Avenir de la Syrie : la France contribuera à hauteur de plus d’un milliard d’euros pour 2018-2020

M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Europe et des affaires étrangères, participe aujourd’hui à Bruxelles à la conférence de Bruxelles II sur l’avenir de la Syrie et de la région.

Présidée par l’Union européenne et les Nations unies, cette conférence fait suite à celles de Londres (4 février 2016) et de Bruxelles (5 avril 2017). Elle réaffirme le soutien de la communauté internationale à une solution politique au conflit syrien et vise à renforcer la réponse internationale aux conséquences humanitaires de la crise et le soutien aux réfugiés et pays hôtes.

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Photo de famille à la conférence Bruxelles II sur l’avenir de la Syrie et de la région.

A cette occasion, M. Jean-Baptiste Lemoyne a annoncé que l’effort français pour les années 2018-2020 s’élèverait à plus d’un milliard d’euros en faveur du peuple syrien et des communautés hôtes : près de 250 millions d’euros de dons et 850 millions d’euros de prêts. Cet engagement inclut le programme de réponse d’urgence de 50 millions d’euros pour la Syrie, annoncé le 16 avril par le président de la République.

Ces annonces s’inscrivent dans la continuité du soutien français, mis en place lors des conférences de Londres en février 2016 et de Bruxelles en 2017. Nous nous y étions engagés à apporter une aide de 1,1 milliard d’euros sur trois ans (2016-2018) : 200 millions de dons pour la Syrie et les pays voisins et 900 millions de prêts pour la Jordanie.

Ces montants permettront de venir en aide à la population syrienne et de créer en Syrie les conditions d’un retour volontaire, sûr et durable des réfugiés chez eux, le moment venu. Ils doivent également permettre d’accroître la résilience économique des pays qui accueillent des réfugiés, au premier rang desquels la Jordanie et le Liban.

En marge de la conférence, M. Jean-Baptiste Lemoyne est intervenu lors d’un événement co-organisé par la France sur la lutte contre l’impunité des crimes commis en Syrie. Il s’agit d’une priorité de l’action diplomatique de la France, qui a réitéré à cette fin son soutien à la commission d’enquête internationale et au mécanisme d’enquête international indépendant pour la Syrie, tous deux présents à cet événement. M. Jean-Baptiste Lemoyne a rappelé la détermination de la France à faire face à la menace des armes chimiques, qui représente un danger global et remet en cause l’autorité du droit international. C’est en ce sens que la France a lancé à Paris le partenariat international contre l’impunité d’utilisation des armes chimiques, qui a vocation à soutenir le travail engagé par les organisations internationales pertinentes, et de collecter, compiler et conserver toutes les informations disponibles sur les responsables de l’utilisation d’armes chimiques.

La situation humanitaire en Syrie demeure dramatique. 13,1 millions de Syriens, dont 6 millions d’enfants, ont besoin d’aide humanitaire. Plus de la moitié de la population syrienne a été contrainte de quitter son foyer : 6,1 millions sont des déplacés internes et 5,6 millions sont réfugiés dans les pays voisins (Turquie, Liban, Jordanie, Irak, Egypte). L’acheminement de l’aide humanitaire continue de faire l’objet de blocages inacceptables, notamment de la part du régime.

Bruxelles II est par ailleurs la troisième des conférences ministérielles de soutien à l’Etat libanais et à ses institutions annoncées pour 2018 par le président de la République lors de la réunion du groupe international de soutien pour le Liban qui s’est tenue le 8 décembre 2017. Elle fait suite aux conférences de Rome II sur les aspects sécuritaires et à la conférence CEDRE de Paris sur les aspects économiques. La France a ouvert lors de la première une capacité d’achat de matériel militaire français, en apportant sa garantie à hauteur de 400 millions d’euros. Elle s’est engagée, lors de la seconde, à accorder 550 millions de dons de de prêts concessionnels. Grâce à la conférence CEDRE, le Liban bénéficie au total d’un effet de levier de 11 milliards de dons et prêts, qui lui permettront de moderniser ses infrastructures et d’accroître la résilience de son économie.

