"Il y a une nécessité absolue à renforcer la zone euro"

M. Bruno Le Maire a participé à la réunion de l’Eurogroupe et au Conseil ECOFIN qui se sont déroulés à Bruxelles les 24 et 25 mai.

Déclaration de M. Bruno Le Maire à son arrivée à la réunion de l’Eurogroupe (Bruxelles, 24 mai 2018)

M. Bruno LE MAIRE  : "Bonjour à tous. Je vais m’exprimer en français, d’abord pour souligner l’importance de la décision du projet de décision de la Commission de sortie de la procédure pour déficit excessif de la France. Je crois que c’est un signal très important. C’est la reconnaissance des efforts qui ont été faits par le gouvernement français, par le Président de la République, pour remettre d’aplomb les finances publiques françaises. Nous étions depuis dix ans sous cette procédure pour déficit public excessif. La Commission a proposé que nous sortions de cette procédure, c’est un signal important, c’est un signal positif. D’abord parce qu’il est bon pour la France que les finances publiques soient bien tenues. C’est bon pour les Français, c’est bon pour notre croissance, c’est bon pour la création d’emplois. Et puis je crois que c’est le signal de la crédibilité retrouvée de la France sur la scène européenne. Donc nous sommes heureux de ce projet de décision de la Commission européenne et nous serons à la hauteur de la confiance qui a été placée dans la France et dans les finances publiques françaises.

Le deuxième sujet que nous allons traiter aujourd’hui, c’est évidemment la Grèce. Nous devons clore la quatrième revue du troisième programme à la fin du mois de juin. La Grèce a pris déjà un certain nombre de décisions qui sont importantes. Elle doit continuer dans cette voie-là. Et il faudra aussi définir un mécanisme pour la dette grecque, qui soit clair, qui soit crédible pour les marchés et qui soit solide. Donc nous nous y employons, nous avons déjeuné aujourd’hui avec un certain nombre d’acteurs du traitement de la dette grecque. Je pense que nous sommes dans la bonne voie pour trouver un accord d’ici la fin du mois de juin sur un traitement solide, clair, crédible de la dette grecque pour mise en œuvre après l’achèvement du programme.

Le troisième sujet que nous allons traiter durant ces deux jours à Bruxelles, c’est le paquet bancaire. Le paquet bancaire est un élément essentiel de la solidité des banques européennes. Cela n’est pas un sujet technique, c’est un sujet éminemment politique qui engage la solidité des banques européennes et qui est essentiel également pour les épargnants, pour la garantie qu’auront les épargnants que leurs banques resteront solides quelle que soit la situation économique et quelle que soit la situation financière. Il y a une proposition de la Présidence qui est désormais sur la table. Cette proposition est une proposition équilibrée, c’est la bonne proposition. C’est le point d’équilibre entre les attentes des uns et des autres. Nous avons eu l’occasion d’en discuter avec Olaf Scholz pendant des heures et des heures au cours des semaines passées. Nous sommes d’accord. Nous avons aujourd’hui une proposition de la Présidence qui est une bonne proposition. Maintenant une bonne proposition, il faut l’adopter. Et je pense qu’il n’y a pas de temps à perdre pour adopter ce projet sur le paquet bancaire et prendre les décisions nécessaires. C’est d’autant plus nécessaire que nous aurons ensuite une discussion sur l’avenir de l’euro.

Donc mettons de côté le paquet bancaire pour pouvoir progresser ensuite sur l’avenir de la zone euro. Nous y travaillons de manière intense, avec le Vice-Chancelier Scholz depuis des semaines. Avec Olaf Scholz, nous sommes totalement déterminés à aboutir à une feuille de route commune franco-allemande sur l’avenir de la zone euro d’ici le Conseil européen de juin. C’est la mission que nous ont donnée le Président de la République française Emmanuel Macron et la Chancelière Angela Merkel. Nous voulons être à la hauteur de cette mission et surtout être à la hauteur de l’histoire. Chacun voit bien aujourd’hui, au regard de la situation internationale, des difficultés européennes, qu’il y a une nécessité absolue à renforcer la zone euro. Pour renforcer la zone euro, il faut que Français et Allemands soient d’accord sur une feuille de route. Nous ne ménagerons aucun effort dans les semaines et jours qui viennent avec Olaf Scholz pour parvenir à un compromis franco-allemand.

Un dernier mot sur une proposition de Valdis Dombrovskis qui me tient très à cœur, celle du financement durable et « green bonds » en particulier. Je veux appuyer ces propositions du Vice-Président Dombrovskis car je crois que c’est une excellente proposition qui va dans le sens de la finance verte à laquelle, le Président de la République et moi-même, sommes très attachés.

Est-ce que l’Italie peut-être la nouvelle Grèce ?

M. Bruno LE MAIRE : L’Italie est un partenaire essentiel de la zone euro, et un partenaire essentiel en Europe. L’Italie est un Etat fondateur du projet européen, c’est une des économies importantes de la zone euro et une économie importante de l’Union européenne. Nous avons tous noté de manière positive les premières déclarations du Président du Conseil Italien, qui s’est engagé justement à respecter les règles européennes. C’est un signal positif, nous voulons travailler de manière constructive avec l’Italie et nous jugerons sur les actes.

