Conseil de l’UE extraordinaire sur la crise en Ukraine

Déclarations de M. Harlem Désir, Secrétaire d’Etat aux affaires européennes, en marge du Conseil de l’UE extraordinaire sur la situation en Ukraine (29 janvier 2015).

I-Déclaration du Secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, M. Harlem Désir, à l’issue du Conseil de l’UE
II-Déclaration du Secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, M. Harlem Désir, à son arrivée au Conseil de l’UE

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I- Déclaration du Secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, M. Harlem Désir, à l’issue du Conseil de l’UE :

Ce qui s’est passé dans l’Est de l’Ukraine –des bombardements à Marioupol, 300 morts en deux semaines- appelait une réaction ferme et unanime de l’Union européenne.

C’est ce qui a été décidé lors de ce Conseil des ministres des Affaires étrangères. C’était la première décision : se rassembler, aujourd’hui, autour d’une condamnation ferme de ces évènements, de cette escalade militaire, et réaffirmer qu’il n’y a pas de solution militaire à cette crise. Et donc que la seule voie, et la seule solution, c’est le retour au respect des accords de Minsk. C’est-à-dire le cessez-le-feu, le retrait des armements d’une ligne de démarcation qui doit être fixée rapidement, et la recherche d’une solution diplomatique à cette crise.

Nous avons donc adopté unanimement un texte qui condamne fermement cette escalade militaire, qui identifie les responsabilités, qui demande très clairement à la Russie de cesser toute forme de soutien aux séparatistes et à ceux qui veulent mettre en cause l’intégrité territoriale, la souveraineté de l’Ukraine.

Notre ligne, c’est donc la fermeté et le dialogue. Nous avons décidé -c’est ça la fermeté- d’étendre les sanctions individuelles contre un certain nombre de séparatistes, de personnes qui soutiennent ces actions militaires dans l’Est de l’Ukraine. Il s’agit de près de 130 personnes. Les sanctions seront étendues au-delà du mois de mars, jusqu’au mois de septembre.

Deuxièmement, nous avons mandaté la Haute Représentante, Mme Mogherini, pour préparer une liste supplémentaire de personnalités à sanctionner en raison de leur soutien aux activités séparatistes. Cette liste sera communiquée et une décision pourra être prise dans les prochains jours, et en particulier lors de la réunion prochaine du Conseil des ministres des Affaires étrangères le 9 février.

Enfin, la Commission, et la Haute Représentante, doivent prendre toutes les initiatives, et préparer toutes les actions, en fonction de l’évolution de la situation sur le terrain, pour faire en sorte que l’on revienne à la négociation. Il y a demain une réunion du groupe de contact trilatéral entre Ukraine-séparatistes-Russie qui doit se tenir. C’est la voie du dialogue. C’est celle qui doit permettre aujourd’hui la désescalade, l’arrêt de la confrontation et le respect des engagements qui avaient été pris, c’est-à-dire, encore une fois : le cessez-le-feu, la libération des otages, une réforme au sein de l’Ukraine qui permette d’élire des représentants dans les régions Est du pays, et une solution de paix entre l’Ukraine et la Russie.

Donc la Haute représentante va maintenant faire des propositions, et évidemment les 28 restent en permanence en liaison, pour prendre toute mesure nécessaire qui puisse permettre cette solution diplomatique. C’est donc la ligne que nous avons défendue. Celle que la France, avec l’Allemagne, dans le cadre du format Normandie, met en œuvre : c’est-à-dire le dialogue entre la Russie et l’Ukraine. Les ministres des Affaires étrangères français et allemand restent bien évidemment en contact avec les ministres russe et ukrainien pour faire en sorte que la réunion du groupe de contact de demain puisse déboucher sur un retour à un processus de négociations et le respect des accords de Minsk.

Comment êtes-vous parvenus à convaincre votre collègue grec d’une discussion ?

La décision a été prise à l’unanimité, après qu’un échange ait eu lieu, d’abord sur le constat de la situation sur le terrain, sur les affrontements militaires qui ont repris, sur l’aggravation très sérieuse de la situation, notamment pour la population civile, et l’échange, même s’il pouvait y avoir des points de vue différents, comme cela peut arriver dans ce dossier depuis longtemps, a permis de se rassembler.

L’Europe a été unie, comme elle l’est depuis le début sur l’attitude à avoir vis-à-vis de l’Ukraine, de la Russie, c’est-à-dire de condamner l’escalade militaire, de demander aux deux parties et aux séparatistes de revenir à la négociation et à la mise en œuvre et au respect des engagements de Minsk. C’est la ligne commune de tous les Européens.

Vous voulez dire que le Grec n’a pas été si opposé que ça ?

Chaque pays a présenté son analyse. Au fond, tous ont condamné cette escalade, cette surenchère des actions militaires et ont soutenu encore une fois la fermeté, l’extension des sanctions individuelles, mais pas comme une fin en soi mais comme un outil, comme un moyen de pression pour ramener tout le monde à la table de la discussion.

