La France n’imagine pas un instant que la Syrie de l’avenir puisse être dirigée par Assad

M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires étrangères et du développement international, participe le 3 avril à Luxembourg au Conseil Affaires étrangères de l’UE.

Déclaration de M. Jean-Marc Ayrault à son arrivée au Conseil Affaires étrangères (Luxembourg, 3 avril 2017)

Jean-Marc AYRAULT : "Bonjour, d’abord je voudrais renouveler la solidarité de la France avec le peuple colombien. La Colombie est aujourd’hui frappée par une catastrophe naturelle qui a fait beaucoup de victimes et de dégâts. La France a proposé toute l’aide que la Colombie serait à même d’exprimer. C’est l’occasion pour moi de rappeler cette solidarité, cette amitié qui nous lie.

M. le ministre, sur la Conférence de Bruxelles sur la Syrie de mercredi, il semblerait que la Turquie n’envoie personne ?


Je ne sais pas si la Turquie envoie quelqu’un. Certains pays ne seront pas représentés au niveau ministériel mercredi, mais ils seront quand même représentés. C’est une réunion importante qui arrive à un moment où la Syrie s’enfonce dans une crise, d’abord humanitaire. Vous savez que malgré l’accord d’Astana pour un cessez-le-feu, le cessez-le-feu est loin d’être effectif sur le terrain. Les combats continuent et l’aide humanitaire n’arrive quasiment pas. C’est le premier sujet dont nous allons traiter avec tous les pays qui participeront à cette conférence mercredi à Bruxelles. La France sera représentée. J’y serai personnellement.

La Russie n’envoie que son ambassadeur à cette conférence, n’est-ce pas un signe ?


La France est engagée dans la coalition internationale contre Daech, mais elle n’est pas en guerre en Syrie. C’est pourquoi ce sera l’occasion pour moi, dès ce matin, de rappeler que notre engagement, c’est la solution politique. Ce qui se passe à Genève doit réussir. Nous savons que ces négociations sous l’égide des Nations unies sur la base de la résolution du Conseil de Sécurité sont difficiles, mais c’est la seule voie possible, la voie de la transition politique, de la réforme de la Constitution, de l’organisation d’élections. Si cette transition politique réussit, alors le retour des réfugiés sera possible , et la question de la reconstruction se posera. Mais il faut qu’il y ait une transition politique. Ceux qui l’ont niée se trompent profondément. Il n’y aura jamais de paix durable, y compris face à la menace terroriste, sans processus politique.

M. le ministre, il y a une certaine confusion concernant le rôle de M. Assad dans la transition. Pourriez-vous repréciser la position de la France ?

Certains voudraient qu’il y ait un préalable absolu : on ne commencerait les discussions pour la transition que lorsqu’Assad serait parti. Ça n’est pas l’esprit de la résolution 2254 adoptée en décembre 2015 par le Conseil de sécurité. Elle prévoit une négociation sous l’égide des Nations unies, qui a lieu, mais dans des conditions extrêmement difficiles à Genève. Les discussions avaient repris le 23 mars sous la présidence de Staffan de Mistura. Autour de la table, vous aviez des représentants de l’opposition dans toutes ses composantes et, de l’autre côté, ceux du régime. Donc l’objectif est bien une transition politique. C’est bien l’organisation d’élections après une réforme constitutionnelle. Mais il faut que ce soit une transition politique digne de ce nom. Et à la fin du processus politique, lorsqu’il s’agira de bâtir la Syrie à venir, une Syrie réconciliée, une Syrie qui se reconstruira et qui permettra le retour de ses réfugiés, la France n’imagine pas un seul instant que cette Syrie puisse être dirigée par Bachar El Assad tant il a une responsabilité dans la situation actuelle : plus de 300 000 morts, les prisonniers, les torturés, un pays détruit. C’est une question de sens des responsabilités.

Et sur le Yémen ?


Il va être question du Yémen. J’ai reçu il y a quelques jours le représentant du Secrétaire général des Nations unies M. Cheikh Ahmed. La position de la France, c’est le cessez-le-feu, c’est la négociation, mais avec une urgence : l’urgence c’est l’aide humanitaire car il y a une responsabilité de tous les belligérants de permettre l’accès de l’aide humanitaire. Aujourd’hui, cet accès est quasi-impossible. Nous sommes dans une situation catastrophique. Un nombre considérable de personnes sont dans la souffrance et à la limite de ce qui est supportable. Je rappellerai cette urgence humanitaire lors de ce Conseil des Affaires étrangères de l’UE. Il y a également la nécessité d’un processus politique. Là encore, il n’y a pas d’autre voie. La voie de la guerre n’est pas une option.

