"Il faut transformer la zone euro en un vrai continent économique intégré"

Le ministre de l’Economie, M. Bruno Le Maire, a participé les 9 et 10 octobre à la réunion de l’Eurogroupe et au Conseil ECOFIN, à Luxembourg.

Déclaration de M. Bruno Le Maire à son arrivée à la réunion de l’Eurogroupe (Luxembourg, 9 octobre 2017)

Avec le départ de M. Schäuble qui signe la fin d’une époque, quel est l’héritage de cette époque ?

Bruno Le Maire : (En Allemand) ) "Un mot sur mon ami Wolfgang Schäuble. C’est son dernier Eurogroupe. Je suis très heureux du rôle important qu’il a joué pour le développement de la communauté européenne, dans l’amitié franco-allemande et dans la politique de l’Allemagne. Il fera un excellent Président du Bundestag. Je vois Wolfgang Schäuble comme un grand ministre des Finances, je le vois également comme un grand Européen et comme un ami très proche

(En Français) Je crois qu’aujourd’hui, il y a une croissance qui revient en Europe. On le voit en France avec une croissance de 1.8% annoncée pour 2017, c’est une excellente nouvelle. Et chacun sait que lorsqu’il y a de la croissance, il y a aussi des risques. Et donc nous restons très vigilants sur le niveau d’endettement, très vigilants sur le niveau des actifs, pour garantir avec tous les autres états membres de l’UE et la BCE, que cette croissance est durable, soutenable, et ne conduira pas à de nouveaux risques pour la zone euro. Nous sommes très vigilants là-dessus, très conscients des défis qui nous attendent. Quand il y a croissance, il y a aussi de nouveaux risques, à nous d’etre vigilants, de prévenir ces risques, c’est le rôle de ministre des Finances, et c’est ce à quoi nous sommes tous profondément déterminés.

Serez-vous candidat à la présidence de l’Eurogroupe ?

Bruno Le Maire : (En Anglais) Nous avons une très bonne présidence de l’Eurogroupe grâce à Jeroen Dijsselbloem. J’ai cru comprendre que Jeroen voudrait rester président jusqu’au début de l’année prochaine (janvier 2018) - la fin de son mandat. Je pense que c’est l’option la plus pratique et la plus judicieuse pour l’Eurogroupe. L’Eurogroupe a besoin de stabilité, en ce moment la présidence est bien assurée grâce à Jeroen, donc s’il veut rester jusqu’à l’année prochaine, je pense que c’est la meilleure option pour tous les membres de l’Eurogroupe.

Pourquoi est-ce que la politique d’austérité mène-t-elle vers une voie sans issue ?

Bruno Le Maire : (En Français) Il n’y a pas de politique d’austérité en Europe, en tout cas nous n’y sommes pas favorables avec le Président de la République et le Premier ministre. Nous sommes pour la convergence des politiques économiques, pour que chaque membre de l’Union européenne fasse les efforts nécessaires pour répondre aux standards de l’Union européenne. C’est ce que nous faisons en France. Nous avons engagés toute une série de réformes en profondeur : code du travail ; transformation de la fiscalité française pour alléger la fiscalité sur le capital et mieux financer nos entreprises ; formation professionnelle, qui est essentielle pour accompagner nos salariés face aux révolutions technologiques. Nous faisons donc tout le nécessaire pour que la France revienne au premier plan en matière économique et retrouve toute sa puissance économique. Il faut donc de la convergence entre les Etats membres.

Il faut ensuite que chaque état respecte ses engagements européens, c’est très important. C’est ce que la France va faire cette année, avec un déficit de 2.9% ; C’est la première fois depuis 10 ans que la France va tenir ses engagements en matière de déficit, et j’espère que cela permettra à la France de sortir de la procédure pour déficit public excessif.

Et puis ensuite, il faut transformer la zone euro en un continent économique puissant, respecté, capable de défendre nos intérêts d’emploi, nos intérêts industriels, nos intérêts financiers. Ca c’est l’enjeu des années qui viennent. Nous allons commencer les discussions aujourd’hui, ne soyez pas trop impatients"./.

Déclaration de M. Bruno Le Maire à l’issue du Conseil ECOFIN (Luxembourg, 10 octobre 2017)

Partie 1

Partie 2

Que pensez-vous de la proposition allemande sur l’avenir de la zone euro ?

