Royaume-Uni et UE : déclaration du Président de la République et de David Cameron (Elysée, 28 mai 2015)

LE PRESIDENT : J’ai été très heureux d’accueillir David CAMERON. C’était son premier déplacement dans un grand pays européen après son élection, sa réélection. Je l’ai félicité pour le succès qu’il a remporté et qui lui permet de disposer d’une majorité large et stable pour les cinq ans qui viennent. Nous allons donc travailler ensemble, comme nous avons d’ailleurs travaillé ensemble depuis, en ce qui me concerne, trois ans.

Nous avons des relations entre la France et le Royaume-Uni intenses et confiantes. Intenses parce que sur le plan économique, nous avons beaucoup d’échanges. Intenses parce que de nombreux Anglais vivent en France et de nombreux Français vivent au Royaume-Uni. Intenses aussi parce que nous avons, sur des sujets particulièrement cruciaux, je pense notamment à la défense, des intérêts communs et une coopération particulièrement avancée, y compris dans le domaine du nucléaire militaire.

Nous avons des relations confiantes aussi parce que nous sommes deux grands pays qui avons des responsabilités à l’échelle du monde. D’abord, parce que nous sommes membres permanents du Conseil de sécurité, la France et la Grande-Bretagne. Aussi parce que nous avons, compte tenu de notre histoire, mais compte tenu aussi de notre vision du monde, la volonté de venir en soutien à des pays qui nous en font la demande ou qui attendent beaucoup de notre propre intervention, en Afrique et nous le voyons aussi au Moyen-Orient.

Nous avons également la même volonté de lutter contre le terrorisme et je remercie encore David CAMERON, car il fut l’un des premiers à m’appeler après les attentats de Paris et à venir défiler avec nous le 11 janvier. Nous avons d’ailleurs une coopération en matière de renseignement qui est particulièrement claire et fondée sur la confiance.

Nous avons aussi une position commune sur la préparation de la Conférence sur le climat. David CAMERON et son gouvernement ont été parmi les premiers à nous soutenir dans la préparation de ce grand rendez-vous et à faire en sorte que nous puissions adopter d’ores et déjà des positions qui, à travers nos contributions respectives, à travers nos annonces de financement, nous permettent de préparer le mieux possible ce rendez-vous.

Il y aura d’ailleurs des réunions importantes, le G7 très bientôt, l’Assemblée générale des Nations Unies, mais également des réunions régionales et aussi une réunion du
Commonwealth qui pourra favoriser le rapprochement, la convergence et, à Paris, l’accord général sur le climat.

Nous avons, dans l’échange qui a été le nôtre, ce soir, évoqué la place de la Grande-Bretagne dans l’Union européenne. La France souhaite que la Grande-Bretagne reste dans l’Union européenne. Il y aura un référendum, il a été annoncé. Ce sera au peuple britannique de choisir, souverainement, ce qu’il veut pour son avenir.

Nous, nous pensons que c’est l’intérêt de l’Europe et c’est l’intérêt du Royaume-Uni d’être ensemble. Mais il y a toujours le respect du peuple.

David CAMERON présentera ses propositions, nous les discuterons et nous verrons comment nous pouvons avancer pour que le peuple britannique puisse être consulté sur une base qui lui permette de faire le choix qui lui correspondra le mieux. Là-dessus, il y aura, pendant les prochaines semaines, les prochains mois, des discussions qui intéresseront la Commission européenne et le Conseil européen. Nous avons commencé à en parler ce soir.

Je remercie David CAMERON d’avoir bien voulu nous en donner aujourd’hui une certaine information, même s’il donnera ses propositions le moment venu.

David CAMERON, Premier ministre Grande-Bretagne : Merci beaucoup, François. Merci de ton accueil à Paris. Je suis très heureux d’y être de retour. La France est le premier pays dans lequel je me suis rendu lorsque je suis devenu Premier ministre, il y a cinq ans. Je suis très heureux d’y revenir, très peu de temps après avoir remporté cette victoire électorale.

La France est un partenaire clé auquel nous tenons beaucoup. Nos économies sont vraiment très liées. Nous sommes deux puissances militaires. Nous partageons des valeurs. L’une de mes premières initiatives en tant que Premier ministre a consisté à rédiger le Traité de Lancaster House pour améliorer encore notre coopération en matière de défense. Je suis toujours extrêmement engagé dans ce domaine et j’aimerais que notre défense, notre coopération dans la défense aille encore plus loin.

Nous partageons des intérêts dans le monde entier, il s’agit de protéger nos pays et nos peuples. Nous sommes décidés, l’un et l’autre, à lutter contre le terrorisme et à remporter la victoire. C’est quelque chose de cher à nos deux pays.

Ce soir, j’aimerais évoquer brièvement trois questions sur lesquelles la France et le Royaume-Uni doivent travailler ensemble dans leur intérêt.

Tout d’abord, l’Union européenne. Ma priorité est de réformer l’Union européenne pour la rendre plus compétitive et pour répondre également aux préoccupations du peuple britanniquesur notre participation à l’Europe. Le statu quo n’est pas suffisant, je pense qu’il y a des changements que nous pouvons faire qui bénéficieront non seulement au Royaume-Uni, mais à toute l’Europe. Bien sûr, la priorité pour François est de renforcer la zone Euro, afin de garantir le succès de la monnaie unique. Le Royaume-Uni soutient cette approche. Nous voulons que la zone Euro fonctionne mieux encore et nous ne voulons pas faire obstacle à une intégration plus grande.

Mais si nous avons des priorités différentes, nous avons un objectif commun de trouver des solutions à ces problèmes. Ce qui compte, c’est que l’Union européenne et ses vingt-huit membres soient suffisamment flexibles et fassent suffisamment preuve d’imagination pour répondre à ces questions. Nous travaillerons ensemble pour trouver les réponses qui feront de l’Union européenne une organisation qui remportera un plus grand succès encore. C’est le défi d’aujourd’hui.

Ensuite vient un autre grand défi, le changement climatique et je partage tout à fait l’ambition du Président HOLLANDE de parvenir à un accord mondial en France en décembre. L’objectif est de réduire de deux degrés maximum d’ici à 2050.

Le Royaume-Uni jouera son rôle, nous avons à impliquer le secteur privé à stimuler la
recherche, l’innovation, les technologies pour une énergie propre, en soutenant l’emploi et la croissance. Nous contribuerons à hauteur de 50 millions de livres et prendront de nombreuses initiatives sur les nouvelles technologies.

Ensuite, je veux évoquer les menaces pour notre sécurité nationale. Lorsque j’étais à Paris, j’ai été très ému de participer à la marche qui s’est tenue après l’attaque contre Charlie Hebdo, qui a choqué le monde entier. Le monde était aux côtés de la France ce dimanche-là et nous restons aux côtés de la France aujourd’hui.

Nous allons ensemble lutter contre l’extrémisme islamiste qui perdure. Nous allons aider nos jeunes à s’éloigner de cette idéologie. Nous soutiendrons à cette fin les forces de sécurité en Irak, l’opposition syrienne modérée. Sur le processus politique en Libye, la France et le Royaume-Uni seront des partenaires dans ce domaine, que ce soit en Méditerranée ou en Afrique. Le Président HOLLANDE et moi avons besoin d’une approche globale. Il faut également travailler sur les causes, ce qui mène les gens à quitter leur pays, leur maison, à traverser la Méditerranée. Il ne faut pas se concentrer uniquement sur la gestion de ceux qui arrivent.

Je vous remercie et je suis très heureux de poursuivre cette discussion avec le Président HOLLANDE lors du dîner.

Dernière modification : 29/05/2015

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