Brexit : "C’est un jour historique, mais en même temps c’est aussi pour l’Europe une histoire qui continue"

Le Président de la République a participé les 28 et 29 juin 2016 à un sommet européen à Bruxelles. La rencontre, dédiée principalement aux suites du référendum britannique, s’est déroulée à 28 le 1er jour, puis à 27, sans le Royaume Uni, le deuxième jour.

Déclarations du Président de la République à son arrivée au Conseil européen (Bruxelles, 28 juin 2016)

Monsieur le Président, de quels moyens disposez-vous pour conduire les Britanniques à notifier leur départ ?

François HOLLANDE : "Les Britanniques ont fait un choix : à une large majorité ils ont voulu sortir de l’UE. Il faut en tirer toutes les conclusions même si, moi, je regrette ce choix, mais je veux le respecter. Donc la première conclusion c’est qu’il faut engager le plus vite possible la procédure de sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne et ensuite engager les négociations qui suivront.

Alors quels moyens pouvons-nous déployer pour y parvenir ? Le premier moyen, c’est la conviction. Je n’imagine pas un gouvernement britannique, quel qu’il soit, ne pas respecter le choix de son propre peuple. Ensuite l’Europe a fait savoir qu’il fallait maintenant, le plus rapidement possible, que le Royaume-Uni dépose sa notification pour sortir de l’Union européenne de manière à ce que nous puissions organiser sereinement les choses, dans l’intérêt du Royaume-Uni, sans doute, dans l’intérêt de l’Europe, surtout.

Ensuite nous avons aussi, en tant qu’Européens à tirer un certain nombre de conclusions. Une nouvelle impulsion est nécessaire : protéger nos frontières, investir davantage, se tourner vers la jeunesse et organiser de manière plus démocratique la zone euro de manière à ce qu’elle puisse aussi harmoniser les politiques fiscales et sociales. Voilà ce que je vais défendre au Conseil européen, et la position de la France, je n’en doute pas, sera la position qui sera retenue au niveau de l’Union européenne.

Nous avons commencé à en discuter hier avec Mme Merkel, et avec M. Renzi pour l’Italie. Et je suis tout à fait confiant dans l’idée qu’il n’y a pas de temps à perdre, parce qu’aujourd’hui tout le monde nous regarde. Vous êtes là, nombreux, pas simplement des Européens, aussi des représentants de la presse internationale. Tout le monde a les yeux tournés vers l’Europe. L’Europe doit prendre ses responsabilités, elle est suffisamment forte pour agir et pour agir dans son propre intérêt".

Pourquoi est-ce un jour historique ?

"C’est un jour historique parce que nous devons ici admettre qu’un pays, en l’occurrence le Royaume-Uni, a décidé de sortir de l’Union européenne. Je sais que c’est douloureux. C’est douloureux notamment au Royaume-Uni, y compris pour les électeurs qui ont pu voter pour la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. Mais lorsque le peuple vote, où que ce soit, en démocratie, il faut respecter les choix et respecter le suffrage universel.

C’est un jour historique, mais en même temps c’est aussi pour l’Europe une Histoire qui continue. L’Europe elle ne s’arrête pas. Pour le Royaume-Uni, l’Histoire s’arrête avec l’Union européenne. Mais pour l’Europe, l’Histoire continue. Et beaucoup de peuples se posent la même question : « Que ferions-nous si nous étions confrontés à ce choix ? ». Et en regardant la situation du Royaume-Uni aujourd’hui, même si je souhaite que les choses puissent trouver leur solution, notamment dans les discussions et les négociations qui vont s’engager pour la sortie, mais tout de même, lorsque l’on regarde la situation du Royaume-Uni, on se dit que l’Europe, si on sait bien la mener, si on sait bien la diriger, c’est une chance de plus pour les peuples qui la constituent"./.

Conférence de presse de presse du Président de la République à l’issue de la première journée (Bruxelles, le 28 juin)

Mesdames, Messieurs,

Le Conseil européen a commencé avec les questions qui étaient à l’ordre du jour dans l’après-midi et j’y reviendrai, notamment sur les sanctions liées au processus de Minsk, des questions relatives aux migrations, un certain nombre de points qui devaient être également à l’ordre du jour. Mais l’essentiel, vous l’avez compris, était sur la question du rapport avec le Royaume-Uni après la décision que le peuple britannique a prise avec le référendum.

Avant de traiter ces questions, nous avons appris qu’il y avait eu un attentat très grave à Istanbul avec au moins 28 morts au moment où je m’exprime, sans qu’il soit possible encore de savoir l’identité des victimes et, bien sûr, celle des terroristes qui ont pu commettre cet acte abominable. Je veux, comme je l’ai fait hélas dans d’autres circonstances concernant aussi la Turquie, condamner fermement cette attaque et faire en sorte que nous puissions connaître exactement les auteurs pour qu’ensemble nous puissions faire tout ce qu’il est possible d’engager contre le terrorisme, notamment dans cette région.

Il est à craindre que ces actes terroristes qui viennent après d’autres n’aient comme conséquence que de rendre encore plus difficile la situation en Turquie. Mais nous devons agir - c’est ce que nous faisons aussi pour ce qui concerne l’Europe et la France - et coordonner encore davantage nos services et mener autant qu’il est possible les actions nécessaires contre le terrorisme et les trafics.

Je reviens à la réunion de ce soir, après donc la décision du peuple britannique de sortir de l’Union européenne. C’est essentiellement au cours du dîner qu’il y a eu à la fois de la part de David CAMERON les analyses qu’il faisait sur la consultation qui venait d’avoir lieu en Grande-Bretagne et les conséquences qu’il fallait en tirer devaient être partagées entre les 28. Demain, il y aura une réunion à 27 pour aller plus loin par rapport à la discussion d’aujourd’hui et pour donner une nouvelle impulsion à l’Union européenne et déterminer la méthode qu’il faut choisir pour mener à bien ces réflexions et surtout prendre des décisions. J’y reviendrai donc demain au cours du point de presse que je ferai à l’issue de ces travaux.

David CAMERON, avec beaucoup d’émotion, a rendu compte de ce qui s’était produit dans son pays avec le référendum, les sujets qui avaient pu être abordés, les mensonges parfois qui avaient pu être proférés, les approximations. Il n’empêche que c’est la sortie qui a été décidée et c’est donc par rapport à ce résultat que nous devons nous déterminer. David CAMERON lui-même en a tiré les conclusions personnelles puisqu’il a remis sa démission et qu’il s’est donné le temps nécessaire pour assurer la tâche de Premier ministre le temps que son successeur puisse être désigné par le parti conservateur. Il a confirmé d’ailleurs que la date qui serait celle de sa succession serait au plus tard le 9 septembre.

Il a insisté sur ce qu’il avait voulu tenter à travers ce référendum : convaincre qu’il avait pu obtenir de ses partenaires des adaptations permettant d’assurer la libre circulation, ce qui est le principe fondateur de l’Union européenne tout en tenant compte de la situation spécifique du Royaume-Uni. Mais c’est précisément cet argument qui n’a pas pu convaincre et que les Britanniques ont rejeté à une majorité.

Alors nous, quelles sont les conséquences que nous devons tirer ? La première, c’est que nous comprenons que David CAMERON ne puisse pas lui-même engager la procédure, c’est-à-dire l’article 50 du Traité pour engager immédiatement la négociation, puisqu’il est démissionnaire et que c’est à son successeur que reviendra cette responsabilité. En même temps, il ne peut pas y avoir dans cette période de pré-discussion, de pré-négociation parce que c’est avec l’article 50 et l’ouverture de la procédure de séparation qu’il peut y avoir la négociation, pas avant. Là-dessus, tout le monde a été clair parce que c’est de clarté dont on a besoin. Clarté pour écarter cette idée qu’il pourrait y avoir une pré-discussion ou une pré-négociation ; clarté dans la nécessité d’aller vite pour appeler l’application de l’article 50 ; clarté pour qu’une fois que l’article 50 aura été ainsi utilisé par une notification. Le Conseil européen et la Commission pourront fixer le cadre permettant d’ouvrir la négociation qui ne devra pas durer plus de deux ans.

Pendant cette période, la clarté doit également s’imposer, c’est-à-dire que le Royaume-Uni aura toujours les mêmes droits et les mêmes obligations tant qu’il reste membre. A la fin de cette période, une fois qu’aura été clarifiée la relation entre le Royaume-Uni et l’Union européenne, il pourra y avoir un autre statut et ce sera au terme de la négociation que l’on saura si le Royaume-Uni peut encore accéder au marché intérieur. Pour accéder au marché intérieur, il faut respecter les quatre libertés : liberté de circulation des biens, des capitaux, des services et des personnes. Il ne sera pas possible pour le Royaume-Uni, quelles que soient les options qu’il choisira, de pouvoir accéder au marché intérieur sans l’application de cette règle, de ces libertés. De la même manière, pour accéder au marché intérieur, il faut contribuer au budget européen. C’est ce que fait un pays comme la Norvège, qui n’est pas membre de l’Union mais accède au marché intérieur et en paye le prix, si je puis dire, à travers une contribution. Il est trop tôt encore pour savoir ce que sera exactement la relation - cela fait partie de la négociation - mais chacun doit en connaître d’ores et déjà les principes et les règles.

Enfin - et je me suis exprimé aussi dans ce sens - nous aurons toujours au niveau de l’Union comme au niveau de chacun de nos pays, des relations qui devront être cordiales et amicales avec le Royaume-Uni. Parce que le Royaume-Uni sera toujours géographiquement, historiquement, j’allais dire aussi politiquement en Europe. Nous savons les liens qui nous unissent, la France avec le Royaume-Uni. J’aurai l’occasion de rappeler l’Histoire puisqu’avec David CAMERON nous serons ensemble pour la commémoration du Centenaire de la bataille de la Somme, une bataille qui avait fait 1,2 million de victimes, où les Britanniques – venant d’ailleurs de nombreux pays de ce qu’était à l’époque l’empire britannique où les soldats qui portaient l’uniforme britannique - ont donné leur vie pour que la France puisse être libre.

