"Ce Brexit sera négocié au mieux des intérêts de l’Europe"

Les chefs d’Etat et de gouvernement des 27 se sont réunis le 29 avril 2017 en Conseil européen extraordinaire à 27 afin d’adopter leurs "orientations" pour les négociations à venir pour le retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne.

Déclaration de M. François Hollande à son arrivée au Conseil européen extraordinaire à 27 (Bruxelles, 29 avril 2017)

Monsieur le Président, quel est l’enjeu de cette journée à vos yeux ?

Le Président  : "L’enjeu c’est l’unité de l’Europe face au sujet qui est posé, c’est à dire le départ du Royaume-Uni de l’Union. J’ai toute confiance dans le travail qui a été mené et je veux le saluer. Il permettra à l’Europe de rester unie. Il y aura donc ce qu’on appelle un Brexit. Ce Brexit sera négocié au mieux des intérêts de l’Europe et la France y prendra toute sa part pour soutenir la démarche et faire en sorte que le Royaume-Uni puisse partir dans de bonnes conditions pour l’Europe. Il y aura forcément un prix et un coût pour le Royaume-Uni. C’est le choix qui a été fait. Il ne faut pas que ce soit punitif mais, en même temps, il est clair que l’Europe saura défendre ses intérêts et que le Royaume-Uni aura une moins bonne position demain hors de l’Europe qu’elle n’a aujourd’hui dans l’Europe.

Monsieur le Président, selon Theresa May, si elle revient à Bruxelles après les élections avec une majorité parlementaire renforcée, elle aura une position plus forte dans les négociations avec les 27. Que pensez-vous de cet argument ?

Le Président  : C’est un argument électoral que je peux comprendre. Mais ce n’est pas un argument qui pèsera sur l’Union européenne. Pourquoi ? Parce que les bases, les principes, les objectifs sont d’ores et déjà fixés : ce seront les lignes qui seront choisies par les négociateurs et il n’y en aura pas d’autres.

Vos partenaires devraient vous parler de l’élection présidentielle. Quel message allez-vous leur adresser aujourd’hui ?

Le Président : Le message que l’Europe doit donner confiance dans l’avenir et que l’Europe doit être une solution et non pas une suite de problèmes.

Etes-vous inquiet ?

Le Président  : Non, l’Europe doit montrer qu’elle est une chance pour les pays qui la composent et qu’elle est aussi une garantie pour la paix, un avantage pour l’économie et également qu’elle peut permettre que nous puissions converger sur le plan social. A ces conditions-là, les peuples peuvent trouver dans l’Europe les garanties et les protections qui manquent aujourd’hui. Hors de l’Europe, on le voit avec l’affaire du Brexit, il n’y a plus de protections, il n’y a plus de garanties, il n’y a plus de marché intérieur et il n’y a plus, pour un pays qui est membre de la zone euro, de monnaie unique. C’est une régression et c’est un risque. Et le choix qui est posé le dimanche 7mai, c’est de savoir si les Français n’ont pas simplement globalement, mais individuellement, à craindre d’une sortie de l’Union européenne. Ils ont tout à gagner à rester dans l’Union européenne. De ce point de vue, c’est vrai que l’élection du 7 mai, c’est un choix européen.

Merci"./.

Conférence de presse de M. François Hollande à l’issue du Conseil européen extraordinaire à 27 (Bruxelles, 29 avril 2017)


LE PRESIDENT
 : Bonjour. Je vous retrouve à une heure inhabituelle pour rendre compte du Conseil européen ; le Conseil européen était lui-même sur un ordre du jour inhabituel puisqu’il s’agissait de fixer le principe et aussi les objectifs pour les 27 de la négociation qui va conduire au départ du Royaume-Uni de l’Union européenne. Et c’était un Conseil européen inhabituel puisque c’est le dernier auquel je participe comme Président de la République.

Alors, le Conseil européen sous sa forme à 27 a voulu fixer les règles, les principes qui devront être les méthodes et les objectifs pour la négociation. Ce qui est très important et ce qui pour nous était l’essentiel, c’est que les 27 puissent être unis sur cette démarche et sur cette négociation et c’est le cas. Le travail qui avait été préparé et je veux en remercier Jean-Claude JUNCKER, Michel BARNIER et Donald TUSK pour le Conseil européen, a permis d’avoir un texte qui a été adopté très rapidement dans la réunion à 27, très rapidement parce qu’il n’y avait pas de négociation entre nous, elle avait déjà eu lieu. Il n’y a pas de négociation entre les 27mais il y a une négociation des 27 avec le Royaume-Uni, dans des conditions prévues par le traité puisque l’article 50 a été utilisé.

Ce qui est également très important, c’est que les 27 aient pu construire leur unité sur les deux phases : la première doit conduire à fixer les conditions de la séparation, c’est-à-dire la sortie effective du Royaume-Uni et des règles du marché intérieur comme de l’ensemble des obligations et des droits qui sont liés au statut de membre de l’Union ; et puis la deuxième phase, une fois que la séparation a été réglée, c’est de définir les nouvelles relations entre l’Union européenne à 27 et le Royaume-Uni, dans le cadre d’un traité qui sera donc pour l’essentiel commercial mais qui pourra prendre d’autres dimensions.

