"C’est le moment de redonner un élan à la construction européenne"

M. Bruno Le Maire a participé à la réunion de l’Eurogroupe et au Conseil des ministres européens de l’Economie et des Finances les 8 et 9 juillet 2019 à Bruxelles.

Il a par ailleurs prononcé un discours à l’Institut Bruegel le 8 juillet 2019 dans le cadre de la conférence relative à la zone euro : "L’accord sur la zone euro : une mini-révolution ?"

Déclaration de M. Bruno Le Maire, ministre de l’Economie et des Finances, à son arrivée à la réunion de l’Eurogroupe (Bruxelles, 8 juillet 2019)

Que pensez-vous des concessions de la Commission à l’égard de l’Italie ? Etes-vous d’accord avec le fait que la Commission ait arrêté la procédure de déficit excessif ?

M. Bruno Le Maire : : "Je crois que c’est une bonne décision. Cette décision a été prise car l’Italie a su saisir la main qui avait été tendue par la Commission pour une discussion. Je crois que c’est toujours mieux quand on règle les difficultés en Europe par la discussion et par la négociation plutôt que par des procédures. Je crois que c’est une bonne chose que l’Italie et la Commission européenne aient pu trouver un terrain d’entente. Surtout, cela ouvre désormais la voie à un nouvel élan pour l’Union européenne sur les questions économiques et financières dans les années qui viennent.

Nous avons un nouveau Parlement, nous allons avoir une nouvelle Commission, nous avons une nouvelle Présidente de la Commission européenne. C’est le moment, comme a pu le dire le Président de la République, de redonner un élan à la construction européenne, et de répondre aux attentes de nos compatriotes. Dans les secteurs économiques et financiers, beaucoup reste à faire. Il faut que nous transformions la zone euro pour la consolider. Il faut mettre en place un vrai budget de la zone euro, nous avons décidé ce budget, maintenant il faut le mettre en place pour qu’il soit efficace, qu’il donne des résultats. Nous devons achever l’Union bancaire. Nous devons mettre en place l’Union des marchés de capitaux. Tout cela doit être fait dans les mois qui viennent, et c’est le moment. Je le dirais tout à l’heure à la réunion des ministres des finances, c’est le moment de redonner cet élan à la zone euro et aux questions économiques en matière européenne.

De manière plus générale, on voit bien qu’il y a aujourd’hui un ralentissement de la croissance dans le monde, et un ralentissement dans la zone euro, qui est dû en grande partie aux tensions commerciales qui existent entre la Chine et les Etats-Unis. Nous ne pouvons pas rester les bras croisés face à ce ralentissement de la croissance dans la zone euro. Il faut que nous prenions des initiatives et que nous décidions entre nous des meilleures initiatives à prendre. J’ai fait une proposition avec un pacte de croissance, qui profiterait de la politique monétaire accommodante et des taux d’intérêts bas pour avancer dans trois directions.

La première c’est la poursuite des réformes structurelles qui sont nécessaires dans certains pays de la zone euro, comme la France le fait depuis maintenant deux ans sous la direction du Président de la République.

La deuxième direction, c’est évidemment le respect des règles européennes en matière de dépenses publiques.

Et la troisième direction que nous proposons dans ce pacte de croissance, c’est plus d’investissements. Plus d’investissements pour l’innovation, plus d’investissements pour la recherche, plus d’investissements pour les infrastructures de la part des pays ayant aujourd’hui les moyens budgétaires de le faire. Je crois que c’est aujourd’hui indispensable si nous voulons éviter que ce ralentissement de la croissance de la zone euro ne devienne demain un problème économique ou politique. Il me parait indispensable que nous examinions ce pacte de croissance et que nous regardions ensemble comment relancer la croissance dans la zone euro.

M. Bruno Le Maire : : Je crois que chaque gouvernement est dans une situation différente.

S’agissant de la France, nous avons une dette publique qui est élevée, de 99.6% très précisément. Quand vous avez une dette aussi élevée, la priorité c’est de la stabiliser, et de la réduire. Et c’est exactement ce que nous faisons avec notre majorité. Nous réduisons la dépense publique et nous voulons continuer à réduire la dette publique d’ici la fin du quinquennat. J’ai pu dire à plusieurs reprises que la dette était un poison pour l’économie française, je maintiens qu’avoir une dette trop importante peut poser des difficultés pour notre économie.