Nous n’oublions pas ces liens-là, ces sacrifices-là et nous nous rappelons aussi de ce qu’a été l’accueil par le Royaume-Uni à la France libre, ce qu’a été aussi le rôle du Royaume-Uni durant la Seconde Guerre mondiale et puis ensuite les liens que nous avons aujourd’hui en matière de défense, vous connaissez les accords de Lancaster. Vous savez aussi ce que nous avons en termes économiques, en termes commerciaux, en termes humains, en termes culturels ensemble. Tout cela demeurera mais dans une configuration différente d’aujourd’hui puisque le Royaume-Uni a décidé de sortir de l’Union européenne.

J’aurai là encore à faire que nous puissions travailler avec le Royaume-Uni, y compris dans des coopérations en matière de défense. Nous ferons bientôt une réunion à Varsovie pour l’OTAN et là encore, nous avons avec le Royaume-Uni des liens qui nous permettent d’assurer la sécurité, la défense de notre continent, de notre espace. Nous sommes aussi liés par des interventions que nous pouvons faire à l’extérieur. Mais les règles sont les règles, la démocratie est la démocratie, les Traités sont les Traités et il faut appliquer les règles, faire que la démocratie puisse trouver sa conclusion et permettre que les Traités puissent trouver leur application. Il ne s’agit pas de punir le Royaume-Uni et encore moins le peuple britannique qui a fait son choix souverainement, librement et qui ne doit pas en avoir des conséquences fâcheuses. Mais en même temps, il a pris son risque et le peuple britannique doit savoir que pendant un temps sans doute, il va en subir les conséquences.

Pour l’Europe, nous devons en sorte que ces conséquences soient les plus réduites possible, d’où la nécessité de lever toutes les incertitudes. S’il peut y avoir des risques économiques liés à cette décision britannique, ils doivent concerner le Royaume-Uni et éviter que l’Europe en soit affectée. Pour que le Royaume-Uni et l’Europe soient prémunis de ces risques, il faut que nous puissions être clairs sur les étapes qui nous attendent, clairs sur les procédures qui doivent être utilisées, clairs pour les agendas qui seront les nôtres, les négociations qui seront ouvertes et leurs conclusions.

Sur le plan économique, des réponses peuvent être d’ores et déjà apportées par l’Union européenne. La Banque Centrale fait son devoir, nous sommes nous-mêmes attentifs à ce que nous puissions soutenir l’investissement, garder justement la confiance des opérateurs, des marchés et surtout de nos populations respectives qui doivent se dire que l’Europe leur apporte la protection car l’Europe apporte la protection et la zone euro encore davantage. C’est quand on sort de l’Europe que l’on peut se retrouver justement démuni ou exposé. L’Europe, ce doit être une protection : protection des frontières, protection de nos valeurs, protection aussi de nos économies, de notre épargne, de notre capacité à décider ensemble.

L’Europe, si elle est une protection, sera à ce moment-là susceptible de retrouver la confiance des peuples. Elle ne peut pas être qu’une protection, elle doit être aussi un espace de solidarité. Elle doit être un espoir pour la jeunesse. C’est de tout cela que la France avec ses partenaires voudra parler au cours du Conseil européen de demain et au cours des prochaines semaines pour que nous puissions donner une nouvelle impulsion à l’Europe autour de ces trois idées majeures.

La protection qui comprend également un engagement en matière de défense, au-delà de la protection de nos frontières et de la lutte contre le terrorisme, celui-là même qui vient encore de frapper la Turquie.

La deuxième priorité est de pouvoir soutenir davantage par l’investissement, la croissance et l’emploi et de donner à la jeunesse la place qu’elle doit avoir, parce que c’est pour elle que l’Europe s’est faite, génération après génération. C’est la jeunesse qui a encore la conviction que l’Europe peut être pour elle une chance supplémentaire, à condition qu’on la lui donne. D’où l’importance que j’attache notamment à tous les programmes pour la mobilité des jeunes, pour l’insertion des jeunes, pour la formation des jeunes que l’Europe doit ouvrir comme perspectives.

Enfin, la dernière priorité est le renforcement de la zone euro à travers l’harmonisation fiscale et sociale, à travers les dispositions qui devront être prises pour conforter encore la gouvernance de la zone euro et son contrôle démocratique, dans un contexte où chaque institution doit être à sa place et où les citoyens doivent être davantage associés, notamment les Parlements, que ce soit le Parlement européen ou les Parlements nationaux.

Voilà pour l’essentiel ce que je voulais dire. C’était une réunion où il y avait de l’émotion. Elle était légitime. Il y avait de la tristesse aussi et elle était compréhensible. Mais il y avait aussi de la clarté, de la confiance et de la cohérence. Parce que lorsqu’il y a une épreuve - c’est une épreuve, car c’est la première fois dans l’Histoire de l’Union européenne qu’un pays membre se sépare, sort. Jusqu’à présent, l’Union européenne était une addition, un élargissement successif qui faisait que l’Europe était partie à 6 et qu’elle s’était retrouvée à 28 en attendant encore d’autres adhésions, puisqu’elles avaient été ouvertes comme perspectives.

Aujourd’hui c’est la première fois qu’un pays décide de sortir de l’Union européenne, donc c’est en ce sens un acte historique, surtout quand ce pays est le Royaume-Uni. En même temps, ce qui fait la force d’une union, c’est d’être capable de résister à ce type d’épreuve et de montrer qu’il y a plus de sens à être dans l’Union qu’en être séparé et que ceux qui - notamment les populistes et les extrémistes - appellent à sortir de l’Union européenne, leur pays doivent maintenant savoir quelles en sont les conséquences pour que les peuples eux-mêmes puissent en être éclairés. Pas après, avant. Avant qu’ils n’aient à faire des choix, que ce soit pour des élections nationales ou des élections européennes ou d’autres consultations si elles avaient lieu.

Voilà le message qu’il était nécessaire d’envoyer. L’Europe a suffisamment de force, suffisamment de capacités, pour non seulement surmonter cette épreuve, mais pour avoir le sursaut pour s’organiser et pour se concentrer sur ses priorités essentielles. Avez-vous des questions ?

Monsieur le Président, on dit souvent que les référendums sont des pièges parce que les électeurs ne répondent pas à la question qui est posée mais répondent à côté. Or en Grande-Bretagne, les électeurs ont vraiment répondu à la question. Ils ont dit : « Nous ne voulons plus de cette immigration européenne. La libre circulation, ce n’est pas notre affaire et nous voulons récupérer notre souveraineté ». Je voudrais savoir comment vous interprétez cette réponse ? Est-ce que c’est vraiment la construction même, le cœur de la construction européenne qui est en cause ? Ou bien, selon vous, est-ce que ce sont les Gouvernements -britannique en l’occurrence - qui n’ont pas su assez en corriger les effets ? Cette question est valable d’ailleurs pour tous les Gouvernements en Europe. Je voudrais également savoir quelle leçon vous en tirez pour la prochaine présidentielle ? Sur quels thèmes et quelles réponses il faudra apporter aux électeurs ? Vous en avez déjà un peu parlé mais peut-être que vous avez d’autres idées encore plus précises. Merci.

François HOLLANDE : Les Britanniques ont répondu à la question et leur réponse engage maintenant leur pays. Un référendum, quand il est organisé et à ce point annoncé et préparé, a lorsque le résultat est connu, des conséquences. Sans doute et vous avez raison, l’argument de ceux qui voulaient faire sortir le Royaume-Uni de l’Union européenne était non pas la migration extérieure à l’Union européenne mais la migration si je puis dire intérieure, c’est-à-dire la libre circulation. Qu’il y aient des ressortissants de pays membres de l’Union -je ne vais pas ici les citer- y compris les Français, qui puissent venir s’installer au Royaume-Uni comme le droit européen le prévoit. Ils ont donc fait leur choix à partir de cet argument et on en voit maintenant les conséquences.

Pour ne pas vouloir la libre circulation, ils n’auront plus l’accès au marché intérieur. La City, qui grâce à la présence du Royaume-Uni dans l’Union européenne, pouvait faire des opérations de compensation en euro alors même que le Royaume-Uni n’est pas membre de la zone euro, ne pourra plus les faire. Quand on veut remettre en cause un des principes fondateurs de l’Union, on se met en dehors de l’Union en en perdant les avantages et un certain nombre d’atouts que l’Union procure et apportait jusqu’à présent, encore pour quelques mois, à ce pays très ouvert qu’est le Royaume-Uni.

Ensuite, quelles leçons devons-nous en tirer pour nous-mêmes, en l’occurrence la France ? D’abord l’Europe peut être critiquée et ça m’est arrivé de le faire, quand elle ne répond pas suffisamment vite aux questions qui lui sont posées. On l’a vu par rapport à la Grèce, par rapport à la zone euro. On l’a vu aussi pour les réfugiés.

Mais quand on ne dit jamais ce que fait l’Europe, ce qu’elle parvient à préserver - pas simplement la paix, pas simplement un marché ou une monnaie mais une solidarité, une conception commune, des valeurs partagées et également un espace économique sur lequel nous pouvons pour beaucoup de nos entreprises nous développer et investir - alors à ce moment-là l’idée européenne se dissout. Il est assez facile à ce moment-là pour des extrémistes, des populistes, de mettre en cause l’idée même de l’Europe.

De ce point de vue, une étape a été franchie avec le référendum britannique. Jusqu’à présent, il y avait en France notamment, un parti qui ne faisait pas de la sortie de l’Union européenne sa position, mais seulement de la zone euro et qui aujourd’hui réclame un référendum, et dit que s’il y avait un référendum ce serait la position de sortir de l’Union européenne que ce parti proposerait. Nous voyons bien que l’élection présidentielle va se jouer aussi sur la question européenne et pas simplement sur l’orientation - cela est tout à fait légitime, c’était jusqu’à présent le cas l’orientation de la construction européenne - mais sur même la présence, la participation de la France à l’Union européenne.

