Iran : "Unité de vues sur l’accord de Vienne et sur la nécessité de le maintenir"

M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l’Europe et des affaires étrangères, a participé à la réunion du Conseil affaires étrangères à Luxembourg le 16 octobre.

Déclaration de M. Jean-Yves Le Drian à son arrivée au Conseil affaires étrangères (Luxembourg, 16 octobre 2017)

M. Jean-Yves Le Drian : "En ce qui concerne la France et la réunion de ce matin, le sujet le plus important est la question de la prolifération à la suite de la décision du président Trump de ne pas valider la certification de la mise en œuvre du plan d’action conjoint. Cette décision n’est pas conforme à ce que nous constatons, à ce que constate l’AIEA. La Chancelière, la Première ministre britannique et le président Macron ont eu l’occasion vendredi de le faire savoir. Nous souhaitons que le Congrès ne remette pas en cause cet accord car la prolifération est un tout, et la non-prolifération est un élément majeur de la sécurité dans le monde. Un acte de rupture serait extrêmement dommageable et nous pensons également que les Iraniens doivent non seulement respecter cet accord, qui à cette heure est respecté, mais aussi faire preuve de modération dans les propos, car il reste avec l’Iran des grands sujets de discussion que ce soit dans le programme balistique ou dans la manière de se comporter de l’Iran sur les questions régionales. Il n’empêche que le plan d’action conjoint est un accord majeur dans le cadre de la lutte contre la prolifération et nous souhaitons vraiment qu’il soit respecté. C’est un sujet que nous allons aborder ensemble. Nous souhaitons vraiment que l’Union européenne fasse aussi pression sur le Congrès pour que le Congrès américain ne remette pas en cause cet accord.

Il y a aussi la question nord-coréenne toujours autour de la prolifération. Il importe que ce pays ne puisse accéder à l’arme nucléaire et, pour cette raison, nous allons soutenir la mise en œuvre de sanctions supplémentaires, européennes, aujourd’hui. Merci"./.

Déclaration de M. Jean-Yves Le Drian à l’issue du Conseil affaires étrangères (Luxembourg, 16 octobre 2017)


M. Jean-Yves Le Drian :
"Comme je l’avais pressenti en arrivant, l’essentiel des sujets de ce Conseil des ministres des affaires étrangères était centré sur les questions liées à la prolifération. La prolifération est un enjeu crucial, un enjeu vital, une menace existentielle pour la sécurité et la paix dans le monde. Il y a un risque, si l’accord avec l’Iran n’est pas respecté, d’une relance de la course à l’armement nucléaire. Il était donc très important que nous puissions être unanimes sur ces questions, ce qui a été le cas.

Il y a eu une unité de vues sur l’accord de Vienne et sur la nécessité de le maintenir. Une déclaration a été adoptée à cet effet car même si nous considérons que la menace balistique ou les comportements iraniens dans la grande région du Moyen-Orient sont dangereux, nous considérons qu’il faut séparer la question nucléaire, la question de la prolifération de l’ensemble des autres questions. Et donc respecter intégralement l’accord de Vienne. Nous avons souhaité que le Congrès américain puisse aussi le respecter et que l’Iran bien évidemment le fasse.

Il y a eu une unité de vues aussi sur les mesures prises à l’encontre de la Corée du Nord – même sujet de prolifération – et une grande fermeté avec la transposition de la dernière résolution visant au renforcement des sanctions prises par le Conseil de sécurité, la résolution 2375, et également avec des sanctions européennes supplémentaires décidées au cours de ce Conseil pour ramener la Corée du Nord à la table des négociations. Nous avons aussi fait valoir notre solidarité à l’égard de la Corée du Sud et du Japon dans cette période de grandes tensions. L’essentiel c’est l’unité et l’unité contre toute forme de prolifération.

Concrètement, par rapport à l’Iran, comment l’Europe veut-elle agir ?

M. Jean-Yves Le Drian : Pour l’instant, il n’y a pas de renoncement, d’aucune partie, à l’accord. La seule mesure qui a été prise est le renoncement, par le président Trump, à certifier le respect par l’Iran de l’accord. Nous en sommes-là. Et nous souhaitons vivement que cet accord soit intégralement respecté car nous aurons d’autant plus de force, d’une part, à interpeller l’Iran à la fois sur son comportement régional et sur sa volonté d’acquisition balistique, que nous aurons respecté l’accord, et nous aurons, d’autre part, d’autant plus de force à inciter fortement la Corée du Nord à venir à la table des négociations que cet accord-là, en Iran, sera respecté. La prolifération ne se divise pas.

Sur le Venezuela, pensez-vous que l’Union européenne s’avance vers des sanctions, notamment au vue des résultats des élections régionales ?

M. Jean-Yves Le Drian : C’est encore un peu tôt, nous n’avons que très peu évoqué cette question puisque les résultats viennent d’arriver et, vous le savez, ils sont contestés. Nous attendons d’y voir un peu plus clair dans la journée de demain et nous répétons notre position : il importe qu’il y ait au Venezuela d’abord la fin des violences, le retour à l’Etat de droit et une médiation qui aboutisse à une réconciliation. L’Union européenne, et la France en particulier, est très favorable à cette médiation, il y en a une qui est en gestation autour de l’ancien président du gouvernement espagnol, M. Zapatero. J’ai souhaité pour ma part, lorsque j’ai reçu le ministre des affaires étrangères du Venezuela à Paris il y a quinze jours, que cette médiation puisse se poursuivre de la meilleure manière. Ais pour l’instant, je ne ferai pas de commentaires sur le résultat des élections tant qu’ils ne sont pas dûment vérifiés.

