COP21 et l’agenda des solutions : Conférence de Nicolas Hulot (13 mai 2015)

Le 13 mai 2015, Nicolas Hulot, Envoyé spécial du Président de la République pour la protection de la planète, s’est rendu à Bruxelles et a participé à une conférence organisée conjointement par la Représentation permanente de la France auprès de l’Union Européenne et la Fondation Robert Schuman sur le thème « COP21 et l’agenda des solutions ».

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Lors de propos liminaires, M. Hulot a rappelé que la préoccupation n’était plus seulement environnementale, mais que l’on s’approchait de « la pierre angulaire de la dignité humaine et de la justice sociale ». Il a souligné qu’il était important d’avoir la même lecture de la situation afin d’être à la hauteur des solutions et de ne pas se tromper dans l’échelle des révisions, des choix et des engagements.

1/ Enjeux de la COP21 et conditions de sa réussite

Selon M. Hulot, lors de la COP21, il fallait créer des conditions d’une ambition collective à Paris et éviter de reproduire le scénario de la conférence de Copenhague (COP15), qui avait été un échec. Il a cependant précisé qu’aujourd’hui, nous étions moins démunis en termes de « modèle économique et énergétique de demain ». Mais selon lui, la France ne serait pas forcément en meilleure capacité d’apaiser les tensions par rapport à la conférence de Copenhague.

M. Hulot a souligné qu’il fallait combiner deux échelles de temps : le court terme et le long terme. Chaque pays émettait des arguments isolés raisonnables, mais il y avait en même temps une démarche de « suicide collectif » et il était donc essentiel, selon lui, d’appréhender cet enjeu écologique par un prisme universel plutôt que par le prisme habituel des intérêts nationaux. Il a ajouté que la « fenêtre d’opportunité était en train de se réduire ».

M. Hulot a insisté sur le fait que l’enjeu climatique était un enjeu de justice et la conséquence de celui-ci, s’il nous échappait à l’avenir, était « l’ultime injustice dans un monde qui n’en avait pas besoin ». Décrivant une « situation d’inquiétude et de désespoir », M. Hulot est revenu sur les conséquences graves que pourraient avoir des ambitions au rabais lors de la COP21 : le fossé des incompréhensions et des tensions serait aggravé car la crise climatique englobait d’autres crises (désertification, déforestation, accès aux ressources vitales). Il est revenu sur « l’ultime injustice » de cette crise, qui frappait prioritairement des personnes qui subissaient les conséquences d’un mode de développement dont elles n’avaient pas profité. M. Hulot a souligné qu’on ne pouvait « pas se permettre d’échouer à Paris », car il n’y avait pas d’alternative.

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2/ Agenda des solutions

M. Hulot a mentionné deux « verrous » qui n’opéraient plus : le scepticisme, car la réalité du changement climatique conséquence de l’activité humaine n’était plus contestée, et l’absence de solutions face au réchauffement, car elles étaient désormais identifiées.

M. Hulot a décrit un panel de solutions large (institutionnelles, technologiques, politiques, économiques) mais il a également indiqué qu’il fallait mobiliser au-delà de la sphère politique ; des autorités religieuses et spirituelles, par exemple, ce qui pourrait permettre d’appréhender l’origine de cette crise qu’il d’écrivait comme « anthropologique ». M. Hulot a rappelé que les négociateurs évoluaient dans un espace contraint et que la responsabilité incomberait aux ministres et aux chefs d’Etat et de gouvernement. Il était nécessaire de décider de ce qui était prioritaire et de ce qui participait au progrès et dans cette lignée, il prévoyait d’organiser le « Sommet des consciences » pour le climat le 21 juillet à Paris.

Il a tenu à rappeler que la solution était devenue le problème dans le cas de l’exploitation des énergies fossiles. Ainsi, si l’on tenait à rester sous la ligne des deux degrés, il fallait renoncer à exploiter 70% des réserves d’énergies fossiles que nous possédions. La remise en cause était profonde et culturelle et ne pouvait s’opérer sans une prise de conscience globale avec une remise en question importante des modes de vie.

Dans un premier temps, il fallait rétablir la confiance avec les pays du sud et les pays vulnérables. M. Hulot a rappelé que chaque année, 20 millions de personnes en moyenne étaient contraintes de se déplacer à cause des changements climatiques. La désertification en Afrique entraînait un potentiel de 60 millions de déplacés de 2000 à 2020. Ainsi, le préalable à la Conférence de Paris était de rétablir la confiance sur la volonté, la sincérité et la capacité à honorer nos promesses sur l’aide de soutien et de financement. M. Hulot a mis en avant le sujet financier qui était, à ses yeux, essentiel. L’évaluation, la promotion et l’adoption de mécanismes novateurs étaient indispensables dans le rétablissement de la confiance. S’agissant de la finance climat, N. Hulot a souligné l’intérêt des différentes sources de financement possibles. Il a rappelé que le FMI avait fait preuve de flexibilité au moment de la crise bancaire de 2009. Pourquoi ne pas faire de même alors que la crise écologique menaçait la planète ?

M. Hulot a également indiqué que la crédibilité de l’accord de Paris se ferait en fonction du montant total des contributions (INDC). A ses yeux, les regards étaient surtout tournés vers les 15 Etats du G20, dont le prochain sommet allait se tenir en Turquie 15 jours avant la CoP, qui représentaient 70% des émissions de gaz à effet de serre. De même, N. Hulot a insisté sur la nécessité d’avoir un prix du carbone, une condition incontournable pour aller vers une économie post-carbone.

Il a rappelé que certains domaines évoluaient très rapidement : l’économie circulaire, les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique. Il a ajouté que le coût des énergies renouvelables et solaires avait été divisé par deux en 10 ans. Enfin, il a décrit les conséquences géopolitiques d’un avenir dans lequel chaque pays produirait sa propre énergie à partir d’énergie virtuellement gratuite (les rapports de force liés aux intérêts énergétiques seraient dépassés, ce serait un facteur de paix).

M. Hulot a conclu son intervention en indiquant que la contrainte climatique devait être abordée comme une opportunité et qu’il fallait évoluer vers la coopération et non la compétition et en donnant un accès aux énergies propres aux pays en voie de développement. Il était important de raisonner en prenant en charge les conséquences du passé, tout en intégrant les exigences légitimes des citoyens au moment présent, sans pour autant se désolidariser du futur.

Dernière modification : 29/05/2015

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