De la même manière, s’agit-il aujourd’hui de tout rebâtir, de tout reconstruire comme si rien n’existait ? Ceux qui font cette proposition sont d’ailleurs ceux-là même qui ont généralement fait les Traités. Peut-être sont-ils pris par un remords, cela peut leur arriver, une sorte de regret qui les saisit. Les mêmes qui avaient d’ailleurs refusé un référendum sont maintenant pour le proposer. Les mêmes qui avaient fait un Traité sont maintenant pour le refonder. Allez comprendre ! Enfin, ce n’est pas la question de ce soir. Ce qu’il faut donc, ce n’est pas essayer de tout refaire, c’est de mieux faire, c’est de bien faire et c’est de chercher dans les Traités existants - s’il faut en modifier, nous les modifierons - mais de faire que nous puissions répondre aux attentes des Européens sur les priorités que j’ai fixées encore devant vous : protection, sécurité, défense, croissance, investissement, emploi, jeunesse, renforcement de ce qui fait notre cœur - la zone euro - autour d’une monnaie que nous avons décidé de partager et qui justifie que nous ayons davantage de contrôle démocratique et de puissance pour intervenir.

Enfin, l’Europe doit se protéger, doit se redresser sur le plan économique même si elle reste la première puissance économique du monde. Elle doit porter des valeurs, mais doit aussi être capable de peser dans le destin du monde, surtout quand il va se produire des élections aussi dans d’autres grands pays - je pense aux Etats-Unis - et où il faut que nous prenions conscience que c’est d’abord aux Européens de décider pour eux-mêmes. C’est ce que la France va à chaque fois rappeler. Si nous voulons peser sur les règles qui sont celles de la mondialisation, il faut que l’Europe soit forte et qu’elle parle avec la conviction qu’elle est une puissance.

Monsieur le Président, vous avez dit qu’il fallait effectivement une clarification assez rapide du processus de divorce qui va être enclenché et on sent bien en effet que la France la désire. Mais est-ce que l’Allemagne est au même tempo ? Est-ce que vous sentez qu’Angela MERKEL veut que cela se solutionne aussi rapidement et puis surtout, pourquoi est-ce qu’il n’y a pas, lorsque vous parlez de nouvelle impulsion européenne, pour l’instant sur la table véritablement un plan franco-allemand ficelé ?

François HOLLANDE : Alors, sommes-nous tous d’accord à 27 ? Nous le verrons demain, mais à 28, sur les conclusions qu’il fallait tirer du référendum britannique, sur la clarté qu’il fallait avoir par rapport aux procédures, au calendrier, nous le sommes déjà.

France, Allemagne et Italie, nous sommes réunis hier et nous avons prononcé les mêmes mots, pour dire la même chose, c’est-à-dire que nous devons aller vite, nous devons respecter les Traités, engager les procédures et faire que le divorce puisse être préparé dans les meilleures décisions et avec le temps nécessaire, mais une fois qu’il y a eu le déclenchement par le Royaume-Uni lui-même, de la procédure, c’est-à-dire ce que l’on appelle la notification. Après, ce sera au Royaume-Uni, avec l’Union européenne, de définir quelle option il est préférable de choisir, je vous l’ai expliqué. Présence dans le marché, ou au contraire une position plus extérieure, acceptation de la libre circulation. Il n’est cependant pas question de donner au Royaume-Uni pour l’avenir, ce qu’il n’a pas eu pour la préparation de ce référendum, ce serait même totalement paradoxal puisqu’il n’aura pas à l’extérieur de l’Union, ce qu’il voulait avoir à l’intérieur de l’Union. Cela ne serait pas compréhensible.

Ensuite, sur un plan franco-allemand pour l’avenir, nous avons commencé à y réfléchir - pas simplement la France et l’Allemagne, même si cela compte la France et l’Allemagne - parce que nous avons toujours veillé, Angela MERKEL et moi-même à pouvoir éclairer autant qu’il est possible un certain nombre de décisions. Mais là, ce n’est pas un contexte banal, c’est un nouveau départ de l’Union européenne par rapport à un enjeu, la sortie du Royaume-Uni. Nous allons donc avoir un calendrier - nous allons en parler demain avec nos partenaires - pour avoir justement cette nouvelle impulsion, avec des mesures qui peuvent être prises rapidement, parce qu’il ne s’agit pas de renvoyer à l’année prochaine, même s’il y a des élections l’année prochaine, un certain nombre de décisions qui peuvent être d’ores et déjà prises.

Tout ce que nous pourrons engager, pour répondre aux priorités que je viens de fixer et qui sont également celles de la Chancelière ou du Président du Conseil italien, nous devrons le faire. Il y aura vraisemblablement un Sommet européen - mais je ne veux pas anticiper sur ce qui sera la discussion de demain - au mois de septembre, pour voir ce que nous pouvons tirer comme premières conclusions et nous allons y travailler tout l’été.

Monsieur le Président, vous dites qu’il ne s’agit pas de punir le Royaume-Uni et encore moins le peuple britannique, mais est-ce qu’il n’y a pas une tentation, finalement, pour éviter la contagion de faire payer aux Britanniques, les conséquences de leur vote pour éviter que d’autres pays prennent le même chemin ?

François HOLLANDE : Punir ce serait par exemple - ce qui serait d’ailleurs totalement illégal au sens des Traités - suspendre le Royaume-Uni de ses droits et donc de ses obligations dans l’Union européenne. Cela est inenvisageable. D’abord parce que ce serait, comme je l’ai dit, incompatible avec les Traités, mais ce serait en plus inadmissible sur le plan moral.

En même temps que nous devons maintenir la présence du Royaume-Uni tout le temps de la négociation, nous devons néanmoins faire que la négociation s’engage, ce qui suppose la notification. Les Britanniques ont voulu sortir, ils sortent. Pour sortir, il faut négocier et c’est à la fin de la négociation qu’il y a la sortie.

Cela peut-il avoir valeur d’exemple ? D’une certaine façon oui, mais je veux dire que c’est la vie qui en décide. Ceux qui sont des protagonistes de la fin de l’Europe verront si c’est un bienfait ou non pour le Royaume-Uni d’être sorti de l’Union européenne. Je rappelle que le Royaume-Uni n’était ni dans l’espace Schengen, ni dans la zone euro, uniquement dans le marché intérieur et bien sûr dans les règles de l’Union européenne qui ont été établies Traité après Traité, même si le Royaume-Uni avait quelquefois des dérogations.

Cela va donc être une expérience. Est-ce mieux d’être à l’extérieur ou d’être à l’intérieur ? Avant d’être à l’extérieur, est-ce bien pour un pays de se mettre dans cette situation ? Cela sera une expérience. Pour ceux qui sont Européens, mais qui ne le sont pas de manière théorique, on voit aussi les avantages d’être dans l’Europe par rapport aux inconvénients de ne pas en être. De ce point de vue, c’est la démocratie qui en a décidé, cela peut valoir expérience et leçon. Je crois, quand on entend un certain nombre de Britanniques - même si cela ne changera rien au résultat - exprimer leurs regrets, parfois même, comme d’autres, leurs remords, de faire qu’ils aient pu émettre un vote qui ne correspond pas à leur intérêt, on se dit qu’avant de voter il faut toujours réfléchir, ce qui est quand même un bon principe.

Monsieur le Président, bonjour. Vous mentionniez tout à l’heure les conséquences économiques du Brexit, je voulais savoir si vous pouviez nous confirmer que Mario DRAGHI, devant vous et les autres chefs d’Etat et de Gouvernement, avait chiffré à 0,5 % les conséquences, sur le PIB, de la zone euro, du Brexit ? Est-ce que, du coup, vous estimez qu’il y a un vrai risque pour la reprise économique française naissante et compte tenu de cette situation, est-ce que vous jugez indispensable de garder, d’une manière ou d’une autre, le Royaume-Uni dans le marché unique pour éviter une contagion économique ?

François HOLLANDE : Cela ne m’apparient pas de donner des propos de Mario DRAGHI, surtout qu’ils ne doivent pas être déformés. Qu’a dit le Président de la Banque Centrale européenne, que j’ai retenu en tout cas, comme ça je le mettrai avec ma propre interprétation, c’est que si nous ne faisions rien - j’entends les pays européens, par rapport au référendum britannique - il pouvait y avoir un risque que les investissements ne se fassent pas au rythme anticipé, qu’il y ait des problèmes de confiance, et que cela pouvait avoir à ce moment-là, des conséquences. Mais que si nous prenions les bonnes décisions, notamment par un soutien encore plus affirmé à l’investissement, par des mesures, qui sont déjà largement prises en France, d’amélioration de la compétitivité, de soutien, autant qu’il est possible, de la consommation sans remettre en cause les équilibres budgétaires, alors nous pouvions parfaitement conjurer ces risques.

Quel est le risque en fait ? C’est que le Royaume-Uni puisse connaître un affaiblissement très sérieux de sa croissance en 2017 et que cette faible croissance au Royaume-Uni puisse avoir des impacts sur les échanges et donc sur l’activité en Europe. Il est donc vraisemblable que le Royaume-Uni va supporter l’essentiel du coût de sa décision et que l’Europe, elle - grâce d’abord à des mesures qui peuvent être prises aussi par la Banque Centrale Européenne, grâce à des liquidités qui peuvent être apportées, mais aussi grâce à l’action, j’allais dire contracyclique des Etats - peut parfaitement surmonter cette difficulté et éviter qu’il y ait des conséquences sur la croissance. En tout cas, pour la France, nous prendrons ces dispositions.

Mario DRAGHI a confirmé que la Banque Centrale européenne était particulièrement attentive à la situation et qu’elle poursuivait sa politique monétaire que chacun connaît et qui a justement permis, depuis déjà plusieurs jours, à ce que s’il y a eu des décrochages sur les marchés, ils l’ont été notamment sur la Livre, il n’y a pas eu de mise en difficulté de l’euro et les taux d’intérêt sont restés tout à fait maîtrisés.

