Brexit : "Nous nous préparons à un accord, mais pas à tout prix"

Le Président de la République a participé au Conseil européen qui s’est tenu les 15 et 16 octobre 2020 à Bruxelles.

Les dirigeants de l’UE ont débattu de la situation épidémiologique, des relations avec le Royaume-Uni, ainsi que du changement climatique et des relations avec l’Afrique.

Principaux points de l’ordre du jour

COVID-19 : Le Conseil européen a examiné la situation épidémiologique actuelle. Les dirigeants ont discuté de la coordination générale et des travaux en vue de la mise au point et la distribution d’un vaccin au niveau de l’UE.

Relations entre l’UE et le Royaume-Uni : Le Conseil européen a fait le point sur la mise en œuvre de l’accord de retrait et l’état d’avancement des négociations sur le futur partenariat entre l’UE et le Royaume-Uni. Les dirigeants ont débattu des travaux préparatoires pour tous les scénarios susceptibles de se produire après le 1er janvier 2021.

Changement climatique : Les dirigeants de l’UE ont examiné les progrès accomplis dans la réalisation de l’objectif de neutralité climatique de l’UE d’ici à 2050. À la suite de l’adoption par la Commission d’un plan cible en matière de climat à l’horizon 2030, les dirigeants de l’UE ont tenu un débat d’orientation sur les questions liées au changement climatique.

Relations extérieures : Le Conseil européen a également débattu des relations entre l’UE et l’Afrique et a abordé d’autres questions de politique étrangère./.

Déclaration du Président de la République à son arrivée au Conseil européen (Bruxelles, 15 octobre 2020)

"Bonjour, Messieurs, Dames.

Nous nous retrouvons donc pour un sommet européen ce jeudi et ce vendredi à Bruxelles, d’abord pour parler, et nous le ferons demain matin, de l’épidémie de Covid qui se répand à travers l’Europe dans le cadre de cette deuxième vague et s’intensifie de manière croissante. J’étais amené hier à annoncer une série de décisions pour la France, mais nous pouvons nous féliciter que l’Europe se coordonne mieux pour cette deuxième phase. Et donc plusieurs éléments de coordination ont été décidés cette semaine, c’est-à-dire une carte commune, des règles communes, des seuils, des critères pour permettre justement à notre Europe de continuer à fonctionner, à avancer, à se protéger face à cette épidémie et protéger l’ensemble de nos concitoyens, sans pour autant que le marché intérieur ne soit totalement bloqué comme nous l’avons connu lors de la première phase. C’est une avancée de méthode qui est importante, mais qui ensuite se déclinera dans chaque pays pour ce qui nous concerne. Nous ferons aussi un point sur la stratégie de vaccins, donc de recherche et d’acquisition de vaccins en commun. Je pense que c’est un point extrêmement important qui était attendu de nous et de nos concitoyens.

Nous aurons, et c’est le deuxième objet de ce conseil, une discussion sur les négociations des relations futures entre l’Union européenne et la Grande-Bretagne, c’est-à-dire la suite, en quelque sorte, de l’accord de retrait et du Brexit. Sur ce sujet, je veux être ici très clair. Nous savons les points qui restent à discuter et les points qui, aujourd’hui, n’ont pas encore trouvé une solution : la pêche. En aucun cas nos pêcheurs ne sauraient être les sacrifiés de ce Brexit. Nous n’avons pas choisi le Brexit, c’est le choix du peuple britannique, et donc préserver l’accès de nos pêcheurs aux eaux britanniques, permettre de trouver un bon compromis pour nos pêcheurs, et je parle de tous les pays d’Europe qui sont concernés, dont la France, est un point important de cette discussion pour nous. Le deuxième élément, c’est d’avoir des conditions équitables entre la Grande-Bretagne et l’Union européenne, c’est-à-dire nous assurer que nous avons un même niveau de jeu pour ce qui est des aides d’Etat et des réglementations, en particulier sociales et environnementales. Les conséquences du Brexit, ça ne saurait être de créer du dumping environnemental ou social à nos frontières. Sur ce sujet, nous devons aussi trouver un accord. Ce sera l’objet de la discussion que nous aurons cet après-midi, repréciser le mandat de Michel BARNIER, permettre dans les prochaines semaines de finaliser sur cette base un accord de relations futures. Je vais être très clair. Cet accord ne saurait se faire à tout prix. Si ces conditions ne sont pas remplies, il est possible que nous n’ayons pas d’accord. Nous nous y sommes préparés. La France y est prête. Nous avons pris des textes réglementaires. Nous sommes en train de finaliser les dispositions qui sont à prendre dans tous les secteurs. Le Premier ministre a encore fait cette semaine une réunion de ministres sur ce sujet. S’il n’y a pas des bons termes qui sont trouvés à l’issue de la discussion, nous sommes prêts à un non-accord pour les relations futures.