Ce qui était aussi très important, c’est que puisse être également intégré dans le début de la négociation ce qui est relatif à la situation des personnes, c’est-à-dire les citoyens européens qui sont au Royaume-Uni et les ressortissants britanniques qui sont dans les 27 pays de l’Union. De la même manière que les obligations financières qui pèsent sur le Royaume-Uni seront également intégrées dans le début de la discussion.

Enfin, ce qui était aussi tout à fait essentiel c’est que nous puissions nous mettre d’accord sur un principe tout simple, et qui vaut pour le Royaume-Uni comme il pourrait valoir pour tout pays qui voudrait quitter à l’avenir l’Union, c’est qu’il ne doit pas être dans une situation plus favorable à l’extérieur qu’il ne l’était à l’intérieur.

Il y a toujours un prix, un coût, une conséquence à quitter l’Union. Un pays qui n’est plus dans l’Union ne dispose plus des conditions lui permettant de faire accéder ces produits avec les règles du marché intérieur dans les autres pays de l’Union européenne. Un pays qui n’est plus dans l’Europe ne peut plus avoir ce qu’on appelle le passeport financier pour régler les questions liées là encore au statut des établissements financiers. Et un pays qui n’est plus dans l’Union ne peut plus avoir non plus les règles protectrices de l’Union et ne peut plus être couvert par un certain nombre de règles budgétaires de l’Union même s’il est dégagé de ses obligations, et il n’a plus les retours qui étaient attendus. Enfin, un pays qui n’est plus dans l’Union ne dispose plus de la libre circulation, que ce soit pour les personnes, les produits ou les financements, les capitaux. Voilà ce qu’est la situation d’un pays qui n’est plus dans l’Union.

Il faut que tous les membres de l’Union en soient eux-mêmes convaincus, que les citoyens en soient eux-mêmes persuadés : il y a forcément des coûts, des conséquences, un prix à payer pour ne plus être dans l’Union européenne non pas parce que ce serait une punition qui serait infligée à un pays qui sortirait, en l’occurrence le Royaume-Uni, il ne s’agit pas de lui faire payer je ne sais quel impôt, il ne s’agit pas du tout ça ; il s’agit de ne plus appliquer les règles de l’Union européenne, d’où cette règle toute simple : un pays qui est à l’extérieur est forcément dans une situation moins favorable qu’un pays qui est à l’intérieur.

Nous avons aussi à régler des questions qui sont liées aux agences européennes qui étaient au Royaume-Uni : Agence européenne du médicament, agences aussi financières.. Là encore, il y aura une procédure qui fera que le Conseil européen déterminera la méthode au mois de juin et prendra ensuite les décisions, sans doute à l’automne. Pour être plus concret, ça veut dire que les agences européennes qui étaient au Royaume-Uni n’y seront plus et ce seront des emplois, des activités et des décisions qui ne seront plus prises au Royaume-Uni mais qui seront donc dans un des pays de l’Europe à 27.

Là aussi, on finirait par l’oublier : l’Europe a des sièges, l’Europe a des institutions, l’Europe a des établissements et quand on n’est plus membre de l’Union, on les perd ! C’est aussi simple que cela.

Voilà, Mesdames et Messieurs, ce qu’a été pour l’essentiel, cette rencontre à 27.

Je l’ai dit, c’était la dernière à laquelle je participais et je voudrai aussi insister sur l’état de l’Europe quand je suis arrivé en 2012 et la situation d’aujourd’hui.

Je me rappelle mon premier Conseil européen, c’était au mois de mai puis juin 2012. Il y avait eu un Conseil informel en mai et un Conseil en juin. A cette époque, c’était la question de savoir si nous pourrions surmonter ensemble la crise financière et si la zone euro n’allait pas éclater. Il n’y avait pas que la Grèce qui était concernée, nous parlions de l’Irlande, du Portugal, des craintes sur l’Espagne et sur l’Italie ; la récession s’était installée ; les politiques d’austérité étaient généralisées. Cinq ans après, l’Union bancaire a été faite ; la zone euro est consolidée ; la Grèce va enfin bénéficier du programme qui a été prévu pour consolider sa participation à la zone euro et nous avons surmonté la crise financière avec l’Union bancaire.

Et puis tout au long de ces cinq ans, il y a eu d’autres situations extrêmement graves qui ont été à l’ordre du jour des Conseils européens et où la France a pris des initiatives, pas seule d’ailleurs, souvent avec l’Allemagne mais qui ont été décisives. Je pense notamment à la crise des réfugiés, à la protection de nos frontières et d’une manière générale, à la sécurité. Jamais, il n’y a eu d’avancées aussi grandes sur la défense européenne que pendant ces derniers mois et il y aura encore des étapes décisives qui seront franchies dans les prochains jours.

Nous avons également réglé ou tenté de régler un certain nombre de situations intérieures de manière à ce que nous puissions préserver les acquis de l’Union européenne, je pense à l’espace Schengen. Il y a eu également l’initiative franco-allemande sur l’Ukraine, nous avons fait partager nos objectifs en matière de développement, nous avons pu avancer considérablement en matière de lutte contre le réchauffement climatique à tel point que l’Europe a été l’une des premières à ratifier l’accord de Paris et a été motrice pour aboutir à ces accords.

L’Europe a été donc une suite d’avancées. Bien sûr, elle n’a pas réglé tout ce que nous attendons d’elle et moi-même, j’aurais souhaité que nous puissions aller plus loin sur la relance de l’investissement, même s’il y a le plan JUNCKER, que nous puissions aller davantage vers les jeunes, même si il y a eu le plan pour la jeunesse, que nous ayons pu aussi aller vers une convergence fiscale et sociale mais néanmoins, nous avons pu harmoniser un certain nombre de nos politiques. Bref comme sur le plan intérieur, il y a un bilan européen !