Je rappelle que pour la France nous sommes à un niveau de taux d’intérêts à 10 ans, qui sont historiquement les plus faibles, je crois qu’aujourd’hui cela doit être à 0,21, et qu’en Allemagne c’est un taux d’intérêt négatif à 10 ans, qui doit être de -0,15. La France peut donc aujourd’hui emprunter - quand je dis la France c’est l’Etat, mais c’est aussi les entreprises, sur le marché obligataire - à des taux qui n’ont jamais été aussi bas. Ce qui explique aussi que sur le marché immobilier nous ayons en ce moment une très grosse activité. Il est même possible, à cause de ce que vient de décider le Royaume-Uni, que nous ayons encore une plus grosse activité sur le marché immobilier en France, parce qu’un certain nombre d’investisseurs vont se reporter sur les biens immobiliers en France.

C’est le Royaume-Uni qui devra décider - enfin son Gouvernement lorsqu’il aura été constitué après le remplacement de Monsieur CAMERON - quelle est sa place dans le marché unique. S’il veut rester dans le marché unique, comme je vous l’ai dit, il faudra qu’il en paye le prix, dans tous les sens du terme, y compris avec la liberté de circulation. On ne peut pas transiger sur les quatre libertés. On ne peut pas avoir la liberté des capitaux, la liberté des marchandises, la liberté des services et dire pour les personnes : « restez chez vous ». Non, cela ne marche pas ainsi. Ce sont les quatre libertés ou aucune.

Vous avez dit, depuis vendredi, que pour vous le Brexit était irrévocable, que la décision avait été prise. Est-ce que c’est un sentiment qui a été très largement partagé ce soir au dîner avec les autres membres, ceux restés dans l’Union européenne, parce qu’on voit bien que ceux qui, au Royaume-Uni, ont milité même activement pour le Brexit, sont maintenant tout à coup beaucoup moins allants ? Ne pensez-vous pas qu’avec l’agenda qui se prépare, avec peut-être de nouvelles élections législatives en Grande-Bretagne, il peut y avoir un retournement de situation ? Est-ce que parmi les autres, cet espoir ou cette hypothèse a été évoquée ?


Deuxième question : quel est le risque selon vous de paralysie, compte tenu justement de l’incertitude de cet agenda, puisque effectivement, le successeur de Monsieur CAMERON pourrait décider d’engager ce fameux article 50, mais là aussi il y a un doute sur le timing et donc est-ce qu’il y a là-dessus aussi, un front commun, ou il va falloir finalement faire appel aux pays fondateurs de l’Europe pour gérer la situation dans l’urgence ? Merci.

François HOLLANDE : Non, il n’y a pas eu de doute sur ce qui devait être fait et ce qui devait être respecté. Ce qui devait être fait c’est la notification, par le Royaume-Uni, de sa sortie et donc de ce fameux article 50 et de la négociation qui doit suivre.

Il n’y avait pas non plus de doute sur le respect qu’il fallait avoir par rapport au vœu du peuple britannique et David CAMERON n’a pas entretenu non plus de ce point de vue là, le flou, même si c’est au prochain Gouvernement, comme je l’ai dit, de décider de la notification.

Ensuite, est-ce que dans la négociation le prochain Gouvernement voudra, comme je l’ai dit, prendre des options qui se rapprochent de l’Union tout en n’étant pas dans l’Union, c’est possible, cela nous le verrons bien. Mais il ne doit pas y avoir d’incertitude, parce que vous avez parfaitement raison, le plus grand danger c’est l’incertitude. Pas d’incertitude sur la notification, pas d’incertitude sur le temps de la négociation, pas d’incertitude sur le statut du Royaume-Uni pendant la négociation, pas d’incertitude sur les conditions de sortie du Royaume-Uni. Alors ensuite, si un jour, dans 5 ans, dans 10 ans, le Royaume-Uni décidait de revenir, on ne sait jamais, il faudra y réfléchir à deux fois.


Vous avez dit qu’il y avait de l’émotion, de la tristesse ce soir, est-ce que vous avez eu le sentiment que David CAMERON était humilié ce soir ?

François HOLLANDE : Non, je ne dirais pas du tout cela. Il était ému, d’abord parce que c’était sans doute son dernier Conseil européen. Il était ému parce qu’il avait plaidé pour une réponse du peuple britannique qui n’a pas été celle du scrutin lui-même, la majorité ne s’est pas prononcée pour la solution que David CAMERON avait préconisée. De l’émotion, parce qu’il sentait bien que c’était une décision historique et qu’il se sentait responsable puisqu’il avait lui-même voulu ce référendum et qu’il n’avait pas pu convaincre, mais que beaucoup et je vais dire même la totalité des membres du Conseil européen ont dit que David CAMERON s’était engagé, que c’était courageux de sa part d’avoir mené la campagne alors qu’il savait que c’était difficile. Il était un chef de Gouvernement qui était démissionnaire mais qui assumait ce qu’il avait fait, tout en en tirant les conclusions pour lui-même et pour son pays. Autour de la table il n’y avait pas de volonté d’humilier le chef du Gouvernement britannique parce que cela aurait été humilier le peuple britannique et le peuple britannique doit être respecté.

Respecté pour le choix qu’il a fait, respecté pour les intérêts qu’il aura à défendre dans la négociation et respecté par rapport à des liens que j’ai rappelés et qui sont très forts, notamment entre la France et le Royaume-Uni mais aussi entre beaucoup de pays qui constituent l’Europe et qui ont pour le Royaume-Uni une affection très particulière et des relations économiques très fortes. C’était donc je crois, respectueux, parce que nous étions justement clairs.

Ce qui aurait été à mon sens une faute, c’est de vouloir justement chercher une responsabilité et ne pas en tirer la conclusion. Dès lors qu’on tirait la conclusion, mieux valait éviter de nous mettre sur la recherche d’une responsabilité. Un peuple a décidé à une majorité de sortir de l’Union européenne et nous avons à faire en sorte qu’il puisse être pleinement respecté.


J’aimerais bien vous rappeler que le Parti socialiste français a divisé il y a dix ans ses propres partisans concernant le référendum sur le Traité de Lisbonne…

François HOLLANDE : Non, ce n’était pas le traité de Lisbonne, Lisbonne c’était après.

Gardez-vous l’espoir qu’en 2017 vous arriverez de convaincre vos propres citoyens Français, que Marine LE PEN n’arrivera pas au deuxième tour de la présidentielle au mois de mai ?

François HOLLANDE : Vous avez rappelé un fait qui a été douloureux aussi, puisqu’il y a eu un référendum en 2005 sur le Traité - que l’on appelait constitutionnel, européen - qui était venu lui-même au terme d’une convention qui avait réuni des parlementaires et des personnalités autour de Valéry GISCARD D’ESTAING, qui en était le Président, qui avait établi ce texte. J’avais appelé à voter ce texte et j’avais obtenu une majorité de socialistes - j’étais à l’époque le premier secrétaire de ce parti - pour qu’ils approuvent ce texte. Le peuple français, ne l’a majoritairement pas admis et l’a repoussé. Ensuite il y a eu le Traité de Lisbonne.

Nous voyons bien qu’il y a un doute très sérieux à l’égard de la construction européenne, des critiques et une insatisfaction, qui demeure aujourd’hui.

Nous avons donc une responsabilité, qui est effectivement de convaincre que nous devons changer l’orientation de l’Europe, la concentrer sur ses priorités, mais en même temps la défendre, de manière à ce qu’elle nous protège. Eviter que des partis extrémistes puissent utiliser la colère - qui quelquefois est là dans le pays, à cause de peurs qui peuvent être exacerbées ou de problèmes qui ne sont pas réglés - éviter que les populistes puissent s’emparer de cette colère pour casser l’Europe.

Quand on casse l’Europe, on ne casse pas simplement un Traité, on ne casse pas simplement une institution, une Commission, on ne casse pas simplement un Gouvernement -cela finalement, on s’en remet- on casse une idée, une idée tellement forte, qu’elle a mobilisé des générations et des générations. On casse surtout une espérance, parce que c’est quand même à travers l’Europe que nos pays respectifs peuvent être plus forts ensemble. C’est donc pourquoi nous devons aussi tirer les enseignements de ce scrutin, comme de tous les scrutins. On voit qu’il y a encore beaucoup de travail à faire.

Mais, à la différence de 2005, il ne s’agit pas de contourner le vote des Britanniques en leur disant « vous allez revoter une fois encore », comme cela a été fait pour d’autres pays. Souvenez-vous les Irlandais, à qui on a dit « votez une seconde fois, parce que la première fois on n’avait pas compris ». Non, là il s’agit de respecter le vote pour que chacun comprenne bien les conséquences d’un vote. Merci.

Conférence de presse du Président de la République à l’issue du Conseil (Bruxelles, 29 juin)


Conférence de presse à l'issue du Conseil européen par elysee

Mesdames, Messieurs,

Après le dîner d’hier soir, en présence de David CAMERON et où nous étions revenus sur le référendum britannique et ses conséquences, il était nécessaire de nous retrouver à 27 pour une discussion qui devait porter sur les deux enjeux : quels rapports avec le Royaume-Uni dans la période qui vient de s’ouvrir et, ensuite, quelle relation nous devons établir entre les 27 pour porter un certain nombre de priorités, celles que j’avais d’ailleurs rappelées, protection, sécurité/ défense, croissance/ emploi, harmonisation sociale et fiscale, et enfin priorité pour la jeunesse.

Donc, c’est sur ces deux enjeux-là que la discussion s’est engagée lors du Conseil européen à 27, qui n’est pas donc un Conseil européen, formellement, mais une réunion, qui effectivement anticipe sur ce que pourrait être l’Union européenne demain avec la sortie de la Grande-Bretagne.

Les deux principes sur lesquels je suis intervenu, c’est celui d’abord de la clarté et celui de l’unité. La clarté, c’est de faire en sorte que nous puissions tirer toutes les conséquences du choix britannique. La clarté, c’est de laisser le gouvernement britannique -celui qui sera formé dès lors que le leader conservateur aura été choisi- déposer sa demande formelle de notification de sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne le plus tôt possible. C’est-à-dire aussitôt ce gouvernement est-il formé, aussitôt doit-il déposer sa demande de notification, qui elle-même ouvrira, à ce moment-là, la période de négociation que les traités prévoient sur 2 ans.

La clarté, c’est qu’aucune négociation, aucune discussion, ne peuvent s’engager avant cette notification, c’est la notification, par le gouvernement, qui ouvre la négociation, et rien ne doit être discuté sur cette notification, ou sur les conditions de cette notification.

