"Je crois à une Europe qui porte une ambition pour nos concitoyens, qui protège davantage et qui soit plus souveraine"

Le Président de la République s’est rendu en République slovaque et en République tchèque le 26 octobre.

Déclaration conjointe du Président de la République avec M. Andrej Kiska, Président de la République slovaque (Bratislava, République slovaque, 26 octobre 2018)

"Merci beaucoup Monsieur le Président, cher Andrej pour ces mots et ces explications.

Je remercie le Président pour l’échange très direct que nous avons eu ici, à Bratislava, et je suis très heureux de faire ici ma première visite officielle en Europe centrale, alors que nous célèbrerons dans quelques jours le centenaire de la création de la Tchécoslovaquie, mais aussi cette année les 25 ans de la Slovaquie indépendante.

L’année prochaine, je souhaite que nous puissions célébrer ensemble le 30ème anniversaire de la Révolution de Velours et le 15ème anniversaire de ce que je préfère appeler « la réunification européenne ».

Si je suis ici aujourd’hui, c’est que beaucoup nous rassemble, notre histoire d’abord. Vous l’avez rappelé, nous avons commémoré à Paris et Darney le 30 juin dernier le centenaire de la création de l’armée tchécoslovaque. Là où il y a un siècle, les troupes tchécoslovaques prêtèrent serment sur le drapeau que leur remit le Président POINCARE.

Et vous avez rappelé la figure éminente du général STEFANIK qui, en effet, a servi en France dans les armées et est une grande figure de votre pays.

Il y a un siècle, la France fut la première à reconnaître le droit des Slovaques et des Tchèques à l’autonomie.

Ce qui nous rassemble, c’est évidemment cette histoire, ce sont ces histoires de femmes et d’hommes et d’engagement, mais c’est aussi une mentalité si proche, ce mélange de rationalité et d’émotion et vous l’avez dit.

Et je pense que dans ce moment que traverse l’Europe, c’est un atout et nous devons rappeler à chaque instant ce que l’Europe nous apporte, comment nous voulons la transformer, la modifier.

Mais ce qui nous lie à elle de manière fondamentale, historique, émotionnelle et ce que j’essaierai de faire cet après-midi, ce qui nous unit c’est surtout aujourd’hui un engagement commun pour l’Europe et en cela, la Slovaquie est exemplaire.

Elle nous montre qu’il n’y a pas d’évidence dans lesquelles beaucoup voudraient nous enfermer. J’entends souvent qu’il y aurait une division entre l’Est et l’Ouest, je n’y crois pas et j’ai montré à plusieurs reprises que d’ailleurs lorsque l’Europe avançait, elle supposait un accord entre les pays venant de l’Est et de l’Ouest. Et nous l’avons fait à plusieurs reprises.

Certains voudraient nous dire : il y a une division entre les nouveaux et les anciens, je n’y crois pas non plus. Nous voyons tant de pays historiquement crées dans l’aventure européenne qui en doutent aujourd’hui, quand ils ne décident pas d’en sortir, pour savoir que cette réunification de l’Europe que j’ai évoquée et que nous avons réussi au début du siècle, c’est une question d’engagement.

Et en quelque sorte l’Europe, ça n’est pas une question de géographie ou d’histoire seulement, c’est une question d’ambition et de volonté. Et je crois que la Slovaquie à cet égard est un formidable exemple.

Vous avez décidé de rejoindre l’Union européenne, décidé de rejoindre la zone euro, décidé de rejoindre Schengen, d’être au cœur de l’aventure européenne, contrairement à ce que beaucoup croient encore.

Et cette capacité à œuvrer ensemble, nous l’avons montré à plusieurs reprises. Et je crois que nous partageons cette vision à laquelle je tiens beaucoup d’une Europe unie, plus souveraine et qui protège ses concitoyens.

Lorsqu’il a fallu réformer il y a un an la directive des travailleurs détachés, nous n’aurions pas pu le faire si la Slovaquie n’avait pas été avec la France. Contrairement à ce que disent beaucoup encore aujourd’hui qui se trompent, nous avons été ensemble pour faire cette réforme qui était juste, juste pour nos travailleurs, ceux de nos pays pour éviter les excès.

Nous avancerons ensemble et à cet égard, les propositions faites par votre pays sont à mes yeux extrêmement fortes, sur la réforme du transport en Europe, pour là aussi éviter les excès, mais permettre à chacun d’y trouver sa place.