Par ailleurs, si la France décidait demain d’augmenter ses dépenses publiques il y a fort à parier que ça ne serait pas des dépenses d’investissements, mais des dépenses de fonctionnements, ce qui serait hypothéquer l’avenir de la France et de notre économie. Mais il y a des Etats qui sont dans une situation budgétaire différente, et qui ont des capacités d’investissements qui ne sont pas pleinement employées.

Nous, ce que nous souhaitons, c’est ouvrir la discussion entre les Etats membres de la zone euro sur la meilleure stratégie de croissance. Il est indispensable que nous ayons une stratégie de croissance commune, c’est ce que je propose avec ce pacte de croissance. Chaque Etat pourrait adopter ce pacte en prenant en compte la situation différente dans laquelle il est : ceux qui ont besoin de faire des réformes de structures feront des réformes de structures, ceux qui doivent rétablir les finances publiques rétabliront les finances publiques, et ceux qui ont un espace budgétaire pour investir plus pourraient investir plus, et garantir une meilleure croissance dans la zone euro.

Toutes les propositions sont les bienvenues, nous pouvons en discuter avec les autres Etats membres. Il y a une seule chose dont je sois certain, nous ne pouvons pas nous satisfaire d’une croissance aussi faible dans la zone euro, et nous ne pouvons pas continuer à attendre que le ralentissement économique s’accentue avec de réagir.

Vous avez mentionné le ralentissement économique, c’est également dangereux pour l’Italie. Etes-vous sûr que c’est la dernière fois que l’on entend parler d’une procédure de déficit excessif ?

M. Bruno Le Maire : : Cela va dépendre des décisions de l’Italie. Ce que je sais c’est qu’il y a un accord entre la Commission européenne et l’Italie, et c’est certainement la meilleure chose qui pouvait advenir. C’est toujours mieux quand un Etat écoute ce que la Commission lui dit et trouve un terrain d’entente, plutôt que rentrer dans une procédure pour déficit excessif, qui serait mauvaise pour l’Italie, mais mauvaise aussi pour la zone euro. Nous sommes tous dans le même ensemble économique et le même ensemble monétaire. Il faut que, tous, nous respections les règles, et que nous soyons plus fort ensemble. Quand il y a un Etat qui ne respecte pas les règles, c’est l’ensemble de la Zone euro qui se retrouve affaiblie.

Are you going to discuss who’s going to replace Lagarde at the IMF ?

M. Bruno Le Maire : : Nous aurons aujourd’hui un premier échange entre nous sur la succession de Christine Lagarde. Ce que nous souhaitons en France, c’est qu’un candidat européen puisse succéder à Christine Lagarde à la tête du FMI.

En deuxième lieu, c’est que nous puissions prendre une décision rapidement, le rôle des ministres des finances est d’examiner les différentes candidatures pour que les chefs d’Etats puissent prendre une décision en toute connaissance de cause, et avec le plus grand nombre d’informations disponibles.

Enfin, je souhaite que ça soit un candidat unique présenté par l’Union européenne, et qu’il n’y ait donc pas de rivalités inutiles pour que nous arrivions à un consensus. Une fois encore, le rôle des ministres des finances aujourd’hui, c’est de commencer à voir la situation, examiner qui est candidat, afin de pouvoir faire un rapport aux chefs d’Etats, et qu’ils puissent décider dans les meilleures conditions et délais possibles.

Who do you support ?

M. Bruno Le Maire : Nous soutiendrons le candidat qui aura l’expérience et la solidité nécessaire pour diriger FMI. C’est le Président de la République qui dira le moment venu quel est le candidat que la France soutient. La seule chose que je peux vous dire, c’est qu’aujourd’hui personne ne peut se prévaloir du soutien de la France puisque le Président n’a pas encore annoncé son choix"./.

Discours de M. Bruno Le Maire, ministre de l’Economie et des Finances, lors de l’événement “The Eurozone agreement – a mini revolution ?”, Institut Bruegel (Bruxelles, 8 juillet 2019)

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Discours de M. Bruno Le Maire, “The Eurozone agreement – a mini revolution ?"
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Dernière modification : 09/07/2019

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