La clarté, c’est de faire que dès que la demande formelle de retrait du Royaume-Uni de l’Union sera formulée, le Conseil européen adoptera des lignes directrices pour la conduite de la négociation, avec le Royaume-Uni, sur ce que sera donc la relation du Royaume-Uni avec l’Union européenne dans la perspective du retrait. En d’autres termes, si on veut rester sur des métaphores ou des comparaisons, le règlement de divorce doit être fixé par le Conseil européen. Et puis, bien sûr, la Commission européenne et le Parlement européen auront à jouer leur rôle.

La clarté, c’est que le Royaume-Uni va rester, pendant toute la période de la négociation, un membre à part entière de l’Union européenne, avec ses droits, avec ses obligations, avec ses contributions. Ensuite, quand le Royaume-Uni ne sera plus dans l’Union européenne, au terme de la négociation, le Royaume-Uni restera un partenaire de l’Union européenne, et aura donc un statut, mais qui ne sera plus celui de membre de l’Union, ce sera un pays tiers, un pays extérieur à l’Union européenne.

Si le Royaume-Uni veut accéder au marché intérieur, ce qui était le privilège d’être membre de l’Union européenne, ce qui était l’avantage majeur que le Royaume-Uni pouvait chercher dans l’Union européenne, si extérieur à l’Union il veut, comme la Norvège par exemple, être en droit d’accéder au marché intérieur européen, alors le Royaume-Uni devra respecter ce que l’on appelle les quatre libertés : la liberté de circulation des biens, la liberté de circulation des services, la liberté de circulation des capitaux, et la libre circulation des personnes, et il ne peut pas y avoir de dérogation. On ne peut pas prendre trois libertés, en écarter une quatrième, et notamment la liberté de circulation des personnes.

De la même manière, si le Royaume-Uni voulait, dans le cadre de cette négociation, et donc à son terme, accéder au marché intérieur, il faudrait que le Royaume-Uni en accepte toutes les règles, avec toutes les obligations, et notamment une qui est de contribuer financièrement au fonctionnement de ce marché intérieur et à ses règles d’organisation. La Norvège paye, par exemple, une certaine somme pour accéder au marché intérieur, il en serait de même, à un niveau bien plus élevé, pour le Royaume-Uni.

Voilà la clarté, elle est indispensable, pour éviter toute supputation, toute interrogation, à la fois pour la période très brève qui s’écoule entre aujourd’hui et la notification au début du mois de septembre, par le gouvernement britannique, de sa sortie. La clarté est indispensable pour éviter toutes les interrogations, toutes les spéculations sur ce qui pourrait se passer pendant la période de négociation, au maximum 2 ans. La clarté doit être impérative pour savoir ce que serait, compte tenu de ce que pourraient être un certain nombre de volontés britanniques, la relation que l’Union européenne aurait avec le pays ami qu’est la Grande-Bretagne, et notamment pour l’accès au marché intérieur.

Dans le même temps, je l’ai plusieurs fois souligné depuis la décision britannique, la France gardera des rapports étroits avec la Grande-Bretagne, pas simplement en fonction de ses liens historiques, qui m’amèneront à être, lors du centenaire de la Bataille de la Somme, présent aux côtés de David CAMERON et d’une partie de la famille royale britannique. C’est vrai que l’Histoire nous relie, mais aussi parce que la France et le Royaume-Uni sont très proches, d’ailleurs reliés par un tunnel, avec une présence très importante de Français au Royaume-Uni et de Britanniques en France, avec des recherches, au plan universitaire, que nous partageons, des politiques culturelles que nous mettons également en commun, des politiques universitaires, qui se sont d’ailleurs considérablement multipliées ces dernières années. Enfin, nous avons avec les Britanniques des rapports économiques très étroits, récemment nous avons beaucoup parlé d’Hinkley Point et de l’énergie, donc tout cela demeurera.

Je n’oublie pas les questions de défense, puisqu’il y a des accords qui ont été passés depuis plusieurs années, qui ont considérablement amplifié la coopération dans le domaine militaire, y compris-même dans le domaine de la force de dissuasion, en coopération entre le Royaume-Uni et la France.

Puis, il y a aussi les rapports migratoires que nous devons régler, et qui sont d’ailleurs indépendants de la présence ou non du Royaume-Uni dans l’Union européenne, puisque vous savez parfaitement que jusqu’à récemment, et cela sera encore plus vrai maintenant, le Royaume-Uni n’était pas membre de l’espace Schengen.

Unité ensuite entre les 27, c’est indispensable pour non seulement régler la question de la négociation avec les Britanniques, mais surtout pour faire face aux difficultés qui sont là, même si le Brexit est d’abord un problème pour le Royaume-Uni. C’est d’ailleurs davantage un problème, on le voit bien aujourd’hui, qu’une solution, mais enfin, c’est la solution qui a été choisie par les Britanniques. Il n’empêche, il faut limiter, réduire, autant qu’il est possible, les effets de ce Brexit sur l’économie européenne. Il est donc très important que nous puissions, pour conjurer toutes les menaces, les risques, qui sont d’ailleurs limités, faire en sorte que l’Europe puisse répondre, et aussi ses institutions, je pense notamment à la Banque Centrale, mais il y aura des décisions à prendre dans chacun des pays pour soutenir encore davantage l’investissement, privé comme public, de manière à contrecarrer toute influence de la décision britannique sur la conjoncture européenne.

Il nous faut de l’unité aussi pour mener à bien la négociation, c’est pour cela qu’il a été confié au Conseil européen cette responsabilité, avec la Commission européenne, bien évidemment, comme appui, et le Parlement européen, parce que c’est l’émanation aussi de la légitimité européenne.

L’unité doit être aussi par rapport à la nouvelle impulsion qui doit être donnée à l’Europe compte tenu des insuffisances, des distances, pour ne pas dire des défiances, qui se sont manifestées ces dernières années par rapport à la construction européenne, non pas par rapport à l’idée européenne, mais par rapport à la manière avec laquelle l’Europe pouvait décider, ou ne pas décider, ou tardait à décider. Insuffisances liées à ses lourdeurs, c’est vrai que travailler à 28 n’est pas simple, mais enfin ce ne sera pas plus facile à 27, même si, quelquefois, un membre peut créer plus de débat que d’autres.

Donc, il va falloir être capable de répondre à ces interrogations, à ces peurs, à ces contestations, même dans l’Union européenne. Alors j’ai voulu, et cela a été aussi la volonté que nous avons partagée avec Angela MERKEL et Mattéo RENZI lors de la réunion de lundi, j’ai voulu que nous puissions nous fixer non seulement une feuille de route, un agenda, mais aussi des priorités. La feuille de route, c’est qu’il y aura une réflexion qui est engagée à partir d’aujourd’hui. Il y aura donc un sommet à Bratislava en septembre pour prendre déjà des décisions et engager un certain nombre de réformes, ou en tout cas d’orientations nouvelles, dans le cadre d’ailleurs de l’agenda stratégique qui avait déjà été adopté en 2014, mais nous devons aussi préparer ces réunions et notamment solliciter des experts pour que sur un certain nombre de sujets nous puissions avancer. Quels sujets ?

D’abord le premier sujet c’est la sécurité, la protection et le contrôle des frontières, et la défense, tout ce qui peut permettre aux Européens d’être protégés. Protégés par rapport à ce qui peut se produire à l’extérieur, on a encore vu le drame du terrorisme en Turquie, protégés aussi par rapport à ce que sont les mouvements migratoires, même si nous devons prendre nos responsabilités par rapport aux réfugiés. Protégés par rapport aussi à ce que sont un certain nombre de trafics, ou de risques qui peuvent toucher nos pays. Et protégés par rapport aux guerres qui existent ou aux conflits qui peuvent nous affecter. On sait ce que nous avons fait, la Chancelière et moi-même, par rapport à l’Ukraine, on sait ce que la France fait avec la coalition par rapport à la Syrie, à l’Irak, à la lutte contre Daesh, donc il faut que l’Europe puisse s’organiser en matière de défense.

Ce sera d’ailleurs un des sujets qui sera abordé lors du Sommet de l’OTAN, à Varsovie, parce que moi je n’entends pas que l’Europe délègue complètement sa responsabilité à l’OTAN. Bien sûr que l’OTAN c’est l’Alliance et c’est là qu’il doit y avoir une coordination, mais l’Europe doit faire un effort supérieur pour sa défense. La France, de ce point de vue, n’a rien à décider aujourd’hui puisque nous avons le plus gros effort de défense, un des plus gros, de l’Europe, avec la Grèce. Mais nous devons dire aux pays européens qu’ils doivent partager cet effort de défense, mutualiser peut-être, il y a des idées qui pourront être avancées en ces matières. Donc ça, c’est la première priorité.

Deuxième priorité, croissance, emploi, investissement, mais aussi pour que nos industries d’avenir aient davantage de force qu’aujourd’hui, ce qui supposera également que les règles de concurrence puissent bien sûr être appliquées, mais surtout adaptées, nous avons besoin de leaders mondiaux, et puis nous devons avoir aussi davantage de soutien à l’investissement privé, comme public.

Enfin, la troisième priorité à 27, je dis bien à 27, c’est comment pouvons-nous donner plus d’espoir aux jeunes, notamment pour leurs échanges, leur circulation au sein de l’Union, et également pour leur formation, pour leur emploi et pour la culture. A cet égard, hier, il a été adopté une disposition protégeant les droits d’auteurs, parce que l’Europe c’est la culture.

Si nous avions été dans une réunion de la zone euro, j’aurais réaffirmé les positions de la France pour que nous ayons une harmonisation fiscale et sociale et pour que nous ayons aussi, à terme, cela fait partie des réflexions qui doivent être engagées, un budget de la zone euro, une meilleure gouvernance de la zone euro, mais nous étions à 27.