Mais ce que je veux surtout signaler dans ce moment si décisif pour la France, c’est que la France a fait avancer l’Europe et que l’Europe a permis à la France d’être plus forte, y compris même pour son rayonnement international.

Chaque fois, l’Europe nous a suivis sur ce que nous avions décidé pour l’Afrique, ce que nous avions, nous, comme objectif en Syrie et en Irak, à chaque fois l’Europe a pu donner la force nécessaire pour, avec la chancelière MERKEL, entrer dans le processus des accords de Minsk. Et l’Europe a permis aussi à la France d’avoir un délai, ce qu’on appelle une flexibilité, pour atteindre les objectifs qui étaient les nôtres en matière de réduction de déficit. Vous vous souvenez que j’avais pris l’engagement de réduire nos déficits à 3% ; cet objectif a été atteint cette année et si nous avions été amenés par des procédures trop contraignantes à être au rendez-vous plus tôt, c’est-à-dire en 2013 ou 2014, il y aurait eu une politique d’austérité.

La France n’a pas connu de politique d’austérité et nous avons pu par la négociation et la réorientation de l’Europe, éviter que la France puisse, à la différence d’autres pays, avoir à subir ou à supporter des politiques d’austérité.

Enfin, l’Europe nous permet également de mutualiser nos forces. La zone Euro nous a permis d’avoir les taux d’intérêt les plus faibles presque de notre histoire et aujourd’hui encore, nous sommes à moins de 1% de taux d’intérêt.

Quand je suis arrivé, l’écart entre les taux d’intérêt allemands et les taux d’intérêts français était significatif ; nous les avons réduits, sauf pendant la période électorale parce qu’il y a des incertitudes.

Nous avons pu donc financer notre dette dans les meilleures conditions et permettre, grâce à la Banque centrale européenne, d’avoir des liquidités qui ont évité, là encore, que la récession puisse emporter non seulement le continent européen, il l’a été pour partie, mais la France. Et avec la zone euro, nous avons pu être protégés d’un certain nombre de turbulences qui sont venues de l’extérieur ou qui peuvent encore venir de l’extérieur et notamment des Etats-Unis.

La zone euro est donc un espace et un ensemble de règles qui nous protègent. La grande idée de l’Europe, et c’est là où elle n’est pas toujours au rendez-vous, c’est la protection, c’est de permettre à chacune de nos nations, à chacun de nos États d’être finalement encore plus souverain grâce à la protection de l’Europe et de pouvoir intégrer nos politiques chaque fois que c’est nécessaire sans perdre notre capacité de décision.

Voilà pourquoi il est si important de rappeler le rôle de l’Europe et la place de la France en Europe parce que c’est la France, avec l’Allemagne, qui a été toujours dans notre histoire à l’origine de grandes étapes pour l’Union européenne. Et une de ces étapes, la France l’a faite avec l’ensemble de ses partenaires, c’est l’Union bancaire.

Je vais en terminer là : en 2012 quand j’avais critiqué la finance, c’est parce que elle avait été capable, cette finance, de faire régler par les Etats, c’est-à-dire par les contribuables, ses propres tourments et ses propres turpitudes. La crise financière, c’était le comportement d’un certain nombre d’établissements financiers qui avaient spéculé et dont les bulles avaient éclaté et comme il fallait renflouer ces établissements, ce furent les Etats qui furent sollicités.

Eh bien, en 2017, cette situation ne pourra plus être reproduite grâce à l’Union bancaire. S’il arrivait une difficulté, une crise pour un établissement financier européen, ce serait la mutualisation par les établissements financiers eux-mêmes, par les banques, de ces situations et de ces renflouements et plus aucun euro ne serait demandé aux contribuables ; ça s’appelle l’Union bancaire.

Je peux répondre à vos questions.

Monsieur le Président, bonjour. Dans ce bilan européen, je voudrais savoir si vous avez des regrets finalement, regrets au-delà de la gestion de crise que vous avez longuement énumérée, regrets de n’avoir pas porté un projet plus mobilisateur, plus ambitieux pour l’Europe ? On voit bien le trouble dans lequel se trouve en ce moment même l’opinion française, on voit aussi d’ailleurs un candidat qui a l’air de vouloir dessiner, lui, un grand projet européen, candidat que vous connaissez bien ; et tout à l’heure, vous faisiez référence à votre premier conseil européen en 2012 ; à cette époque-là, un certain nombre d’observateurs vous ont présenté comme étant si j’ose dire l’héritier spirituel de Jacques DELORS et de François MITTERRAND ; diriez-vous vraiment, en conscience, que vous avez fait fructifier cet héritage ?

LE PRESIDENT  : Les périodes sont différentes. J’ai bien suivi celle de Jacques DELORS qui était une période de construction – le marché intérieur – puis l’euro, même si ce n’est pas lui qui a eu à le mettre en œuvre, il en a été largement à l’origine ; et puis c’est aussi avec Jacques DELORS que les premiers élargissements ont été dessinés. La période que nous venons de traverser est une tout autre période ; cela a été une période de déconstruction qui pouvait s’imposer au niveau des Etats comme au niveau de l’Union européenne et à ce moment-là sacrifier l’acquis que nous avions en héritage. Mais nous avons, non seulement préservé l’acquis - le marché intérieur, la zone euro – mais nous avons ajouté – l’union bancaire, le plan JUNCKER, la Banque Centrale Européenne qui a apporté ses liquidités – et nous avons renforcé un certain nombre de cohésions qui n’existaient pas jusqu’à présent. Par exemple, en matière de politique des réfugiés, il n’y avait rien qui avait été prévu ; il y avait Schengen pour les frontières mais nous n’avions pas connu des mouvements de populations comme ceux auxquels nous avons été confrontés.

