Conseil affaires générales et relations extérieures du 15 septembre 2006, conférence de presse de Madame Catherine Colonna

CONSEIL AFFAIRES GENERALES ET RELATIONS EXTERIEURES

CONFERENCE DE PRESSE DE LA MINISTRE DELEGUEE
AUX AFFAIRES EUROPEENNES, MME CATHERINE COLONNA
(Bruxelles, 15 septembre 2006)

Nos discussions d’aujourd’hui ont essentiellement porté sur deux régions, le Moyen-Orient et, plus précisément, les Territoires palestiniens, le Liban et l’Iran, ainsi que l’Afrique pour le Soudan et la République démocratique du Congo.

Concernant le Proche-Orient, dans les Territoires palestiniens, la constitution d’un gouvernement palestinien d’union nationale est un développement positif. La France s’est déjà exprimée en ce sens et c’est une évidence. La formation d’un gouvernement qui prendrait en compte les objectifs de la communauté internationale constituerait une évolution majeure. Si cette évolution se confirmait, nous serions conduits naturellement à la prendre pleinement en compte et, sur la base de la composition de ce gouvernement, de ses orientations, de sa politique, nous pourrions procéder à une évaluation de la politique de la communauté internationale, y compris en matière d’aide et de contacts avec le gouvernement palestinien. On pourrait même espérer - mais je ne veux pas anticiper des développements, même si nous les espérons - que cela permette de donner une impulsion nouvelle pour relancer le processus de paix. Cependant, nous n’en sommes pas là. Le gouvernement n’est pas encore formé et, pour l’heure, vous savez que nous entretenons des contacts étroits avec l’Autorité palestinienne : le ministre des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy s’est rendu hier dans les Territoires palestiniens afin d’apporter son soutien au président de l’Autorité palestinienne, M. Mahmoud Abbas ; le président de la République s’était lui-même longuement entretenu avec M. Abbas avant-hier par téléphone. Et puis, je le redis, nous sommes face à une évolution à la fois importante et positive.

Nous avons aujourd’hui décidé de prolonger de 3 mois le mécanisme international temporaire d’acheminement de l’aide aux populations palestiniennes. Ceci était nécessaire, compte tenu de la situation sur le terrain.

Enfin, nous sommes revenus sur la relance du processus de paix. Cette relance est indispensable. Il faut redonner une perspective politique à la région et nous considérons que l’Europe, en la personne de Javier Solana, doit prendre toute sa part à cette relance. La 61ème Assemblée générale des Nations unies, qui commence la semaine prochaine et qui devrait permettre à cette occasion au Quartet de se réunir, constitue une occasion de donner une impulsion décisive à cette relance.

Nous avons également évoqué la situation au Liban. L’Europe a joué un rôle déterminant et notamment dans l’adoption et la mise en œuvre de la résolution 1701. Israël a levé son blocus comme nous le demandions le 25 août dernier. Cette levée est maintenant effective et c’est une bonne chose. Et, par ailleurs, la FINUL déploie sa colonne vertébrale européenne renforcée par des contingents d’autres nations, d’autres régions du monde, ce qui est important à nos yeux car cela permet de refléter l’unité de la communauté internationale sur cette question.

Au Conseil, nous avons rappelé notre plein soutien au gouvernement libanais pour reconstruire les bases d’une économie saine. La conférence de Stockholm a été un succès. Elle a permis de répondre aux besoins urgents exprimés par le gouvernement libanais. Nous savons qu’il faudra poursuivre notre effort dans la durée et que la reconstruction devra être examinée également sous l’angle de la contribution que nous pourrons y apporter à plus long terme. Nous souhaitons donc la tenue d’une deuxième conférence sur la reconstruction d’ici la fin de l’année. L’Union, et je l’ai fait remarquer ce matin, dispose d’outils importants qui lui sont propres en sus des contributions matérielles et financières qu’elle peut apporter pour accompagner la volonté de réformes de Fouad Siniora. J’ai dit à mes collègues que je souhaitais que l’accord d’association UE/Liban et le plan d’action puissent être mis en œuvre rapidement. Ce serait une contribution utile aux réformes de M. Siniora.

Dans le domaine de la sécurité, le Haut-représentant, Javier Solana, a présenté un document d’options qui propose des pistes de coopération avec l’armée libanaise dans le cadre de la reconstruction. Nous allons l’examiner dans les semaines à venir. D’ores et déjà, ce matin, j’ai plaidé pour qu’une réponse coordonnée de l’Union européenne aux demandes du gouvernement libanais en matière d’équipement et de formation soit apportée par nous tous.