J’en termine pour dire qu’il faut bien préparer le Sommet de Bratislava parce que les prochaines semaines vont être décisives, l’Europe doit montrer sa solidité, ça c’est d’abord la première condition, mais doit montrer également sa capacité à pouvoir proposer des initiatives, pour les Européens et avec les Européens, et dans un rapport sans doute différent du passé avec les citoyens. C’est cette capacité, fondée sur une solidité, une solidarité, qui permettra à l’Europe de retrouver pleinement confiance en elle-même, et éviter la dislocation.

A mes yeux rien ne serait pire que le statu quo, parce que le statu quo ce serait finalement la poursuite, par les populistes, de leur entreprise, qui est toujours de mettre en cause l’Europe pour ce qu’elle n’a pas forcément comme compétences, mais pour que nous puissions à chaque fois montrer que c’est elle qui nous empêche d’agir. Donc, nous devons éviter que l’Europe soit la cible et soit regardée comme le problème alors qu’elle peut être, là-encore, une solution.

C’est la raison pour laquelle rien ne doit empêcher l’Europe d’avancer, et sûrement pas la décision que les Britanniques ont prise, qui doit être respectée, et qui, plutôt que de nous entraver, plutôt que de nous empêcher, doit nous stimuler et nous obliger au sursaut indispensable. Merci, on va prendre quelques questions.


On vous entend dire qu’il faut que l’Europe, l’Union à 27, soit dans un rapport différent, qu’il faut proposer des initiatives, pardon d’être désagréable, mais c’est un discours, ce n’est pas la première fois qu’on l’entend, ce n’est pas la première fois que l’on dit qu’il faut qu’il y ait un sursaut européen. Qu’est-ce qui va changer cette fois-ci et quelles sont les initiatives que les 27 peuvent prendre pour de nouveau réenchanter, si vous voulez bien, le rêve européen ? Merci.

François HOLLANDE : Ce qui est nouveau, c’est qu’il y a eu, pour la première fois dans l’histoire de l’Union européenne, un départ qui a été voulu par un pays membre. Ce qui est nouveau, c’est que ce processus, que l’on pensait inéluctable, irréversible, de la construction européenne, peut désormais être mis en cause. Ce qui est nouveau, c’est que les populistes, les extrémistes, ne veulent plus simplement changer telle ou telle orientation de l’Europe, mettre en cause la Commission, veulent la fin de l’Europe. Donc, si l’Europe ne réagit pas – quand je dis l’Europe, ce n’est pas une espèce, comme ça, particulière, ce sont les pays membres, ce sont les pays membres qui font l’Europe, ce n’est pas l’Europe qui fait les pays membres – donc, si les pays membres ne se donnent un programme, une initiative, suffisamment forte pour protéger, pour donner plus de prospérité et plus d’espoir à la jeunesse, eh bien on aura ce processus qui va continuer, inexorablement.

Mais il y a aussi ce qui peut être donné comme expérience à travers ce qui vient de se décider, nous allons voir ce qu’est la situation au Royaume-Uni, nous allons voir les difficultés qui sont celles d’un pays qui veut sortir, non pas parce qu’on lui ferait des problèmes, on lui ferait des entraves, mais parce que c’est la conséquence de la sortie.

On ne voit pas toujours ce que l’Europe apporte, quand on y est, mais on voit ce que l’Europe supprime quand on n’y est plus. J’ai souvent cette formule : ceux qui aiment le plus l’Europe sont ceux qui n’y sont pas ou qui n’y sont plus. Cela va arriver. Qui n’y sont pas, regardez le nombre d’adhésions, même de pays qui ne sont pas nécessairement dans la géographie de l’Europe, c’était d’ailleurs une question qui a été posée par rapport à la Turquie. Eh bien, regardez, pour la première fois, là il y a un pays qui n’y est plus, on va voir quelle est son attitude, et on le verra dans les prochaines années. Donc il y a aussi cette révélation qu’il faut faire à la suite de cette décision britannique, c’est l’Europe on sait ce qu’elle fait au moment où justement on n’en bénéficie plus. Donc, nous devons montrer ce qu’elle est capable de faire en plus, en mieux, aux pays qui y sont, j’allais dire encore.


Monsieur le président, bonjour. Dans le prolongement de la question, visiblement vous voulez partir donc à la reconquête des opinions publiques pour renouer un lien de confiance. Je me souviens d’un mot de Pascal LAMY, que vous connaissez bien, il disait « vouloir faire aimer l’Europe, c’est comme vouloir faire aimer Frankenstein. » Alors, dans ce contexte, je suis un peu surpris de voir que sur votre feuille de route, et récemment des acteurs de la société civile européenne, il y avait d’ailleurs aussi monsieur COHN-BENDIT, monsieur VERHOFSTADT, vous ont remis une feuille de route sur une renaissance européenne et mettent comme priorité la démocratie en Europe, ou en tout cas, pour le moins, une démocratisation du mode de fonctionnement de l’Europe. Alors, est-ce que là-dessus vous avez des pistes ?

François HOLLANDE : Vous rappelez cette initiative, et puis il y en a eu d’autres, mais celle-là insiste sur la défense et la sécurité, insiste sur la croissance, l’emploi, insiste sur la jeunesse, autant de priorités que la France porte, ou a porté dans le contexte du Conseil européen d’aujourd’hui. Cette initiative insiste, et elle a raison, sur le défaut de démocratie. C’est d’ailleurs assez injuste puisque les gouvernements qui sont en place et qui siègent dans les Conseils des ministres ou les Conseils européens, sont des gouvernements élus, qu’il y a un Parlement européen qui est lui-même élu au suffrage universel, qu’il y a une Commission européenne qui procède aussi du suffrage, puisque le président de la Commission européenne est désigné à partir des élections au Parlement européen. Et puis il y a les parlements nationaux qui jouent leur rôle, mais il y a cette insuffisance de démocratie.

Alors, comment faire que les peuples s’approprient davantage l’Europe ? il y a l’idée de faire des débats dans chacun des pays, une forme de conventions, de grands débats, qui pourraient permettre, sur des sujets concrets, de faire remonter, par les citoyens eux-mêmes, des propositions qui pourraient ensuite trouver leur place dans les priorités européennes.

De la même manière, sur un certain nombre de directives, ou un certain nombre de décisions qu’ont à prendre les Etats-membres dans le cadre du Conseil européen, ou le Parlement européen, davantage de consultations. Je vais prendre quelques exemples.

Sur le TTIP, le traité commercial, entre l’Union européenne et les Etats-Unis, il a été, à juste raison, reproché une forme d’opacité, défaut de transparence, problème d’association justement des citoyens, ou des groupes qui peuvent les représenter, à des choix, qui sont très importants, car il y va du commerce, mais il y va bien davantage, d’un certain nombre d’industries, de productions agricoles, de biens culturels, donc il est légitime qu’il y ait là-aussi un débat. On ne va pas laisser ce processus se poursuivre sans que les citoyens eux-mêmes ne s’en emparent.

Deuxième exemple, qui d’ailleurs a été traité, pour partie, hier, c’est la question de l’accord entre l’Union européenne et le Canada, accord commercial. Il y a une solution qui consisterait à l’adopter, ce traité, uniquement par le Parlement européen et par le Conseil européen, et puis une formule que l’on appelle mixte, et qui ferait que les parlements nationaux pourraient également en délibérer. Moi j’ai donné la position de la France, je pense que les parlements nationaux doivent en délibérer.

Je suis pour cet accord, entre l’Union européenne et le Canada, mais je pense que c’est nécessaire qu’il y ait des discussions qui puissent s’engager dans chacun des parlements nationaux. C’est vrai que c’est plus long, mais j’en mesure les conséquences, mais cela fait partie de ce que l’on doit offrir comme contrôle démocratique.

Quand j’évoque, troisième exemple, et je m’arrêterai là, quand j’évoque un budget de la zone euro, ou une gouvernance de la zone euro, c’est aussi pour que les parlements nationaux et pour qu’un Parlement de la zone euro, dans le cadre du Parlement européen, puisse contrôler un certain nombre de choix. Donc nous avons besoin de formules démocratiques.

La démocratie cela ne se réduit pas au référendum. Parce que le référendum dans un pays, il a des conséquences sur tous les autres, on le voit bien aujourd’hui ! Cela ne veut pas dire qu’il faut refuser de consulter les peuples quand c’est nécessaire ! Mais enfin, on ne peut pas décider d’un référendum simplement pour convenances personnelles, ou pour habileté politique ! D’ailleurs, souvent, les plus habiles se trouvent quelquefois empêtrés dans des initiatives. Je me souviens que – je ne vais pas parler du référendum britannique – en 2004-2005, il y avait un Premier ministre britannique qui avait lancé l’idée d’un référendum.

Puis, c’était la France qui l’avait reprise. Il n’y avait jamais eu de référendum au Royaume-Uni, mais il y en avait eu un en France et aux Pays-Bas. On en a vu les conséquences. Donc avant de lancer ce type de proposition et de procédure, sans d’ailleurs que l’on sache très bien la question qu’il conviendrait de poser, sauf la question majeure « vous voulez rester ou vous voulez partir ? », donc je crois que nous avons d’autres formules à proposer pour associer davantage les citoyens et les peuples aux décisions européennes.


Oui, bonjour, Monsieur le Président. Je voulais avoir votre regard sur la situation en Écosse. On sait que la Première ministre écossaise, Nicola STURGEON, est aujourd’hui à Bruxelles, qu’elle doit rencontrer Jean-Claude JUNCKER. On sait qu’elle milite pour un maintien de l’Écosse au sein de l’Union européenne. Est-ce que vous y êtes favorable ? Est-ce que vous êtes prêt à soutenir le fait que l’Écosse reste, d’une manière ou d’une autre, membre de l’Union européenne ? Merci.

François HOLLANDE : La Première ministre écossaise sera reçue par les autorités européennes, puisqu’une demande a été faite et elle doit avoir la possibilité de se faire entendre ! Mais la négociation se fera avec le Royaume-Uni, pas avec une partie du Royaume-Uni. Et c’est en fonction de ce que sera la négociation qu’il sera possible d’envisager des situations, des solutions qui pourraient éventuellement concerner l’Écosse. Mais ce n’est pas avant que cela pourra se décider.