Donc l’Europe a avancé. Mais est-ce qu’elle a correspondu à tous les objectifs que je m’étais fixé ? Moi j’aurais voulu aller plus loin sur le plan JUNCKER, même si nous l’avons prolongé ; j’aurais voulu qu’il y ait davantage de croissance ou de politiques de croissance et moins de politiques liées à la réduction des déficits. Mais néanmoins, nous avons eu la flexibilité nécessaire pour que nous puissions trouver le temps pour réduire nos déficits, ce que nous avons réussi à faire. Nous avons pu aussi imaginer de nouvelles politiques et notamment de protection – l’Europe de la défense – et il restera de ce que nous avons pu mener depuis cinq ans sur ce plan, une étape tout à fait majeure qui a été franchie. Mais il est vrai que les sentiments des peuples se sont de nouveau interrogés sur ce que pouvait apporter l’Europe ou ce qu’elle risquait de contraindre pour les politiques des Etats.

Aujourd’hui l’Europe va mieux sur le plan de la croissance et il y a aussi de nouveau une confiance qui a été davantage affirmée envers l’Europe. Je vais prendre juste un exemple – il y a des études d’opinions qui sont faites régulièrement, les Eurobaromètres – nous retrouvons maintenant des niveaux de confiances qui étaient portés – ils n’étaient pas suffisants – à l’égard de l’Europe, au niveau de l’avant-crise. Donc nous sommes en train de retrouver les conditions pour faire avancer le projet européen à un rythme plus important.

Deuxièmement, l’euro est toujours critiqué mais les forces politiques, notamment populistes, extrémistes qui veulent sortir de la zone euro, qui prétendent que c’est leur intention, comme par hasard, au moment où ils sont dans la dernière phase de leur campagne électorale font tout pour masquer cette possibilité, cette intention. Ils vont jusqu’à dire que ce n’est pas d’actualité, qu’ils verront bien, que ce sera une négociation parce qu’ils savent bien que nos concitoyens ne veulent pas que la France sorte de la zone euro.

Et pourquoi ne le veulent-ils pas ? Parce qu’ils savent que c’est une protection. Nos concitoyens ne veulent pas sortir de l’Europe parce qu’ils savent bien que c’est aussi une solidarité et une garantie pas simplement pour la paix mais pour les relations en commun et pour la capacité que nous avons à peser sur le sort du monde.

Donc je pense que nous avons pu tenir bon dans cette période, une période extrêmement difficile et que nous avons réussi à sauvegarder et à amplifier les politiques européennes ; sauvegarder la zone euro – elle était menacée d’éclatement – sauvegarder les politiques européennes y compris pour ce qu’il y a de plus difficile, c’est-à-dire les questions des réfugiés, de l’immigration. Et aussi nous avons pu enfin faire que l’Europe puisse traiter d’autres choses que simplement de l’économie ou des disciplines budgétaires mais puisse avancer sur la politique de défense, ce qui était interdit jusque-là, interdit non par les traités, interdit par les mentalités, par les doutes qu’il pouvait y avoir. Eh bien pour la première fois, l’Europe a pu avancer sur ces questions-là et la France a été à l’initiative.

J’ai deux questions si vous permettez : vu les résultats du premier tour des présidentielles, on voit une France assez divisée. Quelle est la preuve que les Français sont prêts à suivre des consignes de vote ? Et deuxièmement, pensez-vous qu’il y a beaucoup de Français qui veulent simplement sanctionner la classe politique ?

LE PRESIDENT  : Là il ne s’agit plus de savoir s’il faut sanctionner, il faut choisir ; et il faut surtout éviter, écarter un risque majeur qui serait la présence de l’extrême droite à la présidence de la République ; la présence de l’extrême droite à un second tour, nous l’avons déjà connue mais là, ce qui est en cause, c’est la prétention de cet extrême droite à vouloir diriger la France.

En 2002, Jean-Marie LE PEN savait que cela lui était impossible mais aujourd’hui, c’est une revendication assumée et avec une volonté de séduire des électeurs qui n’ont rien à voir avec l’extrême droite, qui ne doivent pas se laisser abuser. Donc aujourd’hui, l’enjeu c’est de permettre à la France de rester conforme non seulement à ses principes et à ses valeurs mais qu’elle puisse continuer à agir en Europe et dans le monde avec autorité, en étant respectée. Et puis aussi pour chaque citoyen, d’être sûr que sa situation ne sera pas dégradée, abîmée, qu’il n’y aura pas de perte d’emplois, de pouvoir d’achat, de disparition d’industries entières à cause de politiques qui seraient contraires à tous nos intérêts. Voilà pourquoi il est si important, et que les Européens à juste raison s’en préoccupent, que la France, les Français fassent le choix qui est celui de leur intérêt et aussi de l’intérêt de l’Europe.