L’Iran a été un autre sujet important de ce CAG. Javier Solana nous a rendu compte de ses récents entretiens avec M. Larijani. Je voudrais souligner que la tenue de ces entretiens représente un développement positif, mais on peut regretter qu’ils ne soient pas intervenus plus tôt, malgré les efforts du Haut-Représentant. Nous retenons que ces échanges ont été constructifs et, en particulier, la question de la suspension des activités sensibles a été abordée. Ceci ne signifie pas que la résolution 1696 est appliquée, nous n’en sommes pas encore là mais ces échanges ont été constructifs et se poursuivent. Et je veux, comme nous le faisons régulièrement, à nouveau aujourd’hui souligner devant vous que nous avons le souhait, fortement exprimé, que l’Iran prenne toute la mesure de l’offre ambitieuse que la communauté internationale a faite et que Javier Solana a transmise à la partie iranienne en juin dernier au nom de l’ensemble de cette communauté internationale.

Nous avions, en formulant cette offre, l’objectif de revenir à la négociation. Ceci reste notre objectif privilégié, mais cela suppose que l’Iran mette en œuvre les demandes du Conseil de sécurité et de l’AIEA et nous apporte sa coopération.

En attendant, le processus en cours aux Nations unies se poursuit, conformément aux dispositions de la résolution 1696. Et nous sommes engagés dans son application.

Nous avons évoqué la question du Soudan et de la République démocratique du Congo de façon approfondie.

Concernant le Darfour, je dois vous faire part de la préoccupation du Conseil. En effet, en dépit de la signature de l’accord de paix d’Abuja, la situation se détériore. L’assistance humanitaire aux populations devient de plus en plus difficile et nous avons rappelé la responsabilité qui incombe au Soudan de protéger ses populations contre les violences et de garantir le respect des Droits de l’Homme. Nous avons instamment demandé aux autorités de Khartoum de mettre en œuvre la résolution 1706 qui prévoit la relève, d’ici la fin de l’année, par les casques bleus des Nations Unies, de la force déployée par l’Union africaine sur place, l’AMIS, à laquelle l’UE apporte son plein soutien. Je suis sûre que ce sujet sera évoqué la semaine prochaine aux Nations unies, à New York.

Nous avons ensuite entendu le rapport de Javier Solana, qui s’est rendu en République démocratique du Congo les 11 et 12 septembre. Le processus électoral doit aller à son terme pacifiquement. Après les tensions apparues lors de la proclamation des résultats du 1er tour, l’UE reste mobilisée. Elle a noté que la rencontre du 13 septembre entre les deux candidats du second tour de la présidentielle, MM. Kabila et Bemba, est un signe encourageant. Elle espère que cela permettra de déboucher sur l’acceptation d’un code de bonne conduite pour la tenue du second tour comme prévu le 29 octobre.

Voilà ce que je voulais vous dire pour vous rendre compte de nos travaux et je suis prête à répondre à vos questions.

Q - La reprise des contacts avec l’Autorité palestinienne est-elle conditionnée par une reconnaissance explicite ou implicite de l’Etat d’Israël ?

R - J’ai évoqué la poursuite d’une évolution qui s’engage, que nous saluons, qui est positive, mais qui demande à être confirmée. Je crois avoir indiqué que si elle l’était, nous le jugerions à la fois à la composition du gouvernement, dans au programme et aussi à ses orientations, ses déclarations et ses actions. Cela pourrait nous conduire à évaluer ou même réévaluer la politique qui est la nôtre vis-à-vis du gouvernement palestinien. Ce n’est pas encore la situation dans laquelle nous sommes maintenant. Aujourd’hui, nous avons noté qu’il y a une évolution majeure et nous tenons à la saluer. Ceci est fait dans le texte des conclusions du Conseil dont vous disposez déjà ou dont vous disposerez très rapidement. Pour le reste, nous souhaitons voir quelle sera l’évolution, mais nous n’en sommes pas encore là. Les conditions qui sont celles de la communauté internationale, du Quartet et de l’Union européenne restent ce qu’elles sont et je crois avoir choisi soigneusement la façon de m’expliquer devant vous, en soulignant que la formation d’un gouvernement palestinien qui n’est pas encore faite, un gouvernement qui prendrait en compte les demandes de la communauté internationale serait, bien sûr, un élément important.

Q - Le Conseil a-t-il évoqué les prisons secrètes de la CIA ?