Monsieur le Président, une première question sur les projets concrets que vous appelez de vos vœux : est-ce que la France en porte et lesquels ? On a parlé des étudiants, évidemment. Et une seconde question sur l’attentat d’hier à Istanbul : avez-vous des informations sur d’éventuels blessés ou victimes françaises ?

François HOLLANDE : Je réponds d’abord à cette question. Bon, le bilan n’est pas encore définitif et il est lourd puisqu’au moment où je m’exprime, 41 morts auraient été hélas relevés, ce qui est considérable, et de nombreux blessés. Là aussi, nous avons confirmation qu’il y aurait deux blessés légers français mais je ne peux pas en établir une estimation, si je puis dire, définitive parce qu’il va falloir avoir le recensement de toutes les victimes pour que nous puissions savoir exactement s’il y a des ressortissants français qui pourraient être affectés par ce drame, cette tragédie et cette abomination. Nous n’avons pas non plus de certitude quant aux auteurs de cette attaque terroriste et je pense que nous aurons des échanges avec les autorités turques avec lesquelles nous coopérons pour lutter contre le terrorisme, pour que l’on sache bien qui a été responsable de cette attaque.

On voit bien ce qu’elle veut porter comme coups à la Turquie en frappant un aéroport. C’est là encore de faire que la Turquie puisse être affectée dans ses recettes touristiques puisque Istanbul est une grande ville qui est visitée par des millions de personnes. Et on voit que les terroristes – ils l’ont fait en Égypte, ils le font en Tunisie, ils peuvent le faire en Turquie – veulent affaiblir les pays qu’ils frappent.

Pour ce qui nous concerne, nous sommes d’une vigilance très grande, vous le savez. D’autant que nous organisons en ce moment même une grande compétition sportive et vous savez que nous avons mis beaucoup de moyens et que nous devons toujours être d’une très grande attention par rapport à tout ce qui peut se produire. Donc, très grande coordination des services, très grande mobilisation.

Ensuite, sur les initiatives concrètes - en voilà une initiative concrète puisque la question est posée, c’est de rétablir un contrôle effectif des frontières. Et justement, par rapport à l’accord qui a été passé avec la Turquie, si nous voulons que les Européens se sentent protégés et, en même temps, gardent les valeurs qui sont les leurs – des valeurs d’ouverture, des valeurs d’accueil, des valeurs d’hospitalité, des valeurs aussi qui assurent que l’on pourra circuler dans l’espace européen –, nous devons rétablir toutes les règles, tous les principes de Schengen.

Mais il ne suffit pas de respecter des règles, il faut les faire respecter. Et une proposition française que nous partageons d’ailleurs avec nos amis allemands, c’est de renforcer considérablement les gardes-côtes et les gardes-frontières. Si l’Europe veut avoir des frontières, si l’Europe veut être un continent sur lequel on peut accéder mais avec des conditions et avec des vérifications, il faut avoir un corps spécifique qui existe déjà mais qui n’est pas suffisamment doté en matière de contrôle des frontières et des eaux territoriales, des eaux européennes en l’occurrence, pour que nous puissions éviter qu’il y ait ces drames qui se produisent en Méditerranée.

Il y a un deuxième exemple mais je ne vais pas ici – parce que ça sera au sommet de Bratislava que nous aurons à les présenter, sans doute nous aurons à les préparer avec nos partenaires et j’aurai l’occasion de revoir Angela MERKEL dans ce cadre-là. Sur l’initiative jeunesse, pour nous, il serait très important que l’on puisse donner la possibilité pour tout jeune Européen d’avoir un temps possible de scolarisation ou de formation dans un autre pays que le sien pour un jeune, c’est-à-dire dans un pays européen. Finalement, de généraliser Erasmus, pas forcément dans cette forme, avec cette ampleur, mais que chaque jeune Européen puisse avoir une expérience dans un autre pays que le sien.


Bonjour. J’ai une question sur la zone euro. Vous l’avez un petit peu évoqué à l’instant avec cette idée de Parlement de la zone euro. Est-ce que vous pouvez nous en dire plus, d’une part ? Et deuxièmement, vous avez évoqué par ailleurs la convergence sociale et fiscale. Alors, quel est le calendrier de cette convergence et quel est le calendrier de ces réformes institutionnelles puisque, visiblement, les seules réformes institutionnelles qui sont engagées concernent la zone euro ? Et est-ce que vous avez eu l’impression que l’Allemagne a bougé sur ces questions-là ?

François HOLLANDE : Alors, aujourd’hui, ce n’était pas une réunion de la zone euro. Et je n’ai pas développé ces propositions parce que ce n’était pas le cadre. Je voulais d’abord que l’on puisse régler la question qui était à l’ordre du jour, le rapport avec le Royaume-Uni et puis nous fixer cette feuille de route, ce calendrier et ces priorités.

Je me suis plusieurs fois exprimé sur ce que pouvait être le renforcement de l’union économique et monétaire, ce qui est plus large que la zone euro, et là où il peut y avoir des politiques d’harmonisation. Et dans la zone euro, j’ai demandé qu’on ait davantage de politiques communes, ce qui suppose une gouvernance et pas simplement des règles et des procédures, et que cette gouvernance devait être sous le contrôle du Parlement européen - ce serait finalement difficile - donc d’un Parlement de la zone euro dans le cadre du Parlement européen. On ne va pas inventer une nouvelle Assemblée.

Et pour qu’il y ait un contrôle, il faut aussi qu’il y ait un budget. Alors, comment alimenter un budget de la zone euro ? Il y a plusieurs idées qui peuvent être avancées. La première idée, c’est que dès lors qu’il y a une taxe sur les transactions financières qui pourrait être créée, elle peut alimenter ce budget. Après, on voit ce que les États, dans le cadre de la gouvernance de la zone euro, peuvent en décider.

Deuxième idée, ce serait un transfert : on transfère une part de prélèvements à la zone euro pour asseoir un certain nombre de politiques. Cela peut être aussi ce qu’on va faire pour le climat. Dès lors qu’on a une contribution carbone, on peut l’affecter à ce budget de la zone euro.

Et puis il y a même d’autres idées. Thierry BRETON en a une qui est de lier cela à l’effort de défense et donc de voir comment on pourrait mutualiser un certain nombre de dépenses, voire même emprunter en commun pour financer un certain nombre d’investissements militaires.

Voilà, je crois, les idées qui peuvent être avancées. Sur l’harmonisation fiscale et sociale, on voit bien que c’est une difficulté, il faut dire la vérité. Le mieux que l’on puisse faire est d’harmoniser déjà la lutte contre la fraude fiscale. La lutte, maintenant, est devenue beaucoup plus efficace si j’en juge par les rentrées que nous avons en termes de recettes par rapport aux contrôles que nous pouvons faire. Mais c’est sur l’assiette de l’impôt sur les sociétés que nous pouvons avancer le plus.

Il est très important aussi que l’on puisse converger sur les taux de TVA, sur la fiscalité de la consommation. À cet égard, ceux qui annoncent qu’ils vont augmenter la TVA en France devraient réfléchir aux conséquences de ces distorsions que ces propositions pourraient avoir par rapport aux intérêts de notre pays, au-delà des conséquences particulièrement injustes d’une augmentation de la fiscalité sur la consommation.

Donc, voilà, l’harmonisation, elle doit progresser. Et d’ailleurs, même pour le détachement des travailleurs qui est un des sujets aussi sur lesquels nous devons nous mettre sérieusement autour de la table puisque la France a demandé que l’on puisse revoir les conditions de cette directive sur le travail détaché. Vous savez que, dans le cadre du détachemet, le salarié est payé selon les règles du pays d’accueil, avec les mêmes obligations pour le contrat de travail et le temps de travail, mais qu’en revanche, c’est sur les cotisations de Sécurité sociale qu’il y a la différence. Donc il faut harmoniser aussi les conditions de financement de la protection sociale. Alors ça prendra du temps mais ça nous paraît nécessaire au titre de la convergence.

Et l’Allemagne… ?

François HOLLANDE : L’Allemagne n’est pas fermée à toute évolution sur la zone euro puisqu’elle est très attentive, notamment à ce qu’on puisse avoir des procédures qui puissent aller au-delà simplement des critères budgétaires mais prendre en compte la compétitivité, la productivité. C’est là que la discussion peut se faire avec les Allemands.

D’accord pour regarder ce qu’on peut faire. Nous, ça ne nous gêne pas, on a quand même beaucoup progressé sur la compétitivité, sur la productivité, sur l’amélioration de nos systèmes productifs, sur même les questions d’organisation du travail, mais il faut qu’il y ait de l’autre côté des harmonisations.


Bonjour. Hélène FOUQUET de BLOOMBERG. Deux questions. Vous parlez du coût que le Royaume-Uni devra supporter suite à son choix. Vous parlez aussi de la relation spéciale économique que la France a avec le Royaume-Uni : vous citez Hinkley Point et la défense. Alors ma question est : où est-ce que vous voulez mettre le curseur économique dans la négociation ? Jusqu’où l’Angleterre doit payer le prix sans que vous affaiblissiez votre partenaire économique ? Parce que les conséquences peuvent être lourdes. Donc, où sont les lignes rouges.


À une époque, vous avez dit que la finance était votre ennemie. Hier, vous avez cité la compensation en euros, c’est le cœur nucléaire de la City. Vous avez touché là où ça fait mal. Alors, quel est votre but ? C’est quoi ? C’est qu’une partie, eh bien de ces compensations revienne en Europe ? C’est quoi ? C’est de récupérer une partie des fonds ? C’est de récupérer une partie de la régulation, être capable de réguler cette finance à nouveau sur le territoire de la zone euro ? Voilà, quel était votre but ? Merci.

François HOLLANDE : Alors, premièrement, ce sera au Royaume-Uni de dire dans la négociation, une fois après avoir notifié sa décision de retrait, quel statut le Royaume-Uni veut avoir avec l’Union européenne. Plusieurs options sont possibles. Première option, le Royaume-Uni est un pays tiers qui n’entend pas accéder au marché intérieur mais avoir des relations commerciales avec l’Union européenne, j’allais dire comme le Canada, on évoquait les États-Unis, mais peut avoir avec l’Union européenne, sans doute rendues plus faciles pour le cas du Royaume-Uni compte tenu de sa présence pendant des années dans l’Union européenne. C’est une première option.

