"En avant l’Europe !" : tribune de Mme Catherine Colonna - 17 janvier 2006

"En avant l’Europe !" : tribune de Mme Catherine Colonna, ministre déléguée aux Affaires européennes, dans le quotidien "Le Figaro" du 17 janvier 2006.

Une nouvelle année s’ouvre pour l’Europe. L’accord qui vient d’être trouvé sur le futur budget européen permet de tourner la page de 2005 et offre, enfin, de nouvelles perspectives. Je souhaite que nous fassions de 2006 une année d’action pour l’Union européenne. C’est non seulement nécessaire, parce que l’Europe est le meilleur moyen d’assurer l’avenir de notre pays et de répondre aux défis du monde d’aujourd’hui, mais c’est également possible puisque les conditions sont désormais réunies pour remettre l’Europe en mouvement. C’est-à-dire, avant tout, mettre en oeuvre les projets concrets qui répondent aux préoccupations de nos concitoyens.

Notre priorité est donc d’utiliser le cadre européen au service de l’emploi et du développement économique pour prolonger l’action résolue que mène le gouvernement au niveau national, sous l’impulsion du Premier ministre. L’Union s’est donné pour objectif de devenir plus compétitive : la France y travaille activement avec ses partenaires en dynamisant son économie tout en renforçant sa cohésion sociale ; nous voulons poursuivre et mettre en place une meilleure gouvernance économique au niveau européen, mieux nous coordonner entre nous et être ainsi plus efficaces pour la croissance et l’emploi.

L’efficacité de l’Europe passe aussi par des investissements accrus dans la recherche et l’innovation. Grâce à l’accord sur le budget et à la création, appuyée par la France, d’un nouvel instrument de financement géré par la Banque européenne d’investissement et doté de 10 milliards d’euros, l’Europe dispose des moyens de ses ambitions. Ces fonds permettront de fédérer les énergies et de définir ensemble une authentique politique de la recherche.

Cet automne, la France a proposé à ses partenaires de mettre en place une politique européenne de l’énergie. Elle prend toute son importance alors que les ressources en énergies fossiles se raréfient et que le récent différend russo-ukrainien sur le gaz a rappelé, pour qui en doutait, le besoin de notre indépendance énergétique. N’oublions pas non plus l’impératif de la lutte contre le changement climatique. Faisons donc pour l’énergie ce que nous avions su faire pour le charbon et l’acier. La France présentera dans quelques jours un mémorandum sur ces enjeux.

C’est en conjuguant toutes ces actions que nous ferons de l’Europe un acteur majeur de la mondialisation. Un acteur qui sait en tirer profit tout en restant fidèle à ses valeurs, notamment sociales, autour desquelles nous, les Européens, nous retrouvons malgré nos différences. Le Conseil européen de mars prochain traitera de tous ces sujets et nous souhaitons qu’il adopte un programme de travail pour le reste de l’année. Les citoyens veulent que l’Europe soit aussi au rendez-vous de leur sécurité, pour lutter contre l’immigration clandestine, la criminalité organisée, le terrorisme, développer la coopération judiciaire et leur assurer une meilleure protection. Ils souhaitent aussi que l’Europe existe sur la scène internationale et soit plus forte pour peser sur les affaires du monde. Elle développe progressivement une politique étrangère commune, elle dispose d’un Haut Représentant, elle adopte des positions et des actions communes sur de nombreux sujets. Quant à l’Europe de la défense, le drapeau européen est présent sur plusieurs continents à commencer par le nôtre, dans les Balkans où sa force militaire a pris la relève de l’Otan en Bosnie-Herzégovine avec 6.500 hommes présents sur le terrain. Les mois et les années qui viennent nous offriront l’occasion de faire bien davantage encore.

Agissons aussi pour construire l’Europe des citoyens et forger l’identité européenne, qu’il s’agisse de la mise en place d’un service civil européen, proposé par le Premier ministre dès juin 2005, ou des programmes de mobilité en faveur des jeunes. 25.000 jeunes Français bénéficient déjà des bourses Erasmus et Leonardo pour les étudiants et les apprentis. Puisque nous disposons à présent d’un budget pour l’Europe pour les années 2007 à 2013, pourquoi ne pas doubler le nombre de bénéficiaires.

Economie, recherche et innovation, énergie, sécurité, défense : il est possible d’agir vite, car les dirigeants européens ont déjà retenu ces priorités lors du Conseil européen d’Hampton Court à la fin du mois d’octobre dernier. L’Europe a déjà identifié les grandes politiques à mener dans les années qui viennent. Elle a moins besoin de projets supplémentaires que d’une méthode concrète pour les réaliser de manière plus efficace et plus tangible.

Et les institutions ? Demandera-t-on. Nous le savons, les règles du jeu à vingt-cinq, a fortiori à vingt-sept, ne peuvent pas être les mêmes qu’à quinze. C’est du simple bon sens. Le besoin d’institutions rénovées pour l’Europe demeure donc entier. En poursuivant la réflexion sur le traité constitutionnel, mais aussi en engageant un débat sur la stratégie globale d’élargissement comme l’a souhaité la France, le Conseil européen de juin prochain constituera un rendez-vous important. La France mettra à profit ce premier semestre pour s’accorder avec ses partenaires sur les améliorations que l’on peut apporter aux institutions de l’Union en commençant par partir du cadre des traités existants.

Mais il ne suffit pas d’être clair sur ce que nous voulons faire. Encore faut-il savoir l’expliquer. En 2006, le gouvernement veillera à mieux associer le Parlement et les Français à la construction européenne, comme ceux-ci le souhaitent et comme l’a demandé le président de la République. C’est ainsi que nous lancerons au printemps un nouveau site Internet interactif, pour qu’il devienne un lieu de référence pour tous ceux qui veulent s’informer et prendre la parole sur l’Europe. Et puis cette année, faisons enfin du 9 mai, journée de l’Europe dans tous nos pays, une véritable fête et une occasion de débats. Je m’y emploie.

Voilà l’ensemble des actions que nous mènerons cette année. Je suis convaincue que nous pourrons ainsi redonner confiance en l’Europe, et que la France, fidèle à son histoire et à sa vocation, pourra montrer que la construction d’une Europe politique, forte et solidaire reste sa grande ambition./.

Dernière modification : 24/05/2006

Haut de page