont pas les mêmes.

3/ Troisième condition du succès, c’est l’aspect financier et technologique. Quand vous discutez avec un certain nombre de dirigeants de pays africains, ils vous disent : « écoutez, vous avez tout à fait raison mais nous, nous ne sommes absolument pas responsables des gaz à effets de serre et nous sommes les premières victimes. Donc nous voulons bien aller dans le sens que vous indiquez, à condition que nous ayons les finances et les technologies, et que vous les apportiez ».

Et là, lors de la Conférence de Lima qui a eu lieu il y a quelques semaines, on a avancé, et à partir de l’étude de l’OCDE -même si elle est contestée par certains- on sait qu’en 2014 nous étions à 62 milliards, et que le chemin est ouvert vers 100 milliards, dès lors évidemment que chacun fait un gros effort et que l’on fait un effort d’adaptation et pas simplement d’atténuation. L’adaptation est le point qui manque.

Et si on réussit sur ces trois aspects à avoir un bon résultat à Paris, je pense que Paris sera un vrai succès.

Merci"./.

Dernière modification : 04/11/2015

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