Deuxième option, une option où le Royaume-Uni veut entièrement partager les règles du marché unique et, finalement, être non-membre de l’Union mais avec toutes les conséquences, tous les attributs, tous les droits et toutes les obligations de l’Union. En gros, le Royaume-Uni serait dans une situation où il ne participe plus au Parlement européen, à la Commission européenne, au Conseil européen, mais il est engagé par toutes les décisions que prendraient les institutions européennes par rapport au marché unique. C’est une option.

Troisième option, le Royaume-Uni voudra prendre un certain nombre de domaines qui l’intéresseraient et ne pas prendre les autres. Ça se discute et ça se compense. Ça suppose un certain nombre de règles qui doivent être fixées.

J’en arrive à la deuxième question. Pour la première, je pense que c’est au Royaume-Uni de savoir ce qu’il veut faire ! Ce que l’on sait, c’est qu’il ne sera plus dans l’Union européenne. Après, à lui de voir dans quel degré sera sa participation au marché unique ou au fonctionnement même de l’Europe et à ses compétences.

Sur la question de la finance : la finance peut se faire du mal à elle-même, cela peut lui arriver. Ce n’est pas la France, ce n’est même pas le discours du Bourget qui a provoqué le Brexit, je dois modestement en convenir ! Ce sont les Britanniques eux-mêmes qui ont voulu qu’il y ait un référendum, enfin le gouvernement. Ce sont les Britanniques qui se sont posé la question de savoir s’ils devaient rester ou ne pas rester dans l’Union européenne. Et ils y ont répondu.

Quelle était la situation jusque-là, et qui va encore durer le temps de la négociation ? La situation jusque-là, c’était que la City pouvait faire des opérations de compensation en euros, c’est-à-dire traiter des situations où l’euro était la monnaie d’échange, la monnaie de transaction, la monnaie de placement, comme on voudra, alors même que le Royaume-Uni n’était pas dans la zone euro, mais était dans le marché unique.

Cette question, déjà, n’allait pas de soi et il avait fallu toute une procédure pour que le Royaume-Uni ait pu garder cette situation assez exorbitante, c’est que n’étant pas dans la zone euro, le Royaume-Uni pouvait avoir une place financière qui utilisait l’euro. Dès lors que le Royaume-Uni ne sera plus dans le marché unique, ne sera plus dans l’Union européenne, si c’était sa décision dans le cadre des négociations, on voit bien qu’il n’y a aucune raison pour l’Europe et encore moins pour la zone euro, de permettre à un pays qui n’est plus membre de l’Union et qui n’a jamais été membre de la zone euro, de continuer à faire des opérations en euro.

Après, où iraient ces transactions ? Il y a des places financières en Europe, j’imagine que ces opérations se feraient sur les places financières européennes. Nous n’en sommes pas encore là, puisque nous ne sommes qu’au début du processus. Mais on doit bien comprendre qu’il n’est pas possible de garder ces avantages acquis, si je puis dire, ce qui, pour des libéraux, n’est quand même pas facile à faire admettre. C’est-à-dire que « ce qui est à nous, est à nous, et ce qui est à vous est négociable ». Vieux principe. Mais non, ça ne marche pas. Cela ne doit pas se faire avec des ruptures, tout cela ne doit pas se faire non plus avec des revanches, ou avec des mépris, ou sans considérer les intérêts économiques, de l’Union européenne et du Royaume-Uni, parce qu’il faut avoir quand même ça à l’esprit : ce qui compte, c’est que l’économie puisse fonctionner, que l’économie puisse se financer. Mais il y a forcément des conséquences, et ce que je souhaite, c’est que les places financières européennes, comme elles devaient le faire d’ailleurs, se préparent pour assurer un certain nombre d’opérations qui ne pourraient plus se faire, à terme, au Royaume-Uni.

Monsieur le Président, la Cour des comptes doute de vos objectifs de réduction des déficits pour 2017. Est-ce que vous doutez de la Cour des comptes ?

François HOLLANDE : La Cour des comptes doute, par essence et par existence. C’est sa fonction, de douter. La Cour des comptes doute, donc elle est. Je dis ça parce que j’ai été moi-même membre de la Cour des comptes. Donc je sais quelle est la philosophie de cette institution. J’en suis parti assez vite il est vrai. Mais la Cour des comptes, l’année dernière, doutait déjà que l’on pourrait atteindre nos objectifs en 2015, en termes de réduction de déficit. En fait, nous avons fait 3,6 % – par rapport à la richesse nationale – de déficit, au lieu des 3,8 % qui étaient prévus et qu’on avait même notifiés à la Commission européenne. En 2016, nous affirmons que nous serons à 3,3 % de déficit par rapport à la richesse nationale, et d’ailleurs la Cour des comptes ne doute pas, de ce point de vue, et nous dit que nous serions sans doute à 3,3 %. Ce que la Cour des comptes met en doute, c’est notre capacité à pouvoir être à 2,7 % l’année prochaine, de déficit par rapport à la richesse nationale. Eh bien si la croissance était ce que l’on pense pouvoir estimer aujourd’hui, à 1,7% l’année prochaine, et si nous continuons nos efforts en matière de maîtrise de la dépense, malgré un certain nombre de redistributions que j’ai moi-même assumées, et si nous étions extrêmement vigilants sur l’exécution de notre budget, nous devrions atteindre ce résultat. Je souhaite donc que l’année prochaine, la Cour des comptes puisse dire que ce chiffre a été atteint, mais qu’elle continue de douter pour l’année suivante.

Monsieur le Président, une question sur cette situation un peu aussi particulière de cet accord du Touquet ; vous avez mentionné cet accord bilatéral sur les flux migratoires. C’est une situation un peu particulière d’avoir la frontière, ou les contrôles à la frontière, en France, pour l’Angleterre, pour le Royaume-Uni. Est-ce que cet accord… Il y a des hommes politiques en France qui veulent remettre en cause cet accord, notamment Alain JUPPE et puis Xavier BERTRAND. Qu’est-ce que vous pensez ? Est-ce que, en effet, c’est quelque chose qui va être sur la table ? Et deuxième question, en rebondissant sur l’euro zone, est-ce que, à Bratislava en septembre, la réforme de l’euro zone, l’intégration de l’euro zone va être sur la table, sachant que ce sera une réunion informelle à 27 ?

François HOLLANDE : D’abord, l’accord du Touquet date de 2010 et devait forcément régir les rapports entre deux pays voisins, séparés néanmoins par la Manche, dès lors que le Royaume-Uni n’était pas, et n’est toujours pas dans Schengen. Donc ça ne pouvait être qu’un rapport bilatéral. Et il était important de pouvoir s’assurer que les personnes qui voulaient aller de l’autre côté de la Manche, venant de France, ne puissent pas être en danger, et surtout aller vers le Royaume-Uni et ne pas pouvoir y être acceptés, alors même qu’ils auraient fait ce transport dans des conditions extrêmement précaires.

Le risque était que, s’il n’y avait pas d’accord, il y ait un flux de plus en plus important de migrants, de réfugiés qui serait venu dans le nord de la France, à Calais en particulier, pour traverser, sans espoir. Et il y aurait eu, à ce moment-là, des situations humanitaires extrêmement graves. C’est la raison pour laquelle il y a eu cet accord du Touquet signé en 2010. Ceux qui, aujourd’hui, demandent donc sa suppression sont ceux-là mêmes qui l’ont conclu. C’est un vieux principe, en France, notamment dans la droite française, c’est de vouloir défaire ce qu’ils ont fait. Sur certains points, ils auraient raison ! Mais sur d’autres, ils ont tort. Donc aujourd’hui… Je ne savais pas qu’Alain JUPPE avait pu aussi prendre cette position, mais remettre en cause l’accord du Touquet au prétexte que le Royaume-Uni a voté le Brexit et va engager, donc, des négociations pour sortir de l’Union européenne n’a pas de sens.

Ce qui doit peut-être être revu, c’est ce qui peut être fait pour améliorer la situation. D’abord de ces migrants, des mineurs – on l’a fait – et éviter qu’il y ait justement un certain nombre de camps qui ne sont pas dignes de ce que nous devons faire, comme grand pays. Et le Royaume-Uni, je le rappelle, paie une contribution financière significative à la France pour, justement, la mise en œuvre de cet accord.

J’avais obtenu d’ailleurs de David CAMERON qu’il y ait une dotation supplémentaire. De la même manière que David CAMERON, quand nous nous étions revus à Amiens, avait promis de régler la situation des mineurs qui avaient une partie de leur famille ou même une connaissance suffisamment proche au Royaume-Uni, pour que ces mineurs puissent avoir le droit de retrouver leurs proches. Cet engagement a été tenu.

J’aurai l’occasion de revoir David CAMERON pour le centenaire de la Bataille de la Somme, et nous reparlerons de tout ce qui peut améliorer encore ce système-là. Je dois dire aussi qu’entre les deux ministres de l’Intérieur, monsieur CAZENEUVE et madame MAY, il y a une très bonne collaboration - Madame MAY qui fait partie aussi, si on a bien lu ce qui se disait outre-Manche, de la possible Première ministre de ce pays, même si je crois qu’il y a d’autres candidats, il y a toujours d’autres candidats.

Sur la zone euro, nous n’en parlerons pas à Bratislava. C’est un principe. C’est très difficile, on pourra l’évoquer quand même, parce que les pays qui ne sont pas membres de la zone euro – c’était d’ailleurs une grande prétention britannique – veulent toujours savoir ce qui va se passer dans la zone euro. Ce n’est pas sans fondement, parce que ce qu’il se passe dans la zone euro a des conséquences ! D’ailleurs, ce qui ne se passe pas hors de la zone euro a aussi des conséquences. Donc je pourrais formuler ces propositions, mais c’est vrai que ce ne sera pas à Bratislava.

Mesdames, Messieurs, nous allons nous séparer, si je puis dire, mais nous sommes sûrs de nous revoir.

Conclusions du Conseil européen

Dernière modification : 28/02/2019

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