74e session de l’Assemblée générale des Nations unies

La 74e session de l’Assemblée générale des Nations unies a débuté au siège de l’organisation à New York le 17 septembre 2019.

Le débat général annuel s’ouvre le mardi 24 septembre 2019. À cette occasion, les chefs d’État et de gouvernement et d’autres représentants nationaux de haut niveau se réunissent pour présenter leurs priorités et échanger sur les grands enjeux mondiaux.

Le président de la République, Emmanuel Macron, le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, ainsi que le secrétaire d’Etat, Jean-Baptiste Lemoyne, sont présents à New York.

Tout au long de l’AGNU, de nombreux évènements traiteront des réponses multilatérales à apporter aux principaux défis de notre planète :

  • Les enjeux globaux : climat et environnement, développement durable, réduction de la pauvreté et lutte contre les inégalités, éducation, migrations ;
  • La réforme de l’ONU : les dernières crises ont confirmé le caractère central de l’ONU, mais elles ont également renforcé la nécessité de rendre l’organisation plus efficace, et plus représentative des équilibres mondiaux actuels ;
  • La prévention et la gestion des crises ;
  • La défense des droits de l’homme.
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Le Président de la République lors de la séance d’ouverture du Sommet de l’Organisation des Nations Unies sur le climat, 23 septembre 2019.

Assemblée générale des Nations Unies : le point sur les enjeux

Lors de la 74e session ordinaire de l’Assemblée générale des Nations Unies, les 23 et 24 septembre 2019 à New York, le Président Emmanuel Macron entend poursuivre les initiatives portées lors du G7 Biarritz et avancer sur les sujets d’intérêt global. Le climat, la santé mondiale et la sécurité seront placés au cœur des discussions et des actes.

Préserver l’Amazonie et les forêts tropicales, puits de carbone de la planète

En marge du Sommet de l’ONU sur le climat, le Président de la République co-présidera un grand événement de mobilisation consacré à la protection de l’Amazonie et des forêts tropicales. En sa qualité de pays amazonien, la France souhaite œuvrer concrètement à la préservation de ces forêts essentielles à la limitation du réchauffement climatique, grâce à leur capacité d’absorption et de stockage du CO2.

Lors du G7 Biarritz, un plan d’aide d’urgence pour l’Amazonie avait été décidé, sous l’impulsion du Président de la République et de son homologue chilien, Sebastian PINERA. Des financements immédiats pour lutter contre les incendies avaient été débloqués et des moyens matériels mis à disposition des pays de la région. C’était une première étape qui avait pour but de répondre à la situation d’urgence et de commencer à poser les bases pour l’avenir.

L’événement de New York vise à approfondir la démarche engagée, en proposant des solutions opérationnelles de long terme pour préserver et entretenir l’Amazonie et les forêts tropicales, en associant l’ensemble des acteurs concernés – des autorités politiques aux populations autochtones, en passant par les ONG, les scientifiques et les entreprises.

La réunion de New York est une initiative collective et inclusive. Elle réunira pour la première fois et de manière inédite, l’ensemble des acteurs engagés pour la préservation de l’Amazonie et des forêts tropicales.

Seront tout d’abord présents des Chefs d’État des pays amazoniens et sud-américains qui ont la volonté d’agir : Ivan DUQUE, Président de la Colombie, Evo MORALES, Président de la Bolivie et Sebastian PINERA, Président du Chili seront à ce titre présents. Les chefs d’Etat et de gouvernement des grands pays donateurs comme l’Allemagne (Angela MERKEL) et la Norvège (Erna SOLBERG) participeront également, de même que le Président de la RDC, Félix TSHISEKEDI pour porter les problématiques des forêts d’Afrique centrale, et des organisations internationales comme la Banque mondiale.

Des ONG comme Amazon Watch, WWF ou Conservation International apporteront leur éclairage et contribution, aux côtés d’entreprises et de représentants des peuples autochtones.

Ce rassemblement unique doit permettre de débloquer des financements additionnels et de définir une feuille de route opérationnelle pour la préservation des forêts tropicales de la planète, en particulier l’Amazonie. Tous les principaux sujets seront mis sur la table pour y apporter des réponses efficaces : reforestation des territoires dévastés par les incendies, projets concrets de préservation qui devront se faire en accord et pour le bien des populations locales, accompagnement dans le développement de l’agro-écologie, etc.

Protéger le climat, pour notre jeunesse

Dans la continuité de cette initiative pour l’Amazonie et les forêts tropicales, le Président de la République affirmera son ambition climatique lors de la session d’ouverture du Sommet de l’ONU sur le climat. Le temps des actes est venu. Il faut aller plus loin : engager plus d’États, aller plus vite et être plus efficaces. Notre jeunesse, partout dans le monde, nous y oblige. Les scientifiques du monde entier démontrent que c’est une priorité absolue. L’objectif de ce sommet réuni par le Secrétaire général des Nations unies est de concrétiser et accélérer les actions visant à mettre en œuvre l’Accord de Paris. La France tiendra ses engagements en matière de réduction de gaz à effet de serre et sera au rendez-vous pour rehausser l’ambition en 2020.

A l’échelle nationale, l’écologie est inscrite comme priorité de l’action du Président de la République. En deux ans, la France a acté des décisions fortes sur ce sujet. Nous sommes le seul pays au monde à avoir adopté une loi qui met fin à la production de pétrole et de gaz sur son sol pour sortir des énergies fossiles ; le seul pays européen à avoir dit non, au nom du climat, à l’ouverture d’un accord commercial avec un pays qui veut sortir de l’accord de Paris ; le seul pays européen qui veut sortir du glyphosate en trois ans ; le seul pays européen à s’être dotée d’une stratégie de lutte contre la déforestation importée ; le premier pays du G7 à mettre dans la loi la fermeture des centrales à charbon.

Des premiers résultats se font sentir en 2018. Elle est la première année de baisse des émissions globales de la France depuis 2014 (-4%) : nous n’avons jamais aussi peu émis de gaz à effet de serre au XXIème siècle. Cette dynamique doit être poursuivie.

La lutte contre le changement climatique ne peut être efficace que si elle est portée au niveau mondial. Le Président français défend avec d’autres Chefs d’États les principes de l’Accord de Paris en particulier l’objectif de neutralité carbone 2050. Ce volontarisme affiché a porté ses fruits : alors que moins de 10 pays européens s’étaient engagés en mai dernier, ils sont aujourd’hui 24 à soutenir cette ambition. Plus globalement, la « Coalition pour la neutralité carbone » qui avait été lancée lors du premier One Planet Summit à Paris en décembre 2017 en lien avec la Nouvelle-Zélande, les îles Marshall et la Suède, rassemble aujourd’hui 22 pays engagés à mettre en place des stratégies neutralité carbone 2050. Le Chili, l’Italie et le Japon ont rallié la coalition lors du G7 de Biarritz.