Allez-vous discuter des tarifs douaniers de Donald Trump sur l’Union européenne ?

M. Bruno LE MAIRE  : Le Président de la République a eu l’occasion à maintes reprises de dire à quel point, entre alliés, entre Européens et Américains, nous ne pouvions pas comprendre ni accepter qu’il y ait une augmentation des tarifs douaniers. Nous souhaitons et continuerons à demander une exemption totale et permanente des tarifs douaniers américains sur l’Europe. Nous sommes prêts à travailler avec nos amis américains sur la question du commerce international. Nous sommes prêts à étudier la question des surcapacités de production d’acier et d’aluminium en Chine, nous sommes prêts à travailler sur la refondation de l’Organisation Mondiale du Commerce, sur le respect de la propriété intellectuelle, sur l’accès aux marchés publics. Sur tous ces sujets, nous ouvrons les bras à nos amis américains et nous disons : il faut travailler ensemble. Mais pour travailler ensemble, il faut travailler en confiance, sans menace, cela veut dire une exemption totale et permanente des tarifs américains sur l’Europe. Le Président de la République l’a dit à plusieurs reprises et je reconfirme la position française.

De nouveaux tarifs pour les automobiles européennes ?

M. Bruno LE MAIRE  : Pas de nouveaux tarifs il y aura une discussion avec nos amis américains sur la question du commerce international à partir du moment où nous aurons une exemption totale et permanente des tarifs douaniers américains sur l’Europe. Entre alliés, nous ne pouvons pas négocier sous la menace ou sous la contrainte. Nous devons négocier de bonne foi, sereinement, cela suppose que le Président a demandé à de multiples reprises qu’il y ait une exemption totale et permanente des tarifs américains sur l’Union européenne"./.

Communiqué de presse du ministère de l’Economie et des Finances « Paquet bancaire : accord des ministres Finances à Bruxelles" (25 mai 2018)

Bruno Le Maire, ministre de l’Economie et des Finances, salue l’accord obtenu au Conseil de l’Union européenne sur le renforcement des règles prudentielles applicables aux banques. Cet accord, qui permet de franchir une nouvelle étape dans la réduction des risques en Europe, ouvre la voie à de nouvelles étapes vers plus de solidarité entre les Etats membres de la zone euro.

Bruno Le Maire a déclaré que cet accord, qui doit encore faire l’objet d’un compromis entre le Conseil de l’Union européenne et le Parlement européen, "marque une étape cruciale pour faire du secteur bancaire européen le plus robuste et le plus stable du monde, et ainsi offrir encore plus de sécurité aux épargnants. Il permettra justement à nos banques de mieux financer les ménages et les entreprises en France et en Europe. Cet accord s’inscrit enfin dans le projet d’approfondissement de la zone euro porté par le Président de la République. Il ouvre la voie aux propositions communes que feront la France et l’Allemagne en vue du Conseil européen de juin sur l’ensemble des mesures nécessaires pour renforcer l’Union Economique et Monétaire".

La Commission européenne a proposé, en novembre 2016, un ensemble de mesures visant à mettre en œuvre au sein de l’Union les grands standards internationaux en matière bancaire adoptés ces dernières années par le Comité de Bâle et le Conseil de stabilité financière. Ce paquet législatif conduira à renforcer à la fois la liquidité des banques via l’introduction de nouvelles exigences portant sur le financement de long terme, ainsi qu’à améliorer la mesure des risques et la quantité de capital disponible pour absorber d’éventuelles pertes.

Le paquet conduit à renforcer l’exigence dite "MREL" au niveau européen et "TLAC" au niveau international, ce qui permet d’assurer que les banques, en cas de défaillance, peuvent absorber leurs pertes et être recapitalisées sans recours à des fonds publics ou aux fonds des déposants. Le cadre de la résolution bancaire est également précisé afin de permettre une meilleure gestion des situations de crise.

Enfin, certaines dispositions renforceront la surveillance et, en cas de difficultés, la capacité de la résolution des filiales européennes de grands groupes étrangers.

Les mesures adoptées aujourd’hui marquent un progrès dans l’intégration de la zone euro au plan bancaire ce qui constitue un des objectifs centraux de l’union bancaire. Pour autant, des progrès restent nécessaires pour mettre fin aux pratiques de cantonnement au niveau national du capital, de la liquidité, et des ressources pour la résolution qui demeurent des obstacles au financement le plus efficace de la zone euro.

Ces mesures reflètent la pleine mise en œuvre par l’Union européenne des standards internationaux. Nous serons également vigilants à ce que les autres membres du Comité de Bâle fassent de même.

Cette avancée supplémentaire en termes de réduction des risques doit créer un momentum positif pour parvenir à un accord plus large en juin sur les étapes à franchir pour parachever l’union bancaire, y compris avec l’anticipation de la mise en œuvre du backstop du fonds de résolution unique, et pour compléter la réforme de la zone euro dans son ensemble./.

Déclaration de M. Bruno Le Maire dans le cadre de la conférence de presse conjointe avec son homologue allemand, M. Olaf Scholz, à l’issue du Conseil ECOFIN (Bruxelles, 25 mai 2018)

Dernière modification : 25/05/2018

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