R - C’est un sujet difficile sur lequel le Conseil s’est déjà penché à plusieurs reprises. Vous interrogerez la présidence qui vous dira dans quelques minutes quelle est la conclusion qu’elle retire de nos conversations. Il faut, en effet, rappeler quel est le droit international et l’attachement de l’Union européenne à ce droit international. Elle le fera.

Q - Sur l’Iran, parleriez-vous de frémissements dans la position iranienne ; quand aura lieu la prochaine réunion de M. Solana avec la partie iranienne ?

R - Je ne reprendrai pas à mon compte le terme que vous employez, me contentant de citer, aussi exactement que je le peux et telle que je l’ai moi-même comprise, ce qui est l’impression de notre représentant, M. Javier Solana. Nous avons salué la reprise des contacts mais nous avons regretté qu’elle n’ait pas eu lieu plus tôt et, pour compléter ma réponse, et répondre à la dernière partie de votre question, il est encore exact qu’aujourd’hui quelques incertitudes demeurent sur la poursuite de ces contacts. Même si je crois que les derniers signaux qui ont été adressés à M. Solana sont plutôt positifs. Il reste d’une grande prudence et je resterai également prudente.

Q - La suspension des activités sensibles reste-t-elle un préalable à la reprise des négociations ?

R - La suspension est une obligation internationale avec toute la force de la résolution 1696 du Conseil de sécurité. L’objet des conversations, des entretiens, entre M. Solana et le négociateur iranien est de voir la mesure dans laquelle l’Iran accepte ou non cette suspension. Ceci n’était pas dit précisément dans la réponse écrite transmise par l’Iran, il y a quelques semaines. Il y avait des ambiguïtés. Les Européens souhaitent donc obtenir des clarifications. Nous sommes dans cette phase où nous nous efforçons d’obtenir ces clarifications. Comme c’est nécessaire, je m’empresse de le préciser.

Q - (Sur l’attitude vis-à-vis du Hamas ?)

R - L’avenir le dira. Faisons les choses dans l’ordre. Nous avons aujourd’hui une évolution que j’ai qualifiée d’importante - et peut-être même majeure si elle se confirme - et, en tout cas, positive. Elle va dans le sens de ce que nous souhaitions. Nous voulons donc la saluer. Cette perspective d’une unité nationale des Palestiniens doit nous conduire à considérer qu’une nouvelle perspective s’ouvre peut-être. Il faudra que ceci soit confirmé par la constitution du gouvernement, par sa politique et par son programme. Nous l’appelons de nos vœux, mais il est aujourd’hui trop tôt pour le dire. Si ces évolutions se poursuivaient, nous les prendrions, bien sûr, en compte. Il le faudra puisqu’une situation nouvelle serait devant nous et appellerait une réponse nouvelle.

Q - En attendant cette confirmation, quels gestes pouvez-vous faire allant vers le rétablissement de l’aide ?

R - Les gestes ont été faits ces derniers jours et, à nouveau, aujourd’hui. Ces derniers jours, avec le soutien affiché par nombre de pays européens au plus haut niveau au président de l’Autorité palestinienne. A nouveau aujourd’hui, dans les gestes que je vous résumais tout à l’heure : la poursuite du mécanisme et, peut-être, son extension, si nous le pouvons. En tout cas, nous avons été un certain nombre de pays à plaider pour cette extension à d’autres domaines, comme celui de l’éducation. Notre politique prend pleinement en compte ce qui se passe au fur et à mesure que des développements nouveaux apparaissent.

Q - Quelle est l’unité des 25 sur cette position ? Permet-elle des discussions avec les Etats-Unis au sein du Quartet ?

R - Les Européens sont tout à fait unis pour porter l’appréciation que je vous ai rapportée à de nombreuses reprises. Par ailleurs, nous considérons, depuis quelque temps, que la réunion du Quartet serait utile, même très utile, en particulier compte tenu des évolutions dans la région et d’un certain nombre d’éléments nouveaux dont celui-ci fait partie même s’il n’est pas le seul. Il est indiscutable qu’une relance du processus de paix est nécessaire. Il est certain qu’aucun problème de la région ne sera réglé si nous ne retrouvons pas une perspective politique. Nous appelons de nos vœux la réunion du Quartet qui devrait - je reste prudente - se tenir la semaine prochaine à New York et nous souhaitons qu’elle soit confirmée. C’est, en effet, le bon cadre pour pouvoir relancer nos initiatives et relancer un processus de paix comme il est maintenant indispensable de le faire.

Je vous remercie de votre présence./.

Dernière modification : 02/11/2006

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