La mobilisation de financements massifs est fondamentale pour réussir la transition écologique. Le Président de la République s’est engagé pour mobiliser l’industrie financière et orienter les flux financiers vers la croissance verte. Il avait reçu à ce titre une lettre de mission du Secrétaire général des Nations unies lors de la dernière Assemblée générale des Nations unies. 100 milliards d’euros doivent être collectés d’ici 2020 pour accompagner les pays les plus vulnérables dans un développement durable. Nous sommes aujourd’hui à 71,2 milliards, selon l’OCDE. La France a annoncé à Biarritz le doublement de sa contribution initiale au Fonds Vert pour le climat, et a ainsi lancé au G7 une dynamique qui devrait inciter les autres contributeurs à en faire autant. L’Allemagne, le Royaume Uni et la Norvège ont également doublé leur contribution. Le Sommet sera l’occasion d’appeler solennellement les pays qui ne l’ont pas encore fait à annoncer une hausse de leur contribution

Seuls, les États ne pourront pas résoudre le problème du réchauffement climatique. C’est pourquoi le Président Emmanuel Macron œuvre pour mobiliser le plus largement possible : organisations, entreprises, citoyens, ... tous ! Et cela donne des résultats. Cas concret, à Biarritz, une coalition a été lancée pour améliorer l’efficacité énergétique du secteur refroidissement, avec l’objectif d’éliminer les gaz HFC, qui polluent 14 800 fois plus que le CO2. Des engagements ont été pris. Dans la continuité, à New York, le Président rencontrera des acteurs privés pour avancer.

Sauver des millions de vies

Le combat contre le sida, la tuberculose et le paludisme est loin d’être gagné. Le Fonds mondial de lutte contre ces maladies a déjà sauvé 32 millions de vies : ce chiffre est spectaculaire, mais des millions de femmes et d’hommes meurent encore chaque année à cause de ces pandémies.

De nombreux États ont déjà répondu à cet appel : déjà dix pays se sont engagés à augmenter leurs contributions. Il s’agit de la Suisse, de l’Union européenne, du Canada, de l’Allemagne, de l’Italie, du Luxembourg, de l’Irlande, du Portugal, du Japon et du Royaume-Uni. Là-aussi, on avance. Mais ce n’est pas encore assez.

Pour sa deuxième journée au siège des Nations, le Président Emmanuel Macron appellera le plus largement possible les États à contribuer. C’est avec l’engagement de tous, unis et déterminés, que nous vaincrons ces maladies.

Protéger les populations des crises

Le Président Emmanuel Macron s’entretiendra avec ses homologues ainsi qu’avec le secrétaire général de l’ONU au sujets des principales crises mondiales. Une attention particulière sera portée à l’abaissement des tensions dans le Golfe et à la recherche d’une voie de désescalade sur le dossier iranien, en lien étroit avec nos partenaires européens.

Dans la lutte contre le terrorisme au Sahel, la France et l’Allemagne ont lancé l’Alliance pour le Sahel lors du G7 Biarritz. Cette Assemblée générale doit permettre de continuer à porter cette alliance.

De nombreux autres sujets de sécurité et de stabilité mondiale seront au centre des discussions. C’est le cas notamment de la recherche de stabilité en Libye (en étroite collaboration avec l’Union africaine), de la situation en Syrie qui exige une extrême vigilance, ou encore du règlement du conflit israélo-palestinien./ ;

Source : Présidence de la République

Discours du Président de la République à la tribune de l’Assemblée générale de l’ONU (New York, Etats-Unis, 24 septembre 2019)

Le Président de la République : "Merci beaucoup, Madame la Présidente. Mesdames, Messieurs les Chefs d’État et de gouvernement, Mesdames, Messieurs les Ministres, Mesdames, Messieurs les Ambassadeurs, chers amis.

Nous nous retrouvons pour cette Assemblée générale alors même que le Secrétaire général a choisi le thème si important du climat, et nous nous sommes réunis sur ce sujet hier, alors que l’impatience partout s’exprime et alors que tout dans le monde qui nous entoure, en tout cas beaucoup de choses, pourrait nous conduire à être pessimistes. Nous ne sommes pas au rendez-vous des exigences qui sont les nôtres, des objectifs que nous nous sommes donnés à nous-mêmes en matière de lutte contre le réchauffement climatique comme en matière de lutte pour la biodiversité.

Les tensions sont multiples, à un niveau inédit dans certaines régions du globe, lorsqu’on voit ce qui, ces derniers jours, s’est encore déroulé dans le Golfe et lorsqu’on voit les défis qui sont devant nombre de nos amis ici présents, au Sahel en particulier, dont je retrouve ici les visages amis, et dans tant d’autres régions. Ces conflits sont de plus en plus durs, cruels à l’égard des populations civiles, des personnels humanitaires, des défenseurs des droits. Comme le dit David MILIBAND, c’est l’âge de l’impunité qui s’est ouvert.

Les tensions commerciales se multiplient, les inquiétudes sont croissantes quant aux changements technologiques et à leurs conséquences. Je ne veux pas ici dresser un tableau pessimiste, et je sais votre fatigue d’écouter déjà de nombreux discours depuis ce matin pour vous épargner la litanie de toutes les raisons de désespérer.

Néanmoins, nous avons tout pour répondre à ces défis, tout, et ce de manière inédite. Nous avons d’abord la connaissance. Jamais la science dans le monde n’a été ainsi réunie pour pouvoir qualifier les défis qui sont les nôtres et entrevoir les moyens d’y répondre, du GIEC à l’IPBES, jusqu’à ce que nous sommes en train de construire sur les révolutions technologiques, cela est décrit. Chaque année un peu plus, nous savons. Nous avons le financement, qui ne manque pas à travers la planète. Nous avons la capacité d’innovation inégalée et qui, sur nombre des sujets que j’ai évoqués, est aussi un moyen de répondre à ces défis, de lutter contre la pauvreté, de stabiliser, de répondre aux grands changements que je viens de mentionner. Nous avons une conscience inédite de ces maux contemporains, notre jeunesse, quand il s’agit du climat ou des libertés, et, je dois le dire, nos opinions publiques, informées comme elles ne l’ont jamais été jusqu’alors. Et nous avons un cadre, ici même, le cadre des États libres qui se reconnaissent mutuellement et qui sont censés travailler pour le bien commun et préparer l’avenir de l’humanité, répondre à ces crises contemporaines, comme nous avons les cadres du multilatéralisme régionaux sur de nombreux sujets ou thématiques quand il s’agit du commerce ou de la coopération économique.

