"Une Europe engagée au côté de l’Afrique" : Tribune de Mme. Alliot-Marie - 20 juin 2006

Tribune de Mme. Michèle Alliot-Marie, ministre français de la Défense, parue dans les quotidiens "Le Soir" et "International Herald tribune" le 20 juin 2006

Une Europe engagée au côté de l’Afrique

L’Union européenne vient de décider l’envoi d’une force de sécurisation en République Démocratique du Congo à la demande du Secrétaire général de l’ONU. L’objectif est clair : favoriser la tenue d’élections libres et démocratiques permettant la reconstruction de ce pays et la mise en place d’institutions durables.

Une dizaine de pays de l’UE ont d’ores et déjà pris l’engagement de participer à cette mission, l’Allemagne jouant le rôle de nation-cadre. Il faut s’en réjouir.
Cette mission de l’Union européenne démontre la réussite de la Politique Européenne de Sécurité et de Défense commune (PESD), en même temps qu’elle symbolise l’excellente relation entre la France et l’Allemagne

Pourtant, certains se posent des questions : que vient faire la défense européenne en Afrique ? Ne devraient ils pas protéger l’aéroport de Munich plutôt que celui de Kinshasa, dit l’un ? N’y aurait il pas dans ces interventions des relents néocolonialistes, disent d’autres ?
Toutes ces approches ne peuvent être ignorées. Pour autant elles me paraissent profondément erronées et surtout à courte vue.

Les liens historiques, économiques, culturels et humains entre l’Afrique et l’Europe sont trop anciens et profonds pour que nous soyons indifférents aux problèmes de ce continent. Il est de notre devoir, à nous Européens, d’œuvrer pour réduire la pauvreté, de travailler à un développement durable en Afrique, d’aider les gouvernements démocratiquement élus à fortifier leurs institutions.

De plus nous faisons face aujourd’hui aux mêmes menaces : le terrorisme, la prolifération d’armes de destruction massive, les pandémies, et la multiplication des conflits régionaux. Ce sont autant de défis à relever ensemble, car nous subissons leurs effets communs. La croissance économique et technologique de nos pays dépend pour une part de l’approvisionnement pétrolier et minier africain. Si cet approvisionnement est rendu impossible parce que les pays ou les voies d’acheminement sont interdites par la crise nous en subirons les conséquences.

L’Europe est simultanément le point d’arrivée des principaux trafics et l’une des cibles du terrorisme. Elle est simultanément un pôle d’attraction inégalé pour toutes les immigrés fuyant la faim, les génocides, les destructions liées aux crises. L’Afrique est souvent le point de départ de ces risques majeurs.
Un nombre croissant d’analystes considèrent que jamais dans l’histoire de l’Afrique depuis cinquante ans le risque n’a été si grand de délitement. Certains Etats sont déjà tellement fragilisés que leurs structures mêmes semblent très menacées dans les prochaines années. Les violences interethniques risquent par contagion d’un pays à l’autre de mener à des désordres de grande ampleur, partout en Afrique.

La multiplication de tels conflits représente pour l’Europe un véritable risque de migrations incontrôlées et incontrôlables de populations fuyant les massacres, la guerre, la famine résultant des destructions de leurs villages et de leurs champs. Aujourd’hui, nous avons du mal à faire face à l’arrivée de quelques dizaines d’immigrés illégaux. Qu’en sera-t-il si quatre à cinq millions forcent nos frontières parce que c’est pour eux la condition de leur survie ?
Le développement économique, condition essentielle de l’ancrage des personnes ne peut se mettre en place sans stabilité, sans structures administratives et politiques minimales. L’Europe a une responsabilité en matière d’aide à la stabilisation et au développement. Il en va aussi de sa propre stabilité.

Dans le domaine de la défense et de la sécurité, nous devons intensifier notre coopération avec les Africains pour les mettre en mesure d’assurer leurs responsabilités politiques et militaires dans la sécurisation de leur continent.

Depuis le sommet de Maputo en 2002, l’Union africaine a entrepris de se doter de sa propre architecture de sécurité afin d’agir directement dans le traitement des conflits. Elle a prévu de mettre en place une Force africaine en Attente (FAA) d’ici quelques années, et nous devons soutenir ce projet.
L’UE est la mieux à même d’apporter une réponse concrète aux demandes de l’Union africaine pour développer les capacités de prévention et de gestion de crise sur le continent, notamment en matière de formation, d’entraînement et d’équipement des armées africaines.

Avec l’expérience de son programme RECAMP (Renforcement des capacités africaines de maintien de la paix), la France est au premier rang des pays européens souhaitant renforcer le partenariat avec l’Afrique dans le domaine de la défense. C’est la raison pour laquelle j’ai proposé aux ministres de la défense de l’UE de développer un concept européen de renforcement des capacités africaines de prévention et de gestion des crises. Cette initiative, qui a reçu le soutien de nombreux pays européens et l’appui du secrétariat général du Conseil européen, est une étape concrète en direction de nos partenaires africains. Elle est essentielle pour la mise en œuvre d’une stabilisation du continent, et pour notre avenir commun.

Dernière modification : 20/06/2006

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