Nous aurons également à discuter de nos ambitions climatiques lors de ce sommet, ce qui est extrêmement important avant la fin d’année, le rendez-vous des 5 ans de l’Accord de Paris, qui sera le 12 décembre prochain. Sur ce sujet, la France a, une fois encore, initié un texte. Nous sommes dix signataires pour une ambition climatique qui est celle d’atteindre au moins 55 % de réduction d’émissions à horizon 2030 de CO2. Nous souhaitons, là aussi, confirmer cet engagement et ensuite, évidemment, les mesures à prendre au niveau européen et au niveau national. J’espère que la discussion de ce soir permettra de réunir l’ensemble des Etats-membres autour de cette ambition.

Demain matin, nous aurons à discuter également de sujets internationaux, l’Afrique, et préparer notre sommet de décembre. Là-dessus, je réaffirmerai à quel point il est important de poursuivre les initiatives prises ces derniers mois à l’égard de l’Afrique, soutien sanitaire pour un continent qui a besoin justement d’être soutenu et accompagné, soutien aussi financier, en particulier confirmer notre moratoire sur la dette et les annulations de dette qui permettront à l’Afrique de faire face au défi social et économique post-Covid. Nous aurons l’occasion de revenir sur la Turquie et le conflit au Haut-Karabakh. Je ne veux pas ici en dire davantage, mais nos discussions de demain, à coup sûr, traduiront l’exigence qui doit être la nôtre compte tenu des événements récents. Enfin, sur les sanctions qui ont été prises ces derniers jours à l’égard de plusieurs responsables russes suite à l’affaire NAVALNY, je veux ici redire, en soutien plein et entier avec l’Allemagne, que nous avons donc conduit des investigations qui ont permis de caractériser ce qui s’était passé, cette tentative d’assassinat. Nous avons caractérisé ce qui était une agression chimique et nous restons attachés, nous, Européens, à la lutte contre les armes chimiques et en soutien plein et entier, en coopération avec l’Allemagne, nous avons donc poussé pour, en effet, que ces sanctions soient prises. C’est toujours le même chemin, celui d’un dialogue transparent mais exigeant avec la Russie, auquel je crois. La Russie est notre voisin, la Russie partage ce continent, mais nous ne saurions céder, renoncer à nos principes et nos ambitions, en particulier quand il s’agit des armes chimiques.

Voilà ce que je voulais vous dire avant de commencer ce Conseil dans quelques instants. Merci à vous"./.

Conférence de presse du Président de la République à l’issue du Conseil européen (16 octobre 2020)

"Bonjour Messieurs-Dames.

A l’issue de ce Conseil, je venais rendre compte des discussions et des décisions prises.

Nous avons d’abord eu un échange hier après-midi sur le Brexit. La discussion a montré d’abord un véritable consensus, une unité, une fermeté aussi entre l’ensemble des États membres. Il n’y a pas de divisions, il n’y en avait pas pour l’accord de retrait, il n’y en a pas pour les relations futures mais bien un soutien unanime au négociateur qui est le nôtre, Michel BARNIER, sur nos priorités : une concurrence équitable, des règles claires pour nos pêcheurs et une gouvernance clarifiée. Nous nous préparons à un accord mais pas à tout prix. Nous avons autorisé notre négociateur à poursuivre les négociations pour les deux prochaines semaines dans cet esprit. Comme je le disais, nous souhaitons un accord. Nous sommes conscients que cela nécessite des efforts en particulier du Royaume-Uni. Mais nous gardons toujours en tête que c’est aussi le Royaume-Uni, qui a souhaité quitter l’Union européenne, et qui quitte l’Union européenne et qui a, bien plus encore que nous, besoin d’un accord. Je pense qu’il ne faut jamais oublier ces deux points, surtout dans ces moments où les négociations rentrent dans une phase plus active.

Nous avons ensuite eu hier soir un échange nourri sur la situation de l’épidémie dans nos pays et partout en Europe. Suite à notre précédent échange, une recommandation a pu être adoptée au niveau des ministres et de nos services qui donne plus de prévisibilité et de clarté à nos citoyens sur les mesures à adopter par les États membres. Nous avons souhaité aller plus loin en termes de coordination sur les stratégies de test, les reconnaissances réciproques de nos tests afin de réduire les durées de quarantaine et de lutter tous ensemble contre ce virus en fonction évidemment de son évolution et en prenant en compte son hétérogénéité entre nos pays, mais surtout je dirais entre les bassins de vie même dans chaque pays, mais sans pour autant que, comme nous l’avions vécu lors de la première phase, la gestion de l’épidémie ne vienne fracturer notre marché unique.

Nous sommes revenus sur notre stratégie commune en matière de vaccin et avons acté de nous retrouver de manière régulière par visio dans les prochaines semaines pour faire un point sur les avancées et nous coordonner encore plus finement.