Merci beaucoup./.

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II- Déclaration du Secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, M. Harlem Désir, à son arrivée au Conseil de l’UE :

La situation sur le terrain dans l’Est de l’Ukraine et à Marioupol s’est très fortement et gravement dégradée au cours des derniers jours. Il y eu plus de 5000 morts dans le conflit entre l’Ukraine et les séparatistes depuis plusieurs mois, et plus de 300 morts depuis le 13 janvier. Donc le but de notre réunion aujourd’hui, c’est de dire avec fermeté aux deux parties qu’il n’y a pas de solution militaire à cette crise, et qu’il faut à tout prix revenir à la recherche d’une solution diplomatique. Une solution politique. C’est-à-dire une solution négociée dans le cadre des accords de Minsk, qui sont les accords qui au mois de septembre qui ont été passés entre les séparatistes, l’Ukraine, la Russie, sous une supervision internationale, et qui prévoient un cessez-le-feu.

Donc nous allons, dans cette réunion, manifester l’unité très forte de l’Union européenne et exercer toutes les pressions qui sont nécessaires, y compris par une prolongation et une extension des sanctions individuelles à l’égard des séparatistes, de ceux qui mettent en cause l’intégrité territoriale de l’Ukraine, de ceux qui soutiennent les actions militaires des séparatistes, y compris en Russie, pour obtenir un retour à une solution négociée.

La diplomatie française est très fortement mobilisée. Le Président de la République a, encore cette semaine, eu des contacts avec le Président Poutine, avec le Président Porochenko, en lien avec la Chancelière Angela Merkel. Nous sommes à la recherche d’une solution qui soit celle d’un cessez-le-feu immédiat, d’un retrait des lignes de démarcation qui ont été convenues dans le cadre de l’accord de Minsk, retrait des armes lourdes, retrait de toutes les forces militaires. Et accès humanitaire. La France elle-même a envoyé cette semaine plusieurs tonnes d’aide humanitaire avec le centre de crise du Quai d’Orsay. Le Ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, est en contact permanent avec les ministres des Affaires étrangères russe et ukrainien, en lien avec son collègue FW Steinmeier, le ministres des Affaires étrangères de l’Allemagne, pour faire en sorte que chacun revienne à une solution raisonnable, c’est-à-dire celle de la négociation politique.

Et aujourd’hui nous allons renforcer les sanctions individuelles vis-à-vis de ceux qui continuent à utiliser la force armée, à mettre en péril la paix, à provoquer des victimes, y compris des victimes civiles. Vous le savez, il y a eu des bombardements qui ont atteint des maisons, qui ont atteint des bus dans lesquels étaient des enfants. Cela doit cesser. Cela est dangereux pour la sécurité en Europe. Il faut faire respecter l’intégrité, la souveraineté de l’Ukraine et revenir à une solution politique. Cette solution elle passe aussi par des réformes institutionnelles en Ukraine, par l’élection de représentants -sous une forme constitutionnelle agréée par l’Ukraine- des régions de l’Est de l’Ukraine, par le dialogue national. Tout cela c’est la voie politique. C’est la seule voie pour trouver une issue à cette crise.

La Grèce essaie-t-elle d’atténuer les sanctions ? Avez-vous un problème grec ? Aurons-nous des sanctions qui ne seront peut-être pas tout à fait à la hauteur des morts sur le terrain ?

Aujourd’hui il y aura une réunion où tous les gouvernements seront représentés, y compris le nouveau gouvernement grec, et il y aura une discussion qui associera l’ensemble des 28 Etats membres de l’UE pour avoir une position commune. L’unité de l’Union européenne pour exercer la pression la plus forte pour le retour d’une solution négociée est absolument indispensable et c’est l’état d’esprit dans lequel la France va aider à dégager une position commune, une position forte, une position ferme, une position qui soit celle de la solution diplomatique.

Vous avez dit « toute pression nécessaire ». Ça veut dire qu’il pourrait y avoir des sanctions économiques sur la Russie -pas aujourd’hui mais dans les semaines qui viennent ?

Elles sont en place et elles ont leur effet. Elle sont extrêmement coûteuses, y compris pour la Russie. Ce qui va être décidé aujourd’hui c’est de renforcer et d’étendre, je l’ai dit, des sanctions qui visent les séparatistes et ceux qui les soutiennent, y compris en Russie, parce qu’il faut la fermeté la plus grande pour amener au retour à la solution négociée.

Comment arrêter M. Poutine ?

Il faut que de part et d’autre, chacun soit convaincu qu’il ne peut y avoir de solution que dans une négociation. Il n’y a pas d’issue militaire à cette confrontation. C’est un danger pour la sécurité en Europe, et c’est une situation qui a des conséquences très graves, à la fois sur la Russie et sur l’Ukraine.

Dernière modification : 28/09/2016

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