Climat : La France emmène l’Europe sur la voie de l’ambition

M. Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire, et Mme Brune Poirson, secrétaire d’État auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire ont participé au Conseil environnement qui s’est déroulé à Luxembourg le 25 juin.

Déclaration de M. Nicolas Hulot à son arrivée au Conseil environnement (Luxembourg, 25 juin 2018)

M. Nicolas Hulot  : "Ce conseil va être très dense. C’est la raison pour laquelle on est venu en force avec Brune Poirson. C’est un moment où il faut que l’Europe ne relâche pas son ambition et au contraire la réaffirme et donne des signaux très clairs sur le fait que dès la COP 24, on rehausse nos ambitions. Il faut entrainer évidemment l’ensemble de la communauté internationale dans une perspective de rehausser le plus rapidement possible nos ambitions parce que la science nous le demande et simplement les évènements climatiques quelque part nous interpellent en permanence. Alors il y a plusieurs sujets. Le premier effectivement c’est l’ambition, on est en train avec le green growth group de préparer un texte qui sera probablement publié dans la journée, une déclaration qui appelle les chefs d’état de l’Union européenne sans plus tarder à prendre l’ engagement à la Cop24 de revoir à la hausse l’ambition pour 2030 de réduction des émissions de gaz à effet de serre et d’avoir aussi une stratégie de long terme de neutralité de gaz à émission à effet de serre d’ici 2050.

La deuxième chose, c’est un sujet très important, c’est la cohérence entre les accords commerciaux que l’on peut avoir et les accords climatiques. Donc il faut que l’Europe se dote d’une possibilité. Quand nous avons des accords commerciaux et que nos partenaires ne respectent pas les principes de base contraignants de l’ accord de Paris, et bien qu’on puisse éventuellement suspendre ces accords commerciaux.

Très concrètement ?

M. Nicolas Hulot : Il faut qu’on regarde avec quel instrument mais c’est une question de cohérence. On ne peut pas demander à nos acteurs économiques dans l’espace européen de s’engager sur un certain nombre d’efforts et puis de laisser la porte ouverte à l’importation d’un certain nombre de produits qui eux s’en exonèrent. Donc il s’ agirait d’ inserer ce socle-là contraignant de l’ Accord de Paris dans les clauses essentielles des accords commerciaux existants et évidemment a fortiori sur les accords commerciaux à venir.

Puis il y a un secteur, et c’est probablement le sujet peut être pas le plus important mais enfin le plus nouveau. C’est que vous savez que le secteur des transports participe pour 30% dans les émissions de CO2. Il n’est pas mis à contribution suffisamment. Donc la France porte l’objectif pour 2030, pour les véhicules légers et utilitaires d’ aller jusqu’ à 40% de réduction de leurs émission de gaz à effet de serre, et puis l’objectif plus lointain que la France a pris déjà unilatéralement, de zéro émission de gaz à effet de serre en 2040.

Comment faire pour que vos partenaires européens vous suivent sur ce sujet ?

M. Nicolas Hulot  : C’est la raison pour laquelle on a commencé à travailler avec un groupe de pays ambitieux, ce fameux green growth group.

Composé de quels pays ?

M. Nicolas Hulot : Vous regardez, il y a les Pays Bas, l’Allemagne, l’Italie, la Suède, le Danemark… On est déjà 15 pays ambitieux, cela ne veut pas dire que les autres ne le sont pas mais au moins on espère avoir un effet d’entrainement dans les discussions qu’on va avoir dans le Conseil cet après-midi. Mais cela c’était pour l’aspect changement climatique. On a aussi sujets qui sont liés à l’accès à l’eau, qui sont liés à l’économie circulaire, qui sont liés à la biodiversité. Et je laisse la Secrétaire d’Etat Brune Poirson évoquer nos positions sur ces sujets-là".

Déclaration de Mme Brune Poirson à son arrivée au Conseil environnement (Luxembourg, 25 juin 2018)

Alors sur les plastiques justement vous voulez aller plus loin que la stratégie de la Commission européenne ? Qu’est-ce que la France fait au niveau national qui pourrait être mis en place au niveau européen ?

Mme Brune Poirson  : "La France veut, tient et se battra pour que l’Union européenne prenne véritablement le leadership en matière d’économie circulaire. Qu’est-ce que l’économie circulaire ? C’est une économie qui est fondée sur une utilisation bien plus raisonnée des ressources mais aussi sur un usage limité des plastiques. Et donc c’est pour cela que nous soutiendrons la Commission en matière de lutte contre les plastiques à usage unique, par exemple les sacs en plastiques fins, par exemple aussi les gobelets, les verres, les assiettes en plastique qui ne seraient pas compostables domestiquement. Par exemple, aussi la lutte contre le polystyrène qui ne serait pas recyclable. Et donc c’est tout une série d’objets du quotidien qui sont utilisés et fondés sur une pratique à usage unique que nous voulons combattre parce que la pollution plastique est responsable d’atteinte importante à la biodiversité, aussi bien dans les océans que sur terre et elle a aussi un impact sur la santé humaine. Et donc c’est pour cela que la France veut être très ambitieuse. Nous allons même pousser l’Union européenne pour aller plus loin en matière par exemple de la lutte contre les microbilles plastiques, en matière de renforcement d’ambition sur les plastiques oxodégradables. Donc c’est toute une série d’initiatives sur laquelle la France peut, veut véritablement prendre le leadership.