Oui pardon, j’ai juste une précision et une question. La précision, c’est quand vous parlez de ceux qui essayent de masquer leur volonté de sortir de l’Europe, vous voulez dire que l’accord conclu entre Nicolas DUPONT-AIGNAN et Marine LE PEN, qui essaye de revenir un peu sur leur volonté de sortir de l’euro, est un peu une danse des sept voiles et qu’en fait, leur volonté à tous les deux reste bien d’engager la France…

LE PRESIDENT : Bien sûr, ce qu’ils ont toujours annoncé, ce qu’ils ont toujours promis, ce qu’ils ont toujours voulu avancer dans le débat public : c’est la sortie de la France de la zone euro et de l’Union européenne. Les deux, s’ils ont fait une alliance, ça ne change rien, c’était jusqu’à présent des valeurs qui les opposaient ; ils ont mis de côté les valeurs et se sont retrouvés dans la même démarche de souverainisme absolu et donc de séparation de la France par rapport à son histoire, par rapport à son présent et même par rapport à son avenir. Mais ce qui est intéressant, c’est qu’en même temps qu’ils continuent de le penser, qu’ils continuent de le prévoir, qu’ils continuent de préparer ce projet dangereux de sortie de la France de la zone euro et de l’Union européenne. Ils le camouflent, ils le cachent, ils le gomment parce qu’ils savent bien que les Français ne veulent pas que leur pays sorte de l’Union, se prive de l’euro et de la monnaie unique, parce que les Français savent bien que ce serait pour leurs économies personnelles, pour leur pouvoir d’achat, pour leur capacité de crédit, pour les dettes qu’ils ont pu contracter, que ce serait une dégradation de leur situation. Et donc comme ils ne veulent pas faire peur, alors qu’ils font peur. Comme ils ne veulent pas faire peur, alors ils préfèrent renvoyer à plus tard ce qui est pourtant leur intention et ce qui serait d’ailleurs la traduction si par malheur la candidate de l’extrême droite devait être élue le 7 mai. Tout ce qu’elle propose met la France en dehors de la zone euro et de l’Union européenne. Donc il n’y aurait même pas de négociations ; ce serait acté par le défaut qui serait constaté dans les engagements que la France ne respecterait plus.

Donc voilà pourquoi je fais juste cette remarque : pourquoi le cachent-ils ? Pourquoi le masquent-ils ? Pourquoi le dissimulent-ils le projet de sortir de la zone euro et de l’Union européenne ? Parce que d’abord c’est le leur et ensuite parce qu’il fait peur.

Vous nous avez fait un grand plaidoyer pour l’Europe, vous l’avez beaucoup fait ces dernières semaines. Est-ce que vous ne regrettez pas de pas avoir plus parlé d’Europe aux Français pendant votre quinquennat parce que vous nous en avez parlé à chaque fois que vous êtes venu ici à Bruxelles, mais on a le sentiment qu’il y a eu un manque de pédagogie qui explique peut-être qu’aujourd’hui les Français sont tentés de voter pour un candidat qui est aussi ouvertement anti-Européen que Marine LE PEN. Est-ce que vous estimez que vous portez une responsabilité ?

LE PRESIDENT : Comment parle-t-on de l’Europe le plus souvent ? Avec toujours les mêmes remarques, les mêmes déceptions sans cesse entretenues - je ne parle pas des journalistes - mais je parle de l’ensemble des commentaires publics, de tous ceux qui ont vocation à s’exprimer ; c’est toujours la même rengaine.

Moi, personne n’a pu jamais douté de mes convictions européennes ; je les ai affirmées quand j’étais candidat, je les ai confirmées quand je suis devenu Président et je me suis battu pour ces convictions européennes. Quand il s’est agi de sauver la Grèce, qui s’est mise en avant, qui s’est mise en mouvement ? La France, et heureusement qu’elle a su convaincre. Quand il s’est agi de faire en sorte que nous puissions donner une dimension de croissance et pas simplement de discipline budgétaire, qui l’a fait ? La France. Quand il s’est agi de mettre davantage d’investissements notamment pour la transition énergétique ou pour les grandes infrastructures, qui la fait ? La France. Quand il s’est agi d’aller porter l’Europe de la défense, qui l’a fait ? La France ! Vais-je continuer ?! Mais si à chaque fois que l’on regarde l’Europe, on trouve ce qu’elle ne fait pas ou ce qu’elle ne fait pas assez, alors comment vous étonner qu’ensuite les peuples s’en détournent.

Sur les réfugiés, c’est vrai que ça a été long, c’est vrai que ça a été une épreuve parce que certains pays n’étaient pas prêts à faire l’effort ; mais néanmoins, nous avons mis en place les procédures, nous avons signé un certain nombre d’accords et nous avons finalement enrayer ce processus dans l’intérêt même des réfugiés et des migrants tout en faisant l’accueil de ceux qui relevaient du droit d’asile. Donc on trouve que l’Europe ne va jamais assez loin et assez vite mais en même temps, on finit par ne plus regarder ce qu’elle fait et ce qui est intéressant - le Brexit, puisque c’est le sujet du jour, nous en fournit l’occasion - quand on n’est plus dans l’Europe, qu’est-ce qui se passe ? On n’a plus la politique agricole commune, c’est pour les agriculteurs et pour les pêcheurs que ce serait le drame, pas pour tous ; on n’a plus les fonds structurels européens : ce serait les régions et notamment les régions les plus en difficultés qui auraient à en perdre… Pas toutes… Et puis je peux continuer ainsi : quand on n’a plus le marché intérieur, eh bien on ne peut plus circuler, on ne peut plus vendre ses produits, qu’on n’a plus la monnaie unique, on est obligé d’avoir sa propre monnaie et d’encourir les risques d’une dévaluation et de taux d’intérêt élevés.