Est-ce possible que l’Europe, dans les prochains mois, prenne des mesures sur la balistique ?

M. Jean-Yves Le Drian : Le sujet principal d’aujourd’hui, c’était l’unité de nos positions concernant l’accord de Vienne. La France a dit qu’elle était désireuse de parler du reste. Nous nous adresserons à l’Iran pour parler du reste et à l’ensemble des acteurs mais ce n’est pas la question qui a été abordée ce matin"./.

Déclaration des Chefs d’État et de Gouvernement de la France, de l’Allemagne et du Royaume-Uni suite à l’annonce du Président des États-Unis d’une nouvelle stratégie sur l’Iran (13 octobre 2017)

Les Chefs d’État et de Gouvernement de la France, de l’Allemagne et du Royaume-Uni ont fait une déclaration commune suite à l’annonce du Président des États-Unis d’une nouvelle stratégie sur l’Iran.

"Nous, chefs d’État et de gouvernement de la France, de l’Allemagne et du Royaume-Uni, prenons note de la décision prise par le Président TRUMP de ne pas recertifier, devant le Congrès, le respect par l’Iran du Plan d’action global commun et nous sommes préoccupés par les implications qui pourraient en résulter.

Nous restons fermement attachés au Plan d’action global commun et à sa mise en œuvre totale par toutes les Parties. La préservation du Plan d’action est dans notre intérêt de sécurité nationale partagé. L’accord nucléaire a été l’aboutissement de 13 années de diplomatie et a constitué une avancée majeure pour faire en sorte que le programme nucléaire iranien ne soit pas détourné à des fins militaires. Le Plan d’action global commun a été entériné à l’unanimité par le Conseil de sécurité des Nations Unies dans la résolution 2231. L’Agence internationale de l’énergie atomique a confirmé de façon répétée, grâce à son programme de vérification et de suivi à long terme, que l’Iran se conformait au Plan d’action. Par conséquent, nous encourageons l’Administration et le Congrès américains à prendre en compte les implications que leur décision aurait pour la sécurité des Etats-Unis et de leurs alliés, avant de prendre toute mesure susceptible de porter atteinte au Plan d’action - par exemple la réimposition envers l’Iran de sanctions levées en vertu de l’accord.

Tout en œuvrant pour préserver le Plan d’action, nous partageons des préoccupations quant au programme de missiles balistiques de l’Iran et à ses activités dans la région, qui affectent également nos intérêts de sécurité européens. Nous sommes prêts à prendre de nouvelles mesures adéquates pour traiter ces questions, en étroite coopération avec les États-Unis et tous les partenaires concernés. Nous attendons de l’Iran qu’il s’engage dans un dialogue constructif pour cesser les actions de déstabilisation et œuvrer en vue de solutions négociées.

Nos gouvernements ont pris l’engagement de veiller au maintien du Plan d’action global commun. Indépendamment, nous devons faire en sorte que nos préoccupations collectives plus larges soient prises en compte.

Nous avons demandé à nos ministres des affaires étrangères d’étudier avec les Etats-Unis les moyens d’avancer sur ces questions"./.

Entretien téléphonique d’Emmanuel Macron avec M. Hassan Rohani, Président de la République Islamique d’Iran (13 octobre 2017)

Le Président de la République, Emmanuel Macron, s’est entretenu en milieu d’après-midi avec le Président iranien Hassan Rohani.

Au cours de cet échange téléphonique, le Président de la République a assuré le Président Rohani de l’attachement de la France au cadre fixé par l’accord de Vienne du 14 juillet 2015. Il a ainsi rappelé que les décisions attendues des États-Unis ne mettraient pas fin à l’accord sur le nucléaire iranien, et qu’avec l’ensemble des parties la France et ses partenaires européens continueraient à mettre en œuvre leurs engagements.

Le Président de la République a rappelé trois conditions pour poursuivre dans les prochains mois les ambitions du Plan d’action global commun (JCPoA) conclu à Vienne :

  • Le strict respect des stipulations de l’accord nucléaire. A ce titre, le Président de la République a indiqué à M. Rohani qu’il recevrait la semaine prochaine M. Yukiya Amano, le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) ;
  • La possibilité pour l’Iran de bénéficier des avantages économiques permis par l’accord ;
  • Le dialogue et les progrès sur des sujets qui ne relèvent pas de l’accord de 2015, mais qui sont fondamentaux dans le contexte stratégique actuel, en particulier les préoccupations liées au programme balistique iranien et les questions de sécurité régionale. Le Président de la République a en particulier fait part de son souhait de travailler avec l’Iran à une solution politique durable à la crise syrienne.

Le Président de la République a également indiqué que le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, se rendrait en Iran dans les prochaines semaines pour évoquer ces points avec son homologue M. Javad Zarif.

Le Président Rohani a, au cours de cet échange, apporté l’assurance que l’Iran continuerait à mettre en œuvre ses engagements au titre du Plan d’action global commun, en particulier dans le cadre de la coopération avec l’AIEA. Un déplacement en Iran du Président français, à l’invitation du Président Rohani, a été envisagé./.

Dernière modification : 18/10/2017

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