Nous avons en France, à travers la feuille de route de l’économie circulaire déjà impulsé un vrai mouvement. La France en a discuté longuement et en détail de façon plus informelle avec différents pays de l’Union européenne et nous voulons continuer cette dynamique-là et la porter sur la table des négociations de façon à ce que nous luttions contre ce fléau que représente la pollution plastique, fléau comme je le disais pour la biodiversité, pour les océans mais aussi pour la santé humaine il ne faut pas l’oublier.

Par exemple, vous parlez des plastiques microbilles, vous pouvez nous en dire un peu plus ?

Mme Brune Poirson  : Et bien cela fera l’objet de discussion. Nous voulons que les microbilles soient prises en compte de façon la plus large possible, pas forcément uniquement dans les produits cosmétiques mais peut être plus largement. Tout cela fera l’objet de discussion mais soyez assurés que la France est extrêmement moteur sur cette question-là. Encore une fois, nous voulons lutter contre la pollution plastique et en particulier le plastique à usage unique.

Pour l’usage plastique vous souhaitez l’interdiction ?

Mme Brune Poirson  : oui, c’ est ce que nous voulons c’est que nous venions et arrivions à un usage bien plus raisonné des ressources plastiques et que nous puissions mettre en place une boucle d’économie circulaire où les plastiques sont et deviennent une matière première pour produire d’autres plastiques, d’autres produits. Le déchet doit devenir une ressource, c’est une philosophie, c’est un projet de société que nous voulons porter au niveau européen et le porter fortement. Et d’ailleurs en parlant de protection de la biodiversité, c’est aussi un point très fort que nous porterons à ce Conseil-là aujourd’hui parce que pour nous, la biodiversité doit être aussi importante et être à la même hauteur que la lutte contre le changement climatique. L’un ne peut pas aller sans l’autre, c’est pour cela que nous nous battrons pour mettre la biodiversité haut sur l’agenda européen. C’est donc le début d’une dynamique que nous voulons et nous cherchons à enclencher aujourd’hui.

Il y a une stratégie de l’UE sur la biodiversité…

Mme Brune Poirson  : C’est un point que nous voulons et que nous avons tenu à mettre à l’agenda parce que nous voulons et nous pensons qu’il faut que nous soyons plus ambitieux en la matière. Le Ministre d’Etat Nicolas Hulot a porté très fortement et continue de le faire en France cette thématique. Et nous devons aussi la porter au niveau européen, au niveau mondial pour créer une dynamique similaire à elle sur le climat. C’est un vrai mouvement, c’est un vrai changement de mentalité que nous devons enclencher. Et c’est pour cela que nous avons tenu à le mettre à l’ordre du jour de ce Conseil. De même, nous tenons aussi à être particulièrement moteur en faveur des pollinisateurs et lutter contre les insecticides qui pourraient affecter tous les insectes pollinisateurs et plus largement aussi, c’est une dynamique que nous voulons enclencher d’accélération de lutte contre les pesticides et de sortie progressive à l’échelle européenne de ces produits-là qui ont un impact très négatif sur la biodiversité, nous le savons. Et enfin, peut-être pour conclure, la question du droit à l’eau. La France va soutenir l’article 13 qui a été proposé par la Commission européenne parce qu’il est aujourd’hui impensable qu’en Europe, intolérable même qu’en Europe, des populations vulnérables n’aient pas accès à l’eau portable . Et donc, nous nous battrons pour cela parce que le droit à l’eau fasse partie des socles des droits sociaux fondamentaux de l’Union européenne.

M. Nicolas Hulot  : Je rajouterai simplement qu’on va aussi se battre pour renforcer la part du budget européen qui est consacrée au changement climatique et consacrée à la biodiversité, c’est vous dire que l’après-midi va être dense, c’est un Conseil qui est important encore une fois parce qu’il va donner la température et le ton dans la perspective de la COP24 dont on ne peut pas se permettre de faire de la COP24 une COP inutile. C’est un moment peut-être d’hésitation pour la communauté internationale sur sa détermination sur la lutte contre le changement climatique et la biodiversité. Tout signal de réserve pour à la COP24 serait mal interprété et malvenu mais ce n’est pas du tout l’état d’esprit qui règne aujourd’hui"./.

Communiqué de presse de M. Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire, et de Mme Brune Poirson, secrétaire d’État auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire : Conseil des ministres européens de l’environnement : La France emmène l’Europe sur la voie de l’ambition

Nicolas Hulot et Brune Poirson ont participé au conseil des ministres européens de l’environnement, lundi 25 juin à Luxembourg, pour défendre notamment le relèvement de l’ambition climatique, de nouvelles règles volontaristes sur les émissions des véhicules, ainsi qu’une stratégie forte de l’Europe pour réduire les pollutions plastiques. A quelques jours de la présentation de son plan biodiversité, la France a aussi souhaité mobiliser ses partenaires sur les enjeux de la protection de celle-ci.