Donc on prend conscience de l’Europe quand elle pourrait ne plus être là et notamment pour la protection de nos frontières ou pour assurer aussi le contrôle de l’immigration ou dans le cadre de l’OTAN, pour assurer aussi notre propre défense. Alors moi je veux insister sur la situation que l’on connaît avec le Brexit parce que finalement c’est un exemple ; pour ceux qui se réclament de la politique de retour aux frontières d’hier, qui veulent sortir de l’Union européenne, c’est un exemple. Pas sûr qu’il soit probant, je suis même sûr du contraire.

Il n’est pas probant puisque le Royaume-Uni va perdre tous ses avantages. Puisque le Royaume-Uni n’était pas membre de la zone euro ; on n’était pas dans la question de savoir ce qu’allait devenir sa monnaie. Néanmoins, pendant les premiers mois qui ont suivi la décision du Brexit, sa monnaie a perdu 30% de sa valeur. Donc il faut que chacun réfléchisse bien. On peut se plaindre de l’Europe, on peut penser qu’on n’en parle pas assez mais moi je voudrais qu’on en parle aussi lorsqu’elle n’est plus là et avec toutes les conséquences que ça peut avoir.

Monsieur le Président, vous avez souligné la grande unité lors de ce sommet spécial sur le Brexit et vous avez aussi mis en valeur l’axe franco-allemand et la bonne collaboration sur plein de sujets. Cette unité entre les 27, est-ce qu’elle va perdurer ? Est-ce qu’elle va durer encore jusqu’à demain, jusqu’au moment où on va redistribuer les agences actuellement localisées à Londres ou même peut-être jusqu’à la fin des négociations avec les Anglais ? Et deuxièmement, est-ce que vous pensez que la bonne coopération franco-allemande va perdurer après les élections présidentielles du 2e tour la semaine prochaine ? Merci.

LE PRESIDENT  : Il y a deux questions. La première, est-ce que l’Europe va rester unie jusqu’au bout de la négociation ? C’est ce que je leur ai demandé de faire. Une négociation, c’est toujours un rapport de forces qui doit être respectueux et s’il devait y avoir la moindre des divisions, nécessairement l’autre partie, en l’occurrence le Royaume-Uni, l’utiliserait. Et le Royaume-Uni va essayer de rentrer dans une position en force, c’est bien je pense l’idée de madame MAY dans le fait de provoquer des élections anticipées. Ce que l’Europe a été capable de faire, c’est-à-dire d’entrer dans la négociation avec des principes, des objectifs et une méthode, l’Europe doit maintenant être capable aussi de réussir ce processus tout au long de la négociation - c’est dans à peine deux ans - et la méthode qui a été choisie, permettra d’avoir une vérification permanente de l’unité. C’est avec cette unité-là que l’Europe préservera ses intérêts sans vouloir punir le Royaume-Uni mais avec la volonté d’avoir d’abord ses intérêts sauvegardés pour l’Europe et pour les pays membres, notamment sur le plan financier avec les contributions budgétaires, notamment pour les ressortissants européens qui sont au Royaume-Uni et surtout pour que le marché intérieur puisse répondre aux règles fondatrices avec les principes de liberté.

Dans cette unité européenne indispensable, c’est vrai que la relation franco-allemande est nécessaire et j’en ai toujours été persuadé. Vous saviez qu’en 2012, nous n’étions pas, madame MERKEL et moi-même, forcément des amis ; nous ne nous connaissions pas, je ne l’avais jamais rencontrée, nous n’étions pas de la même sensibilité - nous ne sommes toujours pas de la même sensibilité - mais nous avons pu travailler ensemble et trouver ensemble à chaque fois des solutions pour l’Europe. Nous l’avons fait même pour des sujets qui étaient extra-européens même si l’Ukraine, c’est notre frontière ; nous l’avons fait sur d’autres sujets - j’ai évoqué le climat - nous l’avons fait également pour faire avancer l’Allemagne, ce n’était pas si évident, sur la question de la défense. Et l’Allemagne a été aussi d’un grand respect à l’égard de la politique économique que nous avons pu mener en comprenant que nous devions à la fois réduire nos déficits et en même temps améliorer notre compétitivité. Donc cette relation franco-allemande, elle doit perdurer au-delà des personnes. Et il y aura des élections en Allemagne au-delà des personnes. Il y a cette idée que l’Europe à 27, comme c’était le cas d’ailleurs à 28, elle ne peut véritablement avoir confiance en elle que si les deux principaux pays sont conscients des enjeux et sont capables de les faire partager par d’autres. Le couple franco-allemand, ce n’est jamais un moteur qui déciderait pour les autres ; c’est un moteur qui entraîne ; c’est un moteur qui mobilise ; c’est un moteur qui associe.
C’est pourquoi nous avons veillé d’ailleurs, à chaque fois, à faire des réunions avec d’autres tout en nous consultant régulièrement. Et je suis convaincu qu’Emmanuel MACRON sera un bon partenaire pour l’Allemagne parce qu’il défendra les intérêts de son pays, la France, qu’il a aussi la conviction que l’Europe est au service de nos intérêts communs et que plus d’Europe ne signifie pas moins de France, au contraire, plus d’Europe peut signifier plus de forces pour la France. Il est suffisamment conscient des réalités européennes - il a été avec moi dans la plupart des Conseils européens comme conseiller puis ensuite il a été associé comme ministre - il sait trop bien quelle est la place du couple franco-allemand et il aura à cœur de poursuivre avec sa méthode, avec ses propositions, la politique qui a été menée pour faire avancer l’Europe en étroite liaison avec l’Allemagne.