Alors qu’est-ce qu’il nous manque ? Qu’est-ce qui fait que nous (inaudible) des discours en donnant le sentiment à nos peuples que nous n’arrivons pas à répondre à leurs angoisses ? À y réfléchir, en me préparant à m’exprimer devant vous, je me remémorais un texte qui m’a souvent accompagné, et qui est celui que SOLJENITSYNE eut à Harvard en 1978 sur le déclin du courage. Il nous manque le courage, beaucoup, souvent, et au fond, aujourd’hui, je voulais simplement vous dire que l’appel que je voudrais lancer, ce serait celui du retour du courage, sur deux sujets déjà, simplement, pour commencer : le courage de savoir bâtir la paix et le courage de la responsabilité. Le courage de savoir bâtir la paix, d’abord, parce qu’il faut du courage pour cela, parce que c’est une prise de risque à chaque fois, bâtir la paix, qui consiste à ne pas simplement défendre ses intérêts premiers, ses positions qui ont parfois conduit à l’escalade ou aux tensions. Dans toutes les régions du globe, bâtir la paix, c’est prendre le risque, le risque du dialogue, du compromis, de la reconstruction de la confiance, et dans tant de régions, c’est ce dont nous avons besoin. C’est ce dont le Moyen-Orient, aujourd’hui, a besoin. C’est ce dont la région du Golfe a besoin. Le courage, ce ne sont pas des tensions, des provocations, des répliques. C’est une concertation exigeante suivie de manière transparente. Dès ma première expression devant cette assemblée, j’ai dit ma conviction, sur le sujet iranien, que la stratégie de pression sur la question nucléaire iranienne ne pouvait conduire qu’à un accroissement des tensions dans la région si elle n’avait, au fond et avant tout, une perspective claire de solution diplomatique. En 2018, après le retrait américain de l’accord de Vienne de 2015, j’ai proposé un cadre global permettant de préserver le JCPOA et de le compléter par une approche élargie permettant de traiter les questions posées par le programme nucléaire iranien après 2025, le rôle de l’Iran dans les crises régionales et son programme balistique. Où en sommes-nous aujourd’hui ? À la stratégie américaine et à la volonté européenne, russe et chinoise de préserver, quant à eux, l’accord de Vienne de 2015, l’Iran a répondu par une stratégie de pression maximale sur son environnement régional. Dans ce contexte, la montée des tensions fut, ces derniers mois, constante, et les attaques du 14 septembre contre l’Arabie Saoudite ont changé la donne. À partir de là, aujourd’hui, le risque est celui de l’embrasement sur la base d’une erreur de calcul ou d’une réponse non proportionnée. La paix est à la merci d’un incident qui dégénère, et les conséquences pour toute la région et au-delà seraient trop graves pour nous résoudre à vivre ainsi au bord du gouffre. Alors que faire ? Plus que jamais, je le crois très profondément, le temps est à la reprise des négociations entre les États-Unis d’Amérique, l’Iran, les signataires du JCPOA et les puissances de la région concernées au premier titre par la sécurité et la stabilité de celle-ci. Quels doivent être les termes, les objectifs de ces négociations ? D’abord, la pleine certitude que l’Iran ne se dote jamais de l’arme nucléaire. Ensuite, une sortie de crise au Yémen. Troisièmement, un plan de sécurité régional intégrant les autres crises de la région et la sécurité des flux maritimes. Enfin, une levée des sanctions économiques. Je n’ai aucune naïveté, et je ne crois pas non plus aux miracles. Je crois au courage de bâtir la paix, et je sais que les États-Unis d’Amérique, que l’Iran, que tous les signataires de cet accord ont ce courage.

C’est avec la même conviction que nous poursuivrons notre travail, longuement discuté ces dernières semaines et lors du sommet du G7 de Biarritz, sur la Syrie, la Libye, le Sahel. En Syrie, je veux ici saluer les annonces encourageantes faites hier par le représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies, et une avancée décisive dans la Constitution, enfin, du comité constitutionnel tant attendu. Nous regardons tous la situation humanitaire à Idlib avec vigilance et exigence. Nous sommes tous attachés à la stabilité de la Syrie dans toutes ses régions et à la protection de l’ensemble des populations, et nous continuerons d’œuvrer pour la construction d’une solution politique durable et inclusive en Syrie. Elle passe par le travail de ce comité constitutionnel, elle passe dans le même temps par une sécurisation du territoire syrien pour permettre un retour volontaire et en toute sécurité des réfugiés. Elle passe aussi par un processus électoral libre qui aura à intégrer l’ensemble des citoyens syriens.

Sur la Libye le sommet du G7 a rappelé nos objectifs et nos convictions. Je crois très profondément qu’aujourd’hui nous avons besoin avec force d’une conférence inter-libyenne de réconciliation et d’un engagement fort de l’Union africaine aux côtés des Nations Unies pour ce faire. Beaucoup d’initiatives ont été prises, je salue l’engagement de l’Allemagne, je salue l’engagement de toutes les parties prenantes qui veulent bâtir la paix. Mais la paix durable ne sera construite que sur la base d’une réconciliation entre les lignes.

Au Sahel, vous connaissez l’engagement de la France, il est constant, réaffirmé. L’avenir est là aussi dans la construction d’une coopération durable dans la région entre les 5 pays-membres du G5 Sahel, l’engagement de nos armées, l’implication des Nations Unies et la nécessité qui est aujourd’hui la nôtre de changer le mandat de la MINUSMA et de pouvoir pleinement intégrer nos objectifs : la lutte contre le terrorisme, la sécurité durable au Sahel dans les missions que nous nous sommes données à nous-mêmes. Passer la MINUSMA sous chapitre 7, continuer à engager l’ensemble des armées de la région, réengager toutes les forces de sécurité de la région dans cette lutte contre le terrorisme et engager notre énergie dans le développement, la stabilisation sont indispensables. Ce sont là autant de situations où le dialogue, la construction de solutions politiques sont la clé du succès. Ce courage de bâtir la paix c’est celui que nous avons vu eu ces derniers mois à l’œuvre de manière inattendue, insoupçonnée au Soudan grâce à la force du peuple soudanais, grâce à la capacité de dialogue entre l’armée et le peuple, grâce au travail là aussi de l’Union Africaine et au rôle de l’Ethiopie dont je veux saluer ici dans toute la région la clairvoyance et l’engagement.

C’est ce même courage de bâtir la paix qui est aujourd’hui requis en Ukraine. Le Président ZELINSKI qui a amorcé des premiers pas, le Président POUTINE a su lui répondre, des progrès ces dernières semaines ont été faits. Nous connaissons là aussi notre horizon et les prochaines étapes : les accords de Minsk et la capacité à bâtir sur le terrain enfin une paix durable. Dans les prochaines semaines nous aurons ainsi un sommet en format Normandie au niveau des chefs d’État et de gouvernement.

Sur chacun de ces sujets, la question qui nous est à chaque fois posée c’est comment recréer un cadre de coopération efficace entre États ? Et je crois que c’est possible. Je ne crois pas que les problèmes qui sont aujourd’hui les nôtres ne se règlent dans la dilution des responsabilités et en quelque sorte un mondialisme qui oublie les peuples, et je rejoins à cet égard ce que le Président TRUMP a pu dire ce matin. Et je ne crois pas non plus que les crises que nous vivons se règlent davantage par le repli nationaliste. Je crois très profondément dans le patriotisme en tant qu’il est tout à la fois l’amour de la patrie et l’aspiration à l’universel. Je crois très profondément dans la souveraineté en tant qu’elle est à la fois l’autonomie pour soi-même et la nécessité de coopérer.

