Crise sidérurgique : l’Europe doit être un espace de juste protection économique

Le ministre de l’économie, de l’industrie et du numérique, M. Emmanuel Macron, s’est rendu le 11 avril 2016 au Parlement européen à Strasbourg. Il y a rencontré, conjointement avec la Commissaire européenne Elzbieta Bienkowska, des députés européens pour échanger sur la crise de l’acier en Europe.


Crise sidérurgique en Europe - Déclaration d’Emmanuel Macron au Parlement européen (Strasbourg, 11 avril 2016)

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Emmanuel MACRON :
Il existe aujourd’hui un vrai problème sur le marché de l’acier européen, puisque depuis maintenant 8 mois nous avons des surcapacités chinoises qui sont déversées en Europe, avec des prix baissés de manière extrêmement agressive, parce qu’il s’agit d’industries qui ont été subventionnées, souvent avec des aides de l’Etat, et qui vendent à perte, largement sous les prix du marché.

C’est ce qui conduit notre industrie sidérurgique à beaucoup souffrir et à être aujourd’hui en situation dans certains endroits de fermer des sites industriels. On l’a vu au Royaume Uni et on continuera à le voir ailleurs. Moi je me bats sur ces sujets parce que c’est ce que nous devons à nos concitoyens et aux travailleurs dans ce secteur.

Là-dessus il faut être très clair : l’Europe, elle s’est construite sur l’acier. L’Europe a eu à gérer de grandes crises dans l’acier. Rappelez-vous du plan Davignon, et de tout ce que nous avons eu à faire lorsqu’il y a eu des surcapacités.

Nous avons expliqué des années durant aux industriels, aux travailleurs de ce secteur, qu’il fallait s’adapter à la mondialisation, qu’il fallait parfois faire des sacrifices, être compétitifs, investir, se former, parfois devoir procéder à des licenciements, parce que nous voulions gagner dans un monde ouvert. Nous avions aussi des avantages.

Mais aujourd’hui certains ne respectent pas les règles du jeu, les règles de la mondialisation, les règles dans lesquelles la liberté est possible. Je crois dans la liberté économique, mais cette liberté doit respecter des règles.

Donc aujourd’hui, l’Europe, en même temps qu’elle est une terre d’ouverture économique, doit être aussi un espace de protection, de juste protection économique. C’est ce que nous devons faire.

Donc face à ce dumping chinois, quel est aujourd’hui notre devoir ?

D’abord agir vite. Nous avons des procédures trop longues dans les faits, alors même que notre droit nous permet d’aller plus vite. C’est l’objet de la lettre que nous avons écrite en novembre dernier. A l’initiative de la France, nous avons rassemblé 11 Etats membres. Les Parlementaires européens sont très en soutien sur ce sujet. Quelle est la réalité des choses ? La Commission peut se saisir elle-même, elle ne le fait pas suffisamment. La Commission veut aujourd’hui prouver qu’il y a véritablement une pratique de dumping et en établir tous les faits et détails, alors qu’on a simplement besoin d’établir le risque de préjudice, exactement comme le font les Américains, ce qui permet d’aller beaucoup plus vite. Cette procédure existe, elle est dans notre droit positif.

Nous mettons en moyenne neuf mois pour réagir une fois que le préjudice est établi, avant de mettre des tarifs anti-dumping. Sur ce point, un progrès a été fait par la Commission qui a réduit d’un mois ses délais, mais ces délais sont encore trop longs : nous passons de 9 mois à 8 mois -alors que les Américains sont eux à 5 mois en moyenne, et même 2 mois sur certaines procédures- alors que chaque semaine perdue, c’est un risque pris sur une entreprise. On vient de le voir au Royaume Uni où, à Port Talbot, les Britanniques viennent de devoir justement fermer, ou céder une entreprise.

Nous devons donc continuer de mettre la pression sur la Commission européenne pour que les procédures aillent plus vite. On ne parle pas de procédures abstraites ou bureaucratiques. On parle de la vie des femmes et des hommes en Europe qui travaillent dans le secteur de la sidérurgie. Et je vous le dis : la France aura de grands problèmes si ces procédures durent 8 mois. On a ouvert les dernières procédures au début du mois de février. J’ai moi besoin de décisions pour l’été en la matière.

Et puis il y a un deuxième sujet, qui est le sujet des tarifs. Si nous voulons être crédibles lorsqu’il y a des pratiques de dumping, nous devons pouvoir mettre des tarifs qui sont suffisamment importants.

Aujourd’hui, quand nous avons pris des mesures suite aux procédures ouvertes en mai dernier, on a mis des tarifs d’environ 20%. En comparaison, les Etats-Unis ont mis des tarifs de 300%. Nous ne sommes pas crédibles. Et là, c’est la responsabilité du Conseil de l’UE, en particulier du Conseil Commerce, puisque depuis la fin 2014, le plan de modernisation de nos règles commerciales proposé par la Commission a été bloqué par plusieurs Etats membres.

Je le dis à tous les Etats membres qui aujourd’hui bloquent sur ce sujet : ils doivent regarder en face et regarder leur responsabilité. Si nous voulons être un espace économique crédible vis-à-vis de nos partenaires quand ils ne respectent pas les règles, nous devons avoir des tarifs suffisamment élevés, c’est à dire des tarifs comparables aux Américains./.

Dernière modification : 12/04/2016

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