C’est ensemble que nous porterons une vision efficace, ambitieuse d’une Europe de la défense qui construit sa souveraineté, qui se construit dans des coopérations historiques comme l’Otan, mais qui ne sera elle-même que si elle sait se protéger elle-même.

Et c’est pourquoi nos deux pays sont au sein de la coopération structurée en matière de défense, du Fonds européen de défense. Et nous l’avons évoqué, nous souhaitons encore faire davantage d’initiatives en matière d’Europe de la défense ensemble.
Une Europe qui protège c’est une Europe qui protège ses entreprises, c’est pour cela que nos pays sont favorables à une taxation du numérique, nos pays sont favorables à une avancée et un approfondissement de la zone euro.

Il y a donc une vraie convergence de vues, une vraie convergence sur tous ces sujets qui sont pour moi essentiels pour l’Europe, entre la Slovaquie et la France.
Parce que nous portons cette vision d’une Europe de l’ambition, une Europe qui protège, une Europe plus souveraine.

Enfin, si je suis là, c’est aussi pour écouter, échanger avec vous Monsieur le président, avec dans un instant Monsieur le Premier ministre. Et comme vous l’avez dit, que les dirigeants comprennent leur histoire, leurs contraintes, parce que l’Europe se nourrit de cette diversité qui n’est pas un handicap, mais suppose le respect mutuel et de considérer que notre aventure ne se joue pas qu’une fois tous les 2 mois à Bruxelles, une nuit sans lune.

Elle se joue parce que nous nous respectons les uns les autres, nous apprenons à mieux nous connaître et nous décidons de cheminer ensemble.
Et c’est ce qui permet parfois de lever tel ou tel malentendu, de comprendre nos parts d’histoire, les peurs qui animent nos sociétés.

Ecouter aussi parce que c’est ce que la Slovaquie – et plus largement l’Europe centrale – a à nous dire qui importe aujourd’hui pour l’Europe.

Moi je n’oublie pas cette phrase de l’historien Bronislaw GEREMEK qui disait « l’Europe ne mesure pas tout ce qu’elle nous doit », et c’est vrai ; et nous n’avancerons pas sans écouter, parler, expliquer, mais écouter les questions, les interrogations, la part de vérité que chaque pays a en Europe ; et écouter les aspirations légitimes de la Slovaquie dans ce projet européen.

C’est ce que je ferai cet après-midi parce que vous êtes un pays très convaincu par l’idée européenne, mais qui doit encore plus s’exprimer, parler, assumer.
Et si j’avais un message à passer aux Slovaques à l’instant, ce serait de leur dire : dites-le, choisissez, transformez l’histoire européenne, elle est à vous autant qu’à chaque pays membre ; et ne perdez aucune occasion de parler et de participer au débat européen, ne perdez aucune occasion.

Je vous remercie, merci cher Andrej, merci Monsieur le Président"./.

Déclaration conjointe du Président de la République avec M. Peter Pellegrini, Premier ministre de la République slovaque (Bratislava, République slovaque, 26 octobre 2018)

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"Merci Monsieur le Premier Ministre, cher Peter, pour votre accueil et pour nos échanges. Comme j’ai eu l’occasion de le dire tout à l’heure aux côtés du Président, il était important pour moi d’être aujourd’hui à Bratislava pour célébrer avec vous, en anticipant de quelques jours, le centenaire de la Tchécoslovaquie, mais aussi pour marquer l’importance de nos liens historiques et d’une Slovaquie indépendante que nous avons toujours accompagnée, et nos deux pays se sont toujours trouvés côte à côte, à chaque moment important de notre histoire.

Mais cette visite, c’est aussi pour débattre ouvertement des sujets qui font notre actualité ; nous l’avons fait largement lors de notre entretien puis de notre déjeuner, et nous allons le faire dans un instant devant la jeunesse de votre pays pour y porter notre ambition, notre volonté européenne.

D’abord pour dire qu’à mes yeux, il y a deux choses qui menacent avant toute chose notre Europe. C’est la division et la lassitude. La division parce que beaucoup voudraient nous faire croire que l’Europe est structurée entre les anciens membres légitimes et les nouveaux membres acceptés de bonne grâce tardivement, que l’Europe serait divisée entre l’ouest et l’est, que l’Europe serait divisée de manière inéluctable et fracturée par les uns et les autres. Je ne le crois pas. Et d’ailleurs à plusieurs reprises, nous avons montré, par notre travail commun, que nous savions dépasser ces divisions, et si besoin en était, l’aventure européenne de la Slovaquie est la preuve du contraire.

