Point de presse conjoint de Mme Catherine Colonna et de Mme Carla del Ponte - 27 janvier 2006

Point de presse conjoint de Mme Catherine Colonna, ministre déléguée aux Affaires européennes, et de Mme Carla del Ponte, procureur du Tribunal pénal international pour l’Ex-Yougoslavie - 27 janvier 2006 .

Merci, Chère Carla, de votre présence.

Nous nous connaissons depuis longtemps, nous avons des échanges très réguliers et c’est avec grand plaisir que je vous accueille aujourd’hui, ici, au Quai d’Orsay. Vous savez que j’ai toujours accordé une grande attention à la situation dans les Balkans, depuis de longues années. Encore récemment, je me suis rendue dans la région, il y a quelques semaines à Sarajevo et hier à Pristina où je représentais le gouvernement français aux obsèques du président Rugova, pour un moment grave et particulièrement émouvant.

Que voyons-nous dans la région depuis plusieurs années ? Nous constatons que la perspective européenne, qui a été offerte aux pays des Balkans occidentaux depuis le Sommet de Zagreb, fin 2000 sous présidence française de l’Union européenne, est un levier puissant pour la transformation, l’évolution, la modernisation de ces pays. C’est le cas sur le plan économique, mais aussi sur le plan politique en terme de démocratisation et de meilleur respect de l’Etat de droit. C’est aussi, nous l’avons vu, un levier pour la coopération de ces pays avec le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie. J’en prends un seul exemple : les efforts du procureur d’une part, et la conditionnalité rappelée par l’Union européenne à la Croatie, d’autre part, ont permis l’arrestation d’Ante Gotovina il y a quelques semaines. Cette arrestation était une nouvelle importante, et une bonne nouvelle pour la Croatie. Il faut que l’ensemble des pays des Balkans comprenne mieux que c’est leur intérêt de tourner la page du passé et de regarder maintenant vers l’avenir. Une bonne nouvelle pour la Croatie, pour l’Europe et pour la justice internationale.

Nous devons toujours rappeler, dire clairement, que l’arrestation, le transfert, le jugement à La Haye des criminels de guerre est une obligation internationale pour les pays de la région qui sont concernés, mais aussi que c’est une condition sine qua non de leur rapprochement avec l’Union européenne. C’est une obligation internationale rappelée dans nombre de résolutions du Conseil de sécurité. Elle figure également dans les Accords de paix de Dayton. C’est aussi, et aujourd’hui ce message doit être bien compris, une condition du rapprochement de ces pays avec l’Union européenne. La France ne cesse de le répéter, elle joue son rôle au sein des enceintes internationales et au sein de l’Union européenne pour que ces conditions soient bien posées dans l’Union, c’est le cas, et soient comprises de ses partenaires, y compris des pays des Balkans qui ont engagé un rapprochement avec elle.

La tâche du Tribunal ne sera pas achevée tant que certains criminels et, parmi eux, des personnages que nous souhaitons tous, depuis bien longtemps, pouvoir juger à La Haye, seront encore en fuite. Plusieurs criminels de guerre ont été arrêtés ces derniers temps, mais plusieurs restent encore en fuite et parmi eux, bien sûr, Mladic et Karadzic. Ils doivent être livrés et je le dis de la façon la plus nette et la plus simple. C’est une obligation de la part des pays de la région que de coopérer pleinement avec le Tribunal pénal international. L’Union rappelle régulièrement la nécessité d’une pleine coopération avec le TPIY. Dans le rapprochement engagé par les pays des Balkans occidentaux avec l’Union européenne, il faut également utiliser le levier de cette perspective européenne pour que ces pays fassent maintenant leurs meilleurs efforts pour parvenir à arrêter les criminels de guerre recherchés, d’abord Mladic et Karadzic, et donc tourner la page du passé. Je l’ai indiqué à plusieurs reprises et je veux le dire aujourd’hui : l’arrestation des criminels de guerre est une condition sine qua non de la réintégration dans la famille européenne, et cela vaut aussi dans les négociations des accords de stabilisation et d’association entre la Bosnie-Herzégovine et l’Union, la Serbie-et-Monténégro et l’Union. J’ajoute aujourd’hui aussi, comme je le fais toujours, que je suis convaincue que, là comme ailleurs, il n’y aura pas de paix durable sans justice.

Voilà ce que je voulais rappeler devant vous, après cet entretien avec Madame Carla Del Ponte. Je lui donne la parole.

(...)

La Serbie-et-Monténégro doit faire tous ses efforts et tout son possible pour parvenir maintenant, à l’arrestation des criminels de guerre qui sont recherchés, qui sont encore en fuite. Au moment où l’Union européenne engage la négociation d’un accord de stabilisation et d’association, c’est un message qu’il faut répéter, un message que la Serbie-et-Monténégro doit comprendre. Je souhaite que les 25 ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne qui se réuniront lundi à Bruxelles, rappellent ce message comme ils l’ont déjà fait dans le passé.

(...)

Il est certain que le rythme et la conclusion des accords de stabilisation et d’association seront profondément affectés par le degré de coopération des pays concernés avec le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie. C’est une conditionnalité qui a été rappelée par l’Union européenne. C’est une conditionnalité que les pays concernés doivent comprendre et s’ils ne le comprenaient pas, mais je ne doute pas qu’ils le comprennent, la question de la suspension des négociations pourrait, un jour, se poser. Je vous remercie./.

Dernière modification : 24/05/2006

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