Monsieur le Président, on a constaté hier la mort en quelque sorte du Front républicain en France qu’on avait vu se mettre en place en 2002 puis lors des échéances suivantes. Est-ce que si je vous ai bien compris, vous appelez de vos vœux un front politique pro-européen pour garantir la victoire d’Emmanuel MACRON ?

LE PRESIDENT  : Non. Il y a l’Europe qui est un élément du débat politique mais le front républicain, il est tout simplement un réflexe démocratique ; il ne doit même pas être un élément de discussions. Quand il s’est trouvé - j’étais premier secrétaire du Parti socialiste en 2002 - que Jacques CHIRAC était en face de Jean-Marie LE PEN, je n’ai pas attendu une heure, je n’ai pas attendu un jour pour appeler les socialistes, tous les socialistes - rappelez-vous qui étaient encore membres du Parti socialiste à l’époque - tous les socialistes et toute la gauche à faire barrage au Front national. Et il y avait une formule qui était finalement tout à fait simple et qui permettait de rassembler toutes les sensibilités, c’était d’utiliser le bulletin Jacques CHIRAC pour faire en sorte que les valeurs et les principes qui sont les nôtres et que nous avons toujours conçus comme la force de la France, puissent être préservés.
Eh bien aujourd’hui c’est la même chose. Ça ne devrait même pas être un sujet de discussion pour les forces républicaines. J’entends pour les personnalités qui sont dans le champ démocratique, dans le champ de la République, ça ne devrait même pas être un sujet : on prend le bulletin - en l’occurrence aujourd’hui c’est le bulletin MACRON - et on le considère comme le bulletin qui empêche l’extrême droite et qui donne à la France la certitude qu’elle restera fidèle à elle-même. Alors oui c’est un problème que certains se posent maintenant une question qu’ils ne se posaient pas il y a quelques années quand ils étaient à gauche - enfin à gauche au sens où ils étaient conscients qu’il fallait faire le choix au nom de la gauche d’empêcher l’extrême droite – et qu’aujourd’hui ils auraient des états d’âme. Et à droite, ils doivent comprendre et beaucoup l’ont compris, je veux ici saluer tous ceux qui ne se sont même pas posé cette question et qui ont immédiatement donné la réponse (encore aujourd’hui Alain JUPPE) pour dire : voilà, nous pouvons avoir des différences de sensibilité, nous pouvons ne pas partager le projet d’Emmanuel MACRON, nous pouvons même demain nous situer clairement dans l’opposition mais nous voulons par le bulletin que nous prenons, celui d’Emmanuel MACRON, signifier ce que nous ne voulons pas. Eh bien ça doit être pour tous les républicains - et là, ça va au-delà des forces politiques et au-delà des personnalités - tous les citoyens qui ne veulent pas de Madame LE PEN, doivent prendre le bulletin d’Emmanuel MACRON, c’est aussi simple que cela. Et l’abstention, le retrait, le ni-ni ne pourront qu’encourager la candidate d’extrême droite puisque ça conduirait à ce qu’elle fasse au moins en pourcentage un score qu’elle ne devrait pas atteindre. Et là encore c’est un enjeu parce que plus elle sera basse moins ses prétentions demain pourront être fortes.

J’avais deux questions concernant votre gestion en Europe, c’est savoir si vous ne regrettez rien par rapport par exemple à la Grèce, par rapport au sauvetage de Chypre, s’il n’y a pas eu de choses que vous auriez pu orienter d’une façon différente dans le Conseil européen ?

Et une autre sur la politique française. Ça m’étonne beaucoup de voir que tous les candidats qui sont passés par des élections aux primaires ont été facilement battus. Donc concernant spécialement le Parti socialiste, vous croyez que ça a été une bonne idée de faire des primaires ?

LE PRESIDENT : Il y a eu une seule bonne idée, c’était d’en faire en 2011 ! Après, il fallait arrêter !

Et je pense que ça s’arrêtera parce que ce processus qui vise davantage à éliminer qu’à choisir a donné les résultats que l’on sait. Mais pour revenir à ce que vous avez posé comme question, « est-ce que j’ai des regrets ? » : on a toujours des regrets mais pas de remords.

J’aurais eu des remords si la Grèce n’était plus dans la zone euro, si la zone euro avait éclaté, j’aurais eu un remords en me disant : quand même tout ce que j’ai voulu bâtir comme Européen , eh bien, c’est sous ma responsabilité que ça s’est défait Que cette zone euro qui a été pour beaucoup voulue par Jacques DELORS, qui a été réussie par Lionel JOSPIN et je n’oublie pas François MITTERRAND avec le traité de Maastricht, eh bien que cet héritage, ce legs, qui m’a été donné, j’aurais pu le dilapider, c’eût été pour moi effectivement un remords mais qu’est ce qui s’est passé ?

