"Travailler pour l’Europe" : tribune de Mme Catherine Colonna et M. Günter Gloser - 9 mars 2006

Tribune de Mme Catherine Colonna, ministre déléguée aux Affaires européennes, et de son homologue allemand, M. Günter Gloser, dans le quotidien "La Tribune", le 9 mars 2006.

"Travailler pour l’Europe"

Par Catherine Colonna et Günter Gloser (*)
Mardi 14 mars, la chancelière fédérale, Angela Merkel, et le président de la République, Jacques Chirac, présideront à Berlin leur premier Conseil des ministres conjoint, lequel se tiendra pour la première fois depuis l’entrée en fonction des gouvernements de Mme Merkel et de M. de Villepin. Ce type de réunion des deux gouvernements français et allemand est une forme unique de coopération bilatérale en Europe. Engagée lors du 40e anniversaire du traité de l’Élysée en 2003, elle marque la nature singulière des relations entre nos deux pays qui sont au coeur de la construction européenne.

Le programme de travail de nos gouvernements reflète toute la diversité de notre coopération : action conjointe contre la grippe aviaire, interconnexion des casiers judiciaires pour renforcer la lutte contre la criminalité organisée et le terrorisme, ligne ferroviaire grande vitesse vers l’Est, bibliothèque numérique, etc. Au moment où l’Europe traverse une période de doutes et d’incertitudes, notre coopération étroite doit plus que jamais être mise au service d’une Europe forte, ambitieuse, capable de relever les défis actuels.

Affirmer un projet politique. Nous partageons une même vision de l’Europe, celle d’un projet humaniste où la dimension sociale trouve toute sa place au même titre que la recherche de la compétitivité économique et la volonté d’affirmer un projet politique pour l’Europe. Les liens profonds qui nous unissent, mais aussi l’histoire et la géographie de nos deux pays, leur confèrent une responsabilité particulière pour être une force de proposition et d’entraînement pour tous.

Et, d’abord, pour créer des emplois et relancer la croissance. Nous avons besoin d’une industrie concurrentielle, d’une recherche de première qualité et du développement des nouvelles technologies. Ce sont des thèmes prioritaires que les États membres doivent inscrire dans leurs politiques dans le cadre de la stratégie de Lisbonne.

Ainsi, nos deux gouvernements ont adopté leur programme national de réforme pour les trois années à venir, en octobre 2005 pour la France, en décembre en Allemagne, soit à peine quelques jours après la constitution du nouveau gouvernement, exprimant ainsi leur détermination à faire avancer le processus de réforme structurelle dans nos deux pays.

La recherche et l’innovation jouent en particulier un rôle essentiel pour moderniser et dynamiser nos économies. C’est pourquoi nous avons retenu ce thème pour le Conseil des ministres. Nous voulons réfléchir ensemble aux moyens d’unir nos efforts dans un domaine où existe déjà une étroite coopération. L’université franco-allemande est un formidable exemple d’échanges d’étudiants et de chercheurs. En matière de recherche de pointe, nous progressons ensemble dans le domaine de la résonance magnétique nucléaire pour améliorer le diagnostic de maladies telles que le cancer, Alzheimer ou l’infarctus. Le projet d’un moteur de recherche multimédia sur Internet, dit "Quaero", vient d’être lancé par des industriels français et allemands avec le soutien des gouvernements. Ces initiatives sont ouvertes à tous les partenaires de l’UE. C’est ainsi que le premier appel d’offres commun pour le financement des programmes de recherche a été lancé par les institutions allemande, française et espagnole.

Par notre coopération bilatérale, nous entendons faciliter la mise en oeuvre des décisions du sommet informel de Hampton Court d’octobre 2005 qui a fait notamment de la recherche et de l’innovation une des priorités pour l’Union. En particulier, nos deux pays se coordonneront activement pour que voie le jour dans les meilleurs délais la facilité de recherche de 10 milliards d’euros de la Banque européenne d’investissement décidée en décembre au Conseil européen.

Égalité des chances. Le deuxième thème retenu pour le Conseil des ministres sera celui de l’intégration et de l’égalité des chances, en particulier s’agissant des jeunes socialement défavorisés et ceux issus de l’immigration. Nous avons dans nos gouvernements des responsables en charge de ces questions, M. Begag et Mme Böhmer. Ils ont engagé un dialogue et une coopération en vue d’échanger des expériences et d’envisager des actions communes sur les plans bilatéral et européen. L’Europe est riche de sa diversité. Sachons l’exploiter ! L’Allemagne et la France entendent porter leurs efforts sur le développement urbain, l’éducation, la formation et le travail, mais aussi le sport, les identités culturelles et la parité entre hommes et femmes. Nous voulons augmenter le nombre d’échanges de jeunes en formation professionnelle. Les jumelages de villes franco-allemandes peuvent apporter une contribution active par leur expérience et leurs moyens.

C’est en poursuivant toutes ces actions que nous donnerons tout son sens à "l’année de l’égalité des chances" proclamée pour 2007.

Nous nous efforçons aussi, avec nos partenaires européens, de bâtir une Europe dans laquelle les frontières ne sont plus un obstacle. Pour cela, nous devons répondre à des questions très concrètes. Un seul exemple : nous voulons faire en sorte qu’à l’avenir les ambulances puissent, en cas d’urgence, se rendre dans l’hôpital le plus proche même quand celui-ci se situe de l’autre côté de la frontière. Nous négocions en ce moment les accords qui rendront cela possible, et nous voulons les faire ratifier dans le courant de l’année.

Au-delà de ces deux thèmes, les défis restent nombreux : développer une politique énergétique commune qui garantisse à l’Europe un approvisionnement sûr, durable et peu coûteux au sein d’un marché européen de l’énergie intégré ; relever le défi démographique, moderniser nos régimes sociaux ou parvenir à une maîtrise coordonnée des flux migratoires, etc.

C’est ainsi, en avançant main dans la main avec détermination, dans l’esprit de communauté qui rassemble nos deux peuples, que nous saurons, avec tous nos partenaires, bâtir "une Europe des projets" forte, ambitieuse et solidaire au service des citoyens européens.

Dernière modification : 24/05/2006

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