Ce qu’il nous faut aujourd’hui c’est réinventer ce que je définissais dans mon dernier discours devant vous comme un multilatéralisme fort. Non pas dire notre multilatéralisme est fatigué, nous ne nous écoutons plus nous-mêmes, nous n’avons plus aucune efficacité, non. C’est d’acter qu’il n’y a pas de solution sur le repli national, qu’il n’y a pas de solution sans coopération mais que cette coopération doit produire des résultats concrets, engager des acteurs nouveaux. Nous avons démontré l’efficacité de ce multilatéralisme fort, contemporain. Je crois que nous l’avons fait sur le climat lorsque, après la décision américaine de retrait de l’accord de Paris, nous avons lancé avec les Nations Unies, la Banque mondiale, le One Planet Summit. Il a permis de garder la cohésion, d’engager des acteurs nouveaux, des investisseurs, des entreprises, nous l’avons encore vu hier lors du sommet organisé par les Nations Unies en engageant des acteurs nouveaux, en créant la dynamique, en résistant au délitement. Et à cet égard la ratification russe annoncée hier de ce même accord signe une forme de réussite de ces démarches et ce que nous avons su engager sur de nombreux sujets des coalitions le signe aussi. C’est le même multilatéralisme fort pragmatique que nous avons adopté pour lutter contre le terrorisme sur Internet par le processus d’Aqaba, l’appel de Christchurch le 15 mai dernier à Paris et je veux saluer ici l’engagement du roi de Jordanie et de la première ministre de Nouvelle-Zélande. Hier nous avons marqué une avancée : 50 pays ont rejoint cette initiative, des plateformes se sont engagées pour prendre des protocoles opérationnels et retirer les contenus terroristes. Nous irons encore plus loin mais nous avons une réponse concrète, véritable. Il nous faut poursuivre cette capacité à bouger, innover répondre aux défis contemporains. C’est aussi l’esprit du partenariat, l’information et la démocratie. Il nous faut maintenant l’inventer en matière de sécurité. La grande difficulté qui est la nôtre aujourd’hui c’est que nous ne savons plus stabiliser un monde de plus en plus conflictuel alors que nous sommes sortis d’un duopole dans lequel nous avions vécu pendant des décennies. Nous n’avons plus vraiment les garants en dernier ressort de nos équilibres profonds. Alors les désordres se sont installés et alors on tarde souvent à régler efficacement les choses. Je crois très profondément que ce courage de bâtir la paix passe par la réaffirmation de nos valeurs, celles des droits de l’homme et de la dignité de la personne humaine qui ne saurait souffrir d’aucune forme de relativisme contemporain. Elles passent par un réengagement concret sur l’ensemble des théâtres d’opération que j’évoquais à l’instant pour bâtir la paix et la stabilité et proposer aux peuples des solutions concrètes. Courage de la responsabilité ensuite sur beaucoup des défis qui sont les nôtres : quand nous parlons des biens communs contemporains, du climat, de l’éducation, des inégalités nous pouvons dire que nous savons, nous voyons. Nous avons aujourd’hui tous les experts qui nous disent et nous décrivent avec un détail inédit la situation de notre monde. Si nous nous sommes affaiblis c’est que nous avons trop souvent décidé de remettre la vérité en cause, de contester les faits, de privilégier le court terme, parfois de protéger certains intérêts et la perte de sens s’est installée.