Même pour Chypre qui était dans une situation extrêmement difficile, eh bien, Chypre est resté dans la zone euro et ça été peut-être plus douloureux pour les Chypriotes encore qu’ils ne l’avaient imaginé, mais ils ont voulu rester dans la zone euro, ils sont restés dans la zone euro.

Quant à la Grèce, moi j’ai tout fait pour que Alexis TSIPRAS puisse faire le choix de rester dans la zone euro ; il l’a fait courageusement et tout à l’heure où nous avons encore échangé quelques mots de soutien mutuel, de remerciements et de gratitude parce qu’il sait bien que c’est la France qui a tout fait pour que, au moment même oú il y a eu le référendum, nous puissions mettre la Grèce dans la situation de rester dans la zone euro.

Le seul regret que j’ai, c’est que pour assurer les versements, il y a encore des conditionnalités qui sont posées et qui n’étaient pas d’ailleurs dans l’accord nécessairement de l’été 2015, mais on y est, on y est presque et donc ça va se faire ! Ce n’est pas moi qui ai introduit le FMI dans la négociation, ça s’était fait avant que je ne sois président de la République mais la Grèce, on peut le dire aujourd’hui : elle restera dans la zone euro, donc je n’ai pas de regret de ce point de vue-là parce que nous avons réussi.

L’Union européenne peut exister sans la Grande-Bretagne mais est-ce que l’Union européenne pourrait exister sans la France ? Je pense aussi que la France reste le dernier pays de l’Union européenne à être un membre permanent au Conseil de sécurité et à posséder l’arme nucléaire. Alors est-ce que est-ce que l’Union européenne serait possible sans la France ? Est-ce que le 7 mai pourrait être la fin de l’Europe ?

LE PRESIDENT : Mais pourquoi toute l’Europe regarde vers la France ? C’était vrai avant le premier tour, ça l’est encore avant le second tour. Pourquoi toute l’Europe regarde vers la France ? Pas parce que on se passionne pour la vie politique française ou pour les primaires ou pour les candidats qui en sont issus et qui ne sont plus là d’ailleurs ! Ce n’est pas par une espèce d’affection particulière pour la vie politique française et pour ses turbulences ! Ce n’est pas par un sentiment qu’on vit à travers la France une téléréalité, une politico-réalité, un spectacle ! Non ! Pourquoi il y a cet intérêt, cette attention, cette vigilance, cette inquiétude même à l’égard de la France et de ce qui se passe ? Parce que vous avez raison, Monsieur, si la France faisait un choix qui ne permettait plus à mon pays de rester dans l’Union européenne, il y aurait sans doute encore une Union européenne – je ne veux préjuger de rien – mais elle n’aurait plus la force et la nature qu’elle a aujourd’hui.

La France est un pays fondateur, signataire du traité de Rome, un pays qui est dans la zone euro, un pays qui est dans l’espace Schengen, un pays qui est membre permanent du Conseil de sécurité, qui a la force de dissuasion, une économie qui est la deuxième de l’Europe, un pays qui représente l’histoire de l’Europe, un pays qui a eu tout au long du XXe siècle à se battre, comme l’avait dit François MITTERRAND – il voyait d’ailleurs une histoire plus large pratiquement avec tous ceux qui étaient autour de la table du Conseil européen –, donc une France tellement attachée à la paix qu’elle a tellement connu de guerres. Alors oui, les conséquences seraient extrêmement lourdes si la France se détournait de l’Europe et c’est la raison pour laquelle je l’ai dit : le choix qui va être fait est un choix pour la France mais c’est aussi un choix européen qui va être exprimé par le peuple français.

Je suis convaincu parce que je connais bien le peuple français, qu’il veut l’Europe, il est mécontent d’une forme d’organisation de l’Europe, de gestion de l’Europe, de fonctionnement de l’Europe, c’est sûr ; il voudrait que l’Europe soit encore plus protectrice, il a raison le peuple français. Mais il ne veut pas quitter l’Europe parce que quitter l’Europe d’une certaine façon, ce serait aussi quitter la France, la France telle qu’elle est attendue, telle qu’elle est espérée, telle qu’elle est voulue !

Je vais donc en terminer là avec cette ode à l’Europe et cet appel à la responsabilité de la part des Français. Mais je voulais vous remercier, vous tous qui suivez la vie de l’Europe, l’actualité de l’Europe, les réunions de l’Europe, les institutions de l’Europe parce que vous parlez toujours de l’Europe et vous savez combien elle est lourde, elle est opaque dans son fonctionnement, elle est irritante même dans ses retards, elle est inquiétante dans un certain nombre de ses hésitations, elle est parfois préoccupante quant à ses divisions, mais cette Europe-là, vous l’aimez parce qu’elle peut avoir aussi cette capacité à faire que nous soyons les uns et les autres, plus grands que nous le sommes séparément.

Et s’il n’y avait pas cette presse si attachée à l’Europe et qui n’est pas avare de ses commentaires critiques, il n’y aurait pas aujourd’hui cette attention toujours portée à l’Europe. Et donc vous verrez un autre ici bientôt mais continuez à lui poser toutes les questions dont vous m’avez donné le bénéfice pendant ces cinq ans, même très tard dans la nuit. Et je vous regarderai toujours, je me réveillerai le matin, rien que pour entendre vos questions et savoir si vous avez toujours la même passion pour l’Europe !

Merci"./.

Texte, adopté, des "orientations" des 27 pour la négociation avec le Royaume Uni du Brexit

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Dernière modification : 15/05/2017

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