Merci beaucoup"./.

Déclaration de M. Jean-Marc Ayrault à l’issue du Conseil Affaires étrangères (Luxembourg, 3 avril 2017)

Jean-Marc AYRAULT  : "Je viens de quitter le déjeuner des ministres avec le Secrétaire général de la Ligue arabe. Pendant cet échange, nous avons appris ce qui s’est passé à Saint-Pétersbourg : l’explosion qui a fait des morts et des blessés. Je voudrais d’abord exprimer toute ma solidarité avec les victimes et mes condoléances au peuple russe pour cette épreuve. Nous ne connaissons pas les causes, mais nous sommes avec tous ceux qui souffrent. C’est pourquoi je tiens à exprimer en cet instant toute ma solidarité au nom de la France.

Notre consulat à Saint-Pétersbourg est totalement disponible -le centre de crise à Paris également- pour informer les familles françaises qui pourraient avoir des questions à poser. Nous aurons en temps réel tous les moyens d’informer et d’accompagner. Pour l’instant nous ne pouvons pas mentionner de victimes françaises. Nous n’avons aucune information à ce sujet. Mais nous sommes prêts à répondre à toutes les questions et à nous mobilier quel que soit le moment.

M. le ministre, le Secrétaire général de la Ligue arabe parle d’un sommet entre la Ligue arabe et les Européens. Est-ce un vrai projet ?


Jean-Marc AYRAULT :
Oui, le Secrétaire général de la Ligue arabe a fait un compte-rendu du Sommet de la Ligue arabe qui a été un moment très important pour toute cette région. Ce sont 21 pays, enfin 22 pays officiellement, moins la Syrie, qui ont été représentés par leur chef d’Etat ou chef de gouvernement et qui ont abordé toutes les questions, et qui ont notamment souhaité que s’instaure entre l’UE et la Ligue arabe des relations constantes et au plus haut niveau. Nous avons parlé d’un Sommet de la Ligue arabe qui pourrait se tenir en 2018, pourquoi pas au Caire. En tout nous sommes prêts, car nous souhaitons renforcer les liens entre l’UE et les pays arabes. Pourquoi ? Parce que ce sont des pays qui se battent pour leur développement, pour leur sécurité, qui se battent pour l’éducation, qui se battent pour la préparation de l’avenir de leur jeunesse et qui veulent aussi renforcer l’Etat de droit, engager des réformes démocratiques. L’UE est disponible pour aider, pour accompagner, pour apporter tout son soutien et sa solidarité.

Récemment nous avons reçu l’Egypte. Nous avons aussi, après les printemps arabes, accompagné la Tunisie, qui est un exemple de réussite, mais qui se bat aussi pour faire face à tous les défis, en particulier le défi de la réussite économique, de l’avenir pour la jeunesse. Donc nous devons répondre présent.

Et puis nous avons abordé des sujets politiques. Nous avons parlé de la Syrie, nous avons parlé de la Libye, et puis nous avons parlé du Proche Orient, d’Israel et de la Palestine. J’ai été sensible au fait que le Secrétaire général de la Ligue arabe a salué l’initiative française –la Conférence du 15 janvier- et ai rappelé l’engagement de tous les pays arabes pour une solution de paix au Proche Orient, qui passe par le rappel de la perspective de deux Etats. Pour nous il n’y a pas d’autre solution. J’ai donc tenu à le dire au Secrétaire général. Nous sommes en phase. Nous sommes totalement solidaires. C’est une question de justice. Il faut arrêter de décevoir cette aspiration à la justice, qui passe par deux Etats. L’Etat d’Israel bien sûr, qui existe et qu’il faut protéger, préserver, mais aussi un Etat palestinien qui doit être constitué et qui doit donner un espoir à toute sa population.

Donc tout est à faire, puisque nous assistons aujourd’hui à une reprise de la colonisation. C’est encore une nouvelle fois ces derniers jours de très mauvaises nouvelles, on pourrait même dire des provocations. Il est donc important que le monde sache qu’il n’y aura pas de paix dans cette région, qu’il n’y aura pas de paix au Moyen-Orient si on ne traite pas aussi ce conflit qui ne cesse de durer au Proche Orient, c’est-à-dire en redonnant un espoir en créant enfin cet Etat palestinien.

Merci beaucoup"./.

Dernière modification : 04/04/2017

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