Mais la réalité est là. Les inégalités ont ré-augmenté dans notre monde entre les pays, au sein de nos pays. Notre capitalisme contemporain s’est mis à dysfonctionner produisant un niveau d’inégalité inédit. Nous n’arrivons plus à régler la grande pauvreté et les nouvelles formes d’inégalités : inégalités d’opportunités, inégalités de genre, inégalités d’accès à l’éducation dans les régions les plus pauvres, inégalités devant la santé pour accéder aux traitements requis, inégalités climatiques quand on parle des pays les plus vulnérables ou des régions les plus pauvres frappés encore davantage par le réchauffement ou la raréfaction de la biodiversité. Sur tous ces sujets, j’avais, l’année dernière, devant vous, présenté l’agenda proposé pour le G7 et la volonté de mettre au cœur de celui-ci la lutte contre les inégalités. Je voulais très rapidement vous en rendre compte et je crois que sur ce sujet c’est une contribution que nous pouvons collectivement apporter pour qu’une réponse commence à émerger, pour que nous puissions accompagner l’engagement collectif déjà apporté dans le cadre des objectifs de développement durable. C’est sortir du court terme, c’est décider de changer notre système. Nous nous sommes engagés collectivement, d’abord, pour un agenda très volontariste pour l’Afrique, pour le Sahel, sa sécurité, sa stabilité, son développement, plus largement pour avoir un véritable agenda de sécurité, de développement, de réciprocité avec l’Afrique. C’est dans ce cadre qu’au mois de juin prochain, nous accueillerons en France un sommet Afrique-France, basé sur des partenariats économiques et l’implication des sociétés civiles dans cet esprit de réciprocité profond. C’est ensuite un agenda en matière d’égalité entre les femmes et les hommes. Nous avons, à Biarritz, lancé l’initiative AFAWA, à une hauteur de 251 millions d’euros, pour soutenir les femmes entrepreneures en Afrique, et nous veillerons, avec Angélique KIDJO, à ce que les projets soient rapidement engagés. C’est une initiative proposée par les femmes africaines, opérée par la Banque africaine de développement, et pour laquelle les grandes puissances économiques ont décidé d’investir pour accompagner. Nous avons soutenu le fonds du docteur MUKWEGE pour la protection des victimes de violences sexuelles, lancé le Partenariat mondial pour l’égalité, que nous avons élargi à l’occasion de cette assemblée générale et qui consiste, pour les États qui le rejoignent, à prendre au moins une mesure nationale en faveur des droits des femmes en s’inspirant des meilleures pratiques dans le monde. Ce combat pour l’égalité femmes hommes est essentiel. Il est essentiel parce qu’il n’est pas gagné dans nos sociétés, parce que les féminicides continuent, en France comme dans tant d’autres États. Nous devons donner un statut juridique à ce sujet et bâtir une action efficace pour l’éradiquer encore davantage que nous ne l’avons fait, parce que nous voyons, dans tant d’États, reculer l’égalité entre les femmes et les hommes, remettre en cause les droits des femmes à disposer de leur corps et les acquis des décennies passées, parce que partout où l’inégalité entre les femmes et les hommes s’installe, c’est du recul de civilisation, c’est l’obscurantisme qui monte, c’est le terrorisme qui grandit, c’est le recul de l’éducation. C’est le recul aussi de la croissance parce que c’est se priver, dans chacun de ces pays, de la moitié de la richesse potentielle. C’est aussi pour cela que nous soutenons fortement les Nations unies sur cet agenda. Sur ces trois principes d’action, émanciper, protéger, assurer une égalité réelle, nous allons agir en vue du forum Génération égalité, qui se tiendra à Paris en juillet 2020, 25 ans après la déclaration de Pékin, qui avait alors marqué l’histoire de notre organisation. Il est hors de question de reculer. C’est une nouvelle étape que nous devons franchir. C’est cette bataille aussi et ce courage de la responsabilité que nous devons avoir en matière de santé. Là aussi, nous observons, aujourd’hui encore, de trop nombreux reculs, des difficultés d’accès aux traitements dans certaines régions, encore aujourd’hui, malgré les efforts. Le 10 octobre prochain, à Lyon, se tiendra la conférence de reconstitution du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. C’est à cette tribune qu’en 2002, Kofi ANNAN avait appelé à la création d’un fonds mondial de lutte contre les inégalités face à la possibilité de guérir de maladies mortelles. Il a été créé ensuite, avec l’appui alors du G8, et les résultats sont là : 32 millions de vies sauvées. Je vous le dis, l’élimination des grandes pandémies est à portée de notre action. Il s’agit de sauver 16 millions de vies dans les années qui viennent. Il s’agit simplement de dire que plus personne ne peut comprendre que pour des raisons financières, que, pour des raisons d’inégalités, il soit aujourd’hui impossible d’accéder à des traitements pour prévenir ou guérir de telles maladies, d’empêcher que ces maladies regagnent du terrain. C’est pourquoi il nous faut, à Lyon, 14 milliards de dollars. Nous avons trois semaines, et nous mettrons toute notre énergie pour qu’un nouveau fonds mondial soit au rendez-vous de notre ambition. Sur le climat enfin, car c’est là aussi une lutte contre les inégalités et c’est un des sujets sur lequel le courage de la responsabilité doit s’illustrer, au fond, il y a un paradoxe constant en matière climatique, auquel nous sommes en train, collectivement, de nous habituer. Au fond, on a donné un cadre à l’impatience de notre jeunesse, on lui donne la possibilité de s’exprimer, on lui dit : "on vous entend, c’est formidable." Et de l’autre côté, on continue encore trop souvent à faire comme avant. Cela ne tiendra pas. Je veux ici saluer l’engagement du Secrétaire général des Nations unies, et vous dire qu’en matière de lutte contre le réchauffement climatique et de la biodiversité, il nous faut passer, plus fortement encore, aux actes concrets et changer en profondeur notre organisation collective, le système lui-même, pas chercher à le compenser, à le corriger, le changer nous-mêmes avec l’ensemble de nos investisseurs, de nos entreprises, de nos sociétés. D’abord, revoir à la hausse nos ambitions. C’est essentiel si nous voulons avoir une chance de limiter la hausse des températures en dessous des 2 degrés d’ici la fin du siècle. Pour cela, il faut agir en 2020. En Europe, nous devons prendre, en 2020, les décisions qui s’imposent en matière en particulier de taxation carbone, avec un vrai prix minimum rehaussé, avec une taxation aux frontières. Si nous n’avons pas convaincu certains partenaires de suivre cet agenda, ces décisions courageuses s’imposent, et c’est maintenant. Il nous faut engager plus largement l’ensemble des pays dans une stratégie de neutralité carbone 2050. Plusieurs ont rejoint cette coalition. Le Président PIÑERA l’a présentée à l’instant devant vous. Nous devons continuer de convaincre, d’engager sur cette indispensable stratégie. L’Inde vient d’indiquer sa volonté de rejoindre cet agenda et cette coalition. Je sais tout le volontarisme aussi de la Chine en matière climatique, si important ces dernières années. Je sais qu’ensemble, si nous nous engageons sur la neutralité carbone, nous pouvons, en profondeur, changer les choses pour être au rendez-vous de nos objectifs. À ce titre, la COP 25 au Chili puis la COP 26 qui se tiendra en Europe seront des rendez-vous décisifs. La deuxième chose, c’est de remettre en cohérence nos agendas et nos actions. Je l’ai dit hier, mais nous ne pouvons pas dire : "on fait tout formidablement bien, rassurez-vous", et continuer dans tant de pays à être dépendants du charbon. Il faut que chacun, avec les contraintes qui sont les siennes, en ayant l’aide de la communauté internationale, les bons financements, en respectant chaque composante de nos sociétés, bien sûr, mais il faut que chacun s’engage sur une stratégie de sortie du charbon. Il faut ensuite que les grands pays de ce monde arrêtent de financer de nouvelles installations polluantes dans les pays en voie de développement. Nous continuons encore aujourd’hui à avoir du financement export et des projets dans tant de pays financés par des pays développés, qui consistent à ouvrir de nouvelles structures polluantes, et, en quelque sorte, à dire aux pays en voie de développement, à dire aux pays les plus pauvres : "vous, le changement climatique, ce n’est pas fait pour vous. Vous pouvez continuer à polluer, c’est bon chez vous." C’est incohérent, c’est irresponsable. Soyons lucides avec nous-mêmes. Nous devons engager l’ensemble de nos banques de développement, comme nous avons commencé à le faire dimanche, vers une réorientation des financements vers les énergies renouvelables partout, parce qu’en Afrique, en Asie, sur le continent américain, dans le Pacifique l’avenir de la production énergétique c’est là aussi de sortir du charbon, de ne plus dépendre du charbon. De la même manière il nous faut bâtir un fonds climat à la hauteur de ces ambitions. Le rendez-vous est dans quelques semaines, là aussi à Paris, pour la reconstitution du Fonds climat et j’en appelle à nos grands partenaires sur ce sujet pour qu’ils apportent leurs financements indispensables. Nous sommes plusieurs à avoir déjà doublé, engagez-vous, engagez-vous, c’est décisif. Et sur ce sujet de la cohérence. Comme je l’ai dit hier nous ne pouvons plus avoir des stratégies commerciales d’ouverture libre-échangiste qui n’intègrent plus dans leur propre agenda l’objectif climatique. Elles doivent se conjuguer. Je crois à l’ouverture et au libre-échange mais je ne crois qu’au libre-échange raisonné qui doit permettre d’intégrer l’objectif zéro carbone et zéro déforestation. Ça veut dire qu’à chaque fois il faut construire les solutions compatibles, qu’à chaque fois il faut trouver les mesures de compensation mais qu’on ne peut pas conduire certains pays à faire des efforts et continuer ces pays à commercer avec ceux qui n’en font pas, qu’on ne peut pas continuer à faire des déclarations à cette tribune et continuer à importer dans le même temps des produits qui font l’inverse. Ça ne se fera pas en un jour, la France elle-même importe encore trop souvent des produits qui conduisent à la déforestation. Cela suppose des changements en profondeur, cela suppose des stratégies partenariales avec les pays d’origine, avec nos entreprises, avec nos financeurs. Je ne suis pas en train de vous dire que tout va bien en France et que nous avons tout bien fait, loin de là. Mais si collectivement nous ne sommes pas responsables, transparents et nous n’acceptons pas la cohérence entre nos actes et nos mots, entre nos agendas commerciaux et climatiques nous n’y arriverons jamais, jamais. Ça prendra quelques années mais il faut le commencer maintenant. Et puis il y a deux sujets sur le climat que je veux ici souligner avant de conclure. Si nous voulons réussir cette bataille c’est la forêt et l’océan. Ces deux batailles sont essentielles pour réduire les émissions de CO2 et préserver nos équilibres en termes de biodiversité. Sur ces deux questions mondiales nous sommes en train de perdre la bataille. Sur la forêt, nous avons hier, par l’engagement de tous, je crois, marqué une étape importante pour défendre la forêt amazonienne et la forêt africaine c’est-à-dire la réserve de forêt primaire de notre planète. Nous avons des pays qui se sont engagés, la France en fait partie mais je veux saluer ici l’engagement au premier titre de l’Allemagne, de la Norvège. Nous avions les grands pays, les organisations internationales, les organisations non-gouvernementales et la plupart des pays concernés par l’Amazonie pour rester pudique à cette tribune. Que tous ceux qui veulent se joindre se joignent mais nous avons besoin d’avancer. Et d’ici la COP de Santiago nous parachèverons des critères extrêmement, là aussi, efficaces, pragmatiques pour investir au plus près du terrain et trouver les solutions utiles pour favoriser les projets de reforestation, de protection de la biodiversité, d’agroécologie, tous les projets de développement économique de l’Amazonie, de la forêt africaine dans le bassin du Congo qui permettent le développement économique, la préservation de la forêt et donc notre combat pour la biodiversité et en matière de lutte contre le réchauffement. Ce combat pour la biodiversité lui aussi a des rendez-vous devant lui et des rendez-vous majeurs en 2020 avec le Congrès de l’UICN en France et la COP 15 de Pékin là aussi en 2020. Nous devons avoir des actes clairs. Sur les océans le rapport du GIEC est d’une cruauté accablante. Les faits sont là, nus, têtus, nous sommes en train de perdre la bataille. Nous avons commencé à Biarritz à bâtir des coalitions avec les grands transporteurs qui se sont engagés à réduire la vitesse. Ça n’est qu’un début, nous sommes très loin d’avoir gagné et je souhaite que nous engagions, comme nous sommes en train de le faire pour la forêt primaire, le même combat sur les océans pour engager là aussi des financements nouveaux, des actions concrètes et gagner cette bataille. Ce sont sur tous ces sujets des premiers changements, des premières actions mais je vous le dis ici avec beaucoup de force : ce que nous sommes en train collectivement d’essayer de faire est essentiel. C’est essayer collectivement de changer notre organisation collective politique, économique, sociale pour réduire les inégalités, mieux pour les prévenir. Moi je ne crois pas que la bonne réponse face aux inégalités contemporaines croissantes, climatiques, d’opportunités, d’éducation je ne crois pas que la bonne réponse soit dans chaque pays par un agenda fiscal. Je crois que la bonne réponse elle est dans chaque pays par l’éducation, l’accès à la santé, les politiques de prévention des inégalités mais par plus de coopération internationale et un agenda assumé de lutte contre les inégalités. Mais cela suppose au fond une forme d’agenda de réconciliation. Ce que nous sommes en train de voir poindre devant nous c’est d’un côté une rhétorique constante de la dénonciation, et je l’entends. Elle nous pousse à agir mais elle n’est plus suffisante. Nous n’en sommes plus à dénoncer, nous savons. Nos prédécesseurs ont dénoncé il y a 20 ans, ils ont permis d’avoir des groupes d’experts. Mais donc il y a une rhétorique de la dénonciation qui est là. Et à côté de ça, chez certains, un confort de l’inaction, une habitude qui est celle du cynisme. Et, au milieu, il y a le groupe encombré, peut-être maladroit, de ceux qui essayent de faire. Assumons de faire fortement, bâtissons ensemble cet agenda de réconciliation avec nos opinions publiques, avec notre jeunesse, avec nos entreprises, avec nos investisseurs et les gouvernements de bonne volonté pour dire “nous avons les faits, continuons à les établir et changeons dès à présent nos habitudes”, nos habitudes de consommateurs, nos habitudes de producteurs, nos habitudes d’investisseur, nos habitudes de gouvernement et de citoyens pour collectivement nous engager dans cet agenda de changement. Mais rester dans ce tandem de la dénonciation et de l’inaction ne mènera à rien. Je crois très profondément que ce courage de la responsabilité c’est de regarder les faits en face, de dire il y a des choses qu’on peut faire tout de suite, d’autres qui vont prendre du temps parce que nous avons dans tous nos pays des producteurs qui ont parfois des dépendances à certains produits qui ne sont pas bons, parce que nous avons des peuples qui vivent dans des habitations qui ne sont pas parfaitement isolées, qui doivent se déplacer et polluent encore en se déplaçant et nous ne pouvons pas les culpabiliser. Nous devons les aider à changer, nous devons leur proposer des solutions par l’innovation technologique, par l’investissement, par un vrai agenda de lutte contre les inégalités sociales, climatiques. Cet agenda de réconciliation c’est ce que nous devons faire. C’est ce que je veux mener en France, ce que nous devons bâtir en Europe, ce que nous devons construire ici. Voilà Mesdames et Messieurs ce que je voulais vous dire. Je crois à ce courage de la responsabilité et plus largement je crois à ce retour du courage. En tout cas je pense que nous n’avons pas d’autre choix, nous devons travailler ensemble. Nos grammaires ont changé, elles sont sans doute moins simples qu’hier et elles nous engagent davantage. Sur tous les sujets de sécurité, d’inégalité, de santé comme de climat nous savons, nous aurons des comptes à rendre. Mais je ne crois pas davantage dans la facilité du pessimisme, je ne crois pas davantage dans la division. Je crois dans notre capacité à proposer, réfléchir, agir ensemble à bâtir cet agenda de réconciliation qui permettra partout de retrouver aussi le goût de l’avenir. Je vous remercie"./.