Déclaration de M. Jean-Baptiste Lemoyne à son arrivée à la conférence de Bruxelles II sur l’avenir de la Syrie et de la région (Bruxelles, 25 avril 2018)

M. Jean-Baptiste Lemoyne : "Bonjour. La France, vous le savez, est très engagée pour essayer de résoudre cette situation horrible et catastrophique qui touche la Syrie, et par ricochet un certain nombre d’Etats voisins qui doivent accueillir des réfugiés, des déplacés.

La situation en Syrie est une des plus catastrophiques que l’on puisse connaitre et l’une des plus déstabilisatrices ; 400 000 morts, des millions de déplacés, de réfugiés. Donc aujourd’hui, il était - naturellement - non seulement notre devoir d’être ici à la Conférence de Bruxelles II mais d’y prendre une part active. Il ne vous a pas échappé que nous avons été constants ; le Président de la République a toujours mis un certain nombre de lignes rouges et, dès lors qu’elles ont été franchies comme c’était le cas lors d’attaque chimique, la France avec les Etats-Unis, la Grande Bretagne, naturellement ont procédé à ces frappes circonscrites, très précises, localisées et qui ont permis de détruire un certain nombre d’éléments relatifs à ces armes chimiques.

Notre message aujourd’hui à Bruxelles est double : D’une part, l’urgence humanitaire est là et nous devons absolument aider les réfugiés où qu’ils soient. De ce point de vue-là, la France a annoncé 50 millions d’euros pour 2018. Notre deuxième message est qu’il n’y a pas de solution en Syrie sans de solution politique durable, sans processus de transition crédible et, naturellement, nous appuyons le travail fait par l’Envoyé Spécial du Secrétariat général des Nations-Unies, nous appuyons le processus de Genève.

Toutes celles et ceux qui sont d’une façon ou d’une autre parties en lien avec les parties prenantes sur le terrain doivent savoir que de ce point de vue-là, notre détermination est totale. Nous le disons d’ailleurs aux Russes, il est important de pouvoir faire pression sur le régime de Damas pour qu’une telle solution politique puisse se mettre en place.

Vous le voyez, même si les années, hélas, se succèdent sans que la situation ne s’améliore, loin de là au contraire, elle est, je crois, plus grave que jamais, nous ne perdons pas notre résolution, notre détermination à apporter des solutions, que ce soit concrètement, sur le terrain, pour les réfugiés, et également au sein du système multilatéral. Je crois que nous avons de nombreuses nations qui partagent cet engagement. Je vous remercie.

Monsieur le Ministre, en Syrie il y a la Russie, l’Iran également qui appuient le régime. Allez-vous aujourd’hui adresser un message particulier à l’égard de ces deux sponsors du régime ; c’est-à-dire la Russie et l’Iran ?

M. Jean-Baptiste Lemoyne : Ecoutez, le message est celui justement pour ceux qui sont en capacité de faire passer les messages au régime de Damas de le faire parce que nous avons atteint une situation qui est d’une gravité extrême. Il est donc important que tout le monde prenne conscience que nous ne pourrons pas faire comme si de rien ne s’était passé. Donc, il y a cette urgence à reprendre, à poursuivre un dialogue qui soit effectif, qui arrive à une transition effective.

La France organise par ailleurs cet après-midi un évènement sur l’impunité. Il faut savoir qu’énormément d’éléments de preuves ont été collectés, réunis sur le terrain par des ONG, par un certain nombre de mécanismes. Je crois donc que celles et ceux qui se sont rendus coupables de tous les crimes qui ont pu arriver, quels qu’ils soient et quelle que soit leur origine devront en rendre compte. Tout simplement pour que la justice passe, car il n’y aura pas de réconciliation au sein des Syriens sans que la justice passe.

Est-ce qu’il y a des formules lors du Conseil de sécurité, des formules juridiques, par exemple l’établissement d’un tribunal spécial en dehors de l’accord de Conseil discuté parce qu’on imagine que c’est impossible ?

M. Jean-Baptiste Lemoyne : Vous savez il y a déjà des juridictions nationales qui lorsqu’elles sont compétentes ont enclenché un certain nombre d’enquêtes et donc je crois que tous les leviers permettant de rendre justice sur un plan du droit doivent être utilisés"./.

Intervention de M. Jean-Baptiste Lemoyne lors de l’évènement sur la lutte contre l’impunité des crimes commis en Syrie (Bruxelles, 25 avril 2018)

Dernière modification : 25/04/2018

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