Bruno Le Maire : "Il y a des propositions de beaucoup de pays, des propositions de l’Allemagne, de l’Italie également et nous avons eu une première discussion très ouverte et très intéressante sur la zone euro. Mais il est trop tôt pour le moment pour fixer des lignes directrices. Je crois que c’est le moment où chacun pose d’abord sa vision de l’avenir de la zone euro. Le Président de la République l’a fait il y a quelques jours dans son discours à la Sorbonne qui présentait une vision très claire de l’avenir de la zone euro, l’Allemagne a présenté elle-même ses positions et nous entrerons dans les discussions au début de l’année prochaine. Je crois qu’il y a des choses qui peuvent être atteintes rapidement : l’union bancaire, l’union des marchés de capitaux, la convergence fiscale, notamment sur l’imposition sur les sociétés entre l’Allemagne et la France. Tout cela nous pourrons l’atteindre rapidement et pour moi c’est un calendrier qui doit nous mener jusqu’à fin 2018 et pas au-delà pour ces sujets : union bancaire, union des marchés de capitaux et convergence fiscale avec l’Allemagne sur l’impôt sur les sociétés. Après il y a des sujets qui sont plus difficiles, qui vont demander plus de temps. Je pense en particulier à la manière dont a fonctionné le mécanisme européen de stabilité. Nous avons eu un très bon échange sur ce sujet-là mais nous avons vu qu’il y avait aussi des divergences. Il y aura la question du budget, quel niveau de budget, quelle fonction pour ce budget, quel fonctionnement pour ce budget. Ce sont des questions qui sont forcément des questions très difficiles et au cœur de la transformation de la zone euro. Et tout à la fin viendra la question du ministre des finances de la zone euro mais pour moi, c’est la dernière question parce qu’elle suppose que nous ayons réglé tous les problèmes préalables. Enfin, n’oublions pas de savoir quel est le sens que nous donnons à cette zone euro. Pour nous, avec le Président de la République, le sens est de transformer la zone euro, une zone monétaire, en un vrai continent économique intégré. Un continent économique aussi puissant que la Chine, que les Etats-Unis, capable de défendre nos intérêts économiques, de défendre nos entreprises et de créer des emplois pour tous les citoyens européens membres de la zone euro. N’oublions jamais dans nos discussions techniques le sens politique que nous voulons donner à cette zone euro. Elle ne doit plus être juste une zone monétaire mais un continent économique puissant et respecté.

What is your opinion on the preliminary compromise that seems to have been reached on Basel ? Second, on the guidance issued by the ECB issued last week on non-performing loans : do you think the ECB went a little bit beyond its powers since there is a discussion on new rules that is now in the Council and the Commission should make a proposal in the next year apparently and there is also a letter from the European Parliament president saying the ECB went a little bit far ?

Bruno Le Maire : For your first question, as you know, it is the central banks who are leading this discussion. We have a mandate that is clear ; we do not want any major increase on capital requirements. This has been the constant position of the French government. It is then up to the central banks to enter into the negotiations and to pursue the negotiations this week in Washington. But our position is clear : no extra major increase in capital requirements.

Is the current compromise acceptable ?

Bruno Le Maire : We will have new discussions in Washington ; it will be up to the central banks to try to build a compromise on that, as I told you, our position is quite clear : no major increase on capital requirements.

Second question : did the ECB go a little too far in its guidance on non-performing loans ?

Bruno Le Maire : I am not here in Luxembourg to make any criticisms against the ECB.

La France est-elle d’accord pour que le MES puisse marcher sur les platebandes de la Commission et contrôler les budgets européens ou avoir plus de pouvoir à ce niveau-là ?

Bruno Le Maire : Je crois que la question fondamentale sur le MES, c’est de savoir si c’est un mécanisme automatique, qui obéit exclusivement aux règles de marché, ce qui pourrait conduire à des restructurations de dette ou non. Nous, nous n’y sommes pas favorables. Je l’ai dit très clairement, je pense que le mécanisme européen de stabilité est protecteur de nos économies, de l’épargne de nos citoyens, donc c’est un mécanisme qui est très important, vital à nos yeux pour le bon fonctionnement de la zone euro et qui a apporté la preuve de son efficacité. Ensuite, comment doit-il évoluer ? Voulons-nous un mécanisme totalement automatique, qui n’obéit qu’aux règles de marché, qui pourrait conduire à des restructurations de dette automatiques ? Nous, nous y sommes défavorables. Et nous le disons très clairement, c’est une véritable ligne rouge pour le gouvernement français parce que nous pensons que cela pourrait fragiliser la zone euro, créer des doutes auprès des investisseurs et donc remettre en question tous les acquis de solidité, de stabilité que nous avons réussi à obtenir pour la zone euro depuis plusieurs années. Voilà la position que j’ai exprimée très clairement hier durant la réunion de l’Eurogroupe, après nous sommes ouverts à toute amélioration du mécanisme européen de stabilité. Je pense qu’il y a d’autres options qui sont sur la table et qui sont envisageables. On peut améliorer le dispositif mais on ne peut pas s’en remettre uniquement aux forces du marché pour le fonctionnement de ce mécanisme européen de stabilité.

Il y a une opposition forte avec l’Allemagne ?

Bruno Le Maire : Il y a une différence de vue. Il arrive que nous ayons des différences de vue avec l’Allemagne. Au bout du compte, nous trouvons toujours un compromis. Et je suis un homme de compromis, je sais que l’Europe ne peut avancer qu’en trouvant des compromis entre les positions des uns et des autres, mais il est bon aussi que chacun dans une discussion fasse preuve de clarté et de franchise, et dise quelles sont ses lignes rouges. L’idée qu’on puisse avoir un mécanisme européen de stabilité qui fonctionne de manière automatique, sans aucun pilotage politique, sans capacité d’ajustement nous parait dangereuse. Dangereuse pour la stabilité même de la zone euro.

Mr. Dijsselbloem is going to leave. You are said to have ambitions too. When will you pronounce your candidacy ?

Bruno Le Maire : Mr. Dijsselbloem is going to stay, as you know. We have taken that very wise decision to allow Mr. Dijsselbloem to stay in office until the end of the year. And I think this is a wise decision and a good decision for the stability of the Eurogroupe. Then there will be of course an election because as you know the president of the Eurogroupe must be elected by the members of the Eurogroupe. It will be at the end of the year so let’s wait until the end of 2017"./.

Dernière modification : 10/10/2017

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