La discussion a permis aussi d’aborder la question du climat hier soir. Nous avons eu en effet une première discussion stratégique avant les conclusions de fin d’année afin de fixer l’objectif de réduction des émissions de gaz à effets de serre de l’Union européenne pour 2030. Nous portons avec 10 autres Etats membres, la volonté de monter cette ambition et d’atteindre au moins 55 % de réduction d’émissions de gaz à effet de serre à horizon 2030. Nous avons été rejoints hier par la Lituanie, je m’en félicite. Une dynamique est lancée. La discussion a permis de voir que nous avons des disparités en termes de stratégie, ce qui est normal, la réaffirmation d’une volonté claire et entière. Nous connaissons les sensibilités, mais ce premier tour d’horizon était utile pour rappeler l’importance de cette ambition et la clarifier.

Les débats de ce matin ont porté sur l’Afrique et notre partenariat avec ce continent. Nous défendons, là aussi avec un grand esprit de consensus, la nécessité de renforcer notre soutien aujourd’hui et demain. Nous aurons en décembre un sommet avec l’Union africaine et les membres du bureau. C’est un rendez-vous important et c’était aussi pour nous l’occasion de le préparer. Quelques points simplement sur ce sujet que je souhaitais ici rappeler. Le premier, nous devons soutenir l’Afrique dans ce contexte de pandémie parce que l’Afrique sera dans une croissance nulle voire une récession, - nous verrons les chiffres définitifs en fin d’année -, pour la première fois depuis des décennies, dans un continent dont nous connaissons la dynamique démographique. Les conséquences en termes sanitaires, économiques, sociales seront massives. Notre obligation est donc d’une part d’assister les Africains en matière de santé, renforcement de notre aide au système de santé primaire, accompagnement de l’effort en matière de vaccination. C’est l’initiative, je vous le rappelle, ACT-A, que nous avions lancée avec nos partenaires africains, plusieurs partenaires du G20, dès le début de la crise. Nous l’avons reconfirmée et nous devons la poursuivre. Nous avons investi dans celle-ci, nous la suivons de près et vous savez l’engagement de la France en la matière. Nous souhaitons aussi aller plus loin en termes d’accompagnement économique et social et avoir une vraie stratégie d’investissement.

L’un des points clés du sommet de décembre sera véritablement de mettre sur la table une stratégie d’investissement de l’Union européenne à l’égard de l’Afrique et l’Union africaine, une stratégie par secteur et pays qui est indispensable pour aider au maintien et à la relance du continent. Dans ce cadre, nous avons réaffirmé aussi notre volonté de poursuivre les efforts, commencés là aussi dans le cadre de l’initiative ACTA, relayés au niveau ministériel au G20, c’est-à-dire le moratoire sur les dettes et l’objectif de restructurer, voire d’annuler certaines dettes. Vous le savez, c’est là aussi ce que la France porte.

J’ai là aussi annoncé sur ces sujets, celui du climat et de l’Afrique, les deux rendez-vous prochains que la France aura à organiser ou co-organiser.

En matière de climat, nous co-présiderons avec Boris JOHNSON une conférence internationale le 12 décembre, actant et célébrant les 5 ans de la Conférence de Paris et préparant Glasgow, conférence durant laquelle nous souhaitons largement mobiliser dans la suite de nos échanges d’aujourd’hui, et mobiliser aussi nos partenaires non-européens.

J’ai également annoncé sur les sujets relatifs à l’Afrique l’organisation par la France d’un sommet sur le financement de l’économie africaine et donc les investissements mais aussi les règles de financement que nous souhaitons tenir en mai 2021 à Paris.

Nous avons également évoqué plusieurs sujets internationaux : la Biélorussie, en réaffirmant notre volonté d’avoir un dialogue inclusif et une solution politique avec les oppositions qui soit trouvée. Nous sommes revenus sur le sujet de la Turquie suite aux conclusions du 2 octobre et surtout suite à la reprise d’actions unilatérales et de provocations de la part de la Turquie pour réaffirmer très clairement notre disposition au dialogue mais aussi notre constat. La Turquie après les conclusions du 2 octobre a décidé de continuer la même méthode et donc nous avons réitéré celle-ci, notre soutien à Chypre et à la Grèce, notre volonté de ne céder en rien à ces provocations ou à un durcissement de la situation. Et en la matière, je veux ici dire que nous avons acté que nous reviendrons avec des décisions dans les prochains mois en fonction de l’évolution du comportement turc. Nous avons fait un point sur la situation dans le Nagorny- Karabakh et j’ai pu évoquer les initiatives que la France, la Russie et les Etats-Unis d’Amérique prennent ensemble, successivement et de manière coordonnée à l’égard des parties prenantes et notre volonté d’obtenir le plus rapidement un cessez-le-feu, un retour à une situation de calme et la reprise des négociations sans lesquelles aucune issue ne peut être trouvée de manière durable. Voilà les quelques points sur lesquels je souhaitais revenir pour rendre compte de ce Conseil européen et de nos conclusions. Et je vais maintenant répondre à vos questions"./.

Conclusions du Conseil européen

PDF - 225.3 ko
Conclusions du Conseil européen
(PDF - 225.3 ko)

Dernière modification : 16/10/2020

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