Vous êtes membres ayant participé à cette réunification de l’Europe, mais vous êtes dans la zone Euro, dans l’espace Schengen, membre de la coopération renforcée en matière de défense. Vous êtes au cœur de l’Europe. Et donc les divisions dans lesquelles on voudrait nous enfermer n’existent pas à cet égard. J’entends certains qui disent "il y a une Europe de l’Est qui est contre les avancées sociales, et une Europe de l’Ouest qui est sur des réformes qui n’avanceront pas". Il y a un an, si nous avons réussi à avancer sur la réforme de la Directive du travail détaché, pour les travailleurs européens, c’est parce qu’il y a eu une coopération, en particulier entre la Slovaquie et la France. Et il n’y a pas eu un bloc de l’Est qui était contre un bloc de l’Ouest. Il y a eu un travail commun et des décisions communes, comme nous allons le faire d’ailleurs sur d’autres sujets d’avenir ; je pense tout particulièrement aux transports. Et donc la discussion d’aujourd’hui pour moi, c’est une preuve du fait qu’on peut résister à cet esprit de division que certains voudraient semer en Europe.

Le deuxième risque, c’est la lassitude. C’est ce que Edmund HUSSERL prédisait il y a plusieurs décennies, "le plus grand péril de l’Europe, c’est la lassitude", le fait que les gens s’habituent, pensent que l’Europe c’est devenu automatique, c’est presque une vieille idée, que la paix, ça a existé de toute éternité et qu’on peut laisser faire ceux qui voudrait la détruire. Non. Et notre dialogue à cet égard, pour moi, fait partie de cet esprit de résistance, de volonté dans le projet que nous portons avec beaucoup d’ambition.

Et donc nous avons pu aujourd’hui évoquer ces sujets, en matière de défense notre volonté de poursuivre le dialogue stratégique ; je le disais, votre pays est déjà au cœur des initiatives lancées et d’avoir des projets concrets dans les prochains mois pour lui donner corps. En matière de partenariat économique, il y a plusieurs projets bilatéraux sur lesquels nous avons échangés, il y a une présence forte que nous souhaitons consolider ; mais il y a aussi ce que nous voulons faire ensemble en matière de numérique, avec là aussi un alignement de vue parfait en matière de taxation des géants du numérique qui, aujourd’hui, bénéficient de règles qui ne sont pas justes, en particulier pour les start-up et les petites et moyennes entreprises européennes ; un travail fructueux que nous avons commencé aussi sur les sujets de migration où nous voulons trouver une voie commune, et je pense que nous pouvons la bâtir, loin des excès qu’on peut parfois entendre, entre responsabilité et solidarité, en matière de transport je l’évoquais, où je souhaite que nous puissions conclure avant la fin d’année un accord pertinent pour nos pays, et là aussi la coopération est exemplaire ; et nous avons longuement discuté d’une plus grande intégration de la Zone euro. Je dois le dire, là aussi, l’ambition, la vision que nous portons ensemble a beaucoup de convergences.

La France a proposé il y a quelques mois un texte commun avec l’Allemagne, le projet dit de Meseberg. Vous avez vous-même porté plusieurs projets ambitieux que nous soutenons, même s’il n’y a pas sur certains un plein accord franco-allemand, mais qui vont même au-delà - je pense au projet d’un système d’indemnisation du chômage européen. Tout ça marque une volonté de faire avancer cette Europe. Et c’est ce qui nous anime, c’est ce qui fait que je suis très heureux, très fier d’être là aujourd’hui, et que je souhaite que nous puissions poursuivre dans les prochaines semaines, les prochains mois, cette coopération exemplaire pour faire avancer notre continent, et surtout pour permettre d’apporter des réponses aux défis contemporains pour nos concitoyens.

Je vous remercie. Merci en tout cas, cher Peter, pour l’accueil une nouvelle fois"./.

Participation du Président de la République à une consultation citoyenne sur l’Europe (Bratislava, République slovaque, 26 octobre 2018)

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La vidéo de la consultation citoyenne est disponible ici

Déclaration conjointe du Président de la République avec M. Andrej Babiš, Premier ministre de la République tchèque (Prague, République tchèque, 26 octobre 2018)

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"Merci beaucoup.
Merci, Monsieur le Premier Ministre.
Merci à toi, cher Andrej, de m’accueillir ici.
Je suis très heureux d’être à Prague ce soir avec vous et de pouvoir échanger.