Conférence de presse du Président de la République à l’issue de la 74e Assemblée générale de l’ONU (New York, Etats-Unis, 24 septembre 2019)

Discours du Président de la République : Séance d’ouverture du Sommet de l’Organisation des Nations Unies sur le climat (New York, Etats-Unis, 23 septembre 2019)

Le Président de la République

"Merci beaucoup.

Mesdames, Messieurs,
Chers collègues,
Mesdames, Messieurs les chefs d’Etat et de gouvernement,
Mesdames, Messieurs les ministres,
Chers amis,

Juste en quelques mots. D’abord, moi j’ai été très frappé de l’émotion tout à l’heure lorsque des jeunes se sont exprimés ; j’ai eu l’occasion déjà d’échanger avec quelques autres et nous avons dans beaucoup de nos pays chaque semaine depuis des mois et des mois nos jeunesses qui s’expriment. Et je crois qu’elles disent l’urgence absolue à laquelle nous ne saurions répondre ici en disant : « tout va bien, regardez, on fait ce qu’il faut ». Et cette urgence absolue nous dit une chose : « vous n’allez pas assez vite ; même quand vous êtes conscients de ce qui ne va pas, vous n’allez pas assez vite ». Elle nous dit aussi sans doute : vous ne nous associez pas suffisamment aux réponses que vous apportez ». Donc j’en prends aussi ma part et je l’entends. Et donc je crois qu’aucun responsable politique ne peut rester sourd à cette exigence de justice entre les générations. Mais je crois aujourd’hui que collectivement notre jeunesse, nos sociétés, nos entreprises, nos investisseurs, les Chefs d’Etat et de gouvernement doivent réussir à reconstruire ce qui est une compréhension commune du monde, changer nos habitudes pour agir ensemble. Parce que sinon nous risquons d’avoir un dialogue de sourd pour longtemps entre la dénonciation à laquelle aucune action au fond ne suffit à répondre et de l’autre côté des listes d’actions qui ne sont jamais suffisantes et on se dirait à nous-mêmes : « regardez, on a déjà bien travaillé ». Donc le seul moyen d’avoir des solutions, d’agir utilement avec nos sociétés et notre jeunesse, c’est aussi d’échanger sur ce que l’on comprend et ce que l’on ne comprend pas, comment on essaie de transformer notre système collectif pour répondre à cet impératif de la lutte contre le réchauffement climatique et la biodiversité et comment ensemble on arrive à construire des actions utiles.

On a besoin de nos jeunesses dans nos pays pour nous dire d’aller plus vite ; on a besoin de cette jeunesse pour nous aider à changer les choses, à réparer, à agir et à mettre plus de pression sur celles et ceux qui ne veulent pas bouger : Etats, financeurs, entreprises. Dans ce cadre-là, ce que nous avons fait tous les trois durant ces derniers mois et sous le mandat du Secrétaire général des Nations unis, c’est justement d’avancer. Et je crois qu’il y a un agenda d’actions qui n’est pas dans la satisfaction de lui-même ou dans le contentement mais qui peut être un agenda d’actions positif.

D’abord, nous devons collectivement Chefs d’Etat et de gouvernement changer la rapidité de nos réponses, rester dans l’Accord de Paris et être pleinement en conformité avec ses objectifs.

Premièrement, moi je me félicite aujourd’hui qu’on ait eu la bonne nouvelle de la ratification de l’Accord de Paris par la Russie, formidable nouvelle ; ça n’était pas attendu il y a quelques mois, ça montre que les choses progressent. Vous pouvez les applaudir.

Deuxième chose, si l’on veut agir et aller fort, il faut aller vers la neutralité carbone 2050. On a bâti cette coalition qui ne cesse de grandir avec le ralliement du Chili, du Japon, de l’Italie au G7 de Biarritz, l’Inde qui a donné des signes très forts et la Chine qui est en train de bouger et c’est un élément essentiel.

Dans ce cadre-là, l’Europe doit faire plus. Dès 2020, l’Europe doit prendre des décisions très claires pour pouvoir exaucer les vœux de la nouvelle Présidente Ursula von der Leyen d’aller vers des réductions accrues de nos émissions à horizon 2030. Ce fameux moins 55% en 2030, il suppose que l’Europe prenne des décisions l’année prochaine d’aller plus vite et plus fort sur un ETS ambitieux, un prix du carbone minimum qu’on doit rehausser et un mécanisme d’inclusion carbone aux frontières. C’est indispensable si l’Europe veut être à la hauteur de ce qu’elle se doit à elle-même.