En marge du Conseil, les ministres de l’environnement de 14 Etats membres de l’Union européenne ont signé une déclaration appelant l’Europe à annoncer dès la COP24 qu’elle reverrait à la hausse son ambition climatique (en annexe). Cela passera par un engagement d’aller au-delà des 40% de réduction d’émissions de gaz à effet de serre en 2030. L’objectif précédent avait été annoncé en amont de la COP21. Or, les dernières études scientifiques montent qu’il faudra aller au-delà pour maintenir le réchauffement de la planète en dessous des 2°C, voire 1,5°C. Par ailleurs, la déclaration adoptée appelle la Commission à présenter dans sa stratégie de long terme un scénario visant la neutralité de ses émissions de gaz à effet de serre en 2050. Jusque-là, les engagements du Conseil Européen étaient de réduire de 80% à 95% les émissions en 2050 par rapport aux niveaux de 1990.

Pour Nicolas Hulot, ministre d’État, ministre de la Transition écologique et solidaire, « conformément au Plan Climat, nous souhaitons que l’Europe revoie ses engagements à la hausse. Il y a une semaine, au dialogue de Petersberg, nous étions une nouvelle fois interpellés par les îles Marshall dont le territoire est menacé de submersion sous l’effet de la hausse du niveau des mers. Nous ne pouvons pas ignorer cet appel, et nous devons répondre présents et assumer le rôle de chef de file de l’Union Européenne. C’est un message fort que nous envoyons aujourd’hui avec les ministres de 13 autres pays européen, pour réussir la COP24 ».

Pour réaliser ces objectifs, le secteur des transports, responsable de 30% des émissions de l’Union, doit être mis à contribution. C’est le dernier grand secteur pour lequel les objectifs pour 2030 restent à définir. C’est la raison pour laquelle la France a porté lors la réunion du Conseil des Ministres des objectifs ambitieux en matière de réduction des émissions polluantes de véhicules légers et lourds. La France souhaite aller au-delà de la proposition de la Commission Européenne qui n’est pas à la hauteur de l’ambition climatique, et propose d’aller jusqu’à 40% de réduction des émissions de CO2 en 2030 par rapport aux niveaux de 2021. La France est convaincue que l’Europe doit s’orienter vers des véhicules « sans émissions » en 2040, et qu’une transformation en profondeur de ce secteur est possible grâce aux ruptures technologiques à venir.

Nicolas Hulot et Brune Poirson ont aussi souligné l’importance de mettre en cohérence la politique commerciale de l’Union européenne avec les objectifs de l’Accord de Paris. Les deux ministres ont donc appelé les Etats Membres à intégrer les éléments contraignants de l’Accord de Paris parmi les clauses essentielles des accords commerciaux. « Nous ne pouvons plus accepter de signer des accords commerciaux avec des pays qui ne participent pas à l’effort global de lutte contre le changement climatique ou qui ne respectent pas le socle minimal de l’Accord de Paris » a rappelé Nicolas Hulot.

En matière de lutte contre les pollutions plastiques, la France a plaidé en faveur de l’interdiction des objets en plastique à usage unique fortement générateurs de déchets marins, en particulier des sacs plastiques fins à usage unique, des pailles et des contenants en polystyrène, des gobelets, verres et assiettes jetables non compostables. « Les plastiques à usages uniques représentent un fléau pour et les océans, la biodiversité, mais aussi la santé humaine. Nous devons sortir du « tout plastique ». La France soutient donc au niveau européen l’interdiction des objets en plastique à usage unique fortement générateurs de déchets marins dans le prolongement de Feuille de route pour l’économie circulaire adoptée le 23 avril dernier en France » a souligné Brune Poirson, secrétaire d’État auprès du ministre d’État, ministre de la Transition écologique et solidaire.

La France a également encouragé ses partenaires, lors de ce Conseil, à se saisir de l’agenda 2020 pour la préservation de la biodiversité et créer une dynamique internationale sur ces questions, de la même ampleur que celle qui a eu lieu sur le climat. A ce titre, la France soutient les propositions de la Commission sur les insectes pollinisateurs et a appelé notamment à une réduction de l’usage des pesticides et une prise en compte de cette problématique dans la politique agricole commune de l’Union.

Enfin en matière d’accès à l’eau, la France a soutenu l’initiative de la Commission pour garantir ce principe fondamental reconnu par le socle européen des droits sociaux, en s’appuyant sur une demande forte des citoyens européens. Aujourd’hui, de nombreux européens ne sont pas connectés à un réseau d’eau potable, alors que tous les citoyens européens doivent avoir accès à l’eau potable./.

Déclaration commune sur la stratégie de long terme et sur l’ambition climatique de l’UE

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Common statement on the long-term strategy and the climate ambition of the EU

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Dernière modification : 25/06/2018

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