En effet, nos pays ont un lien fort et le centenaire que vous vous apprêtez à fêter en est la trace. La France est non seulement le premier pays à avoir reconnu l’armée tchécoslovaque, vous êtes venu le fêter à Paris et Darney le 30 juin dernier, avec votre collègue slovaque. Mais la France est aussi ce pays pour lequel plusieurs milliers de vos soldats se sont battus à plusieurs reprises de notre Histoire commune. Ce pays qui, tôt, vous a reconnus et ce pays qui a accompagné tous les mouvements de libération menés par la République tchèque.

C’est cette histoire de liberté et cette ambition commune qui nous lient profondément et qui nous obligent et qui fait qu’en France, il y a quelques mois encore, on admirait KUPKA et qu’on parle des mêmes héros.

Ce lien bilatéral a aujourd’hui une preuve évidente, ce sont nos relations l’un avec l’autre, sur le plan culturel, vous l’avez évoqué, je souhaite comme vous qu’elle se développe davantage, sur le plan économique, là, nous avons aussi des projets industriels, de nombreux projets communs à venir, sur le plan de la défense, sur le plan de la coopération académique et technologique, nous avons beaucoup de choses à faire ensemble.

Ce lien, c’est aussi celui que nous voulons créer, renforcer à travers notre politique européenne. De Conseil en Conseil, nous le voyons, nous œuvrons ensemble et, sur beaucoup de sujets, portons une vision commune.

C’est parce que nous avons su avancer ensemble que sur plusieurs sujets nous avons fait progresser l’Europe. Moi, je crois très profondément comme vous à une Europe pragmatique, plus simple pour nos concitoyens et nos entreprises et une Europe qui protège.

Nous avons su trouver un accord, par exemple, sur le travail détaché, à plusieurs, il y a un an. Nous saurons le trouver sur le transport et je sais combien c’est important pour vous.

Je crois aussi à une Europe où les dirigeants se parlent directement et tiennent leurs engagements. Le 30 juin dernier, nous avions pris des engagements mutuels. Ils ont été tenus. Je sais combien, Monsieur le Premier Ministre, vous teniez à l’auto-liquidation de la TVA, pour éviter les fraudes que vous aviez à de nombreuses reprises dénoncées. Après trois ans de blocage, parce que nous avons coopéré ensemble, nous avons levé ces blocages et pris les bonnes décisions.

J’avais pris les engagements sur le cadre financier pluriannuel, sur des partenariats défense, ils ont été, là aussi, scrupuleusement tenus.

Je crois que l’Europe avance quand on prend des engagements mutuels et qu’on les tient. C’est ce que nous avons fait durant ces derniers mois.

Donc, je souhaite qu’ensemble, République tchèque et France puissent faire avancer dans les prochains mois l’Europe. D’abord, pour montrer qu’il n’y a pas de division entre l’Est et l’Ouest. Il y a une Europe unie, unie par cette Histoire et des ambitions communes. C’est parce que nous serons unis que nous saurons trouver, apporter des solutions concrètes au manque d’investissement en matière d’innovation, à la trop faible croissance en Europe, mais aussi au défi migratoire qui est le nôtre comme au défi écologique qui est le nôtre.

Je souhaite que d’ici la fin de l’année, sur nombre de ces sujets, nous puissions avancer par des décisions communes et nous allons y travailler ce soir.

Je crois à une Europe qui porte une ambition pour nos concitoyens, qui protège davantage et qui soit plus souveraine. C’est aussi pour ça que je veux qu’ensemble, nous avancions en matière de défense, c’est un sujet qui me tient à cœur. Mais l’Europe sera elle-même si partout dans ses frontières, elle protège ses concitoyens face aux grands risques. Elle ne s’en remet pas à telle ou telle puissance pour faire le travail essentiel qu’on attend de la souveraineté.

Voilà ce que je suis venu vous dire, en vous souhaitant bon anniversaire et en vous disant combien la France, comme il y a cent ans, se tient aux côtés de la République tchèque. Parce que comme il y a cent ans, nous sommes des peuples fiers, qui croyons dans notre avenir, qui croyons dans la liberté et qui croyons dans la force d’un continent que nous chérissons. Parce qu’il n’est jamais facile de chérir une idée forte. Parce que cela suppose beaucoup d’engagement. Nous en aurons.

Alors, merci, Monsieur le Premier Ministre, pour votre accueil, je serai heureux ce soir de partager ce dîner avec vous et demain matin de partager un peu de cette expérience commune de l’Europe dans Prague.

A nouveau, je suis heureux d’être là en ce 100ème anniversaire.

Merci à vous"./.

Dernière modification : 30/10/2018

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