Dans ce cadre-là, la France prendra ses responsabilités. Nous avons d’ores et déjà arrêté toutes nouvelles explorations d’hydrocarbure sur le sol français et les dernières centrales à charbon auront fermé leurs portes avant 2022.

Maintenant, le deuxième élément de cet agenda positif, c’est pour moi d’avoir un agenda commercial qui soit au service de l’agenda climatique. Je crois, en tout cas une très large majorité d’entre nous croyons à un monde ouvert, à un monde d’échanges, à un monde où précisément on fait du commerce, ce qui est vecteur de paix, ce qui a permis de sortir beaucoup de nos concitoyens de la pauvreté. Néanmoins, aujourd’hui, force est de constater que notre jeunesse, parfois nous-même, ne comprenons plus rien au fonctionnement de ce monde. On veut collectivement reprendre le contrôle. On veut retrouver à la fois de la souveraineté au niveau régional, du contrôle de cela et du sens. Donc, on ne peut plus avoir un agenda commercial qui soit contraire à notre agenda climatique. Il nous faut, dans nos échanges, être cohérent. Je ne suis plus favorable aujourd’hui à ce qu’il y ait un renforcement, de nouvelles ouvertures de négociations commerciales avec des pays qui sont en contradiction avec l’Accord de Paris. Je pense que ce serait une hypocrisie profonde de tous les débats que l’on est en train d’avoir aujourd’hui et les jours précédents.

Nous devons bâtir, au moins au niveau européen puisque c’est à ce niveau-là en tant que Français que je vous parle et que l’on a une action utile, un agenda commercial qui vise le zéro carbone et le zéro déforestation importée. C’est indispensable. C’est un changement profond. C’est une vraie révolution. Cela suppose de ne pas arrêter l’importation de certaines activités en totalité mais de dire que quand on importe et que telle activité peut avoir une conséquence négative en termes de déforestation, il faut que ça soit compensé et que ça soit intégré. Sinon, nous continuerons à avoir de beaux discours et un agenda commercial qui fait exactement le contraire. C’est un travail essentiel. Enfin, sur le plan financier, il nous faut là aussi nous mettre en cohérence avec nos actions. Ce souci de cohérence c’est d’arrêter de financer à l’extérieur des projets d’infrastructures carbonées. On ne peut pas dire ici : « on est pour lutter justement contre le réchauffement climatique, pour la biodiversité » et continuer à financer dans d’autres pays des infrastructures qui polluent, qui augmentent les émissions de CO2 et qui font exactement le contraire.

Et donc, nous devons le faire nous-mêmes chacun d’entre nous dans nos agendas commerciaux et de financement et nous avons sur ce point franchi une étape dans le cadre de l’International Development Finance Club où des engagements ont été pris et annoncés hier de financer 1000 milliards de dollars pour le climat à l’horizon 2025. C’est un premier geste. Le but c’est d’aller vers ces quatre trilliards, donc on a encore du chemin mais c’est un premier élément où on va accélérer les investissements dans les énergies renouvelables, la poursuite du retrait du charbon, favoriser l’accès direct des pays du sud aux financements internationaux. Et on a beaucoup de pays ici présents qui s’engagent dans cet agenda qui est absolument essentiel et auquel nous tenons beaucoup.

Dans un instant, le Premier Ministre de la Jamaïque et l’Emir du Qatar vont rendre compte de notre agenda et de notre mandat sur les cents milliards qui doivent être mobilisés d’ici 2020, ce qui est absolument essentiel pour aider les pays en développement à rattraper et pour avoir un agenda de justice climatique et de justice sociale et de vrai développement.

Et je vais dire un tout dernier mot pour conclure : la priorité immédiate est le Fonds vert. La conférence de recapitalisation se tiendra à Paris dans un mois, le 24 et 25 octobre. Sa gouvernance a été réformée cet été pour plus d’efficacité et d’accessibilité. L’Allemagne, le Royaume-Uni, la France ont doublé leur contribution. La France mettra 1,5 milliard d’euros dans le fonds à 80% sous forme de don. La Norvège a elle-aussi doublé sa contribution. Hier, le Danemark, la Suède se sont joints aux pays qui doublent leur contribution. Les Pays-Bas l’ont augmenté. Nous sommes, au moment où je vous parle, à 7 milliards de dollars. La cible est d’atteindre 10 milliards de dollars pour aussi compenser le retrait américain. Il y aura peut-être une bonne nouvelle américaine, je l’espère, durant cette Assemblée générale mais j’appelle donc ici chacun d’entre vous pour qui ne l’a pas fait, à rehausser sa contribution au Fonds vert. Je sais que nos amis japonais attendent beaucoup de cela aussi. Il faut qu’ils fassent leurs annonces. Je sais que l’Emir du Qatar a de grandes nouvelles à faire. Donc je compte chacun sur vous, des actes, des actes, des actes. On ne peut pas laisser notre jeunesse passer tous ses vendredis à manifester, on ne peut pas voir notre jeunesse dans l’état de souffrance parfois d’émotion que l’on a vu tout à l’heure et simplement dire « on fait tout bien ». On est encore loin du compte mais continuons à agir ensemble. Merci"./.

Intervention du Président de la République : Réunion consacrée à la préparation de la COP25 (New York, Etats-Unis, 23 septembre 2019)

Le Président de la République : "Non, tu as tout dit. Juste, comme vous l’avez dit chacune et chacun, je crois que nous avons des décisions nationales à prendre. Certains pays, et ça a été dit par le Premier ministre du Bhoutan, sont mieux disant que d’autres parce qu’ils sont pauvres, et donc la question, c’est comment bâtir de la croissance en gardant ces vertus. D’autres sont très fragiles avec énormément de challenges économiques et ont réussi à être des exemples sur le plan de la transition et de sa rapidité. Il n’y a pas de fatalité. Et Angela le rappelait, on a des stratégies européennes à avoir. Il y a aussi beaucoup de stratégies régionales ; et je crois que notre objectif maintenant doit être de finaliser, dans les prochaines semaines et prochains mois tous les engagements utiles qu’on peut préparer, ça a été dit pour l’Inde aussi, et qui seront annoncés en 2020 mais qui permettront d’arriver à la COP du Chili avec des stratégies nationales clarifiées pour la mise en œuvre de l’accord de Paris, avec des points d’étape 2030, 2050. Normalement, on aura clarifié la stratégie financière, avec le Fonds vert, d’une part, et les premières réorientations, et donc la COP de Santiago doit vraiment être la COP, si je puis dire, du passage d’étapes. Comme on dit en vélo, c’est le passage du col. Et si on veut pouvoir avancer, avoir le droit d’aller de l’autre côté et vers une autre vallée, il faut déjà passer ce col-là, et il est très dur. Je voulais vraiment saluer le président PIÑERA parce qu’il n’y avait pas beaucoup de candidats pour prendre la présidence de cette COP, et tu l’as prise avec beaucoup de courage, c’est un challenge. C’est notre challenge à tous. Ce n’est pas simplement celui du Chili ; et on a tous envie que ça réussisse parce qu’on partage la même planète, et donc je pense que cette transition à la fois climatique et juste sur le plan économique et social, on a envie qu’elle soit réussie, et le Chili est une étape essentielle avant la Grande Bretagne l’année suivante. Merci à toi d’avoir pris ce leadership et on sera là pour t’y aider"./.

Discours du Président du Président de la République : Evénement de mobilisation consacré à la protection de l’Amazonie et des forêts tropicales (New York, Etats-Unis, 23 septembre 2019)

Le Président de la République : "Merci Président. Merci mesdames et messieurs chefs d’État et de gouvernement. Merci mesdames et messieurs lauréats pour vos témoignages et vos actions. Vous avez tout dit donc je vais être très rapide sur les enjeux. En 50 ans, près de 20% de la forêt amazonienne a disparu et 25% des forêts de mangroves. Et vous avez rappelé en matière de lutte contre le réchauffement climatique, en matière de lutte pour la biodiversité combien la forêt amazonienne comme le bassin du Congo était essentielle à notre humanité. Donc je ne serai pas plus long sur les enjeux. Si nous avons pris cette initiative c’est en effet parce que ces incendies, je le dirai, ont ému la planète entière au moment où le G7 se réunissait et aussi parce que la France, vous l’avez rappelé, a elle-même une présence en Amazonie par la Guyane. C’est pourquoi je laisserai dans quelques instants le président Rodolphe ALEXANDRE s’exprimer partageant mon temps avec lui. Et je veux remercier aussi le grand chef coutumier de sa présence avec nous aujourd’hui qui témoigne aussi de l’implication de l’ensemble des populations dans ce projet. Et ils rappelleront aussi ce que nous voulons faire dans, si je puis dire, notre part d’Amazonie et le faire avec toutes et tous. Beaucoup de choses ont été faites. Et je le dis d’autant plus facilement que la France n’a pas été leader de ces actions. Et je veux vraiment remercier la Norvège et l’Allemagne qui je pense pouvoir le dire dans les pays qui se sont engagés et ont donné ont assuré un leadership tout particulier en versant plus d’un milliard de dollars au Fonds Amazonien créé en 2008, en mobilisant aussi les initiatives avec le GAFI pour la forêt d’Afrique centrale. Et en étant depuis plus de 10 ans extrêmement engagé sur ce sujet. Vous avez rappelé aussi les initiatives plus récentes. Et nous avons au G7 sonner l’alerte ensemble président. Vous avez ensuite à Laetitia, où les pays de la région se sont réunis, définit les principes de conservation et de développement durable de l’Amazonie. Ce qui a été je pense une étape essentielle. Et là, nous nous réunissons. Nous mobilisons en quelque sorte cette alliance qui en réunissant tous les acteurs pertinents et nécessaires doit pouvoir être efficace. Les États, les bailleurs, les ONG, les organisations internationales, les gouvernements régionaux, les populations autochtones. On va se parler franchement. Quels sont nos risques ? Il y en a un premier. L’éléphant dans la pièce ou plutôt celui qui n’y est pas : le Brésil. Tout le monde se dit : comment vous allez faire sans le Brésil ? Le Brésil est le bienvenu. Et je pense que tout le monde a envie de travailler avec le Brésil. Deux États dans la salle se sont engagés. Et je crois que vous avez fait un très gros travail. Je veux remercier les présidents de la région pour convaincre tous les États de la région. Moi je pense que ça viendra. Je pense qu’il faut avoir une démarche comme on l’a aujourd’hui extrêmement inclusive. Respectueuse de chacun. Et c’est l’esprit dans lequel on a lancé tout cela. Et j’ai bon espoir que les prochaines semaines et les prochains mois permettront d’avoir des solutions politiques qui permettent d’avancer. La deuxième chose, le deuxième écueil de notre initiative c’est qu’on se réunisse et qu’on dise des chiffres, des paroles et que derrière il n’y est pas de résultats. Vous l’avez dit et quand je regarde les choses c’est ce qui m’inquiète parce qu’on a au fond, le Fonds amazonien qui était suspendu parce que, enfin qui est aujourd’hui en suspens parce que le Brésil ne prend pas en compte l’intégralité justement de la forêt amazonienne et les critères qui avaient été définis par les bailleurs. Il y a le Fonds (inaudible) très important annoncé par la Banque mondial il y a quelques instants sur une durée de 7 ans pour toucher l’ensemble donc des zones forestières avec des contributions très fortes en particulier de l’Allemagne que je remercie encore. La Banque interaméricaine de développement avec le Natural Capital LAB que vous avez évoqué qui est sur la biodiversité mais peut-être pas uniquement focalisé sur l’Amazonie. On a l’aide bilatérale, je parle sous le contrôle de Donald TUSK qui est là, mobilisé aussi mais l’Union européenne par exemple c’est 280 millions d’euros répartis entre les différents programmes de coopération. On a tous les projets bilatéraux, on a le secteur non-gouvernemental et l’organisation par exemple Conservation International, cher Harrison, qui a une action extrêmement efficace. Le risque c’est la dispersion, le risque c’est la lenteur et le risque à la fin c’est l’inefficacité donc il me semble qu’aujourd’hui on doit essayer de se donner des objectifs d’action et une méthode. À nous écouter et pour avoir échangé avec beaucoup d’entre vous je pense qu’on peut se dire qu’on a 6 objectifs d’action. Le premier : préserver la biodiversité dans la gestion des aires protégées, la lutte contre les incendies, l’abattage illégal etc. La deuxième chose c’est le développement d’une chaîne de valeurs durables dans les développements forestiers, c’est-à-dire encourager les produits dérivés de la biodiversité, l’agroforesterie, la promotion de la certification territoriale et des pratiques agricoles, la zéro déforestation et donc tout un travail aussi avec l’industrie agroalimentaire pour changer les choses avec nos propres exigences commerciales et les principes qu’on se donne à nous-mêmes. Troisième objectif c’est la formulation de pratiques de gestion durable des sols et des forêts en concertation avec les populations locales et les acteurs de terrain. Quatrième principe c’est la promotion des pratiques et savoirs traditionnels, vous l’avez parfaitement expliqué en éclairant avec vos exemples, en montrant qu’on avait des solutions dans les pratiques traditionnelles. Le cinquième principe c’est la coopération transfrontalière pour les aires protégées et le sixième c’est la rapidité et si je puis dire le caractère évaluable de l’action qu’on va mener. On doit privilégier les canaux qui vont rapidement vers les initiatives des populations et qu’on puisse évaluer ce qu’on a fait et pas se retrouver bloqué en ayant investi dans tel ou tel véhicule pour dire qu’on investit et se réveiller 6 mois plus tard ou un an en se disant ce n’est pas allé sur les populations locales. Je crois que si on tient ces 6 principes on peut avoir une action efficace. Donc ce que je propose peut-être à l’issue de cette réunion dans la lignée de mes deux prédécesseurs c’est que chacun désigne là maintenant une équipe de travail, qu’on puisse ensemble État-bailleur, État-partenaire et acteurs clés de la société civile pouvoir définir maintenant la méthode très précise, la gouvernance pour qu’au moment de la COP au Chili on puisse définir ce plan d’action et déjà le calendrier des premiers projets. Il y a plusieurs projets qui attendent de l’argent, des financements et donc je pense qu’ils ont surtout besoin maintenant d’avoir un calendrier très clair de notre part, nos règles posées sur le papier et nos critères et qu’on puisse ensuite aller vite et clairement. Voilà les quelques éléments clés, dans ces conditions la France contribuera à hauteur de 200 millions de dollars sur ce sujet et ces initiatives. Et je sais ce qui est attendu de nos amis amazoniens comme africains parce qu’il y a énormément de choses à faire. Je cède la parole au président ALEXANDRE"./.

74ème Assemblée générale des Nations unies : Conférence de presse de Jean-Yves Le Drian, Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères (New York, Etats-Unis, 22 septembre 2019)

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M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères
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Conférence de presse de Jean-Yves Le Drian, Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères (New York, 22 septembre 2019)
